‹ Salon de 1839Chapitre 4 sur 8 · Bataille de Bautzen · texte numérisé non relu

Bataille de Bautzen

M. Beaujne, comme on peut voir, est

toujours sous les drapeaux. U n'a pas encore fini son congé; i] paraît que la vie militaire lui platt. Nous ayons encore de lui, cette année, trois bonnes batailles dans lesquelles le Français toujours vainqueur se couure de gloire sur toute la ligne^ où Tennemi toujours enfoncé n'a que le temps de faire demi*tour et de gagner au large , laissant aux victorieux sa soupe et ses amours. Toute cette peinture guerrière a de l'aplomb , du mouvement, de l'aspect, et l'on sent que l'expérience des premières campagnes a profité à l'artiste. Son tempérament délicat s'est fait à l'odeur de la poudre, sa main s'est aguerrie, et, maintenant, il gouverne un bataillon de grognards avec presque autant d'autoHté que le peut faire M. Bellangé. Il ne manque plus à ses grenadiers et à ses dragons que d'avoir un peu plus de cet air garnement qui sied si bien aux vieux troupiers de la république ou de l'empire.

Deux autres cbarmantes peintures de M. Beaume, une scène italienne et surtout Yenfance de Sixte f , peintures très-étu-

diées , très-faites et d'une bonae couleur, nous prouvent cependant que les mœurs de corps-de^garde n'ont pas encore tout à fait étouifé en lui l'innocence des premières habitudes. Je ne désespère pas de l'y ▼oir bientôt revenir et je le désire de tout mon cœur. Il a, ce me semble, suiEsamment payé sa dette à l'honneur et à la patrie.

M. jomr.

N» 1116. Amende honorable d'Urbain Grandier,

curé de Loudun.

Madame , vous ne connaissez peut-être pas cet Urbain Grandier ? — C'était un fort beau curé de la paroisse de Saint-Pierre de Loudun, petite ville du haut Poitou.

Il avait une très-belle figure, la jambe bieo faite, de bonnes manières et plus d'esprit qu'il n'en fallait pour son temps. Avec de tels avantages vous devez penser qu'il faisait une rude concurrence aux capucins^ dans la direction des femmes les plus bup-

pées de la ville , de quoi les bons pères lui en Youlaient beaucoup. Il était en outre le protecteur et I oracle d*un certain couvent d'ursulines, où il y avait de fort jolies pensionnaires et cinq ou six jeunes religieuses à demi affolées par les rigueurs de leur célibat, n parait aussi que notre pauvre curé navait pas toujours parlé avec assez de réserve de M. le cardinal de Richelieu, TOUS savez , ce fameux cardinal qui fit couper la tête à tant de gens de bonne maison; car tout ceci se passait environ Tannée i63i^ et dans le temps de la plus grande puis*sance de ce redouté cardinal. Bref, les capucins y les maris jaloux et M. le cardinal mêlant leurs rancunes, on trouva moyen de persuader aux ursulines que le curé Grandier les avait ensorcelées. Son procès lui fut fait en bonne forme par M. de Laubardemont , Tâme damnée du cardinal et le plus inique de tous les juges. Beizébuth fut cité à la barre, où il vint répondre en très-mauvais latin, par la bouche desnones soi-disant maiéficiées; ce Beizébuth savait si mal son rudiment qu'il eût mérité pour ses solécis-

mes d'être fessé aux quatre coins du prétoire. Enfin toute cette ridicule comédie finit par la plus abominable tragédie. Le 18 août de Tan de grâce 1634, Urbain Grandier, atteint et convaincu de sorcellerie , fut brûlé vif en plein marché, pour la plus grande gloire de l'église et l'édification des fidèles.

Vous vous étonnez de ce qu'on ait con* sacré à un personnage d'une si médiocre proportion historique un cadre aussi vaste?

et moi aussi. Vingt pieds carrés de toile pour le procès d'un curé, c'est beaucoup trop ; le quart suffisait, et le tableau n'en eût fait que mieux. Mais, quoi qu'il en soit, admirez la magnifique ordonnance de cette composition, et tenez le peintre pour un des plus habiles que nous ayons. Quelle maturité ! quelle sagesse ! et pourtant sans aucune froideur. La tête et le geste d'Urbain Grandier sont du plus beau sentiment ; la scène a toute la gravité sombre d'un supplice sur lequel s'étend la main implacable de Richelieu ; la couleur est ferme , le dessin correct, l'effet

distribué avec une mesure et une iotelli- ^ence parfaites. Rien ne choque , rien ne blesse , rien ne se nuit. Tout cela est d'un accord et d'un ensemble achevés. On se sent à Taise devant cette peinture comme devant un tableau du Poussin.

