‹ Salon de 1833Chapitre 12 sur 16 · LIS GAU8BRIE · texte numérisé non relu

LIS GAU8BRIE

récolé de M. Ingrés n'a pas encore produit, à ma connaissance, une jolie tète de femme, malgré sa prétention dé copier'Raphaël qui les a toutes faites divines. Ne serait-ce jpas cpie Raphaël avait dé l'inspiration et qu'en gardant la forme , il l'élevait, la grandissait y l'élégantisait, et que Fécole de M. Ingres, par idolâtrie pour la forme, l'outre un peu> l'accuse avec affectation , et de la finesse passé à la sécheresse qui montre les défeiuts.

— Je lé crois , quant à moi. Ce qui manque jusqu'à présent aux artistes , c'est de rendre, dans la représentation des femmes, le charme qui est une beauté, la grâce qui est une de leiurs séductions, la gentillesse qui est le fetrd des Françaises. Un élève de M. Ingres, pour excuéer cette espèce d'impuissance où l'école a été jusqu'à présent de peindre une femme jolie, me disait : « Ce qu'il y a de plus beau et de plus difficile à peindre, c'est une femme; ce qu'il y a de plus beau dans la femme , c'est la tête : ne vous étonnez donc pas qu'on y réussisse si peu. On y réussit pourtant quelquefois , lui repartis^ je, pourquoi jamais dans votre école? M. Ingrés y a réussi. Connaissez-vous

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la Mater Dei qu'il a peinte , et qui feit partie , je croîs, du cabinet de M.PastoretPcette femme est ravissante. M. Ingres a choisi son modèle; il Fa pris noble et élégant, puis il Ta divinisé par la pensée. » Cest là ce qu'on devrait imiter chez vous. Je ne parle pas des mains de la Vierge, qui sont d'une belle forme, mais qui me paraissent maniérées de pose. Toutefois, faites de la manière comme celle-là et on vous la pardonnera volontiers.

Nioiatorîstes. — M. H. I. HesM. — M. Isabey. — M. Jacques,— Madame Kautz. — Madame de Wateville. — Mademoiselle Gaillel. ^ Vue de Normandie. — Madame de la Gazette. — M. Mourlan* -* M. Aubry. — M. Jean Leydet. — M. J. Yernet. — M. Troivaux. — M. Gomien. — M^ Chabanné. — MademoiaeUe Tottlia. ^ Madame Leooq-Gyane. ^ Mademoi* selle Legrand. — M. Ddaclose. — M. Gaye. — Mademoiselle Singry. •- H. Maricot. — Mademoiselle Flora Gëraldy. — Ma* demoiaelle Demarcy. — M. Gobert. — M. Bonchardy. — Madame Dabasty. — Mademoiselle Bossange. — M. Charrier. — M. J. Delorme. — M. çt madame Daubigny. ^ M. Faija. — M. DuboQrjal* — M. Heigel. — M. Uaixe. — M. Passot. •- Madame Angustin. — M. Millet. •— M. Leqaeutre. — M. Saint. -^ Madame de Miri^l. -^EHe réaume en elle tout l^art du por* traitiste. — M. Meuret.

J'ÉTAIS seul^ k loupe en main^ pamblement occupé à re^rder les miniatures et les aqua-*

relies de M. H. I. Hesae ; je comparais les unes aux autres toutes ces têtes , et je m'étonnais de leur trouver à toutes un même caractère , une même couleur, une même forme, enfin un air trop complet de feonille , que j'aime peu à rencontrer dans les productions d'un artiste , parce qu'il décèle une manière, et que chez un peintre de portraits je désapprouve une manière, la nature étant très - diverse , et ne pouvant être convenablemeiit traduite avec des formes et un ton constans. Je regardais tous ces yeux ouverts de la même façon, également grands, exprimant la même idée , couronnés de sourcils semblables, enchâssés l'un comme l'autre; je regardais ces teintes grises, roses et rouges, réparties symétriquement sur ces visages uniformes, frappés comme les effigies d'une monnaie au coin de M. Hesse; je me disais : « Il est » d.pn;im.age qu'un homme qui a une pratique » habile, une main exercée, un bon goût d'ar- » rangement, se condamne à voir la nature » sous un seul aspect, et mente par conséquent » presque toujours; il est facheux qu'il se con- » tente d'un seul type et qu'il y accommode » tous ses modèles; au lieu d'agrandir son ta-

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» lent il le restreint. Voilà dans ses deux gran^ )) des miniatures d'en£ans, de la largeur^ de la » facilité^ une belle £aicture ; mais pourquoi ces » deux portraits me semblent-ils sortir d'un )) coin qui a modçlé les autres? » H paraît que je causais un peu haut avec moi-même^ car un homme qui m'est tout-à-£ait inconnu répondit à ce pourquoi :

— Parce que M. Hesse , comme tant d'autres peintres^ sembM)les en cela au jEaiseur de gauffires , a un moule où il jette sa pâte : versez y cuisez y saupoudrez de gris et de rose ^ et servez chaud! Voilà le procédé.

Je saluai gravement cet homme^ et me perdis dans la foule. Je traversais le grand salon pour aller voir dans la grande galerie les cadres des miniaturistes^ quand je fus arrêté par deux jolies femmes de ma connaissance^ donnant le bras à un amateur de peinture de mes amis et des leurs.

— Cest heureux qu'on vous rencontre enfin ici^ me dit l'une de ces dames. Voilà trois fois que j'y viens et je ne vous y ai pas encore aperçu. Vous ne' venez donc jamais au salon?

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*-• Je VOUS demande pardon^ madame^ j'y yiei» à peu près tous les matins.

— Nous n'y yenons que le lundi , nous , les jours où il y a du monde.

— Mais je vous assure que tous les jours il y a foule ^ surtout le dimanche.

— Vous avez le courage de vous jeter dans la cohue du dimanche , répliqua mademoiselle Hortense M***, la seconde de ces dames ^ en souriant et en faisant uiïe grimace qui voulait dire : « Pouah ! la détestable odeur ! fi ! la mauvaise compagnie ! »

— Le dimanche est un de mes jours de prédilection; j'aime à voir le •peuple devant la peinture, j'aîme à entendre ses observations. Il a quelquefois des choses justes, mais je reconnais qu'il est loin d'avoir le sentiment des arts. Au surplus, il n'est lànliessus guère plus ignorant que la bourgeoisie , et même que la société. Bi«^ entendu que je vous exempte, mesdames.

— Par politesse, tout au plus, répondit madame B'^'^'^^ cpr vous^ne faites pas grand cas de notre jugement.

