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»'altache <iali9 mes souyenirs à des ouvrages estimables.
— De tout ce que j'ai vu de M. Lapito ^ ce que* je préfère est cette P^ue de la forêt de Fontsainebleau au aoteil couchant. Les profils des montagnes ardoisëes du fond ^ et toute la partie à droite que traversent les^ derniers rayoas du sokil> sont charmans. Un nom nou^ veau qtte je vous signale avec plaisir, milbr(f : M. Fiers. Il est dan« la voie du paysage na-^ turet; il cherche à être wai, ce qui est une bien louable volonté par k peinture qui court. Âussii â-"t-3 trouvé des amateurs pour' ses tableaux. Celui-ci appartient à M. Fau ; il représente un Moulin sur la Marne. Cest excellent de mmplieité. Cette saulée est un peu uniformément jaune; mais la nature se présente q^lquêfois ainsi à l'automne. D'ailleurs, le jfibune n'est pas une mani^. dteir M: Fters; ses alrtres^ ouvrages vous^ le pfQwveroïlt. Vous n'avez pas oublié M. Guindrand, de Lyon, qq^iqufil n'ait point paru au dernier salons Le vo3à aTee vm grandi paysage, dont le sujet, emprunfCé à un des cantons du Dauphiné , est largement traité. Les dfevans, tout le terrain a
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droite et le del me semblent fort bien ; j'aime moins la maison.
Lord G, — Il y a beaucoup d'aspect dans ce paysage, et une pratique habile dans ceci aussi.
— Oh ! ceci est d'une main prodigieusement exercée. Je n'ai rien à dire contre les fonds et les seconds plans de ce paysage de M. Giroux , représentant une partie découverte des catacombes de Rome. Il y a de la gi'andeur dans les lignes et du soleil sur la plaine. Les devans, où la lumière repose sur de larges feuilles , me sem- Uent un peu trop traités en décoration.
. Lord G. — N'y a-t-il pas un peu de jaune dans cette lumière?
— • Sans doutç ; mais enfin il y a vraiment de la lumière. Le Chemin de la Fontaiw^u-Roi à Francpnville , ouvrage moins capital^ est toùtà-£ait nature ; il monte bien , et tourne bien làhaut ; les accidens de terrain sont fort scrupuleusement reproduits. Ce morceau est très-bon; on ne peut lui réprpcher qu'un peu de lourdeur de touche , défeut que M. Girôux partage avec tout ce qui procède dans le paysage de l'école de Michalon. Encore un nouveau paysagiste : M. André, dont les études ont un accent
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de vérité qui charme ; vérité un peu grise Cependant^ et qui rappelle M. Jdlivard. Son Entrée de Forêt dans la C6te*d'0r doit vous satis&ire*
Xo/y/ g. — Oui y mais il me semble qu'il y a, sur la nature bien exprimée^ quelque chose qui ressemble à une coUche de Ruisdaël^ et peutêtre aussi de Van der Neer.
— Un peintre qui a fait des portraits^ dont un surtout^ celui d'un vie^iUard , est remarquable!^ est auteiu* de ce paysage ^ représentant une vue de Dinan sur la Rance. Le soleil se couche derrière là ipontagne^ et éclaire le haut des édifices et des arbres. Cet effet est très-bden rendu. Le chemin. qui va du cadre au fond à droite n'est pas très-agréable de lignes ; mai$ il est vrai da ton 9 et oBbae songe guère à redire à une chose qui est vraie à ce point.- M « Faure a fait aussi cette jolie vue des environs de Paris , où vous voyez un paysan à la tête d'un champ de blé. Le ciel . esÊ d'un joli ton ; il y a du soleil sur le blé^ Vous
admirez probablement les Ëtudes de M. Léon Fleory^ qui a fait aussi des figures^ et ei^tre autres cette femme d'Ischia ^ sur le bord de la m^r.
Lùrd G. ~- C'est un pefu loin de .Roger !
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1 — Oui^ milord^ mais c'est mieux que pas mal. Vous avez acheté , je crois , en i 827 ^ u» tableau de M. Coignet; voilà de ce paysagiste des Études de chênes, dont les devans surtout sont fort bien ; il y a beaucoup d'exécution dans cet ouvrage. Une chose de M. Coignet que j'aime fort , c'est la vue de Y Intérieur de la forêt de Fontainebleau y où il y a des faisans : elle est d'un ton très^agréable. Je ne sais quelle est votre opinion sur M. Âligny; il a partagé vivement les amateurs au salon dernier. Les uns louèrent cette manière large y simple et sans détails y de fietire le paysage ; les autres soutinrent que l'imi-^ tation de la nature par abstraction convient moins au paysage encore qu'au genre historique ; qu'il faut des détails et de la variété dans la touH che y parce que la nature est détaillée y et que chaque objet a son accent et sa forme particuliers. M. Aligny est resté dans sa route qui a de 1^ grandeur^ mais qui a le défieiut de tout alour^ . <iSBty en confondant tout dans une facture unique y large et grise. Les carrières de grès du mont SaintrPéré y à Fontainebleau y ont été traduites par l'artiste dans un beau style italique^ qui^ 3 fiiutSedire^ est presque un contre-sens^ car la
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ferét de FontaineUeau a des magnificences à elle propres y mais fort peu analogues à celles de l'Italie. Toutefois^ oi^ n'a pas le courage de faire ce reproche à M. Aligny, parce qu'il étonne et plaît. Ses seconds plans sont superbes ; le premier n'a pas autant de- mérite.
Lord G . — Cela ressemble prodigieusement au paysage que M. Ed. Bertin exposa en "185^^ si j'ai bonne mémoire.
— Vous vous souvenez bien , milord : c^t le même site et le même Système d'imitation de la nature.
Lord G. — Il me semble qu'il y avait un troisième paysagiste dans les mêmes idées que MM. Bartin et Aligny«
— M. Corot. Voilà encore du Fontainebleau par cet artiste. Les devans^ grandement écrits^ sont d'un peintre de style ; les eaux sont belles et transparentes ; le chemin que va prendre la charrette qui sort de l'eau est parfeit de contour^ de perspective et de profondeur ; les arbres ressemblent plus à la nature que ceux de M. Aligny . Voilà les qualités; voici les débuts : M. Corot est gris comme M. Aligny, mais moins puissant et moins lumineux ; il est lourd dans les fonds,
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le feuillu des arbres et tous les détails de plantes ; son ciel manque d'air ; ce n'est pas un espace , c'est un corps opaqiie. Chez M. Aligny, au contraire , le ciel est parfaitement vrai de ton , d'aspect, et même de légèreté. M: Corot est un; artiste fortdistingué ; il est de l'école reniarqualble, mais un peu maniérée , qui veut feire pour le paysage ce que M. Ingres tente dans l'histoire; Le public le comprend peu ; mais vous , miloi^d , vou# devez Fentendre.
Lord G. — Je l'admire; mais je lui préfère ceux qui cherchent à rendre le paysage naïvement, avec ses détails, ses accîdens. M. Corot
est plus grand artiste que la plupart de ceux que je veux dire; il est plus éloquent, sa phrase peinte est plus magnifique; j'aimi^'. mieux les pliis siihplés»
. — Fermez un œil , milord , et fiittes*voti8 une lorgiiette avec votre maiii pour voir ce paytoge de Mi Rousseau.
Lord Q. — Oh! c'est l'illusion de la nature. ' ^
*r- fidssez vitej et n'en cherchez pas davan*tage; je vous ai donné ce que vous Vdtîlîèè avoir. Avec pliis d'attention, vou^ verriez
comme les devam sont heurtés ; vous reconnaîtriez dans toute cette repr^smtdtion d'une localité ^ Côt0S de Qranvilley un ton puissant et fort, mais qui tombe dans la convention; une Capture large , mais qni c^ierche \e» maîtres anciens, et un peu votre Con$table ; de la tërit^ d'un certain accent dans les fonds, dans cette mare , dans la partie gauche du ta* bleau, mais peu 4^ charme. M. Rousseau se dégagera* sans doute d'une partie de cette manière oii il emprisonne son talent , et il sera un de nos premiers paysagistes ; il est plein de sentiment et de chaleur ; il n'a pas encore a$sez d'étude. Je trouve M. Çahat; — epcore uu <|abut! {pilprd, --r bien plus près de la vérité que M* Rousseau. Malheureusement il n'a rien à vous vendre cette année. Son Cabaret à J^Qf^sourilSf devant lequel vous êtes , es;t à madame Hulin. Mon ami, M. Etienne ^4I*^o , j^une amateur de peinture qui se compose une çbanuaqte collection, est l'heureux possesseur de la P^ue de^ . bords de la JBouzan^e , départamfent de l'Ipdre; et M. Susse, le marchand de la place de la Qourse ^ a acheté le Moulin de Donipierre , qu'il a probablement revendu
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depuis que la lumière dû salon a &it briller les délicieuses peintures de M. Cabat. Je ne vous donne pas M, Cabat comme s'appartenant tout entier^ mais comme étant charmant à voir. Il y a chez lui un peu du souvenir de Constable . devenu fin d'ailleurs sous le pinceau français ; il y a de l'imitation de Descamps pour la recherche de l'harmonie vigoureuse ; il y a du hollandais Ostade pour la touche précieuse et ferme. Voyez la jolie lumière , la transparence heureuse sous ce berceau^ les bons terrains ^ les figures bien indiquées dans ce cabeuret ! Ceci est un morceau complet , qui ne déparerait aucune vente des maîtres anciens. Si c'était original^ nous serions trop heureux; nous aurions un paysagiste à désot- 1er la vieille Hollande! Cette prairie vaste et semée d'herbes si bien comptées, cette eau où se jouent des canards, cette porté de bois et ces arbres qui couronnent le fond , dans le tableau que je vous ai dit appartenir à M. Arago, tout cela ne vous semble-t-il pas excellent?
Lord G. •^— Cela m'amuse beaucoup, et je passerais là, devant, une heure, très-volontiers. Voyez-vous, mon cher, manière pour marr
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nière^ j'aime mieux celle-ci que celle de MM . Afi^ gny et Corot.
— Le Moulin de Dompierre n'e«t peut-être pa8 aussi complètement bien que les deux autrès ouvrages de M. Cabat. Ne le trouvez-vous pas comme moi?
Lord G' — Une chose me firappe. Dans aucun de 9eiè tableaux je. n'ai yu le soleil du matin^ ni celui du midi; c'est du crépuscule.
Est-ce qu'il e^t voué aux efiets de la nuit tombante?
'-^ Jusqu'alors il n'en est pas sorti. M. De-^ kberge préfère le petit joqr du matin. Vous l'avez vu^ l'année dernière^ feire partir une diligence à ces firoides clartés de la nuit y que suit bientôt l'aurore; le voilà qui remet à cheval le docteur du village^ venu à trois heures du matin visiter un malade. Ici^ comme dans l'autre tableau^ dont vous avez gardé probaUement le souvenir y parce^ qu'il obtint un immense succès à la fin du salon ; ici y dis-je y le même ensemble, qui parait procéder du miroir noir ; mais la même perfection de tous les détails, la même imitation scrupuleuse,
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minutieuse de chaque objet : tuiles ^ bois j feuilles d'arbres , terre , brins d'herbeô ou co(juilles d'huîtres. Jjç ton de cet ouvrage, dont le sujet est emprunté ^ux maisons rustiques de la Basse - Normaqdie \^ est frappant de vérité. Le ciel bleu, fouetté de c[u4<iues traînées rouges qui annoncent la présence future du soleil , est ce que j'ai vu de plus limpide en ciels. Les iarbres un peu mesquinement touchés, quant aut masses, présentent cepèur dant des parties de feuillage très-estimablés ; les buissons de droite, les ornières, sont on ne peut mieux fait«. M. Delaberge est plus dégagé de réminiscence dee maîtres que MM. |loùssQ^u et Gabat; sa manière de voir lia natwé quelquefois un peii petite; est cependant préfër9}>}^ de beaucoup à celle de la plupart de n^^ paysagistes ;. c'est un artiste qtii sait^ aUier d^ qhQBC^ diiHcile^ à réunir:' le vrai et' le rëd. L§ pé^ ^t chez lui dans, chaque partie, le vrai d^ps le tout. Il ^st fôehenx. qu'il ne -soit pas pjitis adroit qu'il n'est 'pour le. desstil des figures ; elles^ sont connnunes et laides.
Lovd G . — C'est à M. Ddaherge et à. M. Cabat qu'il , &ut renvoyer ces peintres , à ^ qui
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VOUS reprochiez tantôt l'afifectation die la largeur.
' — Ail! oùi^ MMi Gameray et Thierry.
Certes, tl$ pourraient apprendre de Fauteur de ce i^aViséant paysage comme on est coloriste sans jeter la couleur à pleines pelles sur un toit, comment on est vrai d'aspect en respectarit la forme de chaque objet , sa couleur partiétdîère et sa valeur relative. Tenez, milord, voim uii petit Intérieur d^uhe maison au mont Saint-^Michel y par M. Delaberge. Il y a de jolies choses ; mais F absence de lumière s'y feit trop sentir. Cela veut ressembler un peu à Rembrandt , mais nV ressemble guère pour la transparence et la vivacité de Teffet.
Lord (r.— Tous ne m'avez encore rien montre de M. Huet.
- — Nous y arrivons, milord. Voyez cette yïiié générale de Rouen ; c'est du peintre doot vous dësiriiez de voir les outrëges.
Lord. G. — Cela est grand, bien développé; le ciel se meut , le terrain est largement découpé , le ton général a de la finesse , les monumens ont de la fermeté et annoncent la gra]6de ville. Cèst très-bien , plus vrai, beau-
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coup plu8 naturel que ce que je coanaûsais ^e cet artiste.
