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CHAPITRE XVI

Nous aurions voulu , si la chose eût été possible, donner à nos critiques sur la sculpture la même étendue et le même développement qu'à la peinture. Mais avec la volonté la plus persévérante, avec la plus minutieuse attention, il y aurait eu folie à le faire. Car, il faut bien Pavouer, k part quelques rares exceptions , la sculpture est maintenant arrivée chez nous à un état de dépérissement déplorable , mais réel , et d'ailleurs trop facile à constater.

Qu'on aille voir les deux cents morceaux envoyés au Salon de cette année, et qu'après les avoir regardés pendant quelque temps , on vienne nous dire de bonne foi si vingt d'entre eux méritent les honneurs du blâme ou de l'éloge !

Que dire et que penser d'une Jeune Jille

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de M. Lemaire , qu'à son serpent emblémalique, je présume être Plnnocence. Tout dans cet ouvrage est rond , maniéré , impossible.

Le mouvement des jambes est inintelligible, le dos n'est pas étudié. La tête laisse croire que l'auteur a déBguré un beau modèle. Je défie qu'on saisisse dans l'ensemble ou dans les détails la moindre trace d'art sérieux.

C'est du métier, et du plus pauvre. Je n'en voudrais pas faire un bronze de cheminée.

\j& fronton de la Madeleine y du même artiste, et qui doit être exécuté en grand, n'est ni pire ni meilleur que sa figure. Ce serait perdre son temps que de vouloir deviner pourquoi et comment cette composition ne vaut rien.

Passons devant le Pépin de M. Bougron.

Il n'y a rien à en dire.

Bacchus et Leucotkoê de M. Dumont, rappellent, à s'y méprendre, la peinture de M. Dubufe. Donnez à M. Dubufe du marbre et un ciseau, et vous aurez M. Dumont. La réciproque me paraît également vraie.

La Léda de M. Seurre est impardonnable.

Ce sujet, si souvent traité dans les pierres

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gravées antiques, ne paraît pas avoir excité chez le sculpteur une bien vive sympstlhie.

Qu'il aille voir dans les antiquités d'Herculanum comment les sculpteurs grecs et romains concevaient la scène qu'il voulait représenter. Il fallait , à coup sur, indiquer dans Léda le frémissement et la faiblesse du plaisir, trahir dans les ondulations du cou, dans l'attitude des membres, dans le regard, et je dirai volontiers dans le geste des yeux, le tremblement d'une émotion intérieure, ou ne pas s'en mêler. C'est ainsi que les camées et les pierres gravées racontent le fait, et je me range à leur avis.

Une Odalisque de M. Jacquot est un ouvrage détestable de tout point. La gorge manque de jeunesse; l'indication des hanches est exagérée d'une façon ridicule; le diamètre de la ceinture est à peu près celui que donne un corset. Le sculpteur a traduit sur une femme nue et d'ailleurs triviale, l'effet que l'on obtient avec une robe moderne, et avec le secours et le charlatanisme d'une toilette adroite et fausse. Je plains de bon cœur l'artiste, s'il n'a jamais vu que des femmes ainsi

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faîtes. Les mains sont au dessous de toute critique. Ni phalanges, ni articulations, d'une seule pièce. Je ne vois pas là rétofle d'un sculpteur. La tête est platement copiée sur la Vénus de Médicis.

V Eurydice de M. Leçendre Heral est dans une attitude tourmentée. Je ne sais à quoi attribuer le système de modelé adopté par Fauteur. Evidemment il a eu l'intention de faire une jeune fille de seize k dix-huit ans, et cependant il lui a donné les sourcils d'un homme de trente ans soucieux, et les mamelles d'une femme déjà vieille. La bouche n'a pas de forme appréciable.

Le Mercure de M. Duret, vanté, quand il nous est venu de Rome, comme un morceau antique, nous a semblé un ressouvenir assez gauche et inanimé de plusieurs morceaux. Mais il n'y a pas de parti pris : l'ensemble est d'une froideur désespérante.

Sauf les cheveux que je ne saurais accepter, je préfère de beaucoup V Innocence de M. Desprez. Je sais qu'on peut reprocher à l'exécution un peu de sécheresse. Mais le dos est finement étudié ; le mouvement de

la figure et naïf et vrai : la poitrine est jeune et simple. La nature prise à cet âge est si peu accusée , qu'on rencontre , pour la reproduire, d'immenses difficultés.