— Nos opinions vous font même rire sou-

véaty ajouta mademoiselle HorleiïBe. Mais^ du reste, vous n'êtes pas le seul qui preniez décès Hbertés^là. Notre aimable cavalier que voici, M. Dela&oir, ne nous épargne pas pins que vous. Depuis trois quarts d'heure que nous sonmies arrives, il n'a pu être une fois de notre avis.

M. Delanoir. — C'est peu galant, j^en conviens, mademoiselle ; mais dansr les questions d'art il n'y a pas de galanterie qui tienne. Le mauvais ne peut devenir bon parce qu'il vous plaît d'être indulgente.

Madame ^***. — Dites tout de suite: parce que vous ne vous y connaissez pas.

M. Dplanoir. ~ Vous vous êtes si peu occupées de peinture ! S'il s'agissait de musique , je vous écouterais avec respect.

Mademoiselle Hofiense. — C'est - à - dire qu'il feut que nous vous ^boutions avec respect.

— Non, avec un peu dé déférence seulement, mesdames. Vous prenez dès directeurs pour vos consciences pittoresques, et vous ne vcrulcz pas les croire !

Madame B. — Eh bien! messieurs nos

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directeurs ^ nous vous croirons ; ne vous fôchez pas.

Mademoiselle Hqrlense. — Voyons, pilotez-nous, monsieur J..; vous devez connaître votre salon comme. . . .

— Comme un gardien de vieux château connaît ses ruines j pierre par pierre, ronce par ronce. Je vous avertis qii'il y a 'ici beaucoup de ronces.

Mademoiselle Hortense. — Voîis nous- les épargnerez, n^est-œ pas?

Madame B. — Qu'allons-nous voir? \

— J'avais mis ma visée pour aujourd'hui aux miniatures.

Madame B. — C'est bien froid. Et d'ailleurs, quand nous aurons vu Isabey, tout sera dit.

— Nous étions convenus que vous n'auriez d'opinion qu'après nous, et voilà que vous commencez par un blasphème à vous &ire percer la langue.

, Madame B. — Miséricorde! Quoi! Isabey n'est donc plus le prfemier peintre de miniature.

— Pas pour moi, du moins. Venez voir plutôt.

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Mademoiselle Hortense, — Mais cela est charmant ! vous ne trouvez pas ravissante cette dame blonde en chapeau et en robe de cheval ?

Madame B. — Et cet officier de cuirassiers^ et tout le reste?

M. Delanoir. — Tout le reste en effet ressemble à cet officier de cuirassiers et à la reine des Belges*

^— Tout à Fheure je remarquais^ en regardant les ouvrages de M. Hesse^ que cet artiste voit tout en gris; M. Isabey voit tout en rouge.

Mademoiselle Hortense. — Rouge si vous voulez^ mais c'est délicieux. Voyez les jolis yeux^ les admirables sourcils ! et ces lèvres du plus bel incarnat ^ et ces sourires aimables ! Ou voudrait être jolie comme cela.

Madame B. — On voudrait être peinte par cet artiste pour ne perdre aucun de ses avantages. Je ne sais que deux hommes à qui je voudrais confier ma tète si j'étais au moment de me marier : Isabey et Kinson.

-^ J'allais vous nommer le second.

Madame B. — Vous approuvez donc cette fois?

— Non; mais je conclus celui-ci de l'autre.

MademoiseUe Horlense. — Et que pouvez-vou« trouver à redire ici? N'esjtrce pas trè«-joli, trè8*élégant^ très -gracieux, trè^ bien feit, très-doux? Cela ressemble à du velours.

-^ A ce dernier trait de votre éloge, je n*ai rien à ajouter : vous avez trouvé juste.

M, Delanoir, — M. Isabey n'a jamais eu une grande force ; il était jadis d'une coquetterie qui réussissait beaucoup. H est encore coquet aujourd'hui; mais cette bonne grâce doQ,t on ira£folait^ on l'aime moins, et M. Isabey ne l'a plus guère d'ailleurs que comme la cooserviœt quelques femmes de« l'empire, qui n'abdiquent pas volontiers leur ancienne renommée de beauté. Le i^à remplace en ellea la fri^ichçur ; la mollesse a succédé à la itiajestë des formes ; on se peint les sourcils pour les avoir bien égaux, bien réguliers, bien noirs; on ^availle J^ donner à ses yeux une expression tendre ou fière; on passe de longues heures avec la modiste et la couturière ; on se compose de toutes sortes de manière^, et l'oji parvient à fedre un peu d'effet de loin. Mais voyez de près ces visages et ces tailles qui vous parais-

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sent bien quand vous les apercevez à ' dis^ tance!.... M. Isabey fut un artiste^ dans la véritable et bonne acception du mot. U était ingénieux^ vif^ ^irituel; il recréa un genre qui avait dégénéré d^uis Baudouin. Comme il florissait ^*- on se servait autrefois de cette expression pour parl^ du succès des grands artistes «-^ comme il florissait sous le Directoire^ et dans cette société qui ressemblait fort à celle de la Rég^ice^ il fot obligé de se plier au goût du temps et des fommes'mimudières qui régammt à Paris. Ce fat alon. qu'U inveata ces i^azes^ dont il fit pour les charmes de ses modèles un linceul piquant j toutes les dames voulurent y être entortillées , et la vogue de cet ajustement dura jusqu'api*ès la restauration. Malheureusement M. Isabey en resta toujours au Directoire et au comiAncement de TEmpire ; il est ici ddi)out comme un des types de cette époque. Il a fait d^ailleurs de beaux portraits dont ceux-ci ne sont que de bien faibles contre-épreuves .

Madame B. — Vous êtes cruels^ Messieurs.

Vous nous gâtez notre Isabey que nous aimons tant y que noqs admirons de tout notre eœur !

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n y a presque de l'ingratitude , car vous Voyez aimé.

' — Je l'aime encore autant que j'aime Boucher^ /Vatteau et Chardin. H me semble que ces trois peintres ne pouvaient pas être autres au dix-buitième siècle. M. Isabey a étéce qu'il devait être aussi pendant la république ; je le regarde copûne un monument d'un autre âge ; il me représente bien le vieillard de Béranger , apportant des nouvelles du temps passé.

Madéngiselle fforfense. — De qui est cette nombreuse &mille dans ce petit cadre ?

— ^ De M. Jacques^ que noas avons vu iplus remarquable aux salons précédens.

Madame B. — Mais ceci est fort gentil.

