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CHAPITRE IIL

Les Portraits.

Jamais peut'- être les portraits n'ont été plus nombretix qu'au Salon de cette année.

Et vraiment cela se conçoit sans peine. Il serait peu sage en effet d'entreprendre à tout hasard de vastes compositions^ sans avoir à peu près assuré d'avance leur destination; pour vouloir trop oser à la fois et d'emblée, on se prépare souvent d'amers désappointemens. Qui sait si Géricault n'eût pas mieux fait d'acclimater et d'apprivoiser en détail Tentétement et l'ignorance du public, par des compositions aussi hardies , aussi énergiques que la Méduse, mais d'une moindre dimension, d'une exécution plus rapide, qu'il aurait pu, avec la fécondité dont la nature l'avait doué, multiplier à son gré, renouveler à l'infini? peut être alors ne se fût-

il pas découragé. Il aurait été glorieux et compris avant de mourir. Il aurait eu le règne qu'il méritait à tant de titres; et le bourdonnement de toutes les réputations qui croissaient autour de lui avec une scandaleuse profusion , si bruyantes quand son nom était à peine connu de quelques initiés, et aujourd'hui silencieuses, éteintes, évanouies, effacées de la liste des vivans, absorbées par réclat de son nom, aussi nulles que si elles n'avaient jamais été, la constante ingratitude des curieux dont il voulait réveiller le goût blasé , Tacharnement et Fenvie des critiques et des coteries, n'auraient pas hâté ses derniers jours. Au lieu d'un chef-d'œuvre immense , mais unique, qui oserait nombrer les œuvres qu'il nous eût laissées?

Les toiles de chevalet et les portraits sont, à notre avis, d'excellens et utiles préludes à de plus vastes compositions. Nulle étude peut-être n'est plus profitable et ne mûrit plus rapidement le talent des artistes , que la reproduction fidèle et consciencieuse du masque humain dans toutes ses attitudes,

avec ions ses aspects capricieux et variés; et puis on aurait tort de croire que cette be* sogne ne laisse aucune place à Pinvention.

Loin de là ; Yelasquez et Yan-Dyck sont d'ad* mirables inventeurs; et personne, que je sache , ne voudrait contester l'élégance et la gravité de ces deux maîtres. Bien qu'il s'a* gisse de copier la nature, de traduire ce qu'on voit , sans altérer ni modifier ce qu'on a vu, cependant le grand artiste, forcé qu'il est d'empreindre toutes ses oeuvres du caractère personnel de son talent, voit avec d'autres yeux que le vulgaire, saisit et devine des finesses qu'une ignoran te curiosité ne saurait même soupçonner. Voilà pourquoi une figure triviale et laide peut devenir un très beau portrait. Peut-être que sans la plume de Tacite, Néron serait à peine connu comme un scélérat de mélodrame ou d'assises. C'est que les événemens de la vie et les actions humaines ne deviennent grandes et belles, quel que soit d'ailleurs le caractère de la réalité primitive, que par le génie de l'historien qui les raconte, du philosophe qui les explique, ou du peintre qui les reproduit.

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Les plus beaux portraits du Salon sont de M. E. Champmartiii. Il y a dans l'exécution de ce jeune artiste, un caractère de franchise et de simplicité qui saisit d'abord, et qui force l'attention d'étudier ses œuvres dans leurs moindres détails. On voit qu'il observe la nature avec amour, qu'il ne la trouve jamais trop variée ni trop capricieuse, qu'il ne regrette pas les études qu'elle lui coûte, et qu'il chérit jusqu'à ses moindres nouveautés, pour assouplir son talent par un nouvel exercice. Ces remarques et ces éloges nous semblent profondément vrais quand on compare les portraits de M. Champmartin à ceux de nos autres peintres. Mais quand on le compare à lui-même, quand on se rappelle son Massacre des Innocens, sa f^ae de Jérusalem et son Hassein-Pacha si admirablement gravé à Vacqaa tinta par Dupont, alors la justice et la vérité veulent qu'on soit plus sévère à son égard. Disons-le, puisqu'il le faut, et ne regrettons pas la vérité, si dure qu'elle puisse d'ailleurs paraître : il est cette année supérieur aux autres et inférieur à lui-même. Ses amis diront qu'il s'est

humanisé pour plaire au public, qu'il a négligé à dessein Téclat et la franchise de la couleur que nous lui connaissions, pour ne pas choquer des préjugés établis qui lui auraient barré le chemin. Peut-être est-ce un calcul adroit. Mais à coup sûr, si de semblables motifs ont décidé M. Champmartin à changer sa manière, nous devons le plaindre et le blâmer. Cette préméditation de timidité frappe surtout dans les portraits de femmes, un seul excepté, celui de if"' Iàzinka de MirbeL Ce dernier est en effet, avec celui de M. Mennéchetj le seul qui rappelle les anciennes habitudes deTauteur.

