‹ Salon de 1833Chapitre 14 sur 16 · L88 GAU8BR1B · texte numérisé non relu

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barcfuement pour Cjthère^ ouvrage assez feible qui £ait partie de notre musëe.

Lord G. — Eh bieni la rencontre e^. singulière. Mais en voilà encore un petit Roqueplan!

— Non, milord; c'est un tableau de M. Wattier, imitateur de Roqu^iplan et de Watteau..

Lord G. — En effet, il procède des deux.

En y regardant de près on voit bien que c'est un hopune adroit qui y avec des lazzis de ton^ et de touche ji fedt de l'iipitation. C'est gentil pourtant } il y a dans cette réunion dç gens > écoutant la personne qui disante , de$ têtes très?agréables.

«^^ Pastiche, milord, pastiche!.,.. J« pour^ rais partager nos peintres en plusieurs régimens. Nous avons la légion Raphaël et compagnie , oii M. Ingres porte Fétêndard!| mychimt derrière lui, deux à deux, MM. Orsel, Perrîn , Dassy , Amaury - Duval ^ Bremont, Etex, Perlet, Poppleton, Bourdon, Nouvière, Lugardon et Hautier. Le régiment Géricauk, dont M. Ddaeroix est le c<donel, conq>te MM. Lo^is Boulanger, Ary Scheffer, Eu*

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gène Devérîà, de Triqueti, Switer, Dedcamps^ Jadin ^ Huet ^ Rousseau y Jeanron y Lessore y Mouchy, Fouquet, Célestîn Nanteuîl, Badin ^ Bertier, Poterlet, Bîard^ La&it. Ce régiment est partagé en petites compagnies y qui ont pour capitaines MM. Descamps et Jeanrôn.

M. Saint-Evre, qui à commencé par porter l'uniforme, s'est séparé du corps; il marche seul et il a bien raison. M. Decaisne a fait de même. M. Fouquet marche sur les pas de M. Desçamps, son capitaine, comnie un soldat en orjdonnance derrière l'officier et de loin. M. Schnetz est suivi ^e MM. Bodinîer, Massé et Vauderbêrghe. Ce dernier n'est que Yoloataire; il va quelquefois tirailler seul, mais il est c^ligé de réjoindre les siens ; il n'est fort que derrière son^ colonel. M^ Granet est caporal d'une patrouille composée de MM. Qérian et Barbier; la patrouille est feible, mais le caporal fait valoir cette petite troupe. Horace Vemët a planté son drapeau entre les tentes de la légion davidienne , et la marquise de son père le spirituel Carie; sont venus s'y ranger MM; Robert-Fleury, LepàuUe, Eugène liami, P. Ledieu^ et plus récemment

m» Riquiar. CeluMn est dans iptit» la £^p?eur ^ J'imitatioa: voyez plutôt soigi Moin^ mér deffinj maift ce q[i|'U imite ce u'ei$t pi^ le Yemet de ÎSS^y c'est celui de ^SâO. K. babey u'a pa^de régiiueat ; il ne va pas sei|l pourtant ; il a nae ombre^ M, I^iepoitevio <pii m le. quitte plus y après avoir piétiné d^rière Xavi^ Lefitime et Beaum/ç.

Zorrf G. -^ K propos d'Ei^œ iMbey^ voilà encore un gr&nd ouvrage 4^ Jiw-

— Mai^; aaon, nûlord^ c'est. de N. Lepoitevia.

Lord G. -»— C'est donc iHie cppie?

: — A peu ippès. Vous n'avez pas. été le seul trompé par la ressemblaQce ^ hier d^à :^ j'ai entendu dix personnes &ire Iç méi^ne quiproquo.

Zord G' — Mais il y a de bonnes choses dans cette pl^ge à mar^e ^asse. Ç^ figures sont bien £sdtes.

— Elles ressemblent à celles de M. Beaujn^.

Lord G. -^ hà charret^ et le bateau sont

bien touchés.

r^ Pourquoi ^o^ils âm m^ame ton et de la mégQae ^ctu^e? IVanchem^ilt ^ ^etlie peinipre B^ennuie} si eHe .ét%î^ ori^fîqalei^ j'y loUeniîs

ou UMTVAK.

bomcouip <jP)iabiletë^ éts choseB agréaUeméat colorées^ qabiqne dans une hannozde grkfe> des tîétails assez larges; mais c'est une imita'^ tioBy et je n'y puis prendre aucun plaisir.

Zord 6r. *-^ Je ne mésestime pas cela aistait q[ue yous^ e$ si je trouvais quelque xhose de ce M. Lepoitevin qui fut dix fois plus petit que cette vue de Bretagne^ je m'en arrangerais vï)lontiers.

^^ Eii bi€si ! tenez , milord ^ voilà PEsca^ li&r de l'Orangerie de Versailles, k cela près du dé£iut capital^ la ressemUaaca avec Isabey^ c'e^ une chose très-gaitille. Les petites figures sont indiqués» avec esprit.

Zorrf G. •'-^ Trè^joUesi en effet, Jer^éehirai à ce petit c^et. Obi mon dier mon^ sieur ! le ravissant taUeau !

--^ Un des plus remarquables morceausi de Fexposîtion. Il est d'Alfred Johannot. II re-» prës^oLte mademoiselle de Moutpensier ^ un des grands hommes de k Fronde^ arrivant devant la porte d'Orléans ^ qu'dle fidt briser. Mesdames de Fksque et Fontenac quî^ danp cette parodie des gucares civiles antiques , jouaimt un rôle mâitaure^ et remplissaimt auprès de la

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princesse les fonctions de marécliales-de-camp^ suivent mademoiselle de Montpensier. (rramrmont donne la main à la frondeuse triomphante; le tambour bat au champ ^ et des- cris sortent de tontes les bouches : « A. bas le Mazarin! à bas jie Mazaria! vive le roi ! vivent le» princes !» -

Lord G. — Ces trois femmes sont délicieuses, -- ^ Elles ont l'aplomb, la grâce coquette-^ Félégance, qui étaient les qualités éminentes des femmes delà Fronde. La combinaison pit<^ toresque de la scène est entendue à merveille ^ il y a du mouvement sans confusion, une abondance de détails qui ne se nuisent pas Tun à l'autre y de jolis groupes , et un aspect général un peu collet r- monté , parce que la fronde épigrammatique, sérieuse, moqueuse et pé-^ dante, affectait les airs guindés et évaporés, faisait de la dignité, aux grandes circi^stances^ et se retourflait pour rire, ftien n'est grave dans ce tableau; c'est une plmsanterie prise au sérieux seulement. Ce caractère est parfais tement convenable, et il n'y avait qu'un ai^ tîste spirituel qui pût le donner à un pareil sujet. Il ne feUait là ni la morgue historique.

