CHAPITRE XVII
MM. AiMB CbbnavarDi dk la Berge, Thompson
et POERST.
M. de la Berge, inconnu jusqu'ici, très jeune à ce qu'on dit, a envoyé pour son début un grand paysage , d'un eflet original et nouveau. Sa manière ne ressemble ni à l'ancienne école de MM. Walelet, Bertîn et Bidauld , ni au paysage historique qui se perpétue k l'école de Rome dans la personne deMM. Remond et Giroux. Elle ne ressemble pas davantage à la nouvelle école que M. Paul Huet vient de fonder, et dont les principes incomplètement exposés et réalisés cette année , ont cependant rencontré une vive et rapide sympathie.
Sans avoir la ridicule prétention de retrouver à coup sûr le présent dans le passé, sans vouloir nier la personnalité du jeune
artiste 5 nous dirons , non pas à tout hasard , mais parce que cette pensée résulte en nous » d'une première impression et d'une réflexion postérieure, que la manière de M. de la Berge participe à la fois des Flamands et des Anglais. C'est un mélange heureux de naïveté simple dans les lignes comme les premiers , et de couleurs vives et franches comme les seconds.
Le sujet, pris ou non d'après nature, ce qui importe peu, est bien distribué. Dans tous les cas, il serait difficile de croire que l'auteur n'ait rien ajouté à son modèle. Il y a dans son exécution trop de hardiesse et de facilité pour qu'il n'ait pas accordé quelque chose à sa fantaisie. Nous l'en accuserons sans crainte.
Il a évité l'empâtement , volontairement k ce qu'il semble, pour se soustraire à la confusion qui en résulte quelquefois. Sa peinture y a sans doute gagné une clarté singulière ; mais aussi les différens objets qu'il a représentés manquent d'épaisseur et de modelé.
Et puis, dans certains détails , le vague et
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rindécisioQ sont donnés par la nature, et deviennent nécessaires dans l'art même.
Ceci s'applique en particulier aux lignes brunes de l'horizon à droite du spectateur.
Ces tons bleus et gris sont vrais en ce qui concerne la couleur proprement dite. Il n'est personne qui ne les ait observés ; mais dans la nature , ils ne sont pas découpés d'une façon si crue et si arrêtée. Or c'est précisément l'inconvénient de la peinture trop plate, et l'empâtement conviendrait mieux pour rendre l'effet tel que les yeux le voient tous les jours.
Les personnages qui occupent la gauche du paysage sont bien touchés; la rue est bien perspectivée ; les lignes fuient bien, et donnent à l'espace toute la profondeur nécessaire; mais cette profondeur n'est qu'artificielle. C'est une exactitude mathématique, incontestable , très légitime , d'après les traités de Monge et de Vallée. Mais cependant les yeux ne sont pas satisfaits. Les maisons n'ont pas une épaisseur réelle : on sent bien qu'elles sont inhabitables , et qu'on n'y pourrait loger que des esprits.
La prédilection volontaire de Tauteur pour les tons purs et francs l'a mené trop loin , et nous dirons de lui, ce que nous disions il y a quelques jours de M. Jadin. Il a bien vu, la nature est ainsi faile , mais il ne Ta pas regardée assez long-temps. Avec un peu plus de patience, il aurait aperçu, ce qui manque à sa toile, la variété. Au premier aspect, tout se ressemble, un peu plus tard tout diffère.
Sans troubler l'harmonie de sa composition, il l'aurait rendue plus intéressante, plus vraie, en la semant d'un plus grand nombre d'accidens et d'épisodes. Ces détails que nous réclamons, le spectacle de tous les jours les fournit à celui qui veut bien les chercher et les attendre.
Que M. de la Berge y prenne garde, la peinture a d'autres et plus sévères exigences que l'aquarelle, et c'est surtout à cette dernière manière que se rapporte sa peinture.