On a beaucoup vanté le Portrait de M. de FitvJames, et nous sommes loin sans doute de prolester contre Tapprobation publique ; mais^ans parler des jambes du duc, qui ne valent absolument rien ; sans nous arrêter à faire sentir tout ce qu'il y a d'uniforme et de monotone dans le ton des trois têtes, n'est-il pas évident que les étoffes sont traitées timidement et petitement? J'ai entendu objecter à ces critiques le caractère argentin de la tête du père. Tout en regrettant que l'auteur

n'eût pas trouvé dans la nature un modèle d'une couleur plus haute , on assurait qu'il avait accepté une nécessité , mais qu'il en avait tiré bon parti* Nous sommes peu disposés à prendre pour bonnes de pareilles excuses ; et nous croyons sérieusement que, même en supposant à la nature la teinte enfantine et transparente qu'elle possède réd<lement , il n'était pas impossible de trouver dans le modelé des chairs , diversement accentuées y des contrastes heureux. Il faut rendre justice à la richesse des accessoires ^ à la vérité des draperies , à l'ingénieuse disposition du groupe.

Le PoHrait de M. Mennéchet vaut mieux sous tous les rapports : la ressemblance est aussi frappante que dans le portrait précédent, mais l'exécution est plus solide et plus hardie ; les vêtemens sont bien traités. Il nous a semblé que la chemise était d'une couleur fausse. Le fond est peut-être un peu dur.

Le portrait de M"^ la marquise de F. ne rappelle en rien l'ancienne manière de l'auteur, et vraiment c'est grand dommage. Peut-

on voir, en effet, sans un profond regret, qu'après avoir exécuté dans les Janissaires des morceaux que Géricault lui-même n'eût pas dédaignés, M. £• Ghampmartin M. passe comme il l'a fait , le cou , les épaules, la poitrine et les mains de cette dame ? Les mains surtout sont noyées dans un nuage de ybl^ peur, la forme des doigts n'est pas appréciable. Que l'artiste les eût faits potelés, à la bonne heure ; qu'il les eût prolongés à des* sein , comme Jean Goujon , nous le concevrions sans peine ; mais les mains de la Diane, si poétisées qu'elles soient , conservent encore la forme humaine, et celles-ci ne ressemblent à rien.

Le plus beau portrait de M. Ghampmartin, celui qui se rapproche le plus de son Hus^ sein-Pacha, c'est M""» de Mirbel. Le masque est d'une finesse exquise , la vie est partout , et la manière nulle part. On retrouve et l'on devine la chair sous la peau, et la charpente sous la chair ; la mousseline et les fleurs de la robe, ne laissent rien à désirer pour la transparence et la légèreté. Les mains sont ici étudiées avec conscience et rendues avec

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bonheur, la composition des lerrains est bonne; mais le paysage^ d'ailleurs ingénieusèment disposé , est plat et sans profondeur; Texécution en est négligée. L'auteur parait y avoir attaché peu d'importance; il a fait ses preuves, et l'indulgence n'est plus permise avec lui. La tête est habilement encadrée :

les fleurs du premier plan sont d'une admirable fraîcheur ; la toile tout entière est d'un éclat harmonieux et saisissant. C'est la même élégance que Lawrence, plus consciencieuse peut-être , presque aussi vraie que Van-Dy ck • Si j'étais femme, mon désir le plus ardent serait d'être ainsi peinte par M. Ghampmartin, je serais sûre au moins de ne pas mourir tout entière.

A quoi peut tenir cette évidente supériorité du portrait de Mm« de Mirbel, sur tous les autres portraits de femmes que M. E.

Champmartin a envoyés au salon de cette année ? Probablement au caractère du modèle, et nous ne voulons pas seulement parler de la tête considérée sous le rapport pittoresque, de l'animation du teint et du regard, nous entendons faire allusion k la

tolérance qui résulte nécessairement d'une intelligence exercée. Y a-t-il en effet un purgatoire comparable aux innombrables réclamations d'une simple femme du monde qui se fait peindre? Comment est-il possible que l'exécution d'un portrait ne soit pas tourmentée et pleine de contradictions, quand on songe aux innombrables avis que l'artiste est obligé de subir? bien heureux encore quand le courage ne lui manque pas avant la fin.