— Ce8t plein de bonnes qualités. La raison est venue en aide à l'école coloriste qui se dévergondait si fort les années précédentes ; on a compris que c'était trop peu d'^iarmoniser systématiquem^it des tons prestigieux et d'en revêtir des formes Smtastiques ; ou étudie sérieusement^ on cherche le dessin^ et vous voyez que cet effort profite au paysage. MM. Bertin^ Aligny et Corot ont été pour leur genre ce qu'a été M. Ingres pour la grande peinture^ ils ont £a.it rougir la révolution pittoresque de b^ écarts y et lui ont appris qu'on n'était rien avec des effets sans la forme.
M. Huet a ouvert les yeux , et je le trouve dix fois meilleur que lorsqu'on lui criait de tous côtés qu'il était admirable et sublime. Je ne sais quand M. Jadin se laissera persuader; j'attends. Sa JtloiU^ de Rambouillet est^ au dire de ses amis ^ une fort belle chose : j'avoue qu'il y a de la grandeur^ un effet de nuit bien senti ; mais je ne comprends pas cette exécution brutale : c'est probablement ma faute.
lA>rd G, — Je ne suis pas organisé non plus
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pour comprendre cela, qui me semble plein d'affectation. De qui est ce Taureau?
— De M. Brascassat , et c'est une belle étude. Le paysage dans lequel est cet anii^al est trè»bien traité. Il y a ici plusieurs ouvrages de ce paysagiste distingué; tous sont remarquables par de bonnes qualités d'étude. Celui que voilà > où vous voyez un bouvier avec sa charrette^ est une fort bonne chose. J'ai aperçu une petite vue d'Italie charmante , sans fracas ; naturelle. Ici est un Château dans la Lozère ^ auquel je ne reproche que sa faituité qui se mire beaucoup trop dans l'eau coulant à ses pieds. M. Van-Os ne ressemble guère à M. Brascassat qui est maître d'un pinceau large ; il pignoche.
— Entendez-vous , milord , ce que ce mauvais mot veut dire?
Lord G. — Oui, il feit petitem^it, maladroitement y mesquinement le feuillis.
— C'est cela. Mais les de vans de 9es tableaux sont bien &its. Il y a du charme, de la naïveté, un aspect vrai dans cette vue intérieure de la forêt de Compiègne , où le soleil s'ébat en rayons si jaunes sur la chevelure milliaire des
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arbres. Voilà des fleurs et du gibier par M. Van- Os ; vous devez les trouvei? bieya.
Jjùrd G. -rr* Très-bien. Je vois le nom de M. Dpgn^n sur deux cadres qui renfermeni de jolies vues de Paris ^ prises sur vos qu^is animés du côté de la Grève.
— J'aime mieux cela que ses forêts , eï; s^^tout que cette marine du côté de Marseille, oii la mer est si peu semblable aux epnx bleues de la grasse Méditerranée, M, X^a^naii fmvaille avec conscience^ et il monte* Voil^ d'un peintre d,'hi8toire, M. Perrin, de petits paysages d'une rare finesse de touche. Ils reprééentent l'Italie, ce que vous recoi^naisse^i au^ lignés et aux monument, mais ^e qii.e vqm ^^ devineriez pas au ton gris et froid du $QJei]i. Le soleil est mae qualité précieuse en peii^ture. Madame de Laferrière le possède às^ez bien > comme vous pouvez le voir dcins cette '/^w<? de Vile de BùteaxiXy qui vaut biep mieux qtjbèk Seine de Neuilly ^ on l'artiste a représenté le Yaoht de la /t^m^.Mad^ime la mwqotse ^ Vins-P^sacî€8t autrem^wt habile que ipi^n^ de Laferrière. Voye^ plutôt cç graiid pays^ç à la Watelet; les fonds e^ sont jolia^ l'eau a
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un mouvement agréable ; il y a de la lumière sur les tertains à droite ; Tarbre principal n'est pas d'une forme qui me plaise beaucoup. Deux jolies choses d'une très-jeune p^sonne ^made^ moiselle Moudrux t la Suisse et l'Italie assez bien caractérisées ; Un talent d'exécution déjà remarquable.
Lard G. — Oh ! voilà qui a bien envie dû ressembler à Claude Lorrain.
— C'est la Lanterné de Gênes ^ par M. Sto^ relli. Cet artiste a eu plus de réputation qu'A n'en a maintenant, et il en mérite peut-être aujourd'hui plus qu'autrefois. Regardez cette étude de M. Féréol, la seule chose dé lui que j'aie trouvée encore au Louvre* Elle est jolie et simple; elle Ireprésente d'un ton vrai, bien qu^ûti peu gris peut-être , le Mouliti des Bois y en Sologne. Le touche est vive, fecile.* Cela doit vous rappeler ttn peu le Xavief Leprîûce.
JLord G. — Voilà un boh Clair de luné.
— C'eàt d^un jeune hornihe dont le nom nous arrive pour là preihlère fois, M. DlissàïKie, qui promet un paysagiste de plus à Vécolè/ C^tte vue du Mont Saint-Michel par M. Danviîi est lourde; j'âimé mieux une petite V^ue de
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Normandie où e^t un bateau échoué ; c'e»t bien. M. Curty n\isi pas très -fort : je ne vous arrêterai pas long-temps devant sa Halle au Poisson y qui vaut mieux cependant qu'un certain Serment de rOdéon, dont les anlateurs furent très-peu contens en \ 9/5\ . Puisqu'il est en progrès , n6us pouvons espérer qu'il finira par dessiner convenablement les figures , et à bien composer les groupes qu'il met en action. Cette yiiô du Pont^Rojral ^ prise du pont des Arts^ n'est pas mal. Les figures de femmes assises sur le banc sont molles de formes.
Lord G. — Voici une jolie petite marine^ là,nM^^O.
-t- Elle est d'un homme qui a du mérite , M. ûoureau^ dont voici un tableau représentàjxt la Moisson. La charrette chargée de blé est fort bien JÊadte. Dans la Vue de la forêt de Gabas y que vous voyez plus loin , il y a du soleil^ delà largeur^ des tons fins^ aux derni^s plans surtout., Le ton de ce Paysage au Soleil couchant y n^ ^^06^ est exagéré; c'est celui d'un incendie. Je sais bien que qiielquefois il y a de cette extrême rougeur dans le ciel certains soirs ardens d'été ^ mais cette rôu^
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geur n'est pas sans transparence ; il y a tonjoui's de l'air entre le ciel embrasé et notre œil. Ici, pas de traces de. ces vapeurs prismatiques qui brisent les rayops rouges et les adoucissent*
Lord G. — Est-ce que ces Moutons dans une écurie sont de Brascassat^
— Non^ milord ; ils sont de M. Paris. C'est une étude bien feiite , mais qui manque de la force que Brascassat y aurait mise sans doute. Je ne veux pas que votre opiaion sur M. Paris soit affîiiblie par la vue d'ouvrages très^inférieurs à celui-ci ; aussi je ne vous montrerai ni son Loup devenu Berger^ ni ses minimaux ma^ lades de la Peste. M. Paris ferait bien d'apprendre de M. Barye comment on dessine les bétes &uves, M. Decamps avait Badt un Ane^ devenu très-célèbre au dernier salon. M. Fouquet avait ïslxX le même Ane; cette année M. Dessain a voulu faire aussi son âne. Le voilà, sellé et attaché dans une écurie j il n'est pas mal , et il n'a de commun avec celui de M. Decamps que son poSl gris, ses longues oreilles et son nom. Passons à travers d'une Grande route, renouvelée de Demarne par
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M. Demay, pour arriver à M. Dedamps. Je sais^ inil(H*d^ que vous êtes aussi ardent admirateur .de cet artiste que je le suis moi'^ même 5 ainsi regardez; je n'ai pas besoin de vous détailler des mérites qui vous sautent auxyeux;
Lord G. — Ces Turcs à la Fontaine sont une merveilleuse chose. Quelle force de cou^ leur ! quelle richesse de tpn ! ^
— Les mêmes qualités dans ce paysa^ turc* Mais, milord, vou^ qui avez vu TOrient mieux que moi , qui ne Fai aperçu qu'à Alger y cette teinte «ombre est-eUe vraie? le soleil est-il jamais abstrait comme Decamps l'a £ait'ici?
Lord G. --^ ie n'ai jamais rien vu qui rfes** semblât à cela. Mais ce n'est pas d'une vérité labsolue que Decamps nie parait avoir ét^é préoccupé dans cet ouvrage; il me semble avoir tout voulu subordonner à ce grand mur blanc qui se reflété dans l'eau. Le re^te est uii cadre découpé en nïais6ns k coupoles , coonme totis les cadres de ces tableauiL sont découpés éil tinceaut gothiques.. »,
— ^ Datis la Chasse au héron y qui Çst d'ai^ leurs tirte perle, je regretté que les premiers
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plans, soient privés de lumière. Venez voir le meilleur Decamps de cette année: c'est un singe qui peint. Goûtez cet excellent morceau ^ siriche de ton, si bien de forme, si fin d'expression. On dit que c'est une caricature faite contre un artiste qui a inventé le Decamps tout de suite, après que Decamps lui-même l'avait popularisé. Quoi qu'il en soit, c'est une admirable chose. Decamps eét un peintre bien complet, bien original, qui a un avenir sûr dans les collections des plus riches. Je vous recommande, quand vous irez voir les dessins, un Concert donné par des singes ; c'est une composition pleine d'esprit et d'une forte exécution. heChanvany où d'autres singes cassent tout ce qu'ils trouvent, est une espèce d'orgie populacière qui me semble bien inférieure au Concert. Tel qu'il est pourtant, M .' Fouquet en ferait bien ses choux gras , comme nous disons dans notre langage &milier de France. M. Fouquet...
. Lord G. — Je le connais; c'est un fiiiseur. de pastiches decampesques ; je ne veux rien de lui. J'ai un Decamps, oii mettrais-je un Fouquet?
— Ses Singes savanSy et son Savoyard qui £ait danser des marionnettes, seraient d'assez
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honnes choses si Beeamps n'existait pas. H faut tuer ceux qu'on vdie , a-^t^on dit avec rwaon y ou l'on est tué par eux. M. Fouquel^se débat sous M. Dot^unpa^ qui le lavde àplaisir à petits coups de pinceaux , dont chacun fait une large plaie à }a réputation du pauvre imitateur. M. Jeanron est aussi un imitateur de Decanips; niais il a quelque indépendance ^ et puis il est autre que M^^Fouquet ! J'ai entendu des aithousiastes pkr cer M» Jeanron au premier rang de» artistes finançais ; affsôr^ de goùt^ sur^quelle il ne faut pas disputi^. Je recosonaîs à ce peintre du talent^ nqie lot'ce réelle dans l'art d'exprimer> un sen-r timtut énergique ^ et la &culté du coloriste ; niais je le vois engagé dans un système qui donné im masque à la nature , qui l'exagère et k ^t grimacer. M. Jeanroii voit en noir après De*» campa ; il n'a pas intenté son harmonie t^rible çt sauvage.^ il l'a empruntée à Decamps^ qui a l'avantage d'être transparent > même dans les vigueurs les plus grandes* B outre un principe que je crois bon ^ la fermeté et. la solidité du tpn^ et il arrive à Dsôre des figures dont la moins noire est d'uP birtre trèst^colop^* Voyez cette S<^ne de Pamj U y a de réimpression ^ une es^
premon trbte. 'Un iHallîetireux sam pain est couché sur k dalle du quai des Tuileries ; ses eu&us Fentourent et attendent comiiie lui im seGours de la pitié publique. Des promeneurs passait à pied, à cheval, en voiture, et rien ne tombe ailx mains du pauvre. Cette âégiè est poignante.
Lord G. "— ^ Je voudrais les fonds moins lourds et les devans un peu moilis durs. La Halte de contrebandiers me parait plus riche de qualités que la Scène de Paris; il y a bien encore de la convention , un peu de lourdeur de ton , des types d'hommes d'une laideur re* cherchée ; mais il y a de la force et de la hi-^ mière, une large harmonie, des choses assez finem^it touchées. Je crois que, peintre de mottvem^it, M^ Jeanron pourrait sans manquer aux conditions de sa pensée, élever son dessin : son talent serait bien plus complet alors. La petàe Piémontaise , à genoux d'un air a£Bigé, est une figure joliment entendue; mats il y a de la dureté ccMitraire à la grâce de là pose et au niérite de la couleur. Yoilà un ^and^ p<Mrtrait d'homme qui semble peu di^edeM. Jeajarop. M.LessoreèstàH. Jefaàir
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ron comme M. Fouquet est à M. Decampd; c'eat un colomte^ un dramatiste à la suite ^ exagérant^ comme il arrive d'ordinaire , les défauts de son modèle^ et lui restant bien inférieur quant aux qualités. Voyez; ce Bénédicité est une chose commune ; c'est la représentation très- vulgaire d'une nature triviale. Mauvais choix de forme ^ feiible exécution.
M. Mouchy imite aussi; il imite M. Jeanron dans ses Chantres noirs et rouges qui crient au lutrin; Delacroix dans ses Tigres attaquant un Cheval ;> Géricault dans sa Mort de Saint- Pacôme; tous les trois dans cette Mère regardant son JEnJant endormi. lie tout cela' y milord , il n'y a rien qui vous convienne v ce qui vous irait le mieux serait cette femme ^. au visage taché de gros rouge et à la robe verte : il y a de l'esprit dans cette peinture; mais sous cette apparence qui attire, que trouvez-vous? un dessin très-iaihle et une couleur fectice. Regardi^ ces mains, c'est un double système de salsifis pointus qui n'a rien que de trèspeu agréable.: Dans le. Saint -Pacôme y je ne blâme point l'uniformité cadavéreuse . du . ton des têtes , mais celle des types j toutes les^tétes
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96 re^seinblent. Les Chanti^s sont la meilleure chose de M. Mouchy^ mais c'est le blanc sur noîr^ qui est le fond de l'école de Decamps^ poussé à l'extrême. M. Bertier est un imitateur de M. Jeanron ; il vaut peut-être : mieux dans ses Musiciens ambulans que : M. Lessore.