On doit souhjiiter qu'un si bel ouvrage ne rentre pas dans Fatelier de Fartiste ; il faut qu'on l'achète , le ministre chargé des encouragements à donner aux beaux-arts, ne peut pas s en dispenser sans faire tort à son goût, sans manquer à sa mission.

C'est d'ailleurs une excellente leçon à tenir toujours sous les yeux de nos jeunes peintres, si fort enclins à l'exagération et à l'emphase.

N* 10. Bataille de Denain,

Tout à l'heure je trouvais le cadre trop grand pour le sujet ; ici, c'est tout le conf ti'aire, le sujet me paraît trop grand pour fe cadre. Villars et sa victoire n'ont pas de

quoi se retourner dans l'espace exigu qu'on leur a départi. Il est vrai que ce n'est point la faute de Tartiste; la dimension était donnée d'avance ; mais ma remarque n'en subsiste pas moins. D'ailleurs M. Alaux s'est tiré de cette difficulté en homme d'esprit. Ce aujet est devenu jsntre ses mains tout ce qu'il pouvait être, c'est-à-dire un très-estimable tableau , d'un beau dessin , d'une grande solidité de ton, et plein d'ac* tion ; on s'y bat en conscience. Je trouve seulement la figure de Villars un peu courte, un peu massive; je crois qu'effectivement les biographies nous apprennent qu'il était deforte corpulence, ainsi ce serait de l'exactitude historique; mais je la trouverais mieux placée dans un portrait que •dans un tableau d'histoire.

Puisque M. Alaux étciit en veine d'exactitude, j'aurais aussi désiré qu'il me fit pressentir par la qualité de sa lumière que la bataille se donnait un beau jour de juillet. Un petit rayon de soleil glissant à travers cette scène de tumulte et de carnage n'eût fait de mal à personne, et peut-être

même en eut augmenté Teffet par le contraste ; car on conçoit moins que des hommes sensés s'entr'égorgent quand le temps est beau, la prairie verdoyante et qu'il fait si bon vivre, et la pitié vous vient plus vite au cœur à voir de braves gens qui succombent et ferment les yeux pour jamais, quand il serait si doux de les ouvrir.

N° 517. La charité.

Belles chairs et voilà tout. — Parbleu !

M. Champmartin nous n'avons jamais douté de votre savoir-faire en ce genre, vous nous en avez donné de suffisants témoignages ; il serait bien temps de nous prouver que vous êtes encore capable d'autre chose.

Une grosse fenmie bien matérielle, bien commune, et cinq ou six gros joufflus d'enfants, non moins vulgaires, jetés pèle mêle sur son large giron , vous apppelez ça la cftarité! l'une des trois vertus théologale

les ! — Allons donc ! vous voulez rire.

Voire charité n'est tout au plus qu'une bonne serreuse d'enfants ; on se demande Seulement pourquoi ceux-ci n'ont pas de chemise. •— Apprenez de M. Decaisne à répandre un peu de charme et de pensée sur un pareil sujet. M. Decaisne n'a peut^i* être pas yotre habileté de main , mais il a plus de foi que vous.

La critique est rude et vive , je l'avoue, même trop vive et trop brutale, si l'on veut; je suis prêt à convenir de tout ; mais aussi on m'accordera que M. Champmartin a un talent digne de n'être pas épargné.

JS. BBCJJSjnL

N"" 496. La charité.

Encore la charité , mais , Dieu merci !

autrement comprise que dans le tableau précédent. C'est ici une belle jeune femme, pleine de grâce et de bonté, ouvrant ses bras ,^de jolis enfants qui se resserrent contre elle avec amour. Cette peinture^ d'un fini

— lit —

précieux » d'une t;ouçhe moelleuse et d'une grande harmonie de ton y rappelle la manière ^uaye et le style des maîtres italiens dans ces peraonnificatioi^s toutes gracieuses de la pensée chrétienne. M. Decaisne est un homme qui sent eu poëte, un peintre selon l'esprit l^ien plus que selon la chair», et qui , lorsqu'il s'attaque à des idées de cet ordre, ne se contenterait pas de ne faire que de la chair fraîche pour les ogres. Il ▼oit et vise plus haut.