Maintenant, faut-il croire, comme on le dit, que M. E. Champmartin ait renoncé définitivement à la composition historique ?

nous ne le croyons pas, nous ne voulons pas le croire. Ses amis parlent avec éloge d'une Prédication de saint Jean y commencée il y a deux ans, et empreinte, à ce qu'ils assurent, d'une couleur naïvement orientale. Nous la verrons sans doute, et nous jugerons quel parti l'artiste aura tiré de ses voyages dans le Levant; s'il a retrouvé chez les Arabes les habitudes et les costumes bibliques, et s'il a su, comme nous le souhaitons, renouveler par l'exécution , un des sujets le plus souvent traités depuis la renaissance de la peinture.

Que M. Champmartin prenne courage , qu'il continue de se perfectionner par des études constantes et consciencieuses, et son jour viendra ; il n'est pas loin peut-^tre. Il reste encore au Louvre des salles à décorer.

Quand une fois sa popularité sera bien établie , quand son talent , au lieu de briller de* vant le public pour s'éteindre devant les artistes, sera une fois accepté par les curieux après avoir été proclamé par les habiles, il trouvera d'amples dédommagemens à l'obscurité qui lui a pesé si long-temps ; il se consolera dans des travaux de son choix des dédains et des risées qui l'ont accueilli à ses débuts. Puissent nos prophéties s'accomplir bientôt!

J'aime aussi les portraits de MM. Decaisne et Schwiter. M. Decaisne paraît affectionner de préférence la manière de Lawrence , et quelquefois il réussit à rappeler le maître qu'il se propose pour modèle. Bien que le succès ait couronné cette année les essais qu'il a faits, je ne lui conseillerai pas de suivre la voie où il est entré. Je suis ennemi déclaré de tous les pastiches.

Le Portrait de M"^ Malibran y fait de souvenir, est gracieux et bien posé ; le ciel ne m% plaît pas; la ressemblance est plus idéale que vraie, le masque du modèle est plus maigre , plus long ; les pommettes sont plus accentuées. II y a dans la nature un caractère faible, grêle et languissant, que je ne retrouve pas dans M. Decaisne. A part la mélancolie passionnée du regard, tout le reste du portrait ressemble trop à une jolie femme, comme on peut en voir tous les jours; mais j'y cherche vainement les épaules et la taille de la Desdemoruiy qui m'a fait si souvent pleurer.

Le inc d* Orléans est d'une peinture agréable , mais molle ; la tête ne parait pas étudiée sur la nature , et n'a pas le caractère de jeunesse féminine que tout le monde connaît au prince royal.

Les deux meilleurs portraits de M. Decaisne, sont une femme assise, en robe claire, et une autre en robe violette, vue jusqu'à la ceinture seulement.

M. Decaisne s'était fait connaître aux précédens salons par des tableaux de chevalet ,

d'une composition généralement ingénieuse, mais d'une exécution faible, incomplète, et constamment à côté du vrai. On lui reprochait surtout, et avec raison, selon moi, de traiter les chairs comme les étoffes , les rides comme les plis , les cheveux comme les franges de tapisserie. Il semblait, k voir la touche uniformément cotonneuse de sa peinture , que tout pour ses yeux fût fait de même matière , qu'il n'y eût qu'une seule chose au monde dont toutes les autres étaient faites.

Cette proposition singulière au premier abord, paradoxale, étrange jusqu'à la folie pour quelques esprits paresseux , sera peutêtre admise un jour par les naturalistes et les philosophes. Mais lors bien même qu'elle aurait acquis scientifiquement une triviale popularité, elle ne serajamais vraie dans le sens et au profit de l'art. La variété, la diversité de l'aspect pittoresque, est aussi nécessaire à la peinture et à la sculpture, que la variété des langues k la poésie. Nous concevons très volontiers que Leibnitz ait rêvé pour la scienceune langue universelle, commel'abbé de Saint-Pierre rêvait pour l'humanité une

paix perpétuelle. Mais, à coup sûr, les huit cent soixante idiomes du monde connu n^ont pas médiocrement contribué à varier les poésies que Thistoire nous a révélées jusqu'ici.