M. Badin est à peu près de la même force dans ses Paus^res enfans.Ces messieurs se dégage-^ ront sans doute de la routinière imitation qui les appauvrit ; ils chercheront à être eux ; ils ne courront plus pour réussir après ce qui a réussi^ et leur talent bien appliqué sera peut-? être compté dans l'école. • '
I^ord G. — La jolie vue de Venise!- Les eaux du canal sont bien . rendues ; le mouvement des gondoles est parfait. Gela est largement peint ^ lumineux 9 vrai. Ce n'est peiit-^ être pas aussi beau que la Venise de Bonning^ ton; mais....
— Mais cela vaut mieux que celle de M. Tur^ pin de Crissé- M. de Crissé est fin pourtant, élégant, bien dessiné, distingué; il n'est pas si complet que M. Justin Ouvrié. M.. Guiaud.qui a &it aussi sa Venise,, car tout le monde £ait Venise . — et la forêt de Fontainebleau, — est
inJEérieur aux deux «utares canalestisteg. M. Justin Ouvrié débute avec succès dan» la 4»unrière du paysage ; vous venrez ici plusieurs ouvrages qui attestent ses heureuses dispositicMis et son talent dqà acquis. M. Léopold Leprince et son frère M. G.^Lepripce continuent la tradition de feu Xavier Leprince^ le chef et le plus faabUe de cette &mille de paysagistes : ils ont ici de fort gentils petits tableaux que vous reconnaîtrez à la touche.
Lard G. — Encore une marine qui nous avait écba{^; elle est grande pourtant et passablement tapageuse.
• — ^ Elle n'est pas bonne. Ce drame d'un Naufrage nocturne , ou il £Btut rendre avec énergie et précision la rage du vent ^ la fureur de la n^Ty la clarté de la lune^ la lueur des flambeaux des habitans de k côte accourus pour porter secours aux naufragés^ était trop fort pour M. Ulrich. À lui la mer calme et les petits incid^is de bi navigiaticm ; la haute poésie des grands malheurs à Gudin ou à Isa* bey . ^St vous n'êtes pas contrat de la (auteur ^ âa mouvem^it et de Fe^t de cette marine qui n'est pas sans mérite pourtant^ vous le
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s^ez^ jepease^ de ce pay^age^ dont le site a été emprunté par Tartiste à votre pays. Il y a beaucoup de vérité dans cette peiature^ quoique la teiute générale des troncs d'iarbim soit un peu grise.. L'arbre coupé par le pied ^ et coudbé . sur le premier {dan^ est un tirès4>oa détail. La section faite par la hache est su]i;oijit ^ès-jolimepit rendue;. M. Ulrich me rappelle M. Mozin; ils ont presque toujours marché paraUèlemei^ dans Testin^ie des amateurs. Cette année ^ comme peintre de n^sœine^ M. M(>ziu est jjien supérieur à M. Ulrich, témoin ce tableau représentant le naufrage du chasse^marée le Fr-aaçoiS'' Auguste. Le ^mouv^ment du navire qui commence à couler bas, et celui du.
bateau-pilote qui va recueillir les matdots en perdition , sont très-bien rendus ; la mer est ço.mposée avec une inteUigence qui prouve Tobservation de la nature. Je n'aime pas que le ciel «e confonde ainsi avec les lames ^ il y a de l'exagération dans cet. effet. Si les choses, en étaient là , le bateau-pilote périrait comme le chasse-marée. Cette marine de M. Mom est une des meilleures du salon. L'éloge serait
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assez mince si je ne me hâtais d'ajouter que je la trouve réellement bien.
Lord G. — Elle est bien en e^t, et je l'achèterais volontiers. Mais c'est probablement un tableau historique fieiit pour la Ville oii est né le pilote Nicolas Devismer , dont je lis le nom sur le livret. Où sont ces f^ues d'Ans^ers et de Bruxelles y que je vois portées ici sous les numéros ^776 et 4777.^
-r- Je vais vous les montrer. Venez de ce côté de la galerie; le* voici.
Lord G. — D'un joli ton^ plus simple qu'Isabey, moins affecté, mais un peu lavé.
Je trouve que le défaut capital de ces deux ouvrages, c'est d'être trop grands pour l'intérêt du sujet. Plus petits et d'une exécution plus serrée ils me plairaient bien davantage.
— Voici, milord, quelque chose qui ressemble un peu à ces vues dé M. Mozin : c'est un paysage d'un amateur de Metz , M. Menessier. Voyez ces maisons, ce petit pont, cette fenêtre ombragée par ài^ fleurs : tout Cela est d'un ton blond qui charme. On voit que l'auteur s'eist inspiré de M. Isabey ; mais il n'a pas.
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poussé Fimitation bien loin ; il est reistë dans une gamme claire qui le rapproche plus de M. Mozin que de l'autre artiste. Cette vue de YEntrée dtin Parc est très-jolie aussi. Vous verrez là-bas de bons dessins à la sépia de M. Menessier. Aimez-vous cette petite marine de M. F. Perrpt? Elle représente le petit port du Conquet, en-dehors de la rade de firent.
La mer est assez bien ; le soleil aussi. M. Perrot est un imitateur de Gudin , qui s'efforce peutêtre trop de ressembler au maître. Voilà de la peinture d'un homme de lettres , qui s'est acquis depliils quelques années une réputation , bien méritée selon moi , comme auteur de romans maritimes ^ M . Eugène Sue ^ mon ami j écrivain plein de talent , coloriste habile , contem* spirituel^ facile et remarquable par sa vivacité.
Lord G. — D'après l'éloge que vous en feitesy je vois iqu'il occupe dans les lettres un rang plus distingué que dans la peinture.
— Il peint sans prétention ^ mais pas mal ^ comme vous voyez dans cette petite Fue de Croisic; il pratique en amateur^ et il a l'immense avantage sur les peintres qui ne sont pas écri-
978 usa G^VttSUS
Ymns y et sur les écrivaiiu qui ne sont pas peîo-*. très le pinceau à la main , de pouvoir fixer coin*i plètement sa pensée ; ce que la plume lui refiise ^ le pinceau le lui donne. Il est bien heureux ! Le succès a éveillé autour de M* Sue une malv^Y lance incroyable ; des gens qui n'ont jamais rien fedt se sont crus' en droit de juger cet artiste> quNme critique plus sérieuse a pu avertir de quelques défieiuts^ mais en qui elle m reconnu un mérite réel. M. Sue est un homme très^bi^ dans le monde ; il est fashionable^ il a de» cher vaux y un joli équipage ^ du velours de la tête aux pieds , et c'est là ce qu'on poursuit dans ses ouvrages. Moi^ milord^ je vais à pîed^ et je ne suispoîntjalouxdel'heureusefbrtunedelil» Sue^ je porte envie à son talent ^ À ses succès ^ mais je les constate avec un plaisir infini.
Lord G. — Ses tableaux ne. lui feront peutr être pas d'envieux autant que $t$ livres^ quoiqu'ils soient fort gentils , conime vous dites > vous autres Français ^ dans votre langue si fé-7 conde en din^inutifs agréables et polis^
— On trouvera encwe moyen de se moquer de ce cfeùx et innocent emploi des loisirs de yhomme du moadeetdel'écrivain. Près l'un de
l'aatre, voilà deux ][)etiitre8 à pe» près de même force ^ deux, artistes fort bien placés au premier rang des peintres de genre du second ordre /MH. Vigneron et Auguste Desinoulins; M. Vigneron a d'heureoses idées ^ c'est le pein*tre des petites moralités ; il ne ressort jamais rien de bien puissant de ses pensées , nsave-* ment ou spiritueUement exprimées ; mais enfin ses sujets ne sont jamais* rides. Il aTait repré* sente le Com^oi du Pampre, élégie populaire > dont la peinture était le dernier mérite; le yoilà qui arrive avec son Orpheline , où il lious montre l'oi&nce insouciante ou plutôt Ignorante des maux qui suivent pour, die la perte des parens. Cette petite fille joue avec son chat, éur le lit à peine refroidi de sa mèrequ'on emporte en terre. Dans les Héritiers y noos voyons l'aridité des jeunes parens qui font l'inventaire de la demeure de leur oncle mort tout à l'heure, comptent les piles d'or et d'argent y regardent dans les armoires , volent la succession, et dépouillent déjà le défunt qui n'est pas encore enseveli. Cette scène est un peu vulgaire de conception ; l'idée en est dans tous les vaudevffles ; mais elle est
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vrages très - estimables. Je pasoe rapidemesnt d'un tableau à un autre ^ d'un peintre à un witte-f noua a vans peu de temps. D'^iÛera:^^ vous . reverrez tout. à votre aise^ je ne w»
qu'un indicateur pour v<ms. Yoid une ffaltè de Gitanos par M. Jollivet. Le dessin du torse de la femme qui se peigne est ré{Nréhen$îble; mais^ à cela près^ cette figure est aussi bien que les autres^ où vous remarqnèrez.unè ferme assez bcmne et une couleur solide. Toutes les qualités de M. Jollivet sont à leur aise diâois son Intérpcnr de FQrge9 . Les figures des for* gérons qui battent le fer me paraissent trèsbien: l'effet général eiA obsearvë et rendu avec fidélité. C'est une bonne chose que cet ou* vruge. Je ne vow arrêterai pas aux autres tableaux de M. Jollivet que vous ferez bieu d'examiner pourtant^ car ils méritent qu'on les analyse de près. Je ne reproche qu'un pe^ de lourdeur à cet artiste; liilord^ trcns jolies telles dans ce taUaau^ oii M. Bourde a rqH*ésenté VJssassmài d'thmi IJI. Elles sont dans le fond^ derrière le trône ou à cédé. Celle qui est m. profil à droite^ oiSk, dont une maiin tieait son nenton, enfin oeUe ifui est à
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gauche de cette deri^re. Les petits pages sur le devant font de la mauvaise tragédie classique. Heorri lU et Jacques Clément sont feîbles; maia Fartiste qui a &it ces trois tètes , bonnes d'expres8Îon^ de forme et de ton n'est pas sans talent. Vous voyejs que je regarde avec atten* tion et que je ne néglige rien,
Ijord G. -^ Oh ! vous êtes un dcérone consciencieux^ et je voua en remercie,
— ^ Encore un paysagiste^ M; Brune. Les montagnes^ les eaux et le ciel^ c'est-à-dire^ la presque totalité de sa f^ue de Suisse, sont foit bien à mon avis. C'est plus grand et plus fort que M. Jugdet^ dont voici une Procession bre*tonne , qui a le mérite d'une réalité assez sim* plement rendue* Si les figures étaient plus adroitement Êdtes ^ ce tableau gagnerait beau*^ coup en originalité ; on remarquerait alors ces paysans ^ coii^ de bonnets de coton enru* basés €|i recouverts de chemises blanches^ toi^ IcÉteétrange qu'ils font pour porter les reliques les jours de pardon. Le Pardon, milord^ c'est k £ete du village en Bretagne : on &it ce jour-Ui la procession 9 et tous les ^dèles passent sous les chasses aux reliques^ en recevant d'un
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maître dies cérémonies , en chemise et en bonnet de'coton^ un coup de baguette sur les.
épaules. Cette fête^ représentée par un artiste comme Grenier ^ Duval4e^mtis , Beaume ou Bellangé y serait une chose charmante : il £siut être naïf et assez fin dessinateur. Les petites marines de M. Jugelet sont jolies^ pas encore bien fortes, mais agréables. Son Port du Conquel est un peu gris , mais assez Joli de ton. Je ne vous fais stationner une minute devant les deux tableaux de M. Kuvassec , que pour vous foire voir les ciels étrangers, et étrangement rendus, de Valparaiso et des Cordilières. Cette vérité, si c'en est une , n'a rien qui plaise; eDe étonne, et voilà tout. L'exécution de M. Kuvassec n'est pas mauvaise : je n'ai rien de mieux à en dire. Arrêtez^vous ici, milord, et voyez Marie Stuart cédant à la violence qu'a exercée sur elle le comte Murray pour lui foire signer son abdication. Elle montre son bras^eu|tri par le gantelet du déloyal agent d'ËUsabeth.
La tête de la reine déchue est d'une expression heureuse; j'aime aussi pour le caractère ef la touche celle de la glus âgée des compagnes, de Marie. En général, l'exécution de ce tabl^u
DU LOUVBB. 3aS
de M. La vauden / qui ne se ressent presque plus dêFancieniie manière lyonnaise^ est louable. La figure de Murray est bien conçue. Je ne sais pourquoi Fauteur n'a pas fait jouer davantage la lumière dans cette chambre.
Estrce pour lui donner un peu plus le caractère 'de prison? le motif serait léger. Les effets larges valent mieux que ces étroites combinaisons de l'ombre et de la lumière. M. Hautier^ dont le tableau est à quelques pas d'ici y est tombé dans le même défaut en représentant la même scène. Lock-Leven ^ comme tous les vieux châteaux^ avait de larges fenêtres^ et Marie Stuart n'était pas au cachot. Chez M. Hautier, Murray tient le bras de la reine qu'il étreint avec force ; un jeune gentilhomme témoin de ce traitement indigne^ veut tirer son épée contre lord Lindsay. On arrête ce mouvement imprudent qui a donné à l'artiste l'occasion de bien poser et de dessiner avec soin une figure un peu trop théâtrale seulement. Le tableau de M. Hautier est d'un dessinateur; il ne manque pas d'harmonie > mais de cette harmonie firoide et grise qui caractérise l'école de M. Ingres à laquelle appartient ce
^ LES CAVtCRlES
peintre. Vous aurez à choisir dans les tableaux de M. À. Colin qui sont nombreux. Voici une Danse d^lschia, qui au premier coup d'œil ressanble assez à du Robert ; voilà àesPéofieiises deDunkercfue qui ressemblent à du Sche£fer^ aussi bien que cette Famille de Paysans sur* pris par l^ orage , et cette femme pleurant sur sOQ enfant tué par un taureau ; plus loin y un Çràmwell retournant le portrait de Charles /*', qui ressemble à du Boulanger ; de l'autre c6té^ une Plage , qui rappelle celles de Gassies ; enfin ^ un Don Juan auprès d'Haïdée y joKe petite chose où il y a du Scheffer et de FHorace Vernet; moins pourtant de ce dernier qu'il n'y en a dans le Don Juan . de madame Beaudin. vu à distance. Ce don Juan a l'air d'un en&nt sans caractère ^ mais Haïdée est bien. Le ton est celui d'Horace vers ^8â4. •
Lord G. — Une assez jolie marine qui nous avait échappé > je croîs.