DU XOUVBB. at7

ni l'élévation du grand style; une couleur de bonne grâce, un dessin quelque; peu gentilhomme > de jolis costumes , une touche fine et vive : voilà ce qu'il &llait, voilà ce qu'y a n;iis M. Alfred Johannot. Son tableau est une page de mémoire, et non un sévère paragraphe dliistoirç ; le peintre est un digne traducteur des piquantes confessions de la grande Ma^ demoiselle. Au reste, toutes les époques lui vont, tous les costumes lui conviennent: ceux de Louis XV. comme ceux de la Fronde. Voyez làrbaùt , cette jeune femme poudrée à blanc , qui lit une lettre au peuple assemblé sous un balcon : c'est la duchesse d'Orléans annonçant aux Parisiens la J^icloire d^ Hastenbeck ^ due en partie à son époux. Ceci ne ressemble pas aux frondeuses avec leur justaucorps galonné pardessus des jupons, et leurs chapeaux de feutre pointus à plumes : mais c'est ;fort bien aussi. iLa figure de cet homme en habit mordoré, qui nous tourne le dos, n'est pas dans les con^ venances du théâtre et de la peinture classiques; mtais il feit bien comprendre le lieu de la scène et la hauteur du balcon du Paki^Royal. Tous les personnages accessoires sont spiritudlement

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disposés autour de la duché£(Be ; it était de donner dti ttiouvement à ce igrôtip^ dont le devoir e«t d'écouter avec respect : îl y en "a cependant un peù^ grâce à Tinterventum de là vieille gouvernante du duc de Chartres et de sa aceur^ qui leur explique k lettre que lit la princesse. Ce tableau , milord^ vous ne l'atirieî pas^ quand même il ne serait pa» im peu hftut pour votre calnnet; il appartient au roi^ et fiadt partie de la côUection des .tableaux qtil composiyont Fhi^oire du Palais-^Royal. Quimt à Mad&mùiselle àe Montpensiery je pense qiDe vous aipvez trop tard.

Lord G. — C'est ma foi donmiage^ car j^aimerais bien ce tableau. N'y a-t-il pas d'autres Johannot?

~ Oui, deux Tony y maïs plus d'Alfred. Ce Tony que voilà est plus ferme de couleur que la Môntpen$ier; il a des qualités plus élevées , c'est un morceau supérieur que ce drame d'a« mour, dont un père brutal feit le dénouement avec le couteau; aussi, hâtez-vôUs, milord, les chfdands ne manqu^ont pas à det ouvrage»

Pour celui*«i n^ comptes pas, il est vendu &

on Aiimittur^ M. DtAmk^ qui m a donsie six nnOefiranc».

Lord G.-^i^ea donneraUr «epty tnorbletif car c'est beau. Est-ce d'tm peintre français?

— ^Oai^ nûlorà. L'aspeot cbi tableau vous a trompé d'abord ; il y a une teinte vénitienne qui Vous à fait cnroire que c'était FceuVre de qudque peintre d'Italie; c'est de M* Alexandre Hesse^ le fils du peintre de portrttitK^ le neyéii du peintre dldsioire; c'est le début d'un hcsnme de yingfr-cinqàTmgt-six ànà. M. Alexandre^ ni'a-t-K>ndit^ passait dans sa femille pour un garçon qui ne ferait jamais rien ; il était un de ces jeUnes gens qu'on né sait oii jeter pour leur trouter une carrière^ et qui^ jusqu'au jour où ils marchent dans une voie de succès^ re^ çoivent de tous ceux qui les connaissent la qua* lification de mauvais sujets Cependant il se mit dans la tète d'dler ep Italie; il visita Venise^ s'y trouva inspiré^ et en revint avec un tableau qu'il acheva peut-être à Paris: vous voyez l'œuvre. Une composition simple : Titien^ mort dé la peste ^ à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf sâM ^ est p<»Pt8 sur une civière ornée^ pir des magiM*atS| des artistes^ des guerriers^ de

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nobles serveurs; près du. corps pleurent deux personnes^.une belle femme blonde^ aux dbeyeuz flottans, et un jeune homme ; ce sont des parens y des amis du vieillard. Toutes les figures sont marquées de douleur. Mais la mort de Titien n'est pas la seule cause de cette affliction générale ; ce n'est qu'un deuil ajouté au deuil q[ue tout le monde porte à Venise, depuis quelques jours; La peste désole la yille ; * à chaque coin de rue on trouve des cadavres y et le convoi du prince des peintres est arrêté dans sa marche parle corps à peine froid d'iin gondolier^ qui vient de tomber frappé de la foudre de la contagion. La tristesse^ profonde qui est dans les âme^ se lit sur les visages^ il^y a abattement^ - appréhension de La mort;^ et cependant dégoût d'une vie qu'il iaut disppter minute par minute aux attaques du fléau.