N° 1225. Bataille de Cocherel (16 mai 1564).

N» 19M. BaUiHe de CastiHon (17 julllel 1455).

Vous rappelez-vous, cher lecteur, une grande et telle peinture qui parut au Salon de 1836, représentant le roi arrivant à IHôtel-de-Villeà travers les barricades de juillet encore debout ? Elle était de M. Lanvière. — J'ai besoin d'évoquer ce souvenir IK>ur justifier ce qui me reste à dire.

— It2 —

Les armes sont journalières î II y a bien loin du tableau que je rappelle aux deux batailles que nous ayons sous les yeux; j'ai bien peur que M. Larivière ne les ait perdues toutes deux. . . Mais n'affligeons pas par une critique trop sévère un bomme cflii nous a déjà donné de son talent des preuves si complètes : respect au courage malbeureux !

N» SiSK). Le corps de Patrode disputé par les Greo

et les Troyens.

En voilà du tapage! en voilà du gâcbis!

-— Savez-vous ce que sont ces grands pendards tout nus qui se démènent là haut autour d'un cadavre? — Considérez bien leurs têtes] de cyclopes, coiffées et hérissées comme celles des ours des Pyrénées ; regardez ces ignobles membres tout dégingandés , ces torses à peine dégrossis , ces chairs flamboyantes. — Ne vous rebutez pas , regardez bien. — Avez-vous bien vu, bien examiné ? — Eh bien ! reconnaissez-

— fI3 —

vous là des (xrecs et des Troyens du temps d^Homère e^dans ce vilain mort, Patrocle, Tami d'Achille 7 c'est comme je mefaisl'honneur de vous le dire. Vous avez là , sous les yeux , un chant de l'Iliade traduit en flamand wallon, au moyen d'une contrefaçon de Ruhens. L'auteur a entendu dire que les héros d'Homère avaient dix pieds de haut , et il a pris la chose à la lettre ; il en a donné douze aux siens afin de ne pas demeurer en reste avec le prince des poètes ; ils les a faits grands par la taille , ne pouvant les faire grande par le seul pouvoir de l'art. Voilà r j'espère r de Tintelligence marquée au coin helge ; je ne comprends pas comment la douane Ta laissée passer en franchise.

Que si vous m'interrogez sur l'exécution matérielle , je yous dirai que c'est de la peinture inculte , sauvage , raboteuse , anguleuse , remplie d'aspérités ; de la peinture faite à la baguette et au hasard ; ce n'est point même une ébauche, c'est une débauche ;

Timeo JDànaorel'iiona/erer^tes.

Tra^action libre :

Je crains tout des Flamands Joiqnes h leurs tableaux.

Expliquons -nous cependant, point de fausse interprétation : je n'entends parler que des Flamands d'aujourd'hui qui font des tableaux d'histoire.

N« ailT. Pèche en hiver.

Par exemple voici un honnête Flamand , si j'en juge paj: ^on nom, que je serais désolé d'envelopper dans l'anathéme, ^n Flamand de race pare » et qui nç dément pas ses ancêtres. — Qu'est-ce que son tableau en définitive ?^ — Bien qu'un canal gelé, une glacQ tout unie » ^vec un ciel brumeux et deux ou trois figures qui ont le bout du nez rouge et Tonglée aux d<»gts ; mais comme la poésie de la chose y est bien! que cette glace est vraie ! que cette brume est froide et pénétrante ! et qu'il fait bon ici mettre son manteau ! quelle finesse de

rendu /quelle conscience dans ^exécution^ quelle magie dans Teflet ! Ce tableau donne sa température, on sent l'hiver enle voyant.

N» âS6. Paysage , effet de soleil couchant.

Grâce au ciel! nous voici sous le soleil, et du vrai soleil, àa plus doré, du plus pur, comme en faisait Claude Lorrain. Il est impossible de s'imaginer , sans l'avoir vu , le charme de ce joli petit tableau et sa fine lumière , et sa ravissante harmonie , et la suavité de son exécution veloutée. Je n'ai qu'un reproche à lui faire et le voici : c'est d'être si près de la perfection des ouvrages de Claude et si parfaitement jeté dans le même moule, que l'on pourrait à la rigueur lui refuser les honneurs de l'originalité.