- — C'est le Passage d^ Ronfleur par M. Casati. La lame est bien composée et bien rendue; 1@ ciel est trop largement indiqué : il est pesant^ et n'est pas en rapport de tpuche et de fecture ^vec le reste du tableau. La barque est vraie.
Bans une autre Marine y n^ 557, où vous voyez un brick et deux barques , la houle est un peu trop uiiiforme. Cette peinture de M. Casati ressemble un peu à celle de M. Lepoitevin.
Ceci , milord, est d'une demoiselle : vous ne le diriez pas à la sûreté et à ]a vigueur de la touche. Au reste , ce Phjsicien est plus noir que vigoureux, et je lui préfère le Tambour de la Garde nationale y ou c^. Tableau de na^ tw'e morte. Mademoiselle Cogniet n'est pas la seule femme artiste qui ait de la jforce et de la largeur dans la touche ; je vous en ai déjà signalé quelques-unes. Voyez ce paysage de madame Clerget, et reconnaissez les mêmes qualités manifestes au premier plan, dont le grand arbre à droite est bravement attaqué par le pinceau. Vous choisirez entre les tableaux de mademoiselle Pages, qui a réellement du talent cette année. Le portrait de ces deux Petites Jilles dans un encadrement rond , ne vous râppelle-tr-il pas un peu certaine femme aux doigts de salsifis que nous avons vue tantôt parmi les ouvrages de M. Mouchy? Au reste,
M. Harlé vaut mieux que M. Mouchy: il a adussi feit une mère qui regarde son enfent
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endormi ; cela est simple y naïf et un peu &ible en général^ mais sans manière. L'en&nt^ le berceau, les langes, sont d'un ton charmant.
Nous regardions, pour le louer ^ le tableau de nature morte oii mademoiselle Cogniet a mis de la pâtisserie. En voilât un de mademoiselle Joumet autrement bien encore de facture, d'effet, de couleur et de ton. M. A. Leblanc est une de nos anciennes connaissances ; vous le reconnaissez à ces devans dessinés avec soin et peut-être un peu durement accusés par le ton. M. Leblanc est un paysagiste distingué que je n'ai pas besoin de vous recommander. Si vous avez un chien dont vous vouliez avoir le portrait, milord^ adressez-vous à madame Dalton.
Lord G . — Nous avons dans ce genre à Londres des artistes très-habiles ; et j'ai dqà toute ma meute à l'huile, à l'aquarelle ou au crayon. Cependant, voyons : Oui, très-bien.
— Ce qui me plaît plus que les chiens, c'est cette Etude de bécasse; c'est d'un ton riche et vrai. Le ciel et le terrain sont dans une harmonie qui rappelle beaucoup la couleur de Delacroix. La bécasse me convient autant que le Vmitour me convient peu. Tenez, une chose qui n'est
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pM trè«^forte ^ mais qui a bien l'accent de la nature^ c'est cette Vue des bords de la Durance par M. Polydore de Bec. M. Jules Dupré paraît destiné à un bel avenir dans la peinture du paysage; il touche juste et finement; il dessine bien les terrains qu'il dispose avec largeur ; il a l'art de répandre la lumière et de la ménager : voyez si j'exagère; cette Fue d'un des ensHrons de Paris n'a-^-elle pas les qualités que je vous dis? Comme peintre dans le genre famili^ , M . J . ' Dupré est coloriste : cette esquisse oii sont représentées des paysannes à l'Heura de la Soupe est vivement, librement peinte et d'un ton qui plaît. Ce qui n'est qu'indiqué dans V Heure de la Soupe est traité à¥ec finesse et fermeté dans cette F^ue d'une cour couverte oii vous remarquez une paysanne iprès d'un puits , entourée de légumes y de vases 9 etc. C'est vraiment une jolie chose que ce tableau, dont l'intérêt appartient tout entier k l'exécution ^fidèle de ces objets rustiques , dont les flamands semaient une petite toile ou .un panneau.
Lord G. — Et dont chacun vaut aujourd'hui une guinée.
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— M. Ourupt n'e9t pa3 coloriste, lui; H ^t assez bien arranger un tableau anecdo*tique. Il est dommage que son exécution soit rarement très-bonne; et puis elle est d'une incroyable inégalité: satisfedsante dans la Mar-quise de Noirmouiiers et le duc^ de Quise^ quoique la marquise soit d'un dessin lourd et débraillée , sans autre motif que de montrer son épaule et sa gorge; plus sèche dans V Assassinat ^ duc de Guise ^ tableau piein d'intentions dramatiques ou spirituellesf, que M. Durupt aurait dû laisser peindre à un autre , après l'avoir si bien composé ; lourde et vulgaire dans les Derniers momens d^E^ douardlll^ ouvrage qui n^est pourtant pas sans détails agréables ; médiocre dans la Croix du Chemin j etc. : M. Durupt travaille Jbeaucoup ^ et, on le voit, avec conscience, il liii arrivera certainement de fieiire de bons tabieaui:. 'Je vous les signalerai;, milord.
Lord G. — Autre forge. De qui celle-là , Je vous prie?
— De M. Francis ; je pense que vou^ Im préférez celle de M. Jollivet?
Lord G. — Sans aucun doute. H y a queK
que cho«e cepeodant dans cet effet et ce ton.
— Je ne dis pas le contraire^ mais c'est affecté. Je n'ai vu de M^ Francs qu'un ouvrage où je louerai volontiers une figure : c'est un petit portrait d'enfieuit avec un chien. Le chien est bien. Vous souvenez-vous d'un tableau représentant une rue de Paris par un temps de pluie, qui eut beaucoup de succès en iSSi ?
Lord G. — Oui ; j'ai gardé aussi le nom de l'auteur par un moyen de mnémonique tiré de son tableau. U y pleuvait si bien^ ou il y avait si bien plu , que , pour traverser d'un côté de la rue à l'autre , il aurait Mlu un pont; le pont me donne tout naturellement; archcy et arche; Darche*
— Voilà de ce peintre qu'on a appelé assez plaisamment un peintre pluvial. '
Lord^ G. — Mais , c'est votre grande église deSainIrpDenis. LWfet est encore brumeux ; il ne pleut pas y mais il a plu sans doute, car tout a l'air mouillé.
— Les maisons à gauche sont fort bien. Peutêtre y a-1ril un peu de convention dans cet ouvrage^ qui ne produit pas l'impression de -son aine. MM. Marchand et Roger — non pas
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celui des Jui& romains que nous avons admiré tantôt^ — se sont rencontrés dans le choix de leur sujet } ils ont représenté jinnette Ljle chantant pour calmer la mélancolie d'Âllan-i-Mac-Âulây. Les deux traductions de cette scène de V Officier de fortune sont fort différentes : Fune est parfaitement amusante ^ c'est celle oii Annette^ longue , raide et habillée de blanc ^ joue de la cMrshach. Les nombreuses cordes de cette harpe écossaise ont dû coûter bien de la peine à M. Marchand. Dans l'autre^ d'un style généralement un peu lourd , et d'une couleur qu^on ne doit ni louer ni blâmer y est une figure d'une bonne expression : celle de Àllan-Mac-Aulay. Ce tableau n'est pas assez distingué pour figurer dans une collection comme la vôtre ; mais il irait au cabinet d'un amateur moins délicat. Vous avez du apprendre que Gassies est mort ^ il a laissé plusieurs ouvrages tous achetés à sa vente. Le plus joli le voilà : ce sont des enfens qui pèchent à la ligne. Le ton de cela n'est pas bien fin, mais il y a de l'harmonie. Ce n'est pas, au surplus, pour cette qualité que j'aime ce petit tableau , mais pour la naïveté des poses et des mouve^
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mens de ces Pécheurs si attentife à leur alhire. M. Gué a un neveu qui est son élève : il a déjà un talent assez remarquable ; jugez-le sur cette maison curiale de Bordeaux^ et plus encore sur une grande aquarelle ^ où il a représenté Fabside de l'église cathédrale deSaint^André de BordeauiK. Maintenant que M. Oscar Gué tient de son oncle tout ce qui s'apprend^ il travaillera sans doute à ne ressembler ni à son oncle ni à personne. L'originalité est la condition de la vie dans les arts. Lorsque tout le monde s'est jeté dans la bouteille au noir^ M. Gué est resté clair y lumineux ^ simple ^ naïf; il n'a pas recherché la poésie dont on badigeonnait par couches rouges^ vertes^ jaunes et bleues, tous les paysages, toutes les peintures de villes ou d'églises , tous les intérieurs ; il s'est contenté de copier la nature, et il a bien fietit. Que M. Oscar cherche aussi une route indépendante; M. Dauzàtz y a déjà réussi. Un joli paysage de M. Ricois, milord. Tout le groupe de petites maisons à droite est d'une exécution qui me. plait beaucoup. Ceci est de mademoiselle Martin : un vieillard donne une galette à un en&nt; sujet tout femilier, pas. niai ar-.
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rangé. Mademoûelle Martia^ en voulant monter jusqu'à M. Beaume^ est arrivé jusqu'à M. Franquelin.
Lord G. — Voilà qui ressemble à Robert.
— Ces Calabrais de M. SansonI Passez^ milord^ et n'approfondissez pas la chose. Il y a de l'aspect en e%t^ mais que. de mollesse dessous ! Ce n'est cependant pas un de ces ta^ bleaux qui font dire : Holà ! Mais il suffît que cela rappelle Robert, et en soit à cent lieues pour qu'on soit fâché contre le peintre qui nous allèche et nous donne si peu. J'aime mieux ces Jeunes filles offrant des fleurs à Saint- Nicolas, quoique ce ne soit pas un ouvrage bien notable. M. Alaux, le peintre .d'iiistoire, a deva frères : unquiapeintleiVebra/isa ;l'autra qui der meure à Bordeaux , oii il fâit de la peinture. Ce dernier a exposé le grand paysage devant lequd vous êtes : c'est une P^ue de Bordeaux^ prise du côté de Floirac. L'e£fet est simple; il y a de la finesse dans le ton des fonds; les de^ vans sont traités avec une largeur de pinceau et une &cilité de touche remarquables. M. Âlaux^ de Bordeaux , a une fille qui s'occupe de peinture : elle peint des oiseaux > mats point
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comme on les &it d'ordinaire: «lie n'a pas dan3 8a manière tout le charme de couleur de Fielding ; mais elle est plus précieuse d'exécution et de dessin. Venez voir ses dessins à l'aquardile ; je suis sûr que vous allez en être émerveillé.
Lord C— C'est, en eJEÊet, prodigieux. Quelle finesse de touche ! quelle patience ! et cela ne sent point la peine. Cette basse-cour est vrai*ment une très-belle chose dans son genre. H n'est pas possible de &ire mieux les pintades , les coqs et les canards.
— Et comme cela se compose bien, sans efforts , avec goût ! Voyez ce cadre d'oiseaux morts ! En vérité , mademoiselle Âlaux devrait être attachée au muséum d'histoire naturelle ; elle fiait mieux que personne, et cette perfection, n'est pas froide.
ZéOrd G. — J'aurai des canards de cetta^ jeune artiste. La connaissez-vous ?
— Non , milord; mais je connais son père, et je vous conduirai chez lui. Je n'aime pas M. Monvi6»8În cette année; cette La Vallière y plâtrée et laide ; ce Louis XIV , vulgaire y cet Hyacinthe Rigaud, aussi jaiblé que le' reste ^
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me font peine à voir. Il y a du blanc au Ueu de lumière^ de la dureté au Ueu de force ^ puis une exécution que je ne comprends pa». Viendra-'t^lr est un tableau coqiiet comme celui de La YaUière; mais il ne vaut pas mieux.
Blanche de Beaulieu : elle est lourde ^ pâteuse^ commune; elle a outre ce dé£aut-là^' celui d'avoir la taille historique. Quant à Ali-^Pacha et Vasilikiy c'est un mélodrame qui forait peutêtre honneur à M. Dubufe^ et qui pour être bon^ avec un efiet moins recherché^ aurait besoin d'être bien exécuté. M. Mon voisin m'avait feit espérer un peintre distingué; il a bien changé. M. Naigeon a changé aussi ^ mais à son avantage. Sa jeune Femme du royaume de Naples y implorant la V^iergepour son enfani malade y sujet dix fois répété au salon dans tous les styles^ dans tous les costames^ est un ouvrage agréable où il y a de bonnes qualités. Voilà du Decamps mêlé d'Ingres, alliance singulière, qui produira dans l'avenir je ne sais quoi, mais qui n'a produit jusqu'à présent qu'une chose bizarre, non pas sans mérite toutefois : la Fuite en Egypte ^ dé M. Célestin Nalnteuil. C'est remarquable par des têtes assez
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filles et par un ton décidé^ mais peu naturel^ quoiqu'il s'agisse d'un effet de nuit. Nous verrons ce que M . Nanteuil aura fait l'année prochaine: s'il s'obstine dans cette originalité composée^ j'ai peur qu'il n^aille pas au^elà de la peinture que nous examinons.