Pour, honorer Titien chacun amis bi^ habits defête^et celuxe/qu'onareprochéàM.Hesse^ me' semble contraster heureusement avec la terreur. Et d'ailleurs^ quand il eût été plus dramatique de voir ici des vétemens négligés au heu de ces riches et éclatantes étofjEes^ qu'importe ? C'était Venise , Venise qui rappelle '

^ ^ 0V LOVVRE. 32 (

des idées de grandeur^ Venise coloriste, si je puis dire , que le peintre voulait nous montrer aux prises avec la mort; fallaitril qu'il la dépouillât de ce caractère? Je ne le crois pas. On pouvait £eiire un tableau d^un* grand e%t avec la donnée' opposée à celle de M: Hesse, j'en conviens. Celle-ci a produit un fort bon Ou*vrage, voilà l'essentiel. Tout est étudié chez M. Hèsse, et largement rendu: les têtes sont belles, fortement et finement modelées, d'un beau ton, simple et loin de toute surchargé de c6 coloris noir et rouge qu'on feit pour imiter les vieux maîtres, sans songer que sur ces maîtres dix siècles ont laissé leurs teintes assombrissantes. L'harmonie générale est riche , elle marche largement par grandes masses ; elle Q^t calme aussi, et quoique brillante, elle a de • l'austérité. Le moinç qui meurt en suivant li^^ teirement du pestiféré, est un bon détail de sentiment; il anime la demi-teinte du dernier plan. L'insouciance des deux hommes qui se sont assis au feite d'une maison pour voir passer le convoi du peintre célèbre, est bien imaginée : ce sont deux hommes du peuple qui assistent à «n spectacle, qui tôrtiberont peut-être delà-

h«ui attaipts par 1« floche empoisoimée^ a^iff qui ne 9'en mettent point en peine > parce qu'il» sont &miliari^ avec Fideç d^ )a mort, ^e pense que y pua trou¥ez comnie inoi cbar* ipantQ cette femme k la robe de l^^^ocard^ qui pleure en IDon1xa^t sou cou et «es ép^u^es; que vous aimei; ka d^ux j awea hommes, qui p<^i^nt le brancard ea avant j que ce carps> étendu sur la voie de la procession^ vous paraît d'ui^ bon ^ssin et d'une pose énergique ^ que tops ces cost^mes vous semblent bien peÎAts?

JLoiki G. — Je suis toiil^-&ii de cette opî« nion.

— Que vous aimez moins les morts de gauche, et la femme aux mameUes rougies, qui se désespère près de son amant ou de son mari?

Que vous voudriez le ciel de Venise plus pro«^ fbWl , et les murailles du palais rouge et jaune * dans«ine plus heureuse perspective ?

Lord G. — Je suis encore de cçtte opinion; et j'ajoute qu'il me semble que tant de talent acquis d^à p^^omet un peintre remarquable pour l'avenir.

— MoT^ milord; jé l'espère et je le crois ; qar

IMT LOUVRC. 313

OB m'a dit que M. Hene esrt un homme modeste^ prenant son succès avec joie^ mais ne a'en in&tuant pas. Â propos de cetaUeau et de la vogue trèsrmëritëe qu'il a et qu^i) gardera pendant le salon ^ on a rappelé la Naissance d'Henri IV y d'Eugène Devéria , la fareur qu'il fit au commencement de l'^position de \ 8&7> et l'on a dit : ce Devéria n'est pas allé plus loin ; M. Hesse ne fiera-t-il pas de même? h Je crois qu.'il y a toujours plus de mérite à arranger une grande machine qu'un tableau d'une moindre proportk)n ; jeme souviens de toutes les bonnes cho^ qu'U y avait dans l'ouvrage de M . Devéria ; }e puis &]re la comparaison^ autant que comn paraison peut être faite entre deuîc ouvrages qui ont à peine nn.poînt de commun ; toutes choses balancées^ il me parait qu'il y a un talent pluâ complet dans M. • Hesse commençant^ qu'il n'y en avait dans Devéria ; et cependant il me semble que M* Hesse n'en restera pas à son Titien. D a pfaia d'études sérieuses que c'en supposait YSisnri IV y et l'avenir est toujours aux bonnes étudea^f M* £. Devéria avait commencé par un pastkhe; il s'e^ ressenti depuis de s;aL première vocaÉion. M. Hesse' a fint une cliose de son erô ;

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il ne s'est constitué de propos délibéré imitateur de Paul Véronèse ni de personne autre , et s'il y a du vénitien dans son tableau ^ c'est qu'il avait à peindre non pas le Béarn^ mais Venise^ la Venise du Titien. M. Hesse s'appartient donc encore ; il peut grandir. M. Devéria s'était donné au démon de l'imitation , et le malin dmble he l'a pas lâché. Milord^ j'ai à vous signaler un autre début; celui-là n'a pas jEedt encore d'éclat^ p^ut-étre n'en fera-t-il point , et tant pis , ma foi, car c'est celui d'un homme de mérite^ Vous voyez ce vieillard couché dans un lit, et tenant les débris d'une verge qu'il a rompue ssms efforts, pendant que son fils s'évertue à fieiiré plier le fieiisceau de dsùrds d'oii La Fontaine tiré une de ses plus sages moralités : point d'ostentation dans ce petit drame , point de recherche dans le coloris. Le dénû-jbur de la chambre d'un malade, les figures des deux jeunes hommes groupés à droite, qui cherchent à comprendre la raison de l'essai que leur père leur fait tenter; l'étonnement naïf du dernier des frères , robuste garçon, auquel le fieiisceau résiste cependant; l'harmonie grave du tableau, la largeur de la faicture, la soUdité du tléssin: voilà ce que je

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loue dans l'ouvrage sérieusement conçu et exécute par M. Amîel.

Lord G. -— C'est un tableau qui me plait aussi ; mais je conçois à merveille qu'il n'appelle pas vivement l'attention du public. U est simple d'action , de ton et de costumes ; il est modeste et presque mélancolique : toutes ces qualités sont des dé&uts pour la masse des spectateurs y à qui il faut du tapage y de la tragédie ou de }a comédie , du piquant comme dans une chanson^ ou de l'effet comme dans un mélodrame. La plupart des tableaux qui attirent la foule ne sont pas les meilleurs , vous le savez bien 3 j'oserais dire qu'ils ne font cercle autour d'eux que comme les physiciens des rues , qui ont une trompette et des tours de force pour fixer un moment les promeneurs , à qui ils veulent ensuite oÉfrir des remèdes ou du savon à • détacher. Les artistes imaginent quelque chose de saisissant ^ c'est la grande affaire ; quand cela est trouvé , le reste vient assez ; le reste est ce qu'il peut, ils ne s'en inquiètent guère. La parade d'abord; l'essentiel à la grâce de Dieu ! Nos artistes èont là-dessus comme beaucoup des vôtres : aussi à Londres et à Paris on voit force

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ëbaucfaes, force pochades. On s'adresse d^abord à rimagination en faisant à froid de la fougue ; on parodie le génie avec de la ^vaclté de pîncean et de la séduction de palette^ oonune si le génie n'était pas la raison sublime /en opposî* tion constante avec ce dévergondage dldéea^ de formes et de couleur !