Un Vase dans le style de la renaissance j de M. Aimé Chenavard, exécuté à l'aquarelle, nous a long-temps arrêté; c'est une
composition ingénieuse et habile. On voit que Tauteur possède sur le bout du doigt le siècle qu'il veut traduire et rappeler; mais il sait le seizième siècle plutôt qu'il ne le sent. Son talent ressemble plus h celui de d'Agincourt et d'Alexis Monteil qu'à celui de Sarrazin ou de Benvenuto. Son vase est un chef-d'œuvre d'adresse et d'arrangement, rien n'y manque pour la partie technique, tout est bien a sa place. Je ne sais pas un détail à l'appui duquel M. Chenavard ne puisse produire quelques pièces justificatives. Ouvrez les armoires du nouveau Musée , fondé il y a deux ans, et vous y retrouverez l'origine et l'explication des ornemens, des anses, des figures et du reste; mais j'y cherche vainement la vie et la souplesse des vases de Benvenuto.
Les vases du seizième siècle, chefs-d'œuvre d'orfèvrerie florentine, rappelaient et réalisaient le mythe des Amadryades, qu'Hoffmann a renouvelé et rajeuni de nos jours dans la Sympsychie ttAnionia et du Violon de Crémone. L'ame de Tartiste était réellement
incarnée dans une coupe d'argent; les figu* res, ciselées et repoussées, ne paraissaient pas ajoutées, appliquées après coup ; mais il semblait qu'elles fussent nées en même temps que le vase qui les portait, que sans elles il n'aurait pas existé. Il y avait entre eux une si intime et si étroite sympathie , ils étaient si bien identifiés et confondus, qu'on n'aurait pu songer à les séparer. De telles œuvres d'art étaient conçues et réalisées d'un seul jet.
Or, il semble que M. Aimé Chenavard ait habilement réuni toutes les conditions historiques de la renaissance dans le vase qu'il nous a donné , moins ce que l'étude ne saurait donner, l'inspiration naïve etspontanée, si fugitive, si difOcile à saisir, qui commande si impérieusement, et a laquelle cependant il est quelquefois si malaisé d'obéir.
Ainsi le col du vase nous semble trop court, le mouvement des anses est trop circonscrit, les ornemens nous ont semblé trop simples.
Le sujet du bas>relief placé sur la panse
du vase, Jean Goujon présentant sa Diane à la maîtresse de François /"•, est bien choisi. Uexécution est, dit-on, confiée àM. Antonin Moine; tant mieux, nous le verrons à Tœuvre , et en attendant quUl puisse composer un tombeau ou un monument public, c^est une heureuse occasion de développer son talent, dans des limites étroites il est vrai , mais dans un sujet ingénieux, et d'ailleurs bien approprié à la souplesse et h la naïveté que nous lui connaissons. Sans doute il trouvera bon, dans le cours de son travail, d'animer un peu la scène qui , dans l'aquarelle de M. Chenavard, est froide et officielle.
Nous recommandons surtout à son attention le mouvement des jambes des différens courtisans; à moins qu'il ne trouve plusieurs plans à diflerentes profondeurs, il obtiendra, en suivant les lignes du dessin que nous voyons, un effet monotone.
Les précédentes observations s'appliquent exactement à un vitrail du même auteur, représentant le Jugement de Salomon. Mais, malgré nos critiques, ce serait faire à M. Che-
navard une étrange injure que de le comparer à M. Béranger, dont nous avons des vitraux absurdes, semblables à des lithographies coloriées. A quoi songe M. Yatinelle, de réaliser de pareils modèles?
Nous avons vainement cherché les gravures sur bois de M. Porret, que nous avions vues il y a trois mois à Touverture du Salon ; au reste elles sont entre les mains de tout le monde. Comme il traduit à l'habitude tous les croquis dont Tony Johannot enrichit tous les beaux livres modernes, on pourra vérifier à Taise nos remarques.
M. Porret a détrôné la vieille et populaire réputation de Thompson; il fait incomparablement mieux et plus simplement que lui, il n'a pas la prétention de rivaliser avec la taille-douce; il comprend mieux et plus finement la mission spéciale de son art , qui est de lutter avec les croquis à la plume, sauf à leur être supérieur en pureté, en hardiesse.
Quelquefois cependant, il lui serait possible, tout en suivant fidèlement le dessin qui lui est confié, d'obtenir des tons plusdégra-
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dés, de ne pas réduire tous ses effets à deux élémens, le blanc et le noir* Il y a autre cliose dans le volume de la Toar de Londresy dessiné par Harvey. M. Porret, nous n^en doutons pas, atteindra bientôt la gravure anglaise, et aura sur elle Tavantage d'une plus grande franchise.