Ce tableau bleu gris représentant /'^rmeuïen/ de la batterie de brèche . devant la citadelle d^ArwerSy est de M. Eugène Lami: ce que je pourrais me dispenser de vous dire ^ car vous avez reconnu la manière d'Horace Vernet, à laquelle M. Lami est resté fidèle. Cet ouvrage , plein de mouvement et d'observation^ est le seul qui rappelle la campagne de 4852. Nous en verrons d'autres en 483i. Horace en a promis un ; puisse-t41 se rappeler le beau temps de ses lytailles î Souvenez-vous milord d'aller voir une grande aquarelle soigneusement faite ^ représentant un Bal aux Tuileries . L'effet de lumière dans la salle des maréchaux était diffîcile àrendre. M. Lamis'esttiré de la difficulté en homme qui connaît toutes les ressources de l'art. Il y a de fort jolies figures dans cette vaste composition ^ qui dans un siècle aura un grand mérite historique. Le ton local est très-
dM L«S CAUSIâIBS
agréable. Puisque vous avez levé la tête tout à Fheure pour regarder l'honnête chamelier Voisin de M» Goyet, vous la lèverez bien encore pour regarder ce Dragon blessé de M. Odier.
Lord G. — Trèa^xpressif, trè^-dramatitjuc.
Cela ne veut-il pas ressembler à Géricault f
— Je crois que le sujet plus que Fexécutiôn vous feit feire ce rapprochement. Géricault était plus large ^ plus puissant^ plus profond. Ceci ne manque pas de bonnes qualités ; il y a du sentiment^ de la douleur^ mais point de cette chaleur d'âme dont Géricault aurait enrichi cet épisode militaire. Je ne vous engage pas à regarder le Roland à Roneevaux de M« Odier; vous seriez long à débrouiller le cavalier du cheval,, et il ne vous reste que peu de temps. Je n'ai rien à vous^iire de ,M. BeUangé; vous le connaissez; il est toujours le même, toi^ours spirituel dans ses compositions et dans leurs détails ; modelant avec soin y cherchant la vérité , la naïveté y les trouvant quelquefois, et les enveloppant d'une couleur |[rise qui niiit un peu à l'effet de sa peinture. Le Retour de la pêche , où l'on voit des pécheurs halant leurs barques ^inr le
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pivage y est h même sujet qu'a traité M. Lepoitevin dans ce grand tableau que vous voyez là-l>as^ n^ 4567; M. Lepoitevin est plus large , mais de cette largeur factice qui ne plaît guère ni à vous ni à moi. M. Bellangé est plus près de la vérité. Ce que j'aime dans l'exposition de M. Bellangé , c'est le Marchand rie plâtres ambulant qui vend une vierge à une paysanne^ mère de petits en&nè qui ont été élevés dans les croyances religieuses des villages nor^ mands^ et une statuette de Napoléon au maréchal-ferrant, vieux soldat de l'empire qui a gardé son admiration^ sa foi anciennes^ et qui croit peut-être encore à Napoléon vivant dans les îles^ comme disent les gens du peuple. La tête du soldat-maréchal est pleine d'expression ; il y a de la pejisée^ de la méditation^ du souvenir, du regret. Les enfens sont gen*» tils^ la paysanne est jolie ^ le marchand est naturel : tout cela est bien touché ; avec un peu plus de ressort de ton ce serait un fort bon tableau.
: Lord G, — Je le marchanderai, malgré ce défeut que j'y reconnais comme vous. De qui est ce Charles P^ faisant ses adieux à ses en-
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fan8? Il estbieu mélancolique^ s'il u^est pas très-bien dessiné. Le tableau est estimable^ et si j'aimais Charles I^^... mais je ne l'aime pas plus que Cromwell.
— Cet ouvrage est de madame Rude , la femme , je crois , du sculpteur qui a feit la plus délicieuse statue que j'aie vue depuis long-temps. M, Rude a beaucoup de talent; madame Rude a un talent agréable. Je ne sais^ milord y si vous trouvc^z des charmes à la peinture des monumens d'architecture.
Lord G. — Oui , certes , quand elle est bonne.
— Regardez donc cette P^ue du château^ des Tuileries et cette\Egiise de la Spina.à Pisey par M. Perrot^ ce sont des chefel-d'œuvre de précision jsans pécheresse ^ de réalité sans jËroideur^ de finesse de touche sans sacrifice d'effet. Le dernier de ses ouvrages appartient à un amateur distingué y de Paris, M. Casiniir Leconte, qui sait feîre un exoellent usage d'une belle fortune. L'autre n'est pas encore vendu, je crois, et je vous conseille de l'acheter.
Lord G. -1- Je n'y manquerai pas. Qu'est-ce
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<jue cette jeune fille malade à (|ui tine autre jeune fille donne à boire ?
— La jeune Sœur^ dé M. Schaal^ * Lord G. — Padmal.
— Oui ; M. Schaal est à peu près de la force de mademoiselle Martin, dont vous avez vu un enfant à la galette. Je me repro-cherais de ne vous avoir pas fait voir ce paysage de M. J.-L. Petit, que je trouve bien.
L'effet du soleil couchant ne vous semble-t-il pas rendu avec tout plein d'intelligence ? Ce n'est pas une chose commune 5 il y a de l'originalité dans ce tableau dont l'arrangement est simple ; toute la partie gauche itie semble fort bien; les eaux de la Haute^Vienne , — je les nomme ^ ainsi pour vous £aire savoir dans quelle province française l'auteur a pris son sujet, — les eaux sont bien fautes. La caricature peinte peut être une belle chose , et ce n'est pas à vous qui connaissez Hogarts que j'aurais de la peine à le persuader. Mais il lui faut deux grandes qualités /une certaine hauteur dans la pensée, et une bonne exécution:
sans cela, elle est bien au-dessous de la caricature dessinée, parce qu'elle est prétentieuse,
L'acre ^ quand dAe e»t comfnûm, écbappe à la critique par son peu d'iiopprUtuce ; eUç de trouve pas ciç c^iiseurs plu$ rigoureux que la saillie^ le jeu de mots , ou la plaisaut^ie improvisée dau^ la ponversatiou. H /est bien maUneinreu:^ que Cbwlet rfait pas voulu peindra, ou n'ait pas «u .bien pi^ipdrf^j il ^ la profondeur, le génie et la fine^^ qui font le caricaturiste élevé; il aurait l^isçé de^ ou- Y3cages biçn re^^arquable^, dps roprjdité» jçpr miqu€;s ausfi pr^ci^us^ qm c^Heç de yolffe célèbre jcompgtriotef 3^ dessins resteront ; rn^is, le piniqe^ à la main^ il anrgjil; 9bwdé des sujets pluf pii^ssans. AI. Pigal n'a pas assez diî finesse; s^ penchée wt vulgaire, plug plaisante que coipique ; il n^ peint pa^ plus nsial que tant d'anjtres, n^is il ne peint pas assez bien pour qu^ 1^. talent hss^ passer sur le vide des idée3. 8a Premèi^ prùe et ^n Nouu^ç^ JXivecUur font rire le publie ; po^is il n'y a ripn l^^Kiçs^u^ pour les ^onateur^ de peinture np peu délicats , rien l^r^les^ug pour vou» qui cberr cb^ l'ol^spryatiQP 4a»s un wjet dont Ip 1^4*
tention railleuse e^t de dép^PPW un ^^^ pu
1^1 ridicule.
Dil M>IJYftS. 403
. fjord Q. — C'e«t de la charge êam comédie^ de Ia piBiByture aaa$ qualités. ,
r-r AFrêtez-TOUd un moment devant cette Hfivue générale 4^ Châlons - sur- Saône , par
M-Raffort.
1—. Lord G» -^ Est-ce le &iseur de caricature 4{ui imite isi servilement vc^e admirable Chariot 9 qu'on s'y trompe au premier coup d'œil ^ sauf à comprendre bien vite après la différence entre l'original et le copiste ?
— -JNoU; milord. Le caricaturier dont vous parlez y et qui a le tort d'appliquer un talent assez réel à l'imitation d'un autre^^ s'appelle Jftaffet. Le paysagiste s'appelle Raffort. Le ta-* bleau que voilà me pliât beaucoup ; c'est un ftortrait de ville bi^oi foût ; c W la nature de Gfaâlons, de la Saône jaune etpaimble, rendue Irèa-H^onvenablement. U y a de l'espace ^ di^ jour, de l'air; c'est d'une jolie exécutiez, et c'est «onple.
< Lord C-r-l^oilà, dans un* autre gem'e, que j'approuve beaucoup, ^tt^ -C'est la Récolte des fomsy par M. Prieur. Toute la partie droite du tableau est tiqaîtée avjsc finesse et vérité. Les devans scMut remarquâmes par qu^ques boDs
404 LftS CAUSERIES
détails de plantes et d'arbres. Daiis le tablemi que voici maintenant^ et qui est de M. G^ Postelle : une vuedePallj^ près Melun, il y a de la solidité, de la conscience; un joli fond, mais un peu de lourdeur. Les qualités de M. Rémond/ dans son Chemin de BorghettOy d'oii l'on voit le Tibre et les montagnes de Forli, sont une incroyable facilité y un sentiment juste du jeu de la lumière , surtout aux lointains ; une touche large et abondante; il y a absence de finesse^ par exemple. M. Rémondest un des paysagistes français les plus habiles dans le genre contre lequel se liguent les deux écoles nouvelles qui cherchent la vérité: l'une par sa grandeur et sa simplicité; l'autre, par sa perfection et l'abondance des détails. M. Wachsmut n'est paysagiste que par complément, si je puis dire ainsi. Le paysage l'occupe, et il y est vrai, comme vous le prouve «on tableau oii vous voyez des Bédouins qui vont décapiter un offîcier français , et la vue prise près de Stahoueli; mais ce qui l'occupe surtout, ce sont les sujets de figures. Yoîci un tableau demi-historiqùe , par la manière dont il est traité, qui vous donne la portée de son talent : il représente Ziegler, bourgmestre de
DU LOUVRS. 405
Mulhausen^ entouré de femmes qui sollicitent la grâce de leurs maris , coupables de révolte contre sojn autorité. La scène se passe en juin ^587. Il y a de fort bons détails dans cet ouvrage , assez largement traité. La figure du guerrier à cheval a de la tournure. Le style de M. Wach^ mut qui procèdewieTécole de M. Gros n'est pas très-élégant; il est solide et un peu lourd. Sa couleur est sans affectation^ cherchant la vérité et le naturel, M. Regny s'est fait une couleur brillante ; elle tient^ du blanc et du bleu clair qu'il emploie beaucoup^ $on charme qui serait plus grand si la lumière qu'elle représente n'était pas nacrée. Sa Rencontre de har^ ques dans la baie de Sorento est fort gentille: Le soleil n'excluant pas la solidité, M. Regny ferait bien d'allier l'un et l'autre. M. Renoux est peintre d^intérieur et de paysage ; dans ses paysages , il y a une brillante exécution et de la largeur , comme vous le prouve sa Forêt de Compiègne que voici. Venez voir à présent son Intérieur d'une église de Normandie y et vous verrez qu'il applique ces qualités à la peinture des voûtes et des dalles, à la production de Peffet qu'il veut avoir. Cet intérieur est fort
406 I.1I0 CA98KAIB8
bien^ la lumière , qui jotle dans la chapelliB du fond e^ d'un joli ton . Vous devez être ârtiguë , milord? Je vous avoue, pour moi, que je succombe. Cette promei^ade dure depuis six heures. Nous sommes allés vite ; mais enfin ildùs . avons vu près de deux cents tableaux ; sur èha« cun nous avons émis une opinion, foi1ïitd:ée en peu de mots, il est vrai, mais enfin nôiis avons parlé autant que marché ; s'il avait fellu entrer dans de plus longs détails, nods serions mdH;^ à la peine. D'ailleurs, entre gens qui se compiren* nent et savent voir, les paroles n'ont pas besoin d'être nombreuses et longues. Ge qui importerait, c'est que vous vissiez bien, et que rien^ne vous échappât. Je crois vous avoir tnontiré tout ce qui, d^s le genre , est de premi^ et de se^ cond ordre ; je ne vous ai pas montré tout ce qui est au dessous, mais vous avez vu plus d^un de ces tableaux médiocres du il y a des parties estimables. Vous reverrez tout cela à votre aise, si je me suis trompé en blâmant, reetâfiêz mes opinions, et acheter, milord , achetez taxit que vous pourrez, vôKS rendrez serViceà nos artistes qui ont grand besoin de trouve)* des acheteiffs. Vous savez bien que ce h'est point pour leur
M ÉèûVtt. 407
nuire qae je vousariiïiaiitrë leurs imperîeéCibns. S j'ai pédië p w mduigeti^e^ déftfut que mé reprochent hetttC<>»p de ihes àtàid^ qni se Mût firit^ àms leunr devc^é <$e eritiquè^^ une éôflsdaice tetriblemetit tévëre^ île rectifiez rien ^ milord. Nous allons nous quitter pour â\qWir« (f hui; mais avant de nous déparer il feut que je Yonas parle d'un de ttos artistes qui donne les plus hautes espérances. Cette belle tête de àor^ dinal me le rappelle. Voyez y ihilerd, que <;ela est grand et fort ! le beau caractèat^e^ le bondés^ ainl n y a delà profondeur^ de la pensée, dans cet hoinmie qui r^échrt; ces yeûîx voilés par Fémbre sont puissans ^ cette main qui sotdève la joue €âit' fermé et grande; là barb^ rousse est d'une large et simple liaoture . Tout cet ensemble est harmonieut , grassement peint ; je n'y regrette que la marche un peu grise de la cou- Iso^ et l'absence de la lumière. Cette harmonie grise y la voiià: autei dans le tableau de la mon de F0ifean que vous voyez là haut y et c'est dommage: ce mystère nuit à l'eflfet; phfô de firaiichist^de lumière donlierait plus dé saittie et a^out^ait aiT niOlivement.
Lcàrd G. r— Celte figure d'évêque, à droite^
408 LM CAU8BEIB8 ,
est beUe y riche d'accessoires et de couleur ; j'aime beaucoup aussi l'expression de celle du jeune homme qui vole au secours du doge e&pi^ rant. Quant à ce vieillard , c'est la partie £ai* ble de l'ouvrage trèsrremarquable assurément^ Monsieur...