La statue du maréchal Lannes, exécutée en marbre par M. Cortot, est de la même force que les précédens ouvrages de l'auteur. C'est la même froideur, le même arrangement , roide et maniéré ; les bottes, le visage, les mains, les broderies, le manteau, tout est fait de même matière, touché de même; la tête ne vit pas. C'est une pauvre statue!

Le Roland de M. Duseigneur présente quelques bonnes portions d'études musculaires. La tête est d'une expression animée , mais la composition est folle ; et je ne lis nulle part, dans Ariosto, que Roland se soit mis nu pour devenir fou.

Les nouveaux groupes d'animaux de M.

Barye nous ont paru supérieurs au premier qu'il a envoyé cette année.

Un groupe allégorique de M. Auguste Barre, la Liberté triomphante y révèle plusieurs qualités louables, et surtoutun amour sincère de la réalité; mais outre que les deux

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figures ne sont pas reliées ensemble et pourraient être détachées sans aucun inconvénient , les deux têtes manquent d'élévation et de poésie. Le Despotisme, foulé aux pieds, ne souffre pas ; il y a dans son attitude de Pindolence et de la mollesse ; mais k part la tête, qui grimace avec le reste, j'y cherche vainement un homme qui se débat au moment où il vient d'être terrassé. Le type de la Liberté est lourd et trivial. On voit que l'artiste copie assez exactement, mais il choisit mal ses modèles, et il néglige de les ennoblir et de les élever. Si , comme je le crois, c'est le début d'un jeune homme, avec du travail il peut espérer d'atteindre à une bonne exécution. Les draperies sont touchées avec souplesse et assez naturellement ; mais ce qui manque absolument, c'est une pensée, et l'allégorie n'est acceptable qu'à cette condition. Deux bustes de M. Colin nous ont paru exécutés dans lui sentiment élevé. Le masque n'a peut-être pas assez de souplesse, les che* veux ressemblent volontiers à de la paille mouillée ; mais à tout prendre , ce sont deux portraits d'un beau caractère.

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Caslordofnptant un cheval, de M. Gechter, est froidement vrai; le cheval vaut mieux que le héros , le poitrail est éludié avec conscience, le mouvement de la jambe droite antérieure est vrai; mais le dos est rond, l'arrière train est trop simple. Vraiment il n'y a pas grand mérite pour Castor à dompter un cheval qui résiste si peu et dont l'éducation paraît absolument complète. Toutefois on voit que l'auteur a fait un effort sérieux pour lutter avec la nature, mais son œuvre manque d'accent.

Le Sparlacus de M. Foyatier, dont nous avons vu le modèle en plâtre au dernier Salon, exécuté en carrare, n'a pas beaucoup gagné dans cette métamorphose , et même , si nos souvenirs sont fidèles, le premier modèle était moins rond. Nous ne voulons pas récriminer sur un fait accompli ; mais malgré le succès unanime que ce morceau a obtenu il y a quatre ans, nous ne voulons pas nous faire faute de dire que c'est de la sculpture emphatique et déclamatoire. Il n'y a là ni drame ni tragédie , c'est du mélodrame pur.

Toutefois, nous conseillons à l'auteur

d'exécuter de préférence des figures du même type et du même âge que son Spartacusy et de ne plus essayer à l'avenir de composer ou de rendre des figures de femme ou d'enfant. Xivi^ petite fille jouant avec un chevreau, placée près de son Spartacus, ne vaut absolument rien. Il parait décidé que son ciseau se refuse à ce genre de travail. Une figure allégorique , \di Prudence , àtslmée k la nouvelle salle des députés, est commune et ronde. Qu'il s'en tienne à son premier succès, il pourra trouver dans les galeries de quoi le continuer et le renouveler.

Un jeune Pêcheur napolitain^ de M. Rude , n'a guère de nouveau et d'original que son bonnet et ses dents qu'il montre; du reste, la figure en elle-même est d'un choix malheureux; le torse et les membres sont lourdement exécutés. Où M. Rude a-t-il vu de pareils pécheurs si simplement vêtus? Un bonnet, sans chemise, plaisant accoutrement ! Pourquoi pas des haillons ? Pour Dieu , si vous voulez à toute force du nu , et rien que du nu , restez dans la mythologie , vivez sur les héros, et ne touchez pas k l'humanité !

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