M. BooiHK XSABXrr.

No 1005. Combat du Texel.

Vaisseaux superbes, bien au vent, ayant

bon air , portant leur pavillon et leur toîlure à merveille , touchés et dessinés de main de mattre. — Gomme ces triples galeries et ces poupes dorées sont bien modelées ! coDune ces sculptures sont vigoureusement mis^ en relief! comme tous ces matelots qui circulent sur les ponts ou dans les cordages sont spirituellement ac- •cusés et à peu de frais I — Et le ciel ? — quelle profondeur ! quel mouvement ! jamais je n'en ai vu de plus librement peint , de plus habilement manié ; on s^étomie de voir ces nuages rester en place et conserver aussi longtemps leur forme. Voilà qui va bien, très-bien ! — Mais la mer, M. Isabey, la mer; c'est ici que nous commençons à n'être- plus d'accord. J'ai toujours cru que la mer était quelque chose d'essentiellement mobile et transparent, qui scintille sous la lumière du ciel, qui s'agite sous lefiort du vent ; si je m'en rapporte à votre peinture , il faudra que je corrige toutes mes idées à cet égard , et pourtant j'ai pour moi la notoriété du fait , si vous avez pour vousFautoritéde votre beau talent. Jepren-

drai donc la liberté d'attendre encore avant de me convertir à votre sentiment. Votre mer, à vous, est lourde, compacte, solide ; ce n'est point de l'eau , c'est du granit , c'est une chaussée de géants mal pavée; vos pauvres navires y sont pris comme dans un piège , et je suis fort en peine de savoir comment ils sortiront d'affaire , si le vent vient à soui&er grand frais. J'aperçois aussi sur le premier plan un bonhomme qui enfonce ; il y met bien de la bonne volonté, car je vous garantis que saint Pierre n'aurait pas eu peur là-dessus ; il y a pied.

Le reproche est dur , j'en conviens ; mais songez, monsieur,' que vous êtes peintre dans une spécialité , que cette spécialité , c'est la marine , et que la marine sans de belles eaux , bien légères , bien capricieuses, bien turbulentes, n'est qu'un corps sans Ame et sans voix. — Hormis ce point, je fais profession d'être en tout et partout l'un des plus francs admirateurs de votre talent si vrai, si flexible et si original.

N* iOSl. Site de U limugne, aqoanlte.

Parloas dopç im pisu de potre plus grand peintre à l'aquarelle» M. Hubert. Est-ce à dire que, parce qu'il ne manierait ni la brosse, ni la pâte, nous lé négligerions?

— A Pieu ne plaise.

La grande aqi^arelle que nous ^vons de cet artiste au salon de cette animée , brille comme toutes celles qui sortentxie ses ha* biles pinceaux , par une franchise et une adresse d'exécution presque incroyables, quand on copnatt les difficultés du genre.

C'est un des plus beaux et des plus poétiques paysages qu'on puisse voir ; écoutez : — Un ciel nuageux et d'une chaude lumière tout à fait à la manière de Ruisdael, des fonds montagneux et pleins d'air , un magnifique groupe d'arbres sur le premier plan, un quartier de rochâ moussue et deux ou trois %ur€;s, voilà pour la partie matérielle du dessin. Maintenant voici pour le côté poétique : de la simplicité dans

— ii9 —

les lignes , de la grandeur dans les formes , du repos dans l'effet , du calme , du 3ileïice et de lliarmonie partout, telles sont les grandes qualités par où cette oeuvre vraiment capitale se recominande à Fattention des vrais connaisseurs. En voyant une si noble composition, on se prend à regretter que l'artiste n'ait pas employé pour la rendre un mode de peinture plus solide et plus durable ; mais ce regret vous effleure à peine , car en considérant l'énergie et la richesse de sa palette d'aquarelliste, oid revient bien vite à penser qu'il pourrait perdre à la changer contre une autre qui lui serait moins familière. Après tout, qu'importe les moyens? c'est le résultat qu'il faut envisager , et le résultat ici n'a rien à envier aux plus brillantes productions dé nos peintres de paysages.