Nous voilà bien loin de M. Decaisne. Nous nous hâtons de revenir à lui , et de le féliciter hautement des progrès immenses qu'il a faits depuis le dernier Salon. Ses portraits qu'il faut aller voir, et qu'une sèche analyse ne peut faire connaître qu'incomplètement, révèlent une ardeur infatigable pour l'étude, et une grande souplesse d'exécution. Il ne s'est pas encore complètement dépouillé de ses premiers défauts que nous signalions tout à l'heure. Il conserve encore quelque chose de ces touches filandreuses qui ôtent à la silhouette de ses figures , la pureté qu'elles devraient avoir. L'air qu'il fait respirer aux créations de son pinceau manque de légèreté. Le ciel sous lequel il les place, n'est jamais haut ni mobile. Mais à voir la bonne volonté dont l'artiste a fait preuve cette année , à compter les pas qu'il vient de faire, et les succès qu'il vient d'obtenir, il

est facile de présager que la France va trouver en lui un \ïon portraitiste de plus.

Un artilleur de M. Schwiter et le portrait deTauteursont deux morceaux louables sous plusieurs rapports. La couleur est belle, mais le dessin est généralement lourd. 11 y a dans l'exécution des détails une complication munitieuse qui trahit Tinexpérience et la timidité. Le travail est consciencieux, mais manque de simplicité. Je me souviens d'avoir vu M. Schwiter dans la grande galerie à peu de distance de son portrait, et j'ai vérifié sur son masque la remarque précédente ; les plans de son visage sont infiniment plus simples que ceux de son portrait. Il parait , ou du moins j'ai entendu dire, que la même critique pouvait avec une égale justesse s'appliquer à l'artilleur.

Ce qui manque surtout à M. Schwiter^ c'est la personnalité, la hardiesse ; et puis il voit trop la nature à travers la manière anglaise. Il faut prendre à nos voisins ce qu'ils ont de bon ; mais pour y réussir, on doit seulement regarder avec soin comme ils procèdent , sans se croire obligé de procéder

comme eux. Le climat et la diète de la Grande- Bretagne donnent aux chairs un ton parlicu«lier qu'on ne retrouve pas en France. Le système de leurs vétemens est beaucoup plus coloriste que le nôtre , plus harmonieux souvent, mais toujours plus riche en contrastes saisissans. Notre costume, au contraire, est terne, monotone , ennemi dereffet. On ne peut, sous peine de s'afQcher, porter de ces couleurs qu'on appelle voyantes. Le bon goût comme le beau monde Ten tend, c'est d'avoir l'air de n'y pas penser.

Toutes ces considérations, frivoles en apparence , imposent à la peinture de portrait des obligations spéciales, et démontrent avec évidence qu'on ne doit imiter les portraits anglais qu'avec ménagement.

Après M. E. Champmartin, ou plutôt à côté de lui , il faut placer M°>« Lizinka de Mirbel. Cette dame a porté la miniature à un tel point de perfection , qu'on ne pourrait sans une amère injustice la mettre ailleurs qu'au premier rang. On peut aller aussi loin qu'elle, mais plus loin, je ne le crois pas.

La miniature est généralement dédaignée

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par les artistes , précisément par les mêmes raisons qui la font chérir du public. Les artistes et le public ont raison chacun à leur manière. Les miniatures sont rarement pour ceux qui les possèdent, des objets d'étude ou d'admiration, mais plus volontiers des souvenirs ou des gages d'aflection. Les circonstances même au milieu desquelles ces sortes d'œuvres se produisent, s'opposent impérieusement à ce qu'on les juge avec sévérité. La plupart du temps , on les regarde et on les approuve comme un madrigal sur un album, ou comme une boucle de cheveux dans un médaillon. On ne leur demande pas d'être des œuvres d'art , et on ne les critique pas comme telles.

M™<' Lizinka de Mirbel a reculé les bornes de son art avec une persévérance infatigable. D'année en année ses progrès sont sensibles.

Et ce n'est pas une étude médiocrement curieuse , que celle d'une femme qui , ne pouvant être vaincue que par elle-même, essaye tous les jours de se surpasser.

Nous avons de M™* de Mirbel quinze miniatures. De ce nombre, huit sont exécutées

àt Taquarelle etsept sur ivoire. Nous préférons instinctivement les aquarelles aux ivoires.

Au moins c'était notre avis aux Salons précédens, et cette fois-ci encore, M. de P. et le général L. nous paraissent traités avec une supériorité désespérante pour tous ceux qui voudraient lutter avec l'artiste par les mêmes procédés. Mais toutefois , et malgré le mérite immense de ces deux aquarelles, nous aimons mieux encore M"''* de P. et la tête d'un jeune anglais exécutée sur ivoire.

L'ivoire a trop souvent les mêmes inconvéniens que la porcelaine ; il donne aux chairs, aux cheveux, aux vétemens, au ciel, à tout , enfin , un aspect uniformément lisse qui nuit singulièrement à la vérité et surtout à la variété.