— Une Vue de Sawie, milord, Jmr M. Wa^ telet.

Lord C — Je l'avais bien reconnu au brillant de la couleur. Il me semble que tou.t brille un peu trop j rien ne veut consentir à rester au second plan : les eaux ^ les arbres^ les maisons^ les terrains, ont une égale ambition : ce n'e^ pas assez sage,

— Mais c'est d'une vive exécution* Le sys^ tème admis , c'est la meilleore chose que M. Watelet ait produite. Je partage toutefois vos idées sur cette intempérance de lumières éblouissantes qui appellent l'qeil partout en même temps et le fatiguent. J'ai vu , à peu près dans le meuie sentiment , mais pourtant moins exaltée , une belle aquarelle de M. Watelet ; die est au bout de la galerie à gauche^ Vous vous

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rappdez, milord^ le Maftre d'école de M.

Beaume.

Lord G. — ► Qui , une fort jolie scène d'eur fimtiUages malins ^ où Votre compatriote luttait d'esprit avec notre Wilkie;

— Voilà du pathétique de sa &çon. Un Ofxige Tient de détruire la moisson d'un cultivateur; le pauvre homme ^ debout au milieu de son champ ravagé; et entouré 'de sa feimille, cherche ^ derrière les nuées épaisses qui noir^ cisaent encore le ciel , s'il n'est pas quelque ange consolateur. L'expression de toutes les tèteas est juste ; la touche t^ large ^ mais il y a un peu de lourdeur dans l'ensemble et dans le ton local. Vous ne retrouverez pas ce dé£aut daas la Main-n^haude y tableau plein d'une exquise vérité, que je vous recommande comme une foit jolie chose. La lumière joué bien au miheir des personnages villageois qui s'amusent innocemment à l'abri d'un buisson, sur un petit tertre. Le ciel e^ chaînant ; les petites tètes wnt finement touchées , les animaux sont trè^-gent^s. La Balançoire que vous voiyez tout près de votu , procède dés bonnes quaHtés de ce tableau. Ces enfeiis qui montent et d^-

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cendent ëur une planche^ sont peut-être un peu rouges. La peinture de M. Beaume est grasse -, elle . serait encore plus naïve si elle n'affectait pas une certaine largeur systématique qui nuit quelquefois à la finesse du mo«delë et du dessin.

Zord G. — Ah! yoilà notre matelot de tantôt. Que regarde-t-41 donc là ?

— Une» Pêche de la morue^ par M. A. Garneray. . , .

Lord G. — Eh bien! monsieur le marin, que ditea-TOus de cela ? .

Le Matelot. — DamM monsieur l'Anglais ^ je lé trouvons très-bien*; Je suis là depuis une heure comme un imbëciUe devant ce petit sloop^ et je me dis à moi-même : « Y ne doir- » vent pas avoir, trop chaud les ancien» qui I) pochent sur le grand. banc ^ quoiqu'y âyônt » le bonnet de laine, le noroit par<Hlessus et » des gants aux mains. »

— La mer vous pa]:aîtrdle bonne ici, et plus naturelle que dains le.taUeaudeM; Isabey?

Le Matelot. — Oh! que oui qu'elle l'est plus! : Un petit brin grise, mais on y serait mouillé dedans. Y-z-ont du bonheur les vieux

lascars avec leux lignes ; y vous attrapont des fameusement belles morbes tout de même; avec ça qu'y-z-attrapont aussi uh^uneux grain^ sans, ligne ! Y halentrbas la grand' voile qui les pourrait feire chavirer ; voyiez-vous y rentront la toile en-dedans pour décharger le bateau qui donne une bande incommode à bâbord ?

Le sloop va ^ redresser tout à l'heure; y restera sur son foc et ^'en ira tout doucement de l'avant^ en 'traînant les hains. garnis de bouhaittes. Quand le grain sera passé, y hisseront leur voile, et ce sera à recommencer au premier coup de temps. Ma foi, c'peintr&*là sait son état; c'est bien rendu, c'te pêche! Y'ià bien la brume , le vent , la mer grosse qui fait danser la barque, les pêcheurs à leur poste tirant la morue à bord , ces goélands , — - c'est des fiers. gourmands, ces coquins d'oiseaux-Ià — qui viennent piqpier le poisson pour en avoir leur part avant les hommes! ça me rap^ peUe bien la chose. Car j'y ai z'été au grand banc, pas plus tard qu'il y a un an, où, sauf vot' respect, je me suis joUment embêté, .parce que , voyez-^vous , quand on a long^temps na^ vigué au militaire, comme j'ai fait pendant

390 un «AwiaiES .

k fin de la dernière guerre et encore de depuis h paix^ c'est pas amUsant d^étre dans un petit bateau^ mouyié du matin au< soir, et tenant des lignes f^us qu'on a de mains. {Bïant) Dites donc 9 monsieur, f a-t-il dans c'te mer de la poésique, comme yous disieK pour l'autre?

-^ îibUy mon ami, c'est dans un système qui diffère beaucoup de l'autre. «M. Git^meray cherche l'exactitude surtout; M. fsabey s'attadbe mcHns à la réalité. *

Le Matelot. — •* Tiens, en vTià d'une autre!

Quand on feit le portrait d'un nayûre et de la mer qui le supporte, estK» qu'il ne feut pas feiire comme lorsqu'on tire un homme en portiait sur terre? Si on me ferait, ime suppo« sition^ et que je ne ressemblerais pas très4nen, je ne paierais pas le peintre, donc! ou Irien s'y me tirait «gentiment, et qu'y ferait mal le pavé de Brest ,. je diminuerais pour le pavé. C'est tout de même, voirement, pour la mer et les navires. . .

— A mon sens , cette marine de M;. Garneray est la mesUeiire du salon. Vous ave^ connu ce peintre plus gris et fidus froid ; il s'est échau^y élargi , éveillé. Je souhaite pourtant qu'il

Mr Lomru. 331

a'aiHe pas au-diélà y parce qu'il tomberait dans une convention^ moins puissante peut-être C[ue celle de M. Isebey^ mais non pas moins- hors de la nature.

Lord O. — E8t-<)e que Gudîn n'a rien exposé?

— Non, milond, il est en Italie, d'où il reviendra Bientôt.