^°' 493 et 495. Deux paysages, environs de Paris. Aimez-vous la naïveté, la vérité un peu

candide , trop peut-être ? jetez un regard sur ces deux jolis tableaux , la nature s'y montre telle quelle , sans charlatanisme, sans cocpietterie , sans recherche, enfin la bonne et douce nature avec ses fraîches pelouses, ses longs rideaux de peupliers , ses jardins fleuris et ses eaux paisibles. Mais si TOUS recherchez les effets tapageurs»

les contrastes heurtés, les grandes manœuvres de la brosse et les plus savantes combinaisons de l'art y passez vite et ne troublez pas les heureux loisirs d'un homme de goût et de talent.

N» 1482. ÂUégorie.

Je confesse n'avoir point trouvé le mot de cette énigme. Je l'ai pourtant cherché de la meilleure foi du monde , mais sans aucun succès; il est vrai que je ne sais pas très-fort à ce jeu d'esprit. J'ai bien reconnu tout le vieux bric-à-irac dont se compose , depuis deux ou trois cents ans,

le fonds mythologique et le mobilier su*ramié de l'allégorie classique, des furies, des Minerves , des génies , des serpents , des palmes» des torches, etc., etc. Puis brochant sur le tout une bonne diablesse de France qui a 1 air de terminer par une pose de ballet le pas de deux qu'elle vient de danser avec le roi ; mais tout cela est si confus^ si mêlé, si entortillé, qu'il est impossible d'en saisir le sens. — A quoi bon tant de façons 7 si vous vouliez dire quelque chose d'agréable et d'obligeant pour la couronne, vous n'aviez qu'à faire comme M. J'ourdain et à dire tout bonnement la chose : ou si vous teniez absolument à faire de l'esprit , il fallait au moins avoir l'honnêteté dé joindre à la notice un petit bout de commentaire qui nous auraitaidéàpénétrer dans les profondeurs de votre peinture abstruse. Au lieu de cette attention polie, rien qu'un mot tout sec, — allégorie ! — et sortez de là comme vous pourrez.

Quant à la partie technique, au métier proprement dit, il ne nous a fallu rien moins que le témoignage oi&ciel du livret

pour nottf détermimer à placer sont le nom de M. Mausaisse. Sans celle autorité nous ne nous serions jamais permis une aussi perfide épi gramme.

A propos, cher lecteur, j'oubliais de tous dire que, décidément, en fait d'allégorife,' j'aimais mieux Rubens; d'abord, parce qu'il y met moins de malice et qu'il est plus dair ^ ensuite, parce que c'est Pierre Paul Rubens, ce qui n'est pas à dédaigner.

X> UEUXUER.

No i57g. Les chrétiens livrés aux bétes.

Succès pyramidal et bien mérite. Ce tableau est vraiment neuf, original et de tous points fort bien exécuté. Voilà un de ces sujets que je soubaiterais voir se déployer à l'aise dans une belle et large toile; celle d'Urbain Grandier ne serait pas de trop, et ce pauvre Grandier ferait si bien dans le cadre moins ambitieux de M. Leullier; c'était juste sa mesure.

Je voudrais bien donner une idée de cette

bfUe peinture ; xnaiile moyen? On nedé-^ dit j^maû bien 1» vie , le mouvement , le bruit, le désordre et les mille incidents divers d'une immense scène de carnage et de terreur. Cependant, qu'on s'imagine au milieu d'un vaste amphithéâtre une innombrable ménagerie en jdeine insurrec* tian, d^9 tigres, des lions et djes panthères pardmizaînes» des él^diaats , deshi^o^ potames, des rhiniQcéros , d^s ours, des hyènes , se ruant les uns contre les autres, s'entre-déchirant à belles dents, se roulant, hurlant, rugissant, et au milieu de ce péleméle de bétes enragées , des hommes , des femmes, des enfants et des cadavres à demi mutilés jonchant déjà }arèi;ie de. leurs sanglants débris. — Voilà le tableau de M* L^ullier ; mais ce quej'e ne saurais r^^pd^e; c'est la verve et V en-train avec 1/esquels il est exéeuté. Il faut ( et^qu'ou me p^irdoniiie l'expression), il faut; dis-je, avoir le diable au corps pour rêver une aussi épouvaiKtable tragédie, il faut être un peu lion pour la peindre.

