‹ Salon de 1839Chapitre 6 sur 8 · X. Bsiraro v-BUBOu · texte numérisé non relu

X. Bsiraro v-BUBOu

' N^" 1004. Une baigneuse.

C'est ce que j'appelle un tableau décoK leté. Celui-ci Test jusqu'à la ceinture et même un peu plus. La baigneuse se montre de dos. Pauvre étude d'ailleurs; sans accord dans ses différentes parties. Les épaules étroites et serrées sont d'une jeune fille de quinze ans , et la taille , un peu large et déformée y annonce une estimable mère de famille qui en a au moins trente bien sonnés. Encore si cette dame nous montrait sa figure , on pourrait savoir à quoi s'en tenir ; mais c'est la seule chose sur laquelle le peintre a jugé à propos d'être discret.

Je me serais pourtant bien accommodé de voir un peu plus du visageet un peu moins du reste.

No S140. Vision de St.-Luc. ( Il peint la Vierge et Tenfant Jésus, qiû liû apparaissent. )

Peinture capitale et d'un grand goût.

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L'expression attentive du saint est surtout parfaite ; son attitude est pleine de coAyenance et de naturel; elle est bien d'un homme appliqué et qui comprend toule la sainte importance du précieux travail qu'il lui est permis d'accomplir ; sa robe » qui descend à longs plis jusqu'à ses pieds» est ajustée d'une beUe et large manière. La Vierge et l'EInfant-Jésus , qu'on aperçoit dans le haut du tableau , sur un plan plus reculé, sont peints dans une gamme de couleur beaucoup plus faible et plus éteinte.

Ce groupe, moins heureux, m'a paru lourd de forme et de ton. Heureusement c'est la belle figure de saint Luc qui fait réellement tout le tableau. Le reste est sacrifié.

N<» 4S0. Portrait en pied de M. le maréchal Valée.

Bon et estimable portrait, dont toutes lesjpersonnes qui connaissent l'original, Tiimtent la belle ressemblance.

N» 431. Le ménage cmtrarié.

Une jeune femme qui sépare deux serins amoureux , tel est le sujet de ce tableau tant soit peu Louis XV. Tout lé monde s'accordo à trouver les serins fort jolis y le mouron détestable , et Ion se taii du reste. C'est fort bien jugé.

N<> 4£9. Faîte de Ben-Âissa.

« Ben-Aïssa , après avoir défendu la ville' de Gonstantine y craignant de tomber entre les mains des Français , se saura au moyen de cordes qui ayaient été attachée^ d'avance par les assiégés, et renverse tout ce qui 8 oppose à sa fuite. »

Ainsi , comme on voit d'après les termes même du programme, toute la scène se passe en l'air, entre gens plus ou moins suspendus à une corde ; il y en a même , et ce sont ceux que le féroce Ben-Aïssa a renversés, qui ne sont plus suspendus du tout et qui descendent très-rite en vertu de

k grande loi de la gravitation. Il faut convenir que le sujet n'est pas mal trouvé , et qu'Âuriol , s'il était peintre , n'aurait pas Inieux choisi. Quelle idée triomphante de suspendre ainsi tout un drame à une corde !

quel plaisir de pouvoir faire tout à la fois de la grande peinture et de la grande voltige !

Pour ce qui est de la grande voltige, on ne peut pas nier qu'elle ne soit portée dans ce tableau à un très -'haut degré de perfection ; il n'y a pas d'acrobate » un peu instruit! qui ne puisse en rendre bon témoignage. En ce qui regarde la grande peinture , c'est différent , on peut chicaner là-dessus. D'abord toutes ces figures ont une odeur de mannequin insupportable; elles sont bourrées de laine au lieu d'avoir sous la peau de la chair et du sang. Ensuite elles ne sont pas peintes, mais enluminées ; c'est de la couleur frelatée, du métier subalterne ; elles ne sont pas même dessinées , car il y a des négligences de crayon et de pinceau impardonnables. L'artiste avait là pourtant une belle occasion de faire des têtes, des bras et des jambes;

c'était peut-étçe le seul moyen de faire oublier la bizarrerie du sujet ou au moins de la pallier ; et cette occasion M. Court Ta laissée écbapper , il n'en a point voulu, il Ta dédaignée, il a renié l'art, il s'est renié lui-même , car M. Court a , quand il le veut, des parties de talent du pre^ mier ordre ; il a démenti la gloire et l'éclat de ses premiers débuts , il a trahi toutes les espérances, il s'est jeté dans le faux, dans le commun, dans le facile» il a préféré la peinture lucrative à la peinture honorable,, enfin... ; mais je me tais de peur de cesser J'étre parlementaire.