Lord G. — Cest pour moi Je véritable peintre de marine. Il sait foire l'eaii, il sait composer la mer, il a des c/e& d'une finesse et d'une vérité merveilleuses: il' est maître du*soleil.et en foit ce qu'il veut; je suis bien £àQ(|é de son absence /Et M. T^ûoneur a-t-il quelque chose ici? Va-t-il en avant?

---Je le trouve meilleur cette «mée que les afmées précédentes; cependant il me semble bi^Q maniéré dans un eîSet de Soi^l couchant sur wi lac, où la peinture envahit fe€adl*e.

n est plus sec mais plus vrai. dans la représentatîcm d'une xàde, sur laqueUe est tin vaisseauà trois ponts en armement. La mer calme a l'Sûr déglace^ les formes des navires se dessinent avec une dureté désagréaUe sur lès fond»; le

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ciel bruineux est bien. Jugez vous-mémey voilà le tableau.

Xo/y/ û^.-^Oh! pa8 bon !

— Je vais vous montrer celui deà ouvrages de lut. Tanneur qui me parait préférable aux autres. Venez de ce côté ^ milord; là. Une plage d'où la mer s'est retirée j quelques bâtirmens à la voile^ des felaises dans leiond 3 un ciel nuageux. '

Lord G. — Ceci est poli et transparent comme de l'agate ou du marbre.

^ — Un peu ; mais c'est fin de ton , soigneusement peint et d'un dessin cbarmant : il y a voloiité §1 Élire mieux que des ébauches ou des surprises d'effet* Au reste ^ la marine n'est pas très-forte cette année. Nous sonmies riches dans les autres genres ; celui4à avait de la supériorité en i 827 et en i 854 . Tenez, voici des 'Bateauôc qui remontent P Escaut pour arriver à Anvers; c'est de M. Louis- Grameray. Je ne trouve à reprendre dans ce tableau que Feau du fleuve qui n'est' pas Assez transparente y quoiqu'elle reçoive comme un miroir la forme et la couleur de tous les objets qu'elle porte ; elle est un peu opaque et lourde. Les bateaux sont bien ,

DU LOirVBC. 333

malgré la confusion brillante où ils restent au premiea|Oup d'œil. Les barques dans le Texel sont biei aussi ^ mais ne valent pas celles de l'Escaut. M. Gilbert est toujours remarquable par son exactitude dans la forme ; mai/ vaisrseata^ nuages^ lames et fumées^ tout cela manque d'animation et d§. force; tout cela attend la peinture. Cependant^ à ne considérer là que l'art spécial et la représentation des navires y j'aime niieux ceci que les imaginations de M. Isabey ; c'est bon conmie les petits costumes n)ilitaires de M. Duboîs-Drahonnet^ que vous voyez dans cette embrasure de fenêtre , profilés sur un carton jaunâtre sans fond ; peinture un peu sèche ^ sans pittoresque^ mais fidèle comme l'ordonnance sur l'uniforme des troupes. Un élève de Gudin a débuté dans la carrière ; il est encore fqrt timide^ mais cependant il attaque les brillans effets du ciel.' Yoilà un bassin du Has^re à marée basse qui vous donnera une idée de son talent. Ce bâtiment couché et dont on lave la carène ^ c'est le Sully ^ paquebot américain d'une belle forme. Le soleil qui se couche au large colore de ses rayons obliques les mille détails des mâtures de ces navires à sec. Cet effet

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est bien rendu ; tout est traité avec soin. La largeur de pinceau viendra arec la hardiasB : je ne suis pas^n peine decette qualité, eUe nraianqi^ guère à nos peintres; ils la poussçnt quelquefois jusqu'à la tànérité. Nous avons bëaucoiqp de pinceaux crânes, nous n'en avons pas assêir de raisonnables. Milara, \j|ps avez toDJoors vo^e yacht pour vos promenades de la Manebe^.m vous voulez avoir son portrait , adres6e2H^ous à M. Gamain ; il a au Havre beaucoup de succès dans ce ganore de peinture. M . Gamain r^rod très^ juste les effets de mer; j'ai de lui une petite marine représnoitant un ckébec espagnol fujant venft arrière devant un grain. C^est , je vous assure, une jolie chose ; la mer y e^ d'un ton et d'un dessin qui vous plairaient beaucoup. Le gew&^mtttne a de» peintres du nom de Gar- ' neray ; le second, dent le nom diffère par une lettre seulement de l'autre, est moins fort que le prenais. ¥oiIà cependant de hri des hartfoes de pécheurs au méuillage qui sont bien , assez largement feites y les eaux v^dâtres sont vraies* Bf . Henri Garnerey £gdt ausri du paysage : îl^ en a au salon un sans arbres, sans plaines, sans terrains, et presque sans cieL

nu UMTVWt. 33â

LordG.~Ohl .

. -r C'est comme j'ai l'hoimeur de vous ledire^ 1^

milord. Vous allez voir.

Lord G. — • Parbfeu l e'eat une rue !

~- Oui^ des barraques à Rouen. Cela est sa-* tisÊdsaat d'aspect ; mais c'eat fait comme de la décoration ; il &ut foir le tableau dé loin pour, l'aimer un peu. De près ce tatouage des couleurs qui CQurent l'une dans l'autre , cette vi va-« • cité de touche qui va jAsqu'au mépris de la £ûrme y cette largeur démesurée qui ne rejeté ni les limites des ol))ets^ ni le sens de ces objets^ qette aJBEectation d'esquisse dans une grande chose ^. cette profusion de lazzis où il fiiudrait de la peinture sérieuse et ferme : tout cela fedt de la peine à voir . On n'arrive pas à grand'chose avec un pareil système ^ quand on a du mérite^ il faut se garda: de cette négligence systéma-^ tique qu'on prend pour im laisser-aller de bon goùt^ mais qui^ aux yeux de lûen des gens^ n'est qu'un manteau ample ^ drapé avec affectation^ pour cacher un squelette de talent ou un talent ' percé à jour comme un habit râpé. Les ouvrages qui restent sont les morceaux faits avec con- . science ; larges ^ mais bien dessinés ; colorés ^

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mais avec sagesse; puissans, mais intelligibles. ^ M . Thierry, dont On a placé là-bas deux tableaux

d'un joli effet, est tombe dans le défeut que je reproche à M. Gameray. Toutefois, il n'a pas poussé si loin le mépris à une convenance qu'il me semble indispensable de respecter : le rapport dé la largeur du trav£l avec la grandeur de l'ouvrage. Avec cette manie qu'on a de bro^ . ser tout pour arriver aux masses d'ombres et de lumière' de la décoration, on fait des esquisses et pas de tableaux; onlaisse croire qu'on ignore l'art si difficile de finir à propos, et de donner aux objets représentés leur valeur réelle de forme et de couleur.