— Gentil n'est pas assez , quand on tient un rang dans un art. DU reste ^ ceci était fort diffî-* cile à jEaire. Les têtes sont petites; il n'en Êdlait sacrifier aucune : l'artiste n'avait donc pas la res** source des effets, qui est d'un si grand secours dans toutes les autres peintures. J'aurais voulu pourtant que tous les yeux n'eussent pas la même forme et la même couleur.

. Madame B. — Puisqu'ils, appartiennent, à

des individus d'une même Êunille ^ il ^t tout naturel qu'ils se ressemblent.

— Vous pouvez avoir raison^ madame; mais je sois préoccupé de ce dé&ut parce que déjà je l'ai rraiarqué chez M. Hesse et chez M. Isa-< bey. Donnez en passant un coup d'œil à deux ou trois petits en&njB peints à l'aquareUe par madame Kantz : ils sont gentils ; le reste est moins bien. Descendons par la droite^ et nous remonterons de l'autre côté. Voici madame de Watteville^ qui n'est pas très-fcnrte cette année.

AT. 2>eAznoir.— Elle n'a pa& bat de progrès., f ai vu de ce peintre un portrait de M. Casimir Bonjour qui était mieux que toute cette exposi-^ tion^ bien qu'il fut trop coquet.^

Mademoisette Hortense. — Vous n'êtes guère indulgent pour les dames.

— Le talent n'a pas de sexe^ mademoiselle :

toute femme qui produit un livre^ un tableau^ uq ba»-relief^.une miniature^ doit être jugée comme mi:honmie. Un homme qui ferait de la brode-rie y des robes ou des chapeaux y devrait être jugé conune une femme , parce que ce serait œuvr^ de femme que la sienne. La force ne manque pas aux femmes ; voyez madame Del-

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phîne Oay-Girardm ^ madame Tastu^ mademoiselle Hortense AUart y et celle qu'il fallait nommer d'çdbord^ madamede Staël ; voyez madame de Mirbel ^ madame Deherain avœ sa Jearuie-^ Arc y mademoiselle de FauveaU;^ et mademoiselle Caillet avec son paysage si &nne^ si bardi^ si bien^ r^préseaitant une /^ue de Nat^ mandieï Je vous en citerais dix autres ; niais je n'y comprendrais {>as madame de la, Cazette.

Des ouvrages de cette portraitiste^ cdui que je prof^e y c'est le portrait de cette dame coifiSée d'un chapeau rose : quoique Féto£Ee ait peutrêtre un peu trop déteint sur le visage^ c'est assez bien moddé. .

Madame B. — Cette dame en bonnet ne me parait pas vûsùl non plus,

M. Delanoir. — Bien aussi. M. Mourlan est d'un ton assez agréable. M. Àubry est lourd <Le ton et de forme.

— M. Âiibry a eu de la réputation^ bien ju;s-tifiée qudquefois ; mais il est d'un âge oii Fceil et la main £ont dé&ut à l'appel du minmturiste.

— Mademoiselle Hortense. — Bon Pie^ !

qu'est-ce que cda? Vous trouvez M. Isabey

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trop rose ; vous ne ferâz pas le même reproche à ce peintre.

— Non, je ne le trouve qu'un peu jaunie. Mais ne vous y trompez pas , ceci est une cl^ose reikiarqUable. Tout n'y est pas bonj il y a de l'affeDtation : la lumière de la joue gauche se déooiq>e sèchement ; l'ombre partie du nez est |»*ajetée avec cette vigueur qu'elle devrait avoir seulement peut-*ètre si la tète était éclairée par une kmpe; mais il y a un saitiment vif de l'harmoifie , il y a de la puissance* Je ne sais à M. Ijeydét a vu des miniatures de Rochard, peintre français, établi en Angleterre; sa peinture me rappelle celle de notre compatriote^ de Londres.

Madame B. — r J'aime mieux Isabey ; il est plus agréable , plus flatteur à l'œil.

-^ J'av^oie que oeci est moins velouté.

Madame Bh-^H ine fout p$ur ce liiQnsieurlà; ila l'air d'un républicain.

Mademoiselle Hortense. — Voilà qui est trèsressemblant : } Vi rencontré ce mopsiem* cent fois aux Tuileries. ËstKse que vous ne trouvez pas bièn.ce portrait ?

— C'est une des meilleures choses de M. Jules

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Vernet. A propos de M. Jules Vemet , vous ràppelez-vous avoir vu au théâtre du Palais-Royal un acteur nommé Lozet ? , , ■

Madame B. — Sans doute.

— Eh bien! c'est Fauteur de ce portrait au grand ruban rouge et jaune; II a pris la comédie dernièrement : c'est une corde ajoutée à son arc. Il avait préludé à ses débuts y par des &rces de société parfois im peu triviales; il avait joué des proverbes y &it des charges de paravent. Le voilà maintenant au théâtàre, Lozet est le frère de Vernet le . charmant comédien des Variétés.

Madame B. — Qui mV feiit rire dans madame Pocket. C'est un acteur plein de vérité et de naturel : sous la robe de cette ravaudeuse^ vous jureriez qu'il y a une vieille femme j il est impossible de mieux abdiquer l'homm^e que ne l'a fait Vernet. Sous le madras de madame Gibou y au contraire , On voit Odry boufBon parfait^ mais toujours bou^n.

M. Delanoir. — Ce général Pajol est bien , n'est-ce pas^ mesdames ?

^ Mademoiselle ffortense. — Un peu jeuiie, il ïfie semble.

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— Madame B.^--- Ma chère amie^ M. de Forbin , Armand de la Comédie-Française^ et M. le générd Pajol , sont les trois hommes. les plus jemies du. dernier siècle.

— M, Troivaux a trè^-bien rendu le carac;^ tère du général Pajol ^ comme M. LepauUe celui de M. de Choîseul. M. Troiyaux est le continuateur de la manière de Mansion ; ses portraits sont bien. M. Gomien procède de la mélne école ; mais en cherchant l'agréable il trouve la convention^ et s'éloigne un peu de la i^ature. Cette femme... .

Mademoiselle Hortense. — Est trè^jolie.

— A la bonne heure ; mais elle e^t trop lilas. Cet homme assis. . .

Madame B. — ^"Est un fort beau garçon.

— Oui^ mais il est trop raide. M. Gomien a du talent ; c'est le large qu'il doit chercher^ et : non le mignard. La manie delà mignardise a &it avorter vingt ^stes, qui, au heu d'imposer leur bon goût aux femmes, ont reçu d'elles la loi. 11 n'y a pas de temps perdu pour M. Gomien ; il se désabusera du petit , et prendra le rang qu'il peut avoir avec son acquit et son exécution précise.