— Ziegler^ milord. Une chose ravissante de ce peintre ^ c'est Iç tableau que vous voyez làhaut.
Lord G. — Cela ressemble à un ancien ta-r bleau oublié dans la galerie.
— Oui y un ancien* tableau ^ mais sans cette affectation d'ancienneté qui est le caractère de quelques peintures que vous verrez ici. Le petit Giotto s'est introduit dans l'atelier du Omabuée ; il feuillette un manuscrit donfr les^ miniatures absorbent toute son attention; il regarde, il comprend que pour lui va commen-r cer une vie nouvelle , avec la révélation d'art qui lui est £siite en ce moment. N'êtes-vous pas enchanté de la manière dont cette pensée est comprise?
Lord G. — Elle est supérieurement rendue, aussi Giotto est plein de nsaveté ; ses jambes surtout sont d'un charmant dessin. La couleur
ttU LOUVRE. 409
est dans le système des deux morceaux que nous venons de voir. Cependant elle ne man* que pas de charme ^ parce qu'elle est harmo-^ nieuse»
M. Ziegler est un élève apostat de M. Ingres. Il a brisé les lisières par lesquelles le menait son maître j il marche seul et ne l'imite pas^ comme vous voyez. Il cherche la couleur en se défendant contre les premières habitudes de son éducation^ sous ce rapport^ et en gardant soigneusement les traditions du style et du dessin qu'il a puisées à l'école de l'auteur de \ Apothéose d* Homère. Il a un avenir, et dqà le présent est riche pour lui d*éloges et de succès. Allons^ adieu milord, à bientôt ; nous nous retrouverons ici, j'y viens presque tous les jours.
lA>rd G* — Adieu, mon cher guide, mais encore un mot : De qui est cette parodie sérieuse du genre classique?
— De M. Ânsiaux. Je vous ai parlé des peintres enrégimentés y je ne vous ai rien dit de deux compagnies respectables qui complètent l'armée de la peinture : la compagnie des invalides et celle (J^s vétérans. M. Ânsiaux est dans les invaUdes avec MM. Delorme, Theve-
LIS CAinBUM OU LOUVHB.
nin^ Broc^ Misbach^ Murât, libour^ Quecq^ Lordon ^ Lesage et quelque» autre» qui sont nous redisant sans cesse, en les dé%arânt> bien entendu y les maximes de David ; qui nous font de la mythologie, de Ilristoire antique, des Péris, des Sapfao, deaSarpedon,desCircë, des Britannicus, des £rigone,quesais^je encore?
Classiques renforcés y non pas fo^ts elassiqties mais encroûtés, qui en sont encore à leur siège de Berg-op-Zoom comme les habituais de Fhôtel des Invalides; Aut invalidée de la peûitute l'âge âe fait rien; il y en a de vieux et d'ingambes ; mais les jeunes sont plus vieux que les vieuié.^ Quant aux vétérans^ la compagnie en est nombreuse:
elle est commandée par M. Abel de Pnjol , qin a pour lieutenans MM. Rouget et Gominade ; pour sous ^lieutenant, M. Latil; poùr'pot'tedrapeau, M. Forestier. Je ne ferai pas Tappel des soldats, cela nous mènerait trop loin. J'e vous avertis seulement que MM. Drolling et Léon Cc^iet n'en font pas partie.
statuaire. -«■ tt. Eude. — M. Jaquot. —M. Diiret..-> M. Dantan jeune. -^ Mi Datid d'Angers. •* M. Jaley. «^ M. TheraOe. ^ M. Desprez. — M. Allier. — M. Préault. •> Sculpture sans conséquence. — M. Jehan du Seigneur. — Jehan! pourqlioi paé J^ean? — M. Guersanl. -^ M. Etex. -^ M. Àarye» — M. Gechter. — M. Grandfils. — AI. Caudrou. — M. Moine. — II. Lesco^é. -^ M. Bougron. — M. Pradier. w ^. éatteàux.
, -^ M. Bra. ^ Le costume. — M. Desbœufs. -^ M. Foyatier. — M. Gayrard. — M. Gayrard fils. — M. Guillot. — M. Laitië. — M. Brion. -^ M. Gha|Mlinièi*e. — M*. Droz. -^ M. Dantan aîné. -> M. Debay père. — M. Debay fils. >- Les monumens ; quelle foi il faut y avoir. — M. Garnier. — M. Dieudonné. -^ M. Orlandi. ^ M. liesprefs. ~ MM. Brun , Flattera, Daumas, Desprez, Elschoecht, Ambuchi, Lescomé, Thomas^ Molchnet , Lange et Grass.
Croisons nos manteaux ;. il fait aii froid horrible dans cette carrière de marbres taillé»^
dans l'atmosphère humide de ces plâtres tout frais. Je souffre^ je tousse^ je puis parler à peine; je vous serai donc un mauvais compagnon pour votre visite ici. Regardez, regardons ensemble; parlez, je parlerai peu, quant à moi. Je vous avertis que mes jugemens seront bre£B ; au coin de votre feu je les motiverais plus convenablement pour Fartiste, plus respectueusement pour Pouvrage ; mais , au Louvre, avec un gros rhume, les pieds froids et la nécessité de rester debout , par le temps de pluie qui tient perclus mes membres et ma langue, je ne saurais me livrer à la. discussion qiii me plaît tant d'ordinaire quand j'ai un partner comme vous. Commençons notre visite , et allons tout de suite voir la plus jolie statue de cette exposition;
— Celle de M. Duret?
— Non, celle de M. Rude.
— C'est que j'ai vu des amateurs se prononcer pour M. Duret.
— J'aime beaucou]^ sa statue, mais je préfère celle de M. Rude. Âffiadre de sentiment. Je n'enipéche pas que vous soyez d'un goût tout diJEferent; ce que j'empêcherais, si j'avais
ùv Loirvas. 413,
de Fautorité sur \0Xïs, c'est que vous donnassiez sur les ouvrages de M. Duret et M. Rude la préférence à ^Odalisque de M. Jaquot. Mais^ * voyons. Tenez, voilà le petit Pêcheur napo^ litain de M. Rude. Il a bridé une tortue avec un brin de jonc ; elle fait effort pour s'échapper^ le, bonhomme la retient, et rit de cette petite tête qui se retire , et de ces pattes qui poussent en avant la maison d'écaillé de sa captive.
— Comme il rit bien ! çonune il rit de tout son cœur! Ses yeux, sa bouche, grandement ouverte pour nous montrer de si jolies dents, ses joues, son front : tout rit à merveille. Oh ! la ravissante, la joyeuse face de gamin! On ne peut la quitter tant elle amuse , tant elle est vraie et naïve 1
— Je n'y vois, pour moi, quWe chose à reprendre : la cltievehire bien massée, mais faite dans ce système de mèches rondes, tortillées, qui, suivant qu'elles sont minces ou grosses , ressemblent à des sangsiies ou à des serpens.
— L'exemple de la statuaire antique auto-
414 LKS CAU«1RIB8
lise pouitaiU; oçtl^ manière d'e^^primer la coî& fure humaine.
# — Cet exemple est certainement trè^^âié* r^ble; m^i^ les cheveux serpentes ne me p^aitsent pas* Tene?:, voyez comme M. Barye a traité ceiix du duc d'Orléans ; c'est gras^ large •, bien composé ; et si la matière le penaet*^ tpit on passerait les dpigts dan^ cette toisd^ fine. Ce que je dis pour M. Rude , je le dis a^ surplus pour tous les sculpteurs. Descendez maintenant de la tète au corps. La forme et le modelé en sont pleins de ^âce ^ ^e finesse et de bon goût.
— Comme c'est bien enfsuit !
— r Et fort tout à la fois. Uorigine et l'avenir duNapolitain sont très-convenablement rendes : il y a de la race, si je puis parley de cet enfenj connue d'un jeune cheval. Examinez le travail de la poitrine , du dos, des bras, des cuisses, des pieds et des mains ; c'est une chose délicieuse. Du fini sans mesquinerie et sans minutie, de la fermeté sans roideur. Ce marbre, malgré sa blancheur et sa transparence qui nous le dé* noncent , nous trompe pourtant : c'est de là ehair, de la peau; c^est de la vie, do monve-
DU LOinrjRic. 41^
ment> c'^t (Le rimit^tioapar&ke, car chaque partie a son feire^ son feus particulier. La^ laii^e du bonnet e«t x^m chose qui ne ressemble en rien au reste^ et ce n'est pas ce qui m*iitonne.' tout le monde sait toucher le morbPe a^ie^pour bien /établir ces di££éreaqes ; mais ce que tout le qionde ne sait pas^ c'est feire la peau fine ai^ lèvres , lisse sur le visage^ unie sur les musdl^ W action ^ awq^elç elle adhère^ moUc au-4essQu$ de l'estomac^ presque rugueuse sou^ les p^edf 9 pii elje se plisse par le mouvement des articulations ; c'est cette vérité conirplèt|S de chaque partie et de toutes qui constitue l,e c^ef-d'œwvre; par, voyez r vous, ceci e^ un cheWœuvre, Je regarde ce petit Pécheur de M. Rude , et F Innocence de M. Desprez , que nous avons vue en \ 854 , comme les deux pins jolies choses de la sculpture françai^^ sons le rappoirt dn charme, de la grâce et (de l'imitation.
— Dieu! comme il rit bî^, le brideur de t^ues !
— Et q^and je YK)n9 disais que je ne voui psM^onnerais pas , si vous préfériez l'odah^que
* 4e M. Jaqwpt % ce ravi^sgitf faipiègle, avaisrfe
416 LES GAVSSRlEg
tort? Voilà tout à côte de M. Rude la femme orientale : voyez et jugez.
— Mais c'est assez agréable à voir ! Il y a de la coquetterie^ un embonpoint satisfaisant^ des formes ^provocatrices.
«— Oui^ mais tout cela c'est du marbre. La peau de cette houri est douce comme le tissu qui couvre son matelas de fin coton ^ et ses membres ronds, soufflés, soHt bourrés de coton connue son matelas, et tout est matelas dans ce groupe d'un matelas et d'une femme. Du reste, M. Jaquot est un peu plus heureux dans une composition que vous allez voir là-bas : Un jeune Faune caressant une Bacchante.
— Oh ! mais ceci est trè^bien , n'est-ce pas ?
— Le mouvement des deux figures n'est pas malentendu. La bacchante est assez voluptueuse; le feune est ardent. La pose de la tête de la jeune femne, et cette tête elle-m^me, sont assez jolies. Le corps est agréable dé détail; celui du feune est encore mieux. Ilfeutdire toutefois que l'ensemble du groupe, dans lequel vous loueriez une foule dé jolies choses que je ne vous montre pas du doigt est Un peu petit. M. Jaquot n'a peut-être pas vu assez
DU LOirVBlE. 417
largement la jeune nature qu'il avait à rendre. On a traité ce groupe de modèle de pendule; c'est dur et peu juste. Venez au danseur napo-^ iitain de M. Duret.
— Oui, alïons. Je suis impatient de voir cette figure qu'on a tant vantée I Elle est en marbre?
— Non, en bronze, en bronze d'une nuance trè»-«igréable. Regardez comme le ton brillantet vigoureux de cette fonte simule bien la nature des hommes bruns de l'Italie ! Un peu de supercherie ajoute d'ailleurs à l'imitation : le
, caleçon, est teinté ; les prunelles le sont aussi et animent vivement les yeux; les dents, plus claires , ont à peu près la couleur de celles des hommes habitués à fumer ou à mâcher du tabac ^ Cela est très-bien, et là doit s'arrêter le coloriage permis à la statuaire. Quand il va plus loin, quand il est mal choisi, il est tout-à-&dt antipathique à l'art. Voyez là-bas ce Buste de P^g'/z;2m/, de M. Daiitan jeune , avec la teinte verdatre qu'y a appliquée le sculpteur ; il a Fair d'un de ces vieux débris de muraille plâtrée que l'humidité attaque, et qui porte cette végétation de mousse microscopique , dont on se
4)8 LBt GAVSBKIElS
défend avec soin quand on est un peu propre.
Ml Dantan a voulu faire de Teeprit. Je n^en doute point , parce que c'est un homme appli*^ que à compléter ses idées par des accessoires qui vont à la charge ; ii a voulu donner le teint du diable vert à Paganini;^ dont la figure ca^ hotée a quelque chose de démoniaque; c'est une pensée' vulgaire , une pensée de caricaturiste. Lebuste^ au surplus^ est médiocre^ coEome presque tous les ouvrages sérieux du même atitem*. Son lot est la charge; il y excelle. Sft collection est charmante et lui a £ait une répu^ tation^ qu'i} n'aurait certainement acquise ni avec sesbustes-portraits^ tous passablement bien traités, mais sans élévation de style, et sans grande finesse de modelé ; ni avec ses petites statuettes, portraits en pied, qui sont à la sculpture ce que sont à la peinture lés petits pc»>traitsde MM. Régny, Duval-le*^aiiius, Dubois Drahonnet, Pingret et autres. Revenons à M. Buret.
— Cette figure dedanseûrest bien composée; il y a un heureux balancement des masses musciilaires qui s'agitent : les lignes se dessinent à mervriUe ; de quelque côté qu'on la regarde, le
HV LOCTBB. 419
cotttour est pur et gracieux. La tête baissée sotfs le bras droit ^ par un des mouvemèns agaçans de k taruitelle ^ est jolie ^ jeuûe ^ riante y mais tin peu petite et féminine , si vous aimez mienx ; la jambe gauche qui se croise devant Pautre est neâ've^ sans affectation de grâce ; la droite supporte le corps avec énergie et sans effort. Tout cela est très-bien ; c'est un morceau délicieux: Itussije conçois qu'on hésite à se prononcer entre ce pécheur et celui de M. Rude.
- — H y a d'excellens détails d'exécution dans cette statue ; mais ne pourrait-on pas la trouve!r généralement un peu grêle? ce danseur est un jeune garçon de 20 ans au moins; il devrait être plus vigoureusement bâti.