Lord G. — Je suis tout-à-fait des vôtres sous ce rapport ; j'aime la peinture faite , non pas léchée et refroidie par la touche patiente d'un artiste qui voit tout au microscope , mais large et précieuse tout à la fois, tomme nous l'ont léguée les Hollandais et les Flamands.

— Regardez, niilord, cette Valenline de Milan auprès du lit de Charles VI avec ses enfons. La couleur en est pleine de charme.

Lord G. ^ — Mais les figures sont bien fei-

DU LOUVAS. • 337

blement dessinées. Elles ont cependant une expression de mélancolie qui attache.

— M. de Triquèti a fait un autœ tableau dont l'expression et la couleur font aussi tout le mérite ; il représente les Enervés de Jumièges : c'est une élégie harmonieuse mais dW intérêt médiocre. Yoici qui vous plaira : Jeanne d^jàrc repondant aux prélats qui l'interrogent sur ses visions. Elle est devant le roi^ parlant avec confiance et modestie y annonçant sa mission , et la part qu'elle aura à la délivrance de sa patrie. Cette figure simple et calme est d'une charmante invention , n'est-ce pas , milord ? Le groupe du trône est fort bien aussi ; mais la foule des assistans est peu heureuse. La demi» teinte qui la voile l'aplatit. La jolie harmonie de M. Saint-Evre se retrouve dans ce tableau , dont le dessin est d'un goût fin. Toutefois cette qualité du dessin n'est pas portée aussi loin dans la Jeanne dt Arc que dans les Florentins. Venez voir. Regardez ces femmes assises et celle qui danse ^ ce sont des choses, délicieuses de grâce sans affectation ^ de délicatesse et de mouvement^; elles sont d'une couleur on ne peut plus agréable.

338 LES. GAVBBnSS

« Lord G. -r^ Cependant je ne veudfâîs pas acheter le taUeaa.8i l'artiste ne infê promettait paa db chao^prr le paysage jaune et orangé qui mxxk à Fefifet de ses figiffes. Ce ton du. paysage est systématique.^ et tout système me déplaît. Je reconoaia les qualités lestimablea de rouvrage deM« Saint^Ëvre; je désirerais, dé Ta voir dans mon cabinet : mais ce jaune me blesse quoiqu^fl 9Qit havn;^Qmei|x« . '

- -— La Jeanne d!Arc de M. Saînt-Evre me . rappelle celle de madame Deherain.

l4>rd Q. — Un petit tableau du genre de

ceux que cette dame a déjà exposés ?

— ^ Poiint.^ milord;, un tald^an qui ai toute l'impoi^tance hii$](:orique par les. tpatitéa 0b la dimeifêîon* La bergèi^e dfi^ Yaueouleurs est ash sise; elle écoute la voix d'un ange qui y se balançant en Tair derçièçe ellç/ lui inspire le courage patriotique qui m^nquMt à\ Charles YH. Le& paroles^ dam^sss^eit^âteste qu'dle ne voit pas^ font en elle une révolution soudaine; eUeles^rrecueiUb atec une joiiei pirofonde^ mafe timide jr elle voit, ^aveni» s'oOjViyîr disvant elte; elle rêve de combats et de libération; eUe fait

BV LOUVBB. 33t

couronner le roi triomphant au maitre-ismtel de Rdma^ comme a <Mt Voltaire.

Lord G. — Oui^ dans son poèmo si spiri^ tœl^ tk impudique^ et surtout si peu patriote.

— La tête de Jeasnne d!Arc est' belle ; elle eommandè bien son corps dont le mouvement est l'abnégation , à ce point , qu'en reg!ardaiit le tableau^ on l'oublie complètement pour ne s'occuper que de l'expression du visage. Le ton des vétemens est dans une harmonie sourde qui £Bivorise à merveille la pensée de l'artiste. L'ange^ où l'on retrouve un souvenir du gracieux stylé des anges de Delacroix dans son Jésus dh jardin des Oliviers y est peut-être trop placé à angle droit avec le corps de Jeanne j je crois qu'envdoppé d'un ton mystérieux , il jetterait dans la composition plus de pqé^e. .

Lord G. — Et vous êtes sur que cet ouvrage est d'une femme? .

■^ Très.sor, milord.

Lord G. ^— C'est que sf^ij y a de la femme dans, la conception de cette fiUe piHliqi^ et forte, il y a de l'homme dans l'exécution.

Le talent n'a pas manqué au besoin de

340 LIS GAVSVBIES

l'expression de la pensée. Et pourquoi ne voudriez-vous pas que ûiadame Deherain fut devenue. à jpeu jHrès homme pour peindre Jeanne d'Arc ^ quand Jeanne d'Arc est devenue homme tèut-à-feiit pour sauver la France ?

Lord G. -^ C'est juste; les nairacles enfantent les miracles.

Le Louis XIV de madame Deherain est moins étoniiant que la Jeanne d'Arc ^ mais non pas moins bien. Le jernae roi cède au conseil de. sa mère ; il consent à se séjparër dé mademoiselle de Mancini que le cardinal Mazarin emmène: mais cette. séparation lui coûte des larmes; il regarde, avec des yeux hiifnides de pleurs, la belle jeune fille qu'il aime tant, et qui se retire en lui disant : « Vous êtes roi et vous pleurez! je pars! » La passion, cette première passion d'un jeune cœiu* ardent qui se débat contre la raisDn avant de céder, est bien rendue. La figure de Louis XIV est trèsjolie; elle fait une opposition heureuse avec celle de mademoiselle de Mancini, ferme et presque firoide au miheu de cette scène , où la tendresse expressive est toute dû câté de l'amant désolé. Le dessin et la couleur seront loués

BU LOUVftE. 341

par vous sans doute, comme par tout le monde. Madame Deherain a pris de l'essor; ce n^est plus un amateur qui s'essaie avec esprit, c'est une artiste qui produit avec talent.