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Madame B. — Une femme aimersi lâieux se faire peindre par- lui que par votre M, Lèydet^ toujours!

— Je vous accorde cela complètement. M. de Giabamiey dont voici les ouvrages^ ne manque pad de finesse et de modelé; il a du ts^ent d'exécution ; mais il est un peu froid et lisse. Quand il aura acquis de la force ce s^ra un homme distingué dans la miniatuiîe./De tous ses portraits^ celui qtie je vous recomnaande partM£èr«iMM> ^m^ otà^hésBom^kltti^ inclinée et riante. PsFssons sur madenioiselSs Toulza; ne nous arrêtons pas davantage à madame Lecoq-Cyane ; vous me reprocheriez encore là d'être sans galanterie ou sans miséricorde. Madame Lecoq &it "mieux que mademoiselle Toulza ; voilà tout c6 qiie je puis dire. Mademoiselle Legrand est plus habile tjue toutes deux.

M. Delanoir. •»— Cest un âoge modeste*

Mademoiselle Hortense. — Mais poli au moins dans la form^.

-^ M. Ddaclùze se tourmenté pour feii;e de l'c^et ; il Qiet en guerre ses fonds avec ses tètes: il voudrait bien être coloriste , mais il n'a pas

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aicore trouvé le «ecret de l'harinonie / dû charme et de la vérité de la couleur. Son meilleur portrait me parait être , vu d'un peu loin y cdbai de cette jeune personne qui marche en tournant la tête.. -

Madame B. -^£t qui ressemble un peu à la jolie mardhande de comestibles du passage des Panoramas. -#

^-- Si M; Gaye avait modelé et lait saillit* un peu cette tète d'^fent trè»4uminettse^ ce serait ane jolie chose. Mademoiselle Eulalie Singry porte ïm nom quiatait de la valeur dans la miniiitare il y a dix ans. Singry était un bomme dé tscleiit.Il est mort trop tôt pourla peintiore, où â pouvait prendre une place très-notable^ et pour réducatîon de mademoiselle Singry.

Toutefois^ une des têtes d)6 mademoiselle Eulalie^ choisissez au hasard, vaut mieux que toute FcBuVre de M* Maricot.

Madame J?.-^ Il est vrai que c'est bien laidj noir et rouge.*.

M. Dehmoir. — Et desfflné ! . . .

— Mademoiselle Flore GeraMy , mademoiselle Dem&rcy, M. Gobert, M^ Bouchïirdy et M. Dubasty pourraient concourir ei^semble ,

et nous, serions bien embarrassa de savoir à qui décerner le prix. Mademoiselle Bossange n'est pas bien forte encore, mais elle aura du talent. Elle a besoi^ d'apprendre à voir la nature tout simplement s&ns préoccupation de manières. Cest un art que de bien voir. Une femme y dont je vous montrerai tout à l'heure les ou\sages, pourrait l'enseigner à tous .les pQrtxail;istes. Je n'en sais pas un , depuis M. Ingres jusqu'à mademoiselle Swagers, et l'échelle est bien longue y qui lise plus judte dans une tête et Ja reproduise plus sin'cèrement y abstrayant mieux toute manière y toute pratique; dominant son instrument ^ jamais dominée par sa main si habile. Je ne suis pas peintre de portraits ; si je l'étais y c'est à l'école de cette artiste ^ans rivaux que je voudrais étudier. la nature.

Mademoiselle Horiense. — ^Et quelle estcette dame à qui vous donnez la palme de son art ?

ifcf . Delanoir. •— Monsieur n'a pas besoin de la nommer, et vous devriez avoir reconnu madame de Mirbd.

Mademoiselle Hortense. — AUous donc voir tout de suite ses portraits !

DU LOVYBB. 24f

— Non y »'il vous plâit ; continuons notre promenade ; nous arriverons tout à l'heure à madame de Mirbel. Elle est la dernière dans Tordre que nous suivons. Après.la station £aite devant son cadre ^ nous nous en irons, comme les gourmands sortant de table sur la meilleure boïichée. Voici deux très -grandes miniatures d'un homme plein de mérite, M. Carrier.

Madame B. — Cet pflBcîer de hussards est très-bien en effet.

Mademoiselle Horiense, — Moi, j'aime mieux la petite fille auprès de son gros bouquet de fleurs.

— Je suis de votre goût, mademoiselle. Je trouve que dans cette peinture toutes les difficultés sont mieux vaincues que dans l'autre. La délicatesse de la jeune fille, la firagilité de la santé, la grâce, l'esprit, l'intelligence, tout est bien rendu dans cette petite tète fort bien peinte. Dans la tête du hussard, il y a de bonnes qualités aussi; mais je le quitte volontiers, pour revenir à cette charmante enfmt.

M. Delanoir. -— Et les accessoires du pay-

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SBQe, comme ils sont bien traités! Quelle bdile gounehe ! Ceat toui(H4e&it du talent , cela 1

~ Si j^écrivais quelque chose sur le saloh , cette année , je donnerais des éloges bien sincères à M. Carrier. Il me semble démêler dans ses ouvrages l'amour de la peinture ; je l'engagerais , maintenant qu'il est parvenu à faire trèsrbiea les fonds ^ à reporter sur l'étude de la tête et des mains ^ toute sa chaleur^ pai^ce qu'en définitive c'est là qu'est l'affeire du peintre dé miniatures. Il est sur une si belle voie qu'il serait fâcheux de le voir s'arrêter en route à jouer avec une plante ou un ciel ^ y réussît-il toujours comme il y a réussi cette fois. Voicî un artiste qui fait bien , et dont je n'avais encore rien tu , je pense : M. J. Delorme. Cette femme en robe jaune et toque rouge, cette autre en vîolef, celle-ci qui est assise, me plaisent assez. Si. le dessin y était plus pur , si les fermetés des bouches et des nez étaient plus grasses et non accusées par èes touches dures , it y aut^it lieu, à mon sentiment, de lotfer Beàti* coup le peintre. Madame d^Aubijgny m^ Semble plus habile que M. d'Aubîgny, qirî cheréheà arriver à l'épaule de M. Saint, et ifr'eM.eiieore

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monté qu'à 8a hanche. Cette jeune dame^ afr« sise dan» un payaage^ le^ marna croisées^ est une jolie chose.