. — C'est que l'artiste aura craintd'étre lourd, et un danseur lourd est insupportable ; voyez non pas Mérante ni Montjoie y mais Paul qui a perdu de sa jeune élasticité y Coulon, qui a lés jambes Caisses y et comiparez-les à Perrot, la souplesse, la légèreté, la grâce elles-mêmes !
-?- Le Molière de M. Duret,: est une statue très-^agréfi^le , mais qui me semble ma9qu6r d'ampleur et de gravité, quoiqu'elle repose paisiblement sur son socle, et que le poète soit
LES. GAUSBmiU-
enfermé dans les vastes plis de son vêtement. Mais'cette |tête penchée — on a remarqué , je crois, que M. Duret aime cette pose de la tête— ^ qui réfléchit en souriant à l'intérieur, est petite. C'est là queTartiste ne devait pas craindre d'entrer'dans le système de M. David qui exagère presque toujours les capacités de la tête pour donner puissance et génie aux gens qu'il portrait. Voyez son buste de M. Boula j^ de la Meurthe. M. Boulay était un homme d'esprit, un homme d'affeires, un homme politique, assez remarquable, mais point un homme de génie que je sache ; eh bien ! regardez cette grosse tête, mesurez ce front, étudiez less dessous dés chairs! Quand on vous dirait que cet homme est im Cuvier, un Goethe, unByron, un Corneille, vous le croiriez. Le ciseau de M. David est puissant, large, il sait ennoblir la laideur, il sait agrandir la beauté.
— Ce marbre ne saurait-il être plus caressé?
les détails y sont un peu rudement écrits.
— M. David voit la nature dans ises pians les plus larges ; son modelé est savant , mais point doux ; il tient à la force et très-peu aux transitions fines qui complètent l'imitation. Sa sculp-
BU LOtJVBB. 43 (
tare est toute monumentale ; il faut la voir à Feffet. Celle de M. Jaley soutient Fexamen d^un œil plus investigateur ; la figure de sa Prière que voilà près de la fenêtre est très jolie/ indépendamment du caractère de ferveur qui est empreint sur le visage de cette jeunç fille agenouillée^ les mains croisées sur sa poitrine, il y a de la naïveté , de l'innocence , de la gentillesse ; la poitrine au sein naissant est bien jeune aussi 3 les bras et le dos sont tout-à-fait en harmonie avec la tête 3 les cuisses et les jambes seules me paraissent un peu grosses. La Prière feit honneur à Fartiste.
— J'aime aussi son buste en marbre de M. de Saînt-Aulàire, quoique la finesse et l'esprit de notre amliassadeur à Vienne ne soient pas complètement rendus dans ce buste d'ailleurs bien senti. Voilà deux bustes qui me satisfont : Pierre Perrot par M. Dahtan jeune.
— Oui , c'est assez simple et grave.
— Claude Perrot ^w M. Thérasse.
— Le masque en est bien. Quant à la perruque , renvoyez M. Thérasse à Caffieri. Caffieri n'était pas un bien grand sculpteur , mais c'était un homme de talent dans un temps trop
422 LBS CàVSVf^lEê
décrié et trop vanté ^ oii il y avait ))eaucQup d'hommes de mérite. Promeoe2*vous xlans le foyer de la Comédie Française et yous verrez de lui des bustes très-bons : les grandes perruques des dix-septième et dix-huitième siècles sont traitées d'une manière remarquable; c'est gras et point tortillé^ large et noi^ pa^ m^esquio de masses., Nos statuaires feraient bien d'étudier les perruques de Caffîeri qu'ils appellent peutêtre perruque lui-même^ mais qui mérite^ à mon sens^ plus d'estime et de considération. Puisque nous parlons de bustes-portraits^ venez que je vous en montre un que je trouve d'une grande vérité et d'un goût d'exécution très-distingué. Tenez.
- — Ah 1 madams Cïnii-Damoreau de l'Opéra!
Par^tement ressemblant.
— - Et bien vu ! sans convention , sans manière. M. Desprez n'a rien dissimulé et rien exagéré. Juste embonpoint , l^ge développement du cou qui appartient aux chanteurs, épaisseur des muscles allant du nez aux joues ^ «-* un des caractères de la figure de madame Damoreau — larg;eur des mâchoires ; tout est bien^ c'est une ressemblance iatime. Sous ce
sourire fin «t gracieux vous Usqk l'esprit et la ])Q|ité. ]Q est fôcheu;»: que les yeux <lu buste ne pui^^nt QYoir TexpressioiL douce et aimable du râviçsaixt modèle qu'a .si bien copié M. Desprez. Voyez donc le joli {»*ofil! et le modelé ^ connue il est dâicat^ comme il donne bien la chair et la peau ! Regardez la piûtrij^ig grasse ^ sans mollesse; la bouche fine^ bien dessinée; les oreilles indiyidudles, c'est-à-dire ne se ressembhQt point , et chacune d'elles imitation waie de cdle qu'elle a l'ii^btention de reproduire. Ce buste est un sçiorc^eau e;icelleiit qi^i vivra plus que tant de dioses bizarres^ outrées^ à qui j'ai entendu prédire l'éternité de la gloire, sous je ne s^s quel prétexte d'originalité. Ce qui reste, c'est ce qui est vrai,^,ice que tput le monde pçut comprendre , ce qui repr^nte la nature dans son ense^^le et d^m ses détails, avcjc lorce w avec grâqe.
— y oilà un buste bien modelé.
-^ C'est 1^ bonne rejNPoduction en .n^arbre du /bHSte de feu Lal^y 4e Ppi^pièues, que M. Allier exposa en 4834. M. Allier e^t un sculpteur très^Qstimable ; il a &it des statues qui lui 9n,t mérité dos éloges; qiais i^ véri-
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table talent est le portrait : il a dans ce genre un mérite notable. Son Lahhey de Pompières est très-bien j pour qui a vu à la chambre ce patriote si spirituel^ M. Allier est d'une vérité incroyable. Voyez maintenant, le buste d'un général^ la tête haute ^ en action^ parlant; c'est plein d'âme et de viej le marbre s'est fait chair ^ et la pensée lui est incamée. H feut que je vous hss^ voir un tour de force de M. Allier. Venez dans la troisième allée de ce Musée. Reconnaissez-vous ce masque? Ne regardez pajB le livret. .. .
— Cela ressemble à Bonaparte premier consul; cependant c'est plus fort, plus développée
— C'est que c'est Bonaparte Napoléon, mort à Sainte-Hélène.
-«— Napoléon ! Un inasque moulé sur nature par M. Allier! Je ne savais pas que cet artiste, doijt je n'ignore point l'ancienne existence comme officier de cavalerie, se fût exilé avec Fempereiir^ ou se fut trouvé fortuitement à Sainte-Hélène au moment de la mort de l'empereur.
7— Ecoutez. M. Allier n'a point quitté Paris , depuis qu'il a pendu à un clou à crochet
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son sabre de dragon ;, et qu'il Fa remplacé par rébauchoir du statuaire. Il n'a donc pas été à Sainte-Hélène; inais de Sainte-Hélène est venu à Paris le masque moulé par le docteur Ântommarchi sur la fece éteinte de Napoléon.
Beaucoup de gens allèrent visiter le docteur et voir cette magnifique empreinte, oii se retrouvent le dernier sentiment de la douleur, et la dernière trace de la pensée. Chacun rapporta de cette visite un souveiiir, qui' plus ft)rt, qui moins poétique , tous profondément mélancoliques. M. Allier, — il avait conservé une grande vénération poi^r le héros populaire, pour le tyran sublime, — M. Allier rentra chez lui vivement pénétré de ce que ' cette image a de noble et de triste , de calme et de douloureux , de réfléchi dans la mort et d'imposant dans le sommeil qu'elle dénonce; il avait entendu dire à M. Antommarchi que le masque de Napoléon ne serait pas moulé ; il frémit en pensant que cette épreuve unique, si précieuse, ce monument si intéressant pour l'histoire , pouvait périr en un instant par la maladresse d'un domestique, par un incendie, par un vol. II se dit à lui-»
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même : « Il ne &utpa8 qu'il përiase tout^entier ; je l'ai aus^i ce masque > je suis sûr que je le possède bien ; il est dans ma mépaoire comme s'il était en effet dans un reliquaire^ dont je pourrais le tirer au besoin. Tirons^l'en^ et que M. Ântommarqhi ne soit pas le maître de briser au gré de son caprice, d'enfermer comme un avare im trésor dont tant 4e Français voudraient jouir ! » Et il courut à son baquet , et dans quelques quarts d'heure sa teire glaise et mouillée dormit , souffiît, mourut, sous sa main. 1h[*éoccupé seulement de la grajçideur mord.e de l'homme et des développemens osseux qu'il avait remiarqués dans le masque d'Ântommardbii, il fit sa copie {dus grande que nature ; puis , il la réduisit aux proportions où vous la voyez. L'artiste me montra alors son double travail , et j'en demeurai stupéfeit. Je ne concevais pas que çe$ paupi^es si flexibles y cet enchâsseine^t des yéus si fermes, ces joues qui céderaiept % la pression du doigt, parce qu'^elles sont Vp^ii^^ mortes; je ne concevais pas, dis-je, que tout cela fut.ui^e inventlop de sculpteur^ ef. .que la nature jpie fât {K>iir riw là-dedaps. C'était la vérité pour-
tant. Si je ne vous disais pas cela ^ croiriez* vous qu'ui;ie chose feite de sentiment et de réminiscence pût avoir un tel caractère de réalité ?
— C'est extraordinaire.
— C'est beau. Vous examinerez cela à loisir; pour moi, je le vois tous les jours; car depuis i 829 que j'ai ce masque dans mon cabii^et^ de- \mX mon burieau, je ne passe pas d'heure sans y jeter un coup d'œil, sans étudier cette tête prodigieuse. C'est pour la première fois que M. 411içr r€iid public son travail ; jusqu'alors il n'avait tiré qu'un très-petit nombre d'éprpuves do^t il avait gratifié quelques personnes. Il m'a fedt la grâce de m'en donner une qui a été l'objet de l'admiration de tous mes amis. Je pense que cette effigie va être multipliée par l'artiste , à moins que M. Antopunarchi ne prétende, que la Éace de Napoléon mort est sa propriété excjijsive. Au reste, une exécrable contrefaçon de la tête modelée par M. Allier existe : je ne sfiis quel poêlier s'est osé mesurer avec cette tête de géant ; mais c'est lui qu'il jEaudrait poursuivre par respect pour Napoléon, Si je ne me trompe, les possesseurs du masque de M. Al-
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lie|( n'étaient^ en iSS9j qu'au nombre de cinq ou «ix, parmi lesquels Charlet, Labbey de Pompières^ Odilon-Barrot et moi. Continuons notre examen.
— Bon Dieu ! qu'est-ce que cette collection de têtes sans formes^ maniérées , affectant la hideur , et qui ont l'air d'empreintes de monnaies barbares?
— Chut^ mon cher ami ! si Ton vous entendait^ si quelque adepte venait à passer par ici^ et vous voyait rendre à ces figures de réprouvés la grimace qu'elles vous font^ nous serions per? dus. Ce n'est pas seulement de la qualification terrible d! épicier que vous seriez apostrophé ; on s'informerait qui vous êtes , on marquerait de rouge votre maison^ et le jour venu oii chacun rendra ses comptes^ selon l'énergique expressioii de ces messieurs , on vous forcerait de confesser que M. Préault est un homme de génie ^ le grand sculpteur de l'époque , comme M. Jeanron en est le grand peintre. Prenez donc vos précautions^ et parlons bas^ bien bas^ tout bas. Il est établi y non pas partout , mais quelque part; qu'il n'y a de grande , de profonde , de haute, de merveilleuse sculpture que celle de MM. Préault
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et Jehan Duseigneur. Toutefois , on met^ et moi aussi je mets une grande différence entre ces deux ^tistes. On trouve M. Préault immense; moi, je regarde M. Duseigneur comme plus près du raisonnable , et par conséquent du bien. Je pense même que M. Duseigneur a du talent. Quant à M. Préault, j'en doute fort. Qu'il ait du génie, c'est possible. On entend le génie de tant de &çons I j'ai tant vu d'hommes de génie sur la rive gauche de la Seine , qui passaient pour des fous sur la rive droite , que je ne sais plus ce qu'il fiaut que je pense d'un ar« tiste dont on me dit qu'il a du génie. Va donc pour le génie; mais le talent, je le conteste, et je n'y croirai point avant d'avoir vu autre chose que ces ébauches repoussantes, d'une laideur si recherchée , sous lesquelles M. Préault a caché la Mendicité^ les Deux pauvres femmes et Gilbert mourant, que vous voyez là-haut sous les traits et le vêtement d'une vieille femme échevelée. Oh non ! il n'y a pas là de talent ! du mouvement, de la fougue, du caractère; — un caractère de convention, par exemple, — mais du talent, point. Le talent est dans l'exécution, dans l'imitation fine ou élevée de la nature. Ici,
ya-t-il apparence d'imitation? Voyez ce» têtes horribles^ parodies sërieu^ment grotesques dés malhenreux €[m gémissent dans les hopitaiit ! Voyez ces bras ^ ces mains ! Sont-cé de^main»^ des bras^ des tètes?
— Mais ce ne sont que des esquisses.