Lord G, — Quel est cet assassinat? Encore une scène de vos guerres civiles! Je vois la croix des ligueurs.

— C'est Brion, le gouverneur du jeune prince de Conti, assassiné dans la journée de la Saint-Barthélemi. Il donnait à son élève sa leçon quotidienne , quand les assassins croisés vinrent firapper à la porte de la chambre oii le maître et l'-écolier travaillaient à leur ordinaire. Brion alla ouvrir, et aussitôt un fanatique, armé dé sa partuisane, le renversa et lui fit de larges blessures. Gonti se précipita pour défendre son ami ; il fit de vains effî)rts pour arrêter les poignards des catho* liques. Le respectable protestant expira sous les yeux de Fenfaint, dont les cris et les supplications n'avaient pu prévenir ce meurtre. La scène, comme vous voyez, est fort claire.

Lord G. — L'ignoble moine, qui est là comme l'esprit infernal derrière les Lorrains, est une bonne idée bien rendue. La figure principale

est belle de résiguatian. Cet homme à la tête rouge e8t terriblement actiomié à ce qu'il faut. Peut-être que la joie £éroce de oet homme qui rit en se tenant les côtés ^ est outrée.

^^ J'ai entendu &ire la même objecticm , et j'ayoue que je n'y suis pas sensible. Que les assassins du duc d'Orléaiïs ^ ceux que vous voyez dans ce tableau tout noir et effirayant de M. Louis Boulanger, exécutent «froidement l'ordre qui leur a été dônné^ cela se conçoit : ce sont des ouvriers payés pour £aiire leur métier; ils gagnent leur argent en conscience ; comme de braves assassins qu'ils sont; ils ne sont pas plus Armagnacs que Bourguignons ; ils sont tueur», dépécfaeurs d'hommes moyen-^ nant salaire, expédiant ce soir-là le duc d^Qr^ léâns comme ils auraient expédié celui qui les a gagés à l'instigation de ce même d'Orléans. Ici c'est bien différent: ce sont des bourgeois fanatisés, des meurtriers qui travaillent pour leur compte^ avec foi, enthousiasme et plaisir : ils se défont du protestant qu'ils ne connaissaient pas avant d'être entré chez leprince de Conti, parce quec'est un huguenot, uniquement pour cela, et que tout huguenot,;s'appelàt-ilBrion ouMarigny^

DU lOdVuE. 334

e$t leur enaemi personoel. Ils ne peuvent doue être de ^aog-£roid eu toaut; il £aut qu'ils soiait dçbarués et joyeux. Cette barbarie a ua oaractèFe vrai. You8 ue «avez pas çoinbîen de mot^ comiques 9 de quolibets sauglaus ont été jetés au milieu de uos guerres internes ; la %ue et la révolutioa de ^793 ont grossi les recueils de £^oétiea! On a reproché a M. Robert Fleu* ry d'avoir feit.ses assassins trop^ propreâ ; il y a du vrai ; tous les costumes soi^ un peu trop brillans^ luisans^ coquets: mais le dé&ut tsi de peu d'importance et ne nuit point aux qua* lités de dessin y de couleur . et d'ef£et dramatique que vous remarquez dans ce tableau ^ le plus important et le plus élevé qui soit sorti du pinceau de M. Fieury .

Lord ^. — Le prince de Conti est plein d'expression <

— Sa tètent un peu pesamment exécutée.

M* Fieury a mis ici deux petits tableaux ; mais ils sont validas ^ milord^ et je ne vous les montrerai qu'en passant tout à l'heure. Quant au^ beaux <lessins ^ dont l'tia r^résente un seigneur du seiadème siècle ^ jouant avec son nain y. vous vous y arrêterez. Ils sont fort re--

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mârquables; celui que je vous désigne surtout. Je ne vous conseillerais pas d'acheter ces Religieuses de M. Rogçr^ quoique vous puissiez trouver belle l'expression de celle qui veille sa sœur morte j mais la morte est de marbre blanc et jette sur 1^ tableau un froid désa^éable. C'est pour la même raison que je ne vous recommanderais point la Virginie de MI Signolj quoiqu'il y ait du mérite^ du soin^ de jolis détails dans ce tableau; mais là aussi tout est marmoré^ tout est poli^ frotté : on dirait un bas-relief de marbre de couleurs^ copié ^ avec la conscience qu'y mettaient jadis M. Revoil ou M. Richard , de Lyon, par, un des peintres de l'école lyonnaise, M. Tierriat, M. Genod ou un autre. La Femme d^Ischia , qui regarde son enfant endormi et éloigne de sa figure les insectes dont les piqûres pourraient l'éveiller ou le blesser, vous plài]ra, j'ensuis sûr. C'est de la bonne, gracieuse et solide peinture, c'est un dessin ferme et élevé. Voyez, milord , ces pieds sortant des sandales, s'ils sont élégans . et naturels ! M. Roger a quelque chose de plus capital que ces deux morceaux, un épisode de la Révolution de ijoj^ à Rome.

vo iLouvas. 345

Voici le tableau dont je vous parle. A gauche les Transté vérins furieux, armés de pierres et de torches, arrivent au quartier des jui&qui se sont déclarés en Baiveur des Français. Â droite, ces malheureux jui£s, assaillis par le peuple et implorant l'assistance du sénateur Rezonico , je trois , que Pie VI a envoyé sur le lieu de la scène pour apaiser la sédition. Au centre, sur un cheval, le sénateur suivi de qudques-uns de ses collègues.

Lord O. — Diable! ceci est bien de caractère.

— Non pas le groupe de cavaliers, qui manque d'ampleur et que dépare un cheVal faiblement dessiné et d'une forme peu noble; mais la masse des Transté vérins, fermes, puissans, dans la demi-teinte oii ils s'agitât ; mais surtout les deux premiers plans du groupe des juife.

. Lord. G. — Le beau dessin !