Mademoiselle Hortense. — Il feut bien dimer l'aquarelle , la miniature et le dessin à la mine de plomb^ pour regarder avec la con« science que vous y mettez , toi^ ces portraits qui me paraissent si médiocres.

M. Delanoir. — Le coq de Lafontaine trouva bien une perle dans«...

— Je suis moins heureux que lui y et cependant j'ai retourné tout M. Faija, tout M. Dubourjal^ tout M. Heigel^ tout M. Blaize.

M. Blaize fait des portraits au crayon I qu'il aille apprendre de M. Ingres ou de M. Âmau* ry-Duval comment on dessine! Il verra la diatance qu'il y a entre l'art et la pratique.^ entre l'étude sérieuse de la nature et le chique.

M. Passot n'est pas heureux cette année ^ je l'ai vu plus large, plus agréable, plus vrai;

Madame B. — S'il vous entendait!

-^ Je lui rappellerais que je l'ai loué quand il a bien dâ>uté ; j'ai . acquis le droit dé lui dire qu'il n'a pas fait les progrès qu'on espé-^ rait de lui. Il est jeune encore, et il peut

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[M*em]r€ une revanche dont je serais^ pour ma part^ trè»-content. Quand les anciens nous manquent^ que les nouveaux grandissent du moins!

Mademoiselle Hortense. — Oli! quel fini!

comment a-t-on la vue assez bonne et des pinceaux assez fins pour faire ainsi?

— Qu'on fesse plus gros ou plus fin, ce n'est pas ce qui m'inquiète ; qu'on h»s% vrai , voilà l'important. Toutes ces têtes ont l'air de boules d'ivoire coloriées, bien polies, bien firottées, bien lisses. Le travail de madame Augustin est minutieux, petit, fetigant à voir; on souffire à penser qu'-un être humain , organisé pour autre chose qu'un travail mécanique, fesse abnégation de sa puissance, de son imagination, à ce point de remplacer par un labeur patient l'art si large, si accidentel, si peu uniforme, de traduire la nature ; Où est la vie dans cette peinture rouge et glacée? Y a-t-il apparence de chair ? On ne fait pas des muscles plus inflexibles à Dieppe, oii l'on taille des dents d'éléphant ; encore ai-je vu de ces sculptures où j'aurais été tenté d'enfoncer le doigt, parce qu'il y avait un heureux simulacre de la mor-

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J[)ide88e des chairs et de la peau : ici ^ je m'en garderais bien ^ je me briserais lès ongles.

Madame B. — - Cette pauvre madame Augustin^ comme vous êtes dur pour elle !

'■' — Moins qu'elle pe Test pour les gdas qu'elle représente.

Mademoiselle fforiense. -^ Je voudrais bien savoir ce que vous trouvez à reprendre , vous qui reprenez à tout^ dans cette grande miniature que je trouve merveilleuse, pour moi. Ces cheveux ne sonirils pas bien feûts ?

•— • Oui, quoiq^'un peu uniformément touchés, .

Mademoiselle Hortense. — Ces perles, ces boucles d'oreilles , ne sont-elles pas. . . .

— • Parfaites.

Mademoiselle Hortense. — Cette robe bleue, ces rubans?

— A Êdre illusion. Mais le principal, mademoiselle!

Mademoiselle Hortense. -^ Voyez comme le travail est régulier. . ■

— C'est vrai ; mais la nature ne» l'est pas j elle a des accidens même dans le plus beau visage. Ici rien^ tout est uni; c'est une femme

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créée par M. Millet^ et non pas- là nature. Et puis^ 1^ chairs sont <lana rjhanndniié dkla Tob^i le bleu et le violet y: abondent; le bras droit eat ôomplétement' bleu : aveznvous vu quelqu'un 4^ ce ton-là ? Regardez les poftFaits qui entourent celui-là, excepté deux ou trois QÙ Je violet ardent dominé, tous sont passés ^ubl^u de Prusse; C'est dommage, car voilà des chosea bien modeléeit: oet homme qui rit^ par çi^emple. M« Millet voit Heu ,' t^omme M. Hesse voit gris et rose j, comme M. Isabey voit ro^ çt rouge ^ ce n'est peut-être là faute d'aucun de ces artistes. Il n'y a que les partis pri^ çont|:»e lesquels on puisse s'élever ; ce qui est défaut d'orgauisation n'est qu'un malheur. Le bleu gâte cette peinture de M. Millet, que je ne mésestime pas pourtant , parce que j'y reconnais du talent; je la voudrais d'un tou plus vrfti et m même temps un peu raide : cela manque de laisser ^ aller , de souplesse. M. Millet a une main très4iabile, un pinceau très et trop régulier même , il s'est laissé mai-* triser par 1q métier ; et dans la miniature comme dans toutes les branches de l'art > si une bonne exécution est nécessaire, il iiiaut qu'elle

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^ suboirdoBiie au sentanenl , à la pensée. Les points précieux dâs mîuiati|riète& sont comme la rime des poètes y des esclaves qui doivmt se soumettre et ne jamais prendre le pas sur la forsie , h cpuleur et l'expression. M. MiUet tient son rang dans la miniature depuis qumze ans; il a une belle olienteUe;; il a £ait des portraits remarquables, et si je suis-sév^ en exa** miiiantayac tous ses ceu vres> et surtout le portmit de madame P.*..«, miniature capitule^ ^

c'est qu'il en vaut bien la peine. La critique lie s'attadbe pas à ce qui n'est pas.

Madfipmselie ffort^nse. — Monsieur notre direetenr, j'en suis bien £àchée^ mais vous ne m'avez pas convertie. Quoi que vous en disiez ^ je trouve délicieuse cette femme bleue.:

— Tant mieux vraiment^ et c^est ce qui iinp<H*te au peintre. Nous autres^ nous sommes des esprits chagrins^ malheureux^ difficiles; VQUs^ mesdames, vous jugez sdon vos impressions y vous i^t marchandez pas avec vousmémeB. Ce qui vou^ plaj[t tout d'abord est bon ; vous n'avez pas le triste besoin de l'analyse.

Madame B, -r- £t nous serions bien lâchées de l'avoir; elle altère toutes vos jouiasaAces.

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— G'eat vrai jqaekpiefois; mais auael elle nous en donne de plus vives.

