CHAPITRE VI
MM. E. Delacroix et Sioalon.
Il y a un mois, à l'ouverture du Salon, nous répugnions a parler de MM. Delacroix et Sigalon. La Liberté , le Samt Jérôme et le Christ n'étaient pas convenablement placés pour être bien jugés. Aujourd'hui le hasard, ou le caprice peut-être, leur a fait justice. On peut les voir et les étudier ; nous pouvons raconter librement ce que nous avons éprouvé devant ces tableaux : on pourra nous contredire ; mais au moins ce ne sera pas aveuglément , et Ton nous aura compris.
Jusqu'à présent, on reprochait à M. E.
Delacroix de n'apporter pas assez de conscience et de sévérité dans l'exécution de sa peinture. On ne loi contestait pas l'ardeur et l'énergie de ses compositions. On recon-
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naissait volontiers la richesse etla variété de son imagination. On savait tout ce qu'il y avait de grandeur et de souplesse dans son invention ; mais on prétendait savoir de bonne source qu'il ne savait pas ou même qu'il nevoulaitpasexécuter,qu'ils'ensouciait peu , qu'il s'était arrangé systématiquement une manière incorrecte et négligée, dont il ne voulait pas sortir. Aujourd'hui M. E. Delacroix donne à toutes ces assertions un éclatant démenti» Il n'y a pas au Salon de cette année un seul tableau dont l'exécution soit plus serrée, plus sévère, plus complète que celle de sa Liberté. Jamais il n'avait apporté dans l'achèvement d'une œuvre, plus de persévérance et de courage; jamais il ne s'était plus difficilement contenté. Il a lutté corps à corps avec la nature. On a blâmé le ton gris qui règne sur toute la toile ; mais je ne sau-^ rais me ranger à cet avis. £ut-on voulu qu'il plaçât les acteurs de son drame sous un ciel italien? Il a mis de la poussière parce qu'il en a vu , parce qu'il y en avait. Ce n'est pas sa faute si notre climat n'est pas plus riche , phjs éclatant. 11 a pris la scène telle qu'elle
s'est passée sous ses yeux , et il en a tiré un admirable parti.
Faujt-il blâmer, faut-il louer Talliance de Tallégorie et de la réalité qui préside k cette composition? nous blâmerons le principe en lui-même, mais nous louerons l'exécution : le succès absout. Evidemment, dans la pensée de l'auteur, l'allégorie donne à la scène qu'il veut représenter une grandeur nouvelle et plus imposante ; elle ajoute à la réalité le caractère idéal qui lui manque; en l'élevant elle l'éloigné ; elle ajoute à nos souvenirs d'hier, la majesté que l'histoire seule et la plus lointaine possède, et semble se réserver comme un privilège exclusif: mais une fois cette idée acceptée, ne fallait-il pas la mener à bout d'autre sorte? Cette jeune fille qui guide le peuple, a-t-elle vraiment l'idéalité dont le peintre voulait la revêtir ? Le type de sa figure et de ses membres estil assez grand , assez en dehors de nos habitudes? L'énergie et l'animation de ses traits suffisent-elles à en faire un être surnaturel? A ne considérer la chose que d'une façon absolue, nous ne le croyons pas; mais ea