M™« de Mirbel a heureusement ,évité cet écueil. Seule entre tous les miniaturistes, elle a la prétention de lutter avec la peinture à l'huile , et il faut avouer qu'avec les ressources bornées de l'art dans lequel elle s'est renfermée, la lutte tourne souvent à son avantage. Pour le général L., en particulier, elle a mieux et plus heureusement

fait que M. £• Champmartin : elle a donné k la figure du général quelque chose de volontaire) d'énergique et de masculin qui manque absolument au portrait de son rival ; et quelle différence dans les moyens 1

Nous reprocherons au médaillon de M"«*de P. un défaut peu important, sans doute ^ mais assez réel, cependant, pour mériter qu'on le signale et qu'on l'explique. Les feuilles qui servent de fond aux deux têtes sont touchées comme les cheveux et les chairs : elles sont immobiles et plates. Les branches auxquelles elles s'attachent n'ont aucune forme appréciable, ne sont représentées que par des lignes, ne ressortent pas , enfin ne sont pas vraies. Il n'y a pas jusqu'à la couleur qu'on ne puisse justement blâmer et accuser d'indécision et de timidité, dans ces accessoires. Ce défaut, si je ne me trompe, tient à l'habitude de tracer la silhouette des têtes sur un fond vide et nu , ou plutÂt à l'habitude de ne pas faire de fond. L'inexpérience, dans ce cas, est naturelle, inévitable. Nous blâmerons M"** de Mirbel de prendre trop souvent ce parti. Je sais bien que le

parti Contraire augmente la difficulté ; mais de la part d'un artiste aussi habile , une pa* reille objection n'est pas acceptable; et puis, la difficulté une fois surmontée, on trouve des ressources nouvelles. Le tracé de la figure acquiert une délicatesse plus exquise, les plans du visage se colorent plus naturelle-^ ment , et toute la composition devient plus harmonieuse*

Nous avons vu du même auteur des têtes à la sepia que nous préférons encore à ses aquarelles. Il nous a semblé qu'elles étaient faites plus librement. Nous regrettons que M»« de Mirbel n'emploie pas plus souvent ce dernier procédé.

Pour l'étude et le modelé du masque bumain, je ne crois pas qu'il soit possible d'aller plus loin; mais il me semble que l'auteur a encore beaucoup k gagner pour la fermeté et pour ce que j'appellerai l'unité de l'exécution. A coup sûr, toutes ses figures sont bien ensemble; il n'y a pas un trait qui bronche ni qui grimace; les yeux et la bouche dont bien à leur place ; mais les différentes parties du visage ont trop souvent l'air d'être ajou-

tées Tune à l'autre, posées Tune à côté de l'autre , et ne sont pas assez solidement re-* liées. Il y a du bonheur, de l'adresse , de la conscience, un savoir immense, un talent infini; mais peut-être la hardies^ n'est-elle pas suffisante* Je reprocherais volontiers à l'exécution de M™» de Mirbel ce que j'ai bien souvent blâmé dans le jeu de W^'^ Mars, ou dans le chant de M°*« Malibran , c'est de porter officiellement l'attention sur des détails, qui paraissent exagérés quand on les voit successivement , et qui ne seraient que vrais si on les embrassait d'un seul coup d'œil.

Je ne suis pas bien sûr d'avoir nettement expliqué ma pensée, et l'écheveau de ma parole finit par devenir tellement délié, que j'ai presque l'air de jouer le râle de Don Qaixote et de m'escrimer contre des moulins ; mais je crois qu'un seul mot suffira pour éclaircir ce que je veux dire. Les miniatures de M"« de Mirbel ont trop souvent l'air d'être faites de droite k gauche ou du haut en bas. On croirait que chaque partie a été faite et parfaite k son tour : il n'en- est rien , et il y aurait plus que de l'absurdité à

le croire; mais Pintérét sérieux que nous inspire un talent aussi élevé nous fait un devoir de publier toutes les remarques que nous croyons propres à l'éclairer. Il n'y a de notre part ni pessimisme systématique, ni besoin impérieux de trouver à mordre et à blâmer. Pour être sincères, nous conviendrons qu'il nous a fallu long-temps pour découvrir les défauts que nous venons d'indiquer, et que d'autres yeux aussi attentifs que les nôtres ne verront peut-être pas. Mais, quoi qu'il arrive , nous souhaitons à M°'<' de Mirbel de ne pas dégénérer, et de faire encore, si la chose est possible, de nouveaux progrès. Nous l'attendons au prochain Salon*

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