Mademoiselle Hortense. — Oh ! des jouis* sances de vanité , des joies de pëdant ! Qui nous charme^ nous^ a tous les mérites ; et ^ sans aller plus loin y il nous importe peu de savoir si cette petite fille, appuyée sur la tête dHm dûen , a les conditions que vous exigez dans une bonne peinture; elle nous convient, nous parait agréa-* ble ; nous Faimerions acorochée à côté de notre cheminée : c'est tout ce qu'il nous feut«

— Je le crois ; mais cette petite fille est bien \ il y a de la finesse de ton et de forme ; l'exécution est assez suave ; la tète du chien est large*ment indiquée ; c'est en un mot une jolie chose. Étes-vous également satis&ite des autres por-* traits de Jtf. Lequentre?

Mademoiselle Hortense. — Non pas au-* tant. ^

— Je suis des vôtres, cette fois. Il n'y a là, pour moi comme pour vous , que cette petite fille au chien. Ce n'est pas que dans le reste je ne puisse vous montrer des choses bien faites ; ce portrait d'homme entre autres .

M. Delanoir. — Nous voici devant les ou-

vrages d'un homme qui joait d'ime grande ré* putation, mesdames; «nsi^ regardez de près.

Madame B. — Il est possible que ces aquareUes soient belles, selon vos règles; mais elles ne me font aucun plaisir à voir.

M. Delanoir. — ^ Voyez donc comme c'est largement peint.

Madame B. — Je ne vous dis pa» non ; mais je n'aime pas des chairs dont les pores sont larges y et régulièrement ouvertes^omme les trous d'une écumoire.

— Madame formule sa pensée avec une énergie que je n'oserais pas me permettre en parlant d^une œuvre d'un artiste aussi haut placé dans l'opinion que AI. Saint. J'avoue cependant qu'dle a raison . Tout cela est rond , lourd , large avec affectation , et surtout commun. Le commun est le pire des défauts pour moi ; je ne le pardonne pas à un homme distingué et de bonne compagnie. M. Saint ne regarde peul>-etre ses aquarelles que comme de grandes esquisse»; mais , dans une esquisse même , on peut mettre plus de charme et moins de bourgeois qu'il n'y eii a chez cette grosse dame jaune qui bat la

caisae aur «on ventre, liés miuiatiireâde M. Saint sont ip^éUràbles de beaucoup à ses aquarelles. Mademoiselle Hortensè, — Cette dame coiffée avec des fleurs est très-jolie en effet.

— Elle a Fair d^une nymphe, d^une des muses de Lesueur. Je la trouve d'un aspect très-agréable. Ses yeux et son front sont charmans.

Mademoiselle Hortense. — Et sa taille donc!

— Je n'aime pas cette gorge de marbre , si ronde, si dure.

Madame B- — Vous êtes diffîdlel

— Non , délicat seulement.

Madame B. — Bien des femmes changeraient avéo celle-là!

— Avec l'original , oui ; pas avec Ja wpie.

La nature est ferme, mais votre doigt feirait une fossette à la surfece du sein dé cette dfune y tapt aoithil au-dessus du besoin d'un corset j ici, vous itériez arrêtée tout de suite : la chair manque de fleadbilité. Cette raideur n'est pas une flatterie bien entendue. M. Saint ppuirait, je pçnse, change?: cette pierre coloriée m une matière solide et douce, énergiqqe et volup-

jftv xotrvas. o&t

tueuâe^ qui ûrxi plus tie la £emme et moiii& de la statue. Je voudrais qu'il traitait le cou^ le8 épaules et la. poitrine , comme il a traité le visage^ qu^il y mit un peu de lumière ; et cette Hmûature serait délicieuse. La tête coi£Eée d'un chapeau noir à plumes roses est très^bîen aussi; maia là^ comme dans les autres peintures de TA. Saint, je retrouve le système qui commande aà talent. M. Saint a entendu reprocher longtemps, et avec raison, à la miniature d'être un genre petit, étroit , mesquinisé;. il â voulu être large, il l'est devenu à l'excès. Voyez un peu cette grande tête d'homme un peu chauve, le morceau principal > sinon le plus aimable de là colleotton exposée par l'artiste : le large y est outré; le peintre établit une lutte couragéuse entre la miniature et l'huile ; nmis plus chaque coujp de pinceau se grossit, plus il démontre qu'il dépasse la Ibnite de ses &cultés. C'est un ténor qui chante la basse-taille; il force s^ nature et ne sa^isit pas. Le front et lep. yeux scKit beaux; le re^;e de la tête est lourd. M* Delaneir. — Je trouve, moi, beaucoup, de talent dans cet ouvrage. Il y a, comme dans le tsrèsnbcui portrait du roi , du même ar^

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tiste^ de l'audace^ de la fi^té^ un grand sa- i voir^ une graiule habileté. i

— * ' Je ne nie rien de tout cela* Je crois que cette tête plus grande^ plus historique^ si vous voulez^ que les autres, leur ressemble {<our^ tant, n n'y a point d'individualité chez M.Sainf ; il y a une donnée constante, dans laquelle vi^nent se jeter les données diverses de la nature ; tous ses portraits procèdent du même père ^ du mênde système ; et quant à ce qu'on loue comme uneaudacey cette exécution par touches de déco^ rateur , par points grands comme des lentilles^ je dis que ce n'est pas la vocation de la miniature, n lui &ut quelque chose de moins heurté, il lui £Biut des transitions moins^ brusques; il fautj parce qu'elle doit être vue de près^^ qu'elle ait ce passé , cette délicatesse dans la vigueur, cette douceur dans le modelé le plus fort qu'on n'exige pas dans un portrait à l'huile, parce qu'on doit le voir de loin, et qu'il $'a£fieidiràit s'il était traité d'un pinceau trop caressant. Je reconnais le talent dans M. Saint; mais je dis qu'il est sous l'empire d'une manière ; et^ encc»re une £(hs, la nature n'a pas de manière : eUe se produit sous^ toutes

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le8 formes^ sous tous les tons^ avec des acceus divers ; elle vemt un pinceau fenne, fin, naïf, élégant^ feicile, coloriste, simple; elle veut une intelligence élevée pour la comprendre, un esprit observateur pour Fétudier, un œil sans prqugé pour ^ suivre ses caprices et les saisir. Elle a trouvé tout cela dans madame de Mirbel. Tenez, voilà sept portraits, trois aquarelles et quatre miniatures ; regardez si une de ces têtes ressemble à Fautre ! et toutes sont parfaitement ressencJblantes. Je n'ai pas là tous les modèles pour vous les faire voir à coté du cadre de Fartiste ; mais par un ou deux de ces portraits vous jugerez des autres. Vous connaisseÈ madame de Praslin : vous avez vu tout cet hiver ces yeux charmans et ce beau front dans une première loge à FOpéra, entre les colonnes à gauche et presque en face , ne les retrouvez-vous pas là? Vous savez comme est grasse cette jeune dame : ne retrouvez-vous pas son embonpoint? mais il est bien placé, point massif; comparez cela à la dame jaune 4e M. Saint ! Madame de Mirbel a fait comme M. Ingrte peignant M. Bertin ; die a mis de Famplaxr et pas de lourdeur : aussi M. Bartin

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et mftdaine de Praslin ne sont point cbmmuns ; ib ont été vus du bon <^té par les deux peintres. Le secwt de Fart est de faire vrai , non pas exact; l'exact est souvent trivial, le vrai ne Fest jamais ; il peut êtJre totrjotirs spirituel, élevé ou noble. Me voilk, moi, avec tnes lunettes, le désordre de mes cheveux, mes moustaches relevées à l'espagnole.