Vraiment ices Romains étaient un peuple

bien extraordinaire, un peuple irjrperbalique par exœllence; ils imprimaient josques à leurs plaisirs et à leurs supplices même» un caractère de grandeur colossale qui confond l'imagination. Vous qui aimez les émotions fortes ^ repaissez-vous de cet effroyable spectacle; quant à moi, il me repousse, il me fait mal et je frémis à la seule pensée qu'une pareille orgie de sang et de meurtre pouvait venir se placer sous la brosse d'un Rubens ou d'un Tintoret.

J'espère qu'on n'a pas oublié le joli tableau du Décamerou qui parut au salon de 1837, et qui dans un seul jour commença et acheva la réputation de M. Winter-Halter. Journaux et public, tout le monde fut d'accord pour célébrer le talent de l'artiste. Aujourd'hui ce n'est plus de même ; le public est resté fidèle à sa première impression, mais la plupart des journalistes ont changé ! — Devinez^vous

pourqpuoi ? — Je tous le donne en œnt , en mille? — « ^Yous ne devinez pas parce que TOUS ayez le sens trop droit» le cœur trop honnête ; il faut donc que je vous mette sur la Toie.— Apprenez que M. Wintet- Halter s'est permis, sans le congé des coteries politiques , d'accepter Thonneur de faire quatre beaux portraits dans la famille royale. Dés lors vous comprenez bien que ce n'est plus qu'un barbouilleur, un rapin, un croûton. S'il eût peint le citoyen vicomte de Gormenin ou M. Gamier Pages, M. Arago, M. Lafitte, ou même y si l'on veut , M. Odilon Barrot et M. Thiers < ceux-ci on les lui eût encore passés], c'eût été bien différent, il serait à l'heure qu'il est un second Van-Dick; mais le roi! mais M"* la duchesse d'Orléans, M' le duc de Nemours, M"* la princesse Clémentine! Voilà un scandale que la coalition ne peut pas tolérer ; il est clair que M. Winter-Halter est un servile, un partisan de la cour, un flatteur du pouvoir : malédiction! Tfaca/ sur l'artiste qui ne rougit pas de prostituer ainsi son talent et qui

il*

9 la Imêe ooiaplaisa&Ge :de fiiire Ue pwituce .^'apirè» cpalre peràonneft reyal^a. La coalilion le met hors:la loi et chacun a le droit de lui refuser le pain et le aeK r— J'étafs bien ai^ de (donner ce petit é^hantiUcm de l'impartialité de la critique politieo-artistique. — Où diantre leis ranconos de la coalition vontneUea se oich«r7

Des quatrepovtraitaexpoaésparM. Win* ter-Halter» le plus parfait, à mon §té, est celui 4e fils' le duc de Nemoiira. On ne pouvait mieui: aaisir la distinction^ de cetti» physionotnie, si fine et si spirituelle.

. Le portrait. du roi est rtrèsrbea.u « luen posé, d'une dignité c^fan^, s^s raideur, «ans eiApbase. U J fk du Aens et . du bon g^àtf par le tçinps qui court, à pii^enter la, royauté sous cet aspect à la fpis si noble et si simple; .^ures^B • pour faire autrement, il eût fallu qi;e l'artiste mentit à sop modèle.

Je ne m*appesantirai pas sur le portrait de S. A..R. M""* la ducbes^e d'Orléans , tçnant dans ses bras le comte de Paris. C'est

dans.tQUte? 9^8 p^ii^tie^ une admirable peinture, ^t qui jouit auprès des dames d'une faye^ toute particulière, à cause d'un.c^fain point d'Angleterre qui les éblouit çt les encbante. Moi, j'y découvre encore autre chose , c'est la ^déjité du peintre à reproduire cet air de douceur et d'inépuisable bieuTsiUance qui xend la princesse si c}iè]?e à tous ceui: qui ont le bonheur de l'approcher.