— Et la belle couleur! milord. Voilà comme j'entends \k couleur! voilà comme l'entendaient les grands peintres italiens! Ce n'est pas un vain lazzi ; ce n'est pas une palette jetée au hasard sur une toile pour obtenir un ton ori-

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ginal, ou .pour mieux dire , bizarre^ comme font tant de nos coloristes ; c'est une puissance de tons soutenus et adhërens à la forme qu^ils des^nent et modèlent dans le sens intime d'une nature forte et riche. Je sais peu de choses çoe j'ai«»e plu. que cette beUe femme renversée avec son enfent sur le devant du tableau ; toutà-*fait beau cela^ milord. La fenmie aux mains jointes sur le second plan ^ qui a queJque chose de raphaélique sans qu'on y retrouve oepen^ dant une trace esclave d'imitation , et la jeune fille qui a peur et se cache sur son père , sont également bien. Le juif à la Icmgne barbe me parait sec ^ long et disgracieux.

Lord G, — De tout ce que vous m'avez montré jusqu'à présent y le tableau de Roger est la chose que je préfère. J'aime même mieux cela que le Titien de M, Hesse.

— C'est l'œuvre d'un homme sur de lui , qui a déjà produit beaucoup et que l'expériaoïce éclaire. M. Hesse commence.

Lord G. — Ce Roger est^-il vendd ?

— Je ne l'ai pas entendu dire encore.

Lord G. — J'irai ce soir feire visite au

peintre.

DU i^uvas. 347

— Aimez -vous cette scène femilière de M. Henri Scheffer ? /^ lecture de la Bible.

Lùrd G. — liais oui ; c'est une fort jolie chose. La jeune femme qui tient son en&nt est charmante : ie reste est très4)ien. W^ *^"^fl pas pourtant un peu de rondeur dans tout cq dessin?

— Pas trop^ miiôrd. H n'y a rien dans ce taUeau qui frappe conune la Charlotte Cordaj^ que vpus tous rappelez sans doute ; mais l'ensemble me paraît préférable à celui de l'ouvrage qui réussit tant en ^831 .Je Jrouve que ^M. Henri Scheffer fait 4^ progrès. Je lui sais un gré infini.de savoir être lui. Son frère avait tant de succès qu'il aurait pu être entraîné à £EÛre dans sa manière: il s'est garanti de ce danger^ et il a eu cent fois raison. M. Ary Schef- &r cherche maintenant à ^ rapprocher de Ingres ; ce que vous remarquerez en voyant la Marguerite a V église - il perdra de son originalité et ce sera dommage. Il est beau de chercha le mieux ; mais il ne faut pas le trouver dans l'imitation d'un maître. La natiu*e seule est assez parfaite pour èlare imitée ; c'est elle qu'on doit interroger ; c'est'à sa suite qu'il jEaut

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se mettre pour être élevé et original j elle ne trompe pa»^ parce qu'elle est sans manière; elle a toujours bien conseillé ceux qui ont voulu rester fidèles à ses directions, — Voilà des paysages à choisir; de*toutes les couleurs, de toutes les grandeurs , de tous les styles , de tous les caractères; classiques, romantiques, imités du hollandais ou du vieil italien; jaunes, rouges, verts, bleus, gris, noirs; tranquilles, tapageiu's, frais, léchés, composés, portraits d'après nature : choisissez^ il y en a pour tous les goûts. Vous avez vu déjà M. Watelet, très-brillant^ un peu trop brillant ; voici* M. Victor Bertin, le chef de l'école du paysage de style. Vous le trouverez aussi pur de forme, dans cette forêt oîi galope Angélique sur un cheval de bois, qu'il l'a toujours été; jaussî soigneux dans le% détails de plantes et de terrains des premiers plans , aussi simple dans sa composition , mais ilioins froid dé beaUcoup qu'à ^ordinaire.

Lord G. — Et par conséquent bien préférable.

— Maintenant, M. Régnier. Il y a toujours un sentiment de tristesse dans les compositions

de cet artiste. Le tombeau y joue un des principaux rôles , et vous pourriez prendre ce paysagiste pour un élève de Grey ou de Young , votre' mélancolique auteur des Nuits ; pour un honmie qui a toujours le cœur gonflé d^amertume et les yeux bou£Bs de larmes. Non , mir lord^ c'est un gai compagnon^ non pas un de ces viveurs pourtant qui passent la vie au milieu des chaudes jouissances de l'épicuréisme : il rit , cause et plaisante conmie tout le monde ; il n'est pas plus lugubre que nos plus sombres romantiques^ les particuliers les plus frais ^ les plus calmes^ les mieux portans , les mieux buvans qui soient dans notre société parisienne. La mélancolie est une couleur poétique pour M. Relier/ comme la neige un effet constant pour M. Mallebranche qui, soit dit en passant, est encore ce que vous l'avez connu , un chercheur de vérité qu'|l rencontre quelquefois assez heureusement. \J Old-moriality de M. Régnier est un fort bon paysage , varié de touche et de ton, le meilleur de cet artiste, je crois; vous y remarquerez surtout les plans éloignés , qui sont d'un effet très*-agréable.

Lord Ér. — Je reconnais ici Jolivard , un de

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yos paysagiste» que j'affeedfohne le plu» , parce qu'il est un des plus vrais. Il aime à copier la nature, sans y rien ajouter ; il est nsSf , et c^est chose si rare que la nsdireté !

— H y a ici deux très-bons outrages de M. Jolivard, celui où il y a un torrent et que vous voyez un peu plus loin , et celui devant lequel vous êtes. Ikaxs le paysage au torrent^ il y a des plans de terrain et des eaux très^-bîefi iawtés. La grande vue prise «^x environs de Paris est , selon moi , une excellehte cho^. Ce chemin qui descend, ces lointains, ce del, tout est bien* Et puis il y a de Pair, de Fespace. Dans le Soleil couché y l'effet est vraif mais kss arbres sont d'un style assez £a»ble, le feuillis manque un peu de largeur. Toutes les EtudeB dé M. Jolivard me plaiseiit comme à vo(Qs : cependant il fiaut reconnaitre que loin dier se préaiunir contre le ton gris-rvei^t et la k>în*deur , l'auteur y persiste d'une n^^nière jBIdiease. Le peintre que j'ai cru le moins systétuâftique aurait*il un système ? la nature n'en a point. Je ne sans si vous vous rappelez M. Lapito ! >

Lord G. — ■ Urès-^u. Cependant ce nom

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