Madame B. — Et le caractère de Votre physlcmomie.

— Croyez-vous qu'il soit possible de trou* ver un portrait plus intime, plus vrai , rappelant mieux les habitudes du corps et do visage? €royez-vous qu'il y ait dans tout le Louvre beaucoup de têtes modelées et coloriées cofinme celle - là ? Nous parlions de largeur tout à l'heure, «t de fermeté et de forme ; regardez ! Outre les grandes lignes qui constituent l'ensemble, voyez si tous les plans sont Ken indiqués , si les os sont bien à leur place , s'il y a des muscles sur les os, et de la peau sur les muscles ! Yoi^ du dessin , voilà de là finekae et du modelé ! et pas plus de mollesse que dé du-^ reté; large et ferme, solide et flexible. Quant à la couleur, elle est d'une vérité que je n'ai

pa8 besoin de vous yanter y puisque vom pou-^ Yez oomparer la réalité avec rkiirtatioiï. Ma* daine de Mirbel n'a pas une couleur de con*venlion ; pour être brillante elle ne diapré paa ses portraits de tons qui s'harmonient comme iia peurent ; pour être simple elle ne tombe pas dans Funiformité ; pour être gradeuse elle ne prodigue pas le rose ; pour être fine dans ses demi-teints elle n'a pas recours an bleu ou an gris. Sa palette est obéissante comme son pinceau ; le pinceau sait se plier à la forme ; la palette n'impose rien au toû local. Ce que je YOUB Sais remarquer dans mon portrait je vou» le montreras si M. Deleeluse^ M« le prince de Chaiais^ mademoiselle de Fitz-Ja!ffîes^ et lea deux autres personnes dont je ne sais pa» lea noms étaknt là. Faute de cette preuve a la-^ qnelie il n'y aurait rien à répliquer^ j'en veux donner une autre. M. Delecluse est un hosnme de quarante-cinq ou quarante-^ept an»; M» de GhakrisafîngtHleiix ou vingt-qvatre ana ; mademoisdiie de Fit^Jamea est un^n&tnt de demœ ana à peu près; j'en avais trente^râ et demi ^àÉd j'at été peint : ne troùvez^TOus paaque iotitesces différelices soient parBoote-

LES GAUSBRUtS

meut sensiblea dans les portraits de madame de Mirbel^ et sensibles autrement que par les indications vulgaires xpi'on voit partout ? Ce n^est pas seulement paix l'apparence delà peau, les saillies osseuses, les cavités musculaires^ la couleur des cheveux, que tous ces individus difî%rent; il y a entre eux le caractère de dbacun; il y a l'homme, l'homme vivant, pen;sant, occupé ou oisif, grave ou frivole. Il y a dans chacune des peintures , la peinture physique et morale^ toutes deux puissantes, toutes deux vraies: l'une qui prend la superficie et la rend complètement; l'autre qui s'attache aux ressorts cachés, les étudie, les devine, et; les place, admirablement sous la sur£aLce qu'ils doive^t animai.

Madame jB. — -Il est vrai que pour qui vous connaît, vous êtes tout entier dans ce portrait.

— M. Odecluse n'est pas moins parMiement représenté > et je suis sur que vous i n'auriez pas de peine à dire son excellent naturel, apre8.aw.vu ce beau signalement physiolo. gique qu'en a donné madame de Mirbel.

M. Deianoir. — C'est de l'admirable pein-

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turé^ mesdames^ et j'en suis ébloui. Je serais fott embarrassé de choisir entxe ces aquarelles et ces ïninîattires.

Mademoiselle Hortensê. — Moi, je suis portée à préférer mademoiselle de Fitz-James , arec ^^ jolis cheveux blonds, sa peau si blanche et si fine , sa vue si tendre , ses lèvres de corail.

^-* Cest une merveille , en effet , que cette tète au ton d'argent , toute dans la lumière , et puissanjte de saillie pourtant. Les surfeices sont grandes dans ce petit visage. Pour arriver à ce résultat, pour &ire jeune ainsi, que de difficultés il a fallu surmonter ! En voyez'^vous la trace ? Y a-t*il quelque chose de pénible dans ce travail? Ne dirait-on pas que cette tète est sortie d'un seul jet des m As d'une seconde nature? Le mécanisme de Fart ne vous blesse pas chez madame de Mirbel comme dans la grande majorité des portraits que nous avons examinés ensemble ; il disparaît , il se subordonne au stijet; il ne vous crie pas : « Regardez donc comme je procède , comme je me &is fin ici et large là-bas; comme je m'assouplis ou résiste! Regardez , je suis beau , fier , doux , facile ; je

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^îa tout œ que) |e veux être! » Il n'a pas la ifMPçlm gîganteaquQ de celui de H. Saint ^^ ou le vêtement rosé de celui de M. Isabey ; aussi oi^ ne tonge à lui que lorsqu'enfin^ aurpria de trouveir uoe vérité ai parfaite sur un morceau d'ivoire ou de papier^ on ae demande : « Comment VartUte «'y est-il pria pour arriver Ih ? n On ne s'était pas fait d'abord cette question , parce que l'art ae cache à tel point sous l'objet représenté ^ qu'on n'a pas plus pensé à interroger le viaage peint qu'on ne penserait à interroger le modèlq sur les moyens employés par Diçu pour le produire. C'est le suprême bien dans l'exécution que cette variété ^ cçtte juate application de la touche et de la couleur^ cette mpdestie du mécanisme^ qui ne trahisaent ni la peine , ni la vanit|||le la fabrication y ni une manière déterminée. Madame de Mirbel n'a point de manière^ elle copie la nature^ sans babitnde prise de faire une boucheainsi y e% ainsi un nez. Elle voit des plans ^ des i^rmes, une couleur , et elle reproduit cela avec une savante naïveté. Regardez les yeux de tous ces portraits y et rappelez-vous ceux de M . Hesse ^ de M. Isabey^ ceux de M. Jacques et ]es autres : des types chez