Mais j'ai une remarque à faire sur le portrait de .S. A. R. la princesse Clémentine, d'ailleurs si parfaitement peint et d'une si belle harmonie. Il s'y trouve une faute grave qui.résulte d'uQe négligence de |>erspective. La figure n'est pas d'aplomb, elle se renverse, les pieds ne r4pondent pas à l'axe du buste. £n effet, ils sont en avant du piédestal sur lequel la princesse est appuyée , tandis que le plan du buste répond il peu près au tiers du côté fuyant de ce même piédestal. Mais que M. Winter-Halter se rassure, ce défaut est facile à corriger ; il suffira de baisser de quelques pouces la plinthe du piédestal et d'éteindre par un

glacis les lumières trop vives de la chaussure, afin de remettre les pieds à leur plan. Je réponds qu'ainsi toutes choses se retrouveront à leur place.

N<» 8t4. Cléopâtre se faisant apporter par an paysai^ un aspic caché dans un panier de figues.

N« 828. Hamlet et le fossoyeur.

Le jury, dit-oh, car je ne voudrais pas^ calomnier le jury, a repoussé, dans sa dernière campagne, trois tableaux de M. Delacroix. Si le fait est vrai, la critique ne peut que s'abstenir, car on n'a pas le droit de juger M. Delacroix ainsi mutilé et sur . des œuvres choisies par des gens qui ne se cachent pas d'être ses adversaires. Je ne dirai donc rien d'HamIet refusé en 1836^ reçu en 1839 , è sempre bene; maïs à propos de la Cléopâtre , je demanderai la permission de rapporter une petite historiette.

On sait, ou l'on ne sait pas, que malgré l'importance historique dU personnage, ce

n'est point panni les grandes toiles du salon qu'il faut chercher la reine Cléopâtre, ni Taspic qui mordit au plus heau sein de l'antiquité. M. Delacroix n'a traité son sujet qu'en buste, et il faut l'aller découvrir parmi la foule innombrable de tableaux à hauteur d'appui ; c'est là que vous trouverez la belle Cléopàtre entre une tête de caniche et un canard de barbarie. Dernièrement donc deux bons villageois, point trop malins, s'étant arrêtés devant cette peinture , l'un dit à l'autre : — * « Sais-tu ce que c'est que ça , toi qui es savant ?» — Point de livret , il fallait tirer la réponse de son propre fonds; notre homme se recueillit un instant, puis il répondit avec assurance : « Pardine, oui, que je le sais ! c'est pas bien difficile. » — « Eh bien ! quoi? » — « C'est un homme qui veut vendre à ste femme iqi panier de figues violettes, oui qui gnia des gros vers dedans. •

Certes , je ne prétends point que ce soit là un jugement, et je ne tire de cette naïveté aucune induction contre l'œuvre de M. Delacroix-; mais convenez que s'il|[avait mis sa

Çléopfttre un peu plu3 au large» dans vu c^dre digne de }a he\U reine pour laqu/^e 4jitoii^e ne craignit pa^ de perdre ^a em* pire , et quel empire ! jamais U pe «^t T(snu k la pensée dp çp braye hommie de prendre Cléopàtre pour m^ bourgeoise qui m^iricbande un papier de Qgues. Il en eût peut-être &it une nainte, je ne ^û pas non; mais une ménagère , il - s'en serait bien gardé ^ la s^eule 4iuiepsioii du tableau et 4es ^gi^'es }và en (eût imposé.

Nous ayons 4e ce peintre trois tableaux anecdotiques , rédvfiotiçn de Marie Stuart la cour de France ; Baudoin , conUe de Flandre « courqnné. empereur de jConstan' tinople, et Marie de JSrabant, reine de France^ donnant au poète Adenez U sujet du roman de Çléomadès ^ tov^ trois d'un/aire f^^cile , d'une composition ingénieuse ; seulement on j ypudrait trouver plus de ressort dans la to^che., plus d'^é^ergie dans le ton. M. Saint-Eyre a un taleut

fin, dâicat, consciencieux^ mai» cpû aurait besoîil d'être mis à Un l'ëgime stimulant. Par eiemple , je lui conseillerais volontiers Tu*sage des eaux ferrugineuses, le yin dé quinquina» la gelée de roses de Provins et quelques bonnes tranches d'un généreux rosbif.

Âprte quelques mois de ce régiihe plus tonique , je suis certain que sa palette languissante retrouverait des couleurs» ses figures de la vie , et qu'alors on ne se croi'** rait plus , en vcyjrant ses ouvrages , trans«^ porté dans le cabinet d'un modeleur en cire ou dans le château de la Belle au bois dormant.

Page 1