— Quand' M. Préault fera mieux que des esquisses^ nous verrons. Des esquisses ydes ébau^ cfaes y c'est fort commode ; cela n'engage à rien : on jette au vent ^ quelques idées revêtue» de formes telles quelles ; et, sans études^ prélimi-^ naires^ on se faàt une certaine renommée^ parce qu'on a livré son nom à la discusBÎon. Mais ces essais ont un terme bien .prompt. Le publi<; n'aimé pas les esquisses qui succèdent aux es^ quisses ; il lui fatut à la fin du positif. Il arrivera du dévergondage en sculpture ce qui arrive de tout dévergondage. Après l'anardiie des idées^ le bon sens a sa réaction ; et le jour de la réaction^ on dit y en rentrant dans les voies de cette sage originalité qui ne repousse pas la raison : ce Jugez-moi maintenant, mais non par les edsdis
L que j'ai soumis d'abord à votre examen; je
croyais alors à des systèmes dont je sais désa-* busé; rendez-4noi seulement la justice de dke
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que je n'y croyais pas bien prc^ndanent , car je n'ai £sit alors que des maquettes. J^'ai voulu mettre en lumière l'indépendance de mes opin nions artistiques^ maintenant je veux prouver que je sais. » Quand M. Preault dira cela par ses ouvrages y nous nous occuperons sérieuse^ ment de lui. Ce qu'il a fait avec le plus de soin ^ c'est un portrait de M. Gabriel Laviron y ar-* tiste-critique. Vous le voyez sur ce rayon , avec cette casquette à poils ^ dont les oreilles sont étrangement relevées*; il est revêtu de l'habit qui précéda immédiatement y en '1792^ la Carmagnole des révolutionnaires classiques^ U a une barbe touffue^ connne celle d'un guiche-» tier du Temple. Ne prenez pas tout ceci pour un travestissement : c'est une chose graye y je vous assure y on joue au costume aujourd'hui y sans rire y sans se doirter qu'on est étrange. En sculpture^ ce costiime est parfaitement ridicule^ et^i l'on était dans un temps ou l'on pût s'é-
tonner de quelque chose , on s'étonnerait qu'un sti^uairë ait pu se tromper au point de lui don* ner les honneurs du modelé. Encore si cette hardiesse éùèxt rachetée par une étude soignée y par une imitation parMte y vous plaindriez là
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génie qui s'est trompé ; vous lui pardonneriez la présomption qu'il a eue de croiJre pouvoir imposer^ par son autorité^ des idées antipathiques aux idées reçues ; mais vous admireriez le travail de l'artiste! Point; ttne imitation grossière y une &ce lourdement ébauchée y des saillies ^ des cavités y la montagne ,et la plaine y afin d'obtenir de grands noirs à côté de lu-^ mières vives. C'est l'art qui taillait des rochers; ou faisait les monstres égyptiens. Les sculpteurs qui veulent imiter les peintres coloristes y vous entendez desquels je veux parler^ me semblent dans la pins mauvaise voie du monde ; ils sont condamnés à une exagération à laquelle ils ne trouveront d'excuse ni dans l'antique y ni dans le bon moyen âge.
—Mais pensez-vous que la statuaire doive repousser absolument l'elBet et le costume moderne ? ' ^ «
— Quant au costume y je vous en dirai ma pensée à propos de cette statue de Benjamin Constant y par M. Bra> que j'aperçois plus loin. Quant à l'effet^ je crois qu'il ne &ùt jamais l'obtenir en sculpture que par la finesse et l'étude. Je crois queM. David a poussé l'effet aussi
loin qu'il peut aller^ dail8 le sens de la saillie ; je crois que M. Foyatier est beaucoup plus expressif que M. Préauh ^ sans eifort de grimace ; jc' crois que l'cispression est chez MM. Rude ^ Duret> Desprez et Jaley beaucoup plus louable que chez les sculpteurs coloristes > parce qu'ils ont parfaitement bien rendu le rire gracieux^ l'innocence^ la naïveté; ce qui est. autrement difficile à reproduire que les convulsions de la fureur^ les imprécations de la misère , et le râle * de la mort. Molière est plus expressif que tous les faiseurs d^émotions' dramatiques ou lyri-ques i Molière est le plus grand artiste français^ et ce n'est jamais au charnier des Innocéns qu'il a demandé son intérêt.
— Oh! ma foi, ce buste de M* Laviron est bien drôle ! c'est plus plaisant que les figurines de Dantan.
: — Mais moins fin qt moins spirituel. M. Jehan Duseigneur — ^^ autrefois on s'appelait Jean tout bonnement; vousrvous appelez Jean, tout tout le monde s'appelle Jean; Jehan est moyen âge^ et quand on se fedt artiste du moyen âge on s^appelle. Jehan^ -r^ M. Jehan Duseigneur est plus avancé que M. Préault,* dans le sens du
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bien^ comme je rentendâ ; il a encore de l'exagération^ mais beaucoup .moins que le Sculpteur dont nous venons de nous occuper. Je ne parlerai point de êe$ médaillons; l'étiquette du cadre , camaraderie, nous dit que ceci est affaire entre camarade et amis^ et que la critique n'a rien à y yoir. Passons donc. Yoilà deux bustes : Victor Hugo> et le spirituel et érudit M. Paul lacroix^ si connu sous le nom du Bi- 'bliophile Jacob. Hugd est outré; il fait la meue^ peut-être d'avoir le visage si mfichuré^ lui qui au naturel est frais^ gras , bien portant, comme un eni^nt à la mamelle.. Hugo tel que je le donnais ^ tel que vous le connaissez, a une belle et jolie tète, large, capable , ouverte, gracieuse, expressive, soit qu'il parle ou qu'il réfléchisse : ici tout est exagérée M..Duseigneura youlu&ire quelque chose de monumental , et il a fait dû rocailleuï, du martelée J.e ne nie pas qu'il y ait dans ce buste un sentiment fort de la nature ; mais ce setatiment est au^nlelà du vrai. L'artiste a fait le poète dans des conventions poétiques, que je ne saurais trouver flatteurs ^ quant à moi, parce que Hugo est plus beau et surtout plus simple; par cette simplicité toute. bour*
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geoise^ il est à merveille dans le monde et dans le cercle de ses amis. C'est vouloir donner à la postérité une fisiusse idée de notre bon Victor Huga, que de le représenter ainsi grognon y refrogné , posant en homme de mauvaise humeur. Personne ne s'est encore avisé de donner au vieux Corneille ces airs mauvais ^ dont on surcharge maintenant les figures de nos contemporains , qui ont de la célébrité dans les arts ou^lans la politique : Corneille n'en est pas moins grand homme.
— * Si le buste de Victor Hugo était traité plus délicatement ; s'il n'avait pas cette conche brutale de fâcherie qui est h la mode ^ comme vous le remarquez fort bien ^ il serait digne d'éloges. Il me semble qiïe celui de Jacob est mieux sous tous les rapports.
— Un peu grand peut -être, maïs ressembligat. L'ouvrage principal de M. Jean Dnseigneur est un groupe de trois figures repre^tt*^ tant Quasimodo au pilori^ pleurant pour obtenir une goutte d'eâu^ et la Esmeraldam^^ntée sur récha£aud lui présentant sa gourde;- B|Ëtli est près de sa maîtresse. Elle pourrait ttèè-bienv û'y être point, car eBe n'ajoute rien à l'intérêt;
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elle n'est là que pour montrer ses cornes et ses sabots dores.
— n n'y a pas qu'elle dont le costume soit rehaussé d'or. La robe et la coiffure de la bohëmienne sont ausëi dorées par filets ou par fleurs.
— Ënfimtillage que cela > auquel l'art ne ^gne rien.
— La tête de la Esmeralda est plus fiùe avec cette coiflFure.
; — Elle est jolie cette tête, maia un peu sèche peut-être. Au reste , j'aime mieux cela que la prétendue largeur de M., Préault. Les bras et les mains sont précieusement fsits. Yoilà tout ce que je puis louer dans ce morceau > car le Quasimodo est d'un laid... comment vous dirai-je ? d'un laid repoussant ^ quelque sentiment de pitié qu'on ait au cœur. Celui de Victor Hugo est laid , di^rme> et il'intéresse.
— U y a dé la force dans la création de cette figure trop laide sans doute.
— De la force ! venez voir de la force véritable. Suivez -moi au pied du grand escalier*
— Quoi! ce LouisrPhilippe à cheval! ce bas-relief qui a l'air de sortir d'un moule à
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gaufre^ ou à pains de beurre > tant il est plat et commun!
-^ Fi donc I Qui voiûs parle de ce détestable plâtras de M. Guersant I C'est de M. Ete:i^ et de son CaXn qu'il s'agit. Mettez-vous entra ces deux petits bas-relie& de M; Fuchère^ l'un représentant y je crois j up jeune homme suppliant des moines de le recevoir dans leur ordre ;. cornposition agréable^ et qui me parait préférable au gentil médaillon de la Pêçhe.^ L'autre....
— Oh ! vous avez bien raison ; cela- est véritablement grand, ^ large et original ! Quelle sauvagerie dans la tête de Gain ! * quelle douleur et quel repentir ! Et cette femme si bieu jetée à côté de lui ^ comme elle pleure ! Caïn. a près de son cœur tout ce qui pourrait le cout âoler y sa femme et ses deux en&nsi. y et la mé-, moire de son crime prévaut sur les caresses de sa famille y et il n'ose levei* les yeux au ciel ! Gela est fort bien entendu, fortement pensé et d'une grapde ei^écutiop j la femme est surtout très-belljB.
— L^ ligues de cette grande pyramide sont d'une combinaison et d'un mouvement biept
heureux. Suivez-les dans chaque figure et dans l'agencement du groupe si puissamment lié ; voyez , elles sont fermes pour indiquer la pose et les formes de cet homme de la première race ; souples , gracieuses et soutenues pour profiler le corps de la femme et des enhnê de Caïn ; simples et savantes pour dessiner les masses et indiquer les mouvemens des quatre individus. Tout cela est hardiment attaqué ; il n^y a pas un pouce de ses surfoces qui annonce l'hésitation ou la timidité ; un peu d'empâtement par-ci^ par-là , mais en général la forme est pure autant que grande. Je voudrais voir ce groupe traduit en bronze ou marbre. L'idée de M. Etex gagnerait beaucoup à se revêtir d'une matière faioins molle que le plâtre. Ce morceau serait certainement un des plus beaux qui soient jamais sortis du ciseau d'un sculpteur français ; alors seulement on jugerait bien si M. Etex a eu raison de préférer la force épatée de la Germanie, à la beauté mâle et nobjement élégante du midi et de l'orient; alors il purifierait l'exprès^ sion de sa pensée , ainsi qu'il à £giit dans son p^it Hyacinthe mourant^ figiœe jolie et pleine
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de sentiment, que vous avez admirée à ce concours où M. £tex n'eut pas le prix de Rome parce qu'il l'avait mérité.
-^ Cet Hyacinthe est souple, élégant; sia douleur ne grimace point y il tombe bien naturellement : et puis y ce n'est pas un homme en •petit, c'est un jeune homme.
-^ Après M. Ëtex, chez qui vcms pouvez étudier la véritable force, la véritable largeur, voyez M. Barye. Il est fort et large , celui-là ! Mais chez lui, force, c'est sentiment juste du mouvement et du caractère de l'individu représenté , enfermé dans une forme précise et pure : c'est une vue grande de la nature , mais fidèle jusqu'au scrupule. Il imite tout, depuis la donnée générale de la pose, jusqu'aux détails d'une masse de poils qui tournoient sur le dos du lion ou que la colère redresse. Mais cette imitation n'est pas étroite, mesquine ou foUem^it outrée; elle est sentie, naïve et judicieuse* Ce lion qui combat un serpent y croyez-vous qu'il xessemble en rien à ces lions qu'on noi|s &it classiquement depuis une trentaine d'années , et qui , sous leurs lourdes crinières , ont le malheur de ressembler à des baillis d'opéra-
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comique ? U tient sous une de ses gri£fes son eonemi^ qu'il regarde de côté> en poussant un cri terrible. Il est bien sûr que. le serpent ne pourra le blesser, car il mourra dans cette étreinte ;.mais sa vue lui fait mal, elle l'irrite^ comme si ce n'était pas un adversaire digne de lui. Ce mépris, cette colère, ce je ne sais quel effet électrique que vous éprouvez à l'aspect d'une vipère, le lion de M. Barye le ressent, quoiqu'il ait triomphé déjà. Ses griffes sortent de leurs fourreaux, tout son corps frémit , sa robe< de poils se hérisse; il voudrait broyer sous ses dents la tête de l'imprudent qui l'est venu attaquer ; mais il n'ose. Oh ! s'il avait aSaire à un animal de sa force et de sa constitution , vou^ ne le verriez pas en garde , en défiance , assis sur son derrière et menaçant de l'œil. Il se déploierait , lutterait et montrerait sa puissance. Ce lion m'a fait peur, tant il est vrai ! je passe en riant ç^uprès de ceux qu'on a plantés, en faction au bout des Tuileries; je ne regarde celui-ci que de loin , parce que je ne sais pas les paroles magiques dont M. Martin se sert pour calT merjes bêtes féroces. L'immense talent que M. Barye a déployé dans ce Upn qui serait une
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admirable décoration pour un jardin public^ vous le retrouverez dans ce petit éléphant^ dans cette gaielle moite ^ si fine^ si délicate^ dans ce pauvre cerf terrassé par deux chiens, si acbamés sur la pauvre béte^ dans ces deux ours qui font la parade^dans ceux qui se battent; vous le trouverez partout; vous reconnaîtrez cette étude profonde qui est allée de IMnstinct de chaque béte à sa forme^ du mouvement aux détails du dessin et même de la couleur; car M. Barye est un coloriste; et sa couleiu* est vraie. Si après le peintre d'animaux vous voulez con-* naître l'artiste imitant la nature humaine, voyez le huste du duc dH Orléans ^ gravement traité et élégant sans manière. Yoye>z ce cher valier du i5^ siècle y délicieuse petite statue équestre 9 dont la pose est d'un si joli goùt^ dont la tète est si finement touchée ; voyez enfin l'étonnement , l'effroi de Charles J^l arrêté dariî la forêt du Mans.
— Vous oubliez, je crois, ce combat de deux chevahws, dont l'un est à pied, parce que son cheval a été blessé à mort. C'est une charmante chose : la tète du cheval abattu et le chevalier sur son dos sont surtout très-bien.