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eux 5 ici y la nature avec ses imperfections et 869 tics^ ayçc ses formes individuelles. Rappelezvous la cotileur dominante chez la plupart des peintres : là grise, là bleue, là jaune, là lilas; ici une couleur vraie, indépendante, appropriée à chaque individu. Presque partout vous voyez un dessin équivoque , des vètemens plaqués sur des manilequilis, un arrangement d'un goût douteux . Chez madame de Mirbd , les corps se meuvent, à Taise sous les habits ; les vètemens sont d'un choix simple, sans prétention, et plein de bonne grâce ; le dessin est pm*, correct, énergique ou élégant* L'originalité cherchée est inconnue ici,, et cependant ses ouvrages sont riches d^originalité : chaque tête à la sienne , qu'elle tient de Fimitation parité de la nature. Pour me résumer en peu de mots, je ne connais pas un peintre de portraits plus habile et plus vrai que madamede Mirbel. Ses ouvrages sont, dans Fart de la reproduction de la tête humaine , ce que je vois de plus coniplétement beau ici ^ Je n'exagère rien, je ne parie point par amitié, ou par ipeconnaissance , de l'honneur que m'a procure l'artiste en me permettant de poser devant elle — Madamede Mirbel a interrompu upe pré-

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cieuse collection de portraits de personnages illustres ou célèbres, pour s'occuper de moi — je parle sincèrement ^ comme je bis toujours ; mon admiration est raisonnée comme ma critique, et si je n'ai rien trouvé à redire , ce n'est pas quç j'aie regardé ces morceaux avec des yeux complaisans. J'ai lu des opinions critiques sur le talent de madame de Mirbel ; j'y ai vu qu'on attend de sa part de nouveaux progrès : je ne sais pas lesquels en vérité. Plus je regarde ceci , plus je suis satis&it. Je m'interroge poiu* me deman^ der si le portrait de M. Delecluse et le mien, si ceux de ce monsieur en redingote de velours verdâtre et de mademoiselle Victorine de Fitz- James> me laissent quelque chose à désirer, et je vois que je n'ai rien contre. Il me semble que cette grande artiste résume en elle toute la pein-^ ture de portrait : diversité ^ individualité profonde, physionomie morale des modèles, dessin pur et fin , fermeté et douceur dans le modelé, saillie , simplicité d'effet , couleur vraie et variée, harmonie, bon goût d'arrangement, exécution • pleine de sentiment; voilà les qualités qui font le portraitiste habile > qu'ont eues Vé- ^ lasquez , Yan-Dick et Titien , que possède à un

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degré ëminent madame de Mirbel. Pom* bien juger du talent de ce peintre ^ il &ut voir à côté de se» portraits finis ses ébauches qui ont une ou dedx séances ; il faut voir l'ébauche qu'elle a faite d'après M. Gérard^ et celle plus avancée du portrait de M. Ingres; déUcieuses choses^ qu'elle devrait peut^tre ne pas finir tgnt elles sont heureuses^ tant à ce degré elles ont déjà de ressemblance intime y de coloris vrai et de perfection de forme ! Cette pureté dans la pose de^ premières touches qui doivent &ire le corps sur lequel s'établir^ une natur4>, complète d'homme physique et mpral^ espèce d'ostéologie double^ pii se placent en^mble les d^s^us et le squelette des sur&ces; cette pureté, dis-je, est merveilleu3e à voir. En étudiant ces ébauches qui ont étonné M. Ingres et M. Gérard , deux bons juges assurément, en les étudiant comme un plan y on reconnaît que l'édifice qu'elles supporteront sera solide et beau de tous les genres de beautés. J'i^urais voulu que mçidame de Mirbel exposât ces peintures commencées ; elle s'y est refusée par modestie, pour n'avoir pas l'air de donner une leçon aux portraitistes.

Madame B. — Cette pudeur est de bon goût.

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— Tant que vou» voudrez 5 mais je la blâme quant à moi : car enfin y tout artiste de talent a la conscience de ce qu'il vaut ; s'il a une manière, un système, c'est qu'il loue ce système, cette manière, c'est qu'il les croît meilleurs que ceux de ses émules . Chaque fois qu'il expose, il dit implicitement : voilà comme je fois, comme je crois qu'il faut foire ; il donne donc une leçon.

Madame B. — Qest assez vrai, ceci.

—•Pourquoi alors ne la pas donner complète?

Est-ce parce qu'on aurait trop d'ébauches ?

Ne croyez pas cela. Il est peu d'artistes qui se hasarderaient à montrer leurs ébauches , parce qu'une ébauche réussie est une chose rare , et que le plus ordinairement l'ébauche n'est qu'une première forme de la pensée, un peu plus avancée que l'esquisse , mais qui se modifie à l'exécution. Chez madame de Mirbel, c'est une vue juste mais affoiblie de la nature, qui n\ besoin , pour ainsi dire, que de se multiplier par elle-même pour être complète.

M. Delanoir. — Madame de Mirbel a bien fait , à mon sens , de ne pas exposer cette i^cine carrée de ces portraits, pour suivre votfe

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figure mathématique. Le public habitué à ne voir quedea œuvree feite«^ n'aiilratt pa^ compris œe élémens qiui n'auraient plu qu'aux artistes et aux connaisiseurs.

-— Cette radscm vaut mieux que Tatiire , et je m^ reDdd volontiers..., £h bien! iiïé9<tames^ voâà notre toarikee finie. Maintenî^nt^ si vous aviez à vous fuite peindre^ à quèSe porte- iriezvous fipappér?

Mademoiselte Hùn&nst. — A celle de ééCte dame in£aLilliblement.

•^ Et TOUS feriez bien ; car indépendamment du résultat matériel des séances^ vous ne sa vez pas ce qu'Uy a de bonheui; à poser devant madame de Mirbel^ une des femm^ les plbs aimables ^ les {du» spirituelles et les plus raisonnables- que j'aie encore rencontrées; bonne et gaie^ qui^ au milieu du grand monde où elle va ^ a recueilli une foule de fedts curieux qu^elle raconta à ravir ^ «et qui^ dans ses causeries piquantes sans le secours de la médisance , sait en quelques traits foire de l'histoire contemporaine , et des portraits fidèles comme ses peintures.

Madame B. — Vous me répétez là ce que j'ai entendu dire par tous ceux qui connaissent

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