N<> 754. Jésus-Christ et les petits enfants.

Je me reprocherais de clore cette brochure sans mentionner ce bel ouvrage du plus habile élève de M. Ingres. Étrange jeu du hasard qui amène justement sous ma plume , après le nom de M. Court , le nom de l'artiste le plus sérieux , peut-être , et le plus convaincu de notre école. Il y a

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longtemps que cette peinture grave et se* vère était connue ; déjà elle avait été exposée au palais des Beaux -Arts avec les autres envois de Rome, et sa nouveauté était épuisée en arrivant au salon. Aussi y a-t-elle fait peu de sensation parmi la foule ; mais les véritables amateurs se sont mieux souvenus de ses rares mérites et de son style tout romain, ils sont venus souvent se reposer devant elle du tapage et du clinquant vulgaires qui venaient les assaillir de toutes parts.

^^issiSt^iwss sy'àd^iLaaa.

Que de Christs deux fois crucifiés ! que de saints deux fois martyrs ! Jadis par la main d'un bourreau , aujourd'hui par celle d'un peintre; mais rassurez-vous, je n'entamerai pas cette longue litanie ; peu de mots suffiront.

Le genre des tableaux d'église constitue ce qu'Dn appelle aujourd'hui dans la cri-

tique Fivt chrétien \ mais Fart chrétien a deux formes : celle que lui adonnée d'abord le moyen-Age , et celle q^Li'il reçut plus tard de Michel- Ange et de Raphaël.

n y a. des gens qui. ne veulent pas reconnattre Fart chrétien à moins qu'il n'ait le visage long , les cheveux plats > le corps maigre, les épaules étroites, les bras effilés» les jambes flageolantes , à quoi il convient d'ajouter la robe à plis cassés, le chaperon et les souliers à la poul^ine. Tel est pour eux l'art chrétien orthodoxe ; tout ce qui se présente en dehors de ces conditions n'est que paganisme et idolâtrie; c'est la ehair qpii a remplacé l'esprit*.

D'autres , moins rigoristes ^ ont accepté les terribles saints de Michel* Ange , les ravissantes vierges de Raphaël , les suaves Madeleines du Guide et du Gorrége , les beaux apôtres de Léonard de .Vinci , et iU ont aussi appelé cela Cart chrétien. .

Ainsi, il y avait place pour tous les talents dans l'art chrétiea-, il ne s'agissait plus que de se sentir un peu de chaleur à la tète et de conviction au cœur. Eh bien !

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malgré cett6 latitude , je puis vous assurer que dans tous les tableaux de ce genre qui sont à l'exposition , il n^ a pas la plus .

petite étincelle d'art chrétien.

La raison, je tais vous la dire, c'est que l'art chrétien est une aiiaire de commerce, une spéculation lucrative. Si l'on demande à nos artistes ( et je l'ai fait ) , pourquoi ils peignent tant de saints , tant de vierges , tant de calvaires , œuvres mortes et sans aucune portée, ils répondent que c'est parce qu'on a la chance dé voir acheter son tableau, soit par le ministre de l'intérieur, soit par la préfecture , soit même par le curé de la paroisse. Voilà le seul motif de la dévote occupation qu'ils donnent à leurs pinceaux : sous l'influence d'une aussi vulgaire et vénale inspiration, jugez si nous pouvons encore avoir de l'art chrétien !

Par cette réponse unique et qui caractérise si bien notre siècle sceptic^ue et calculateur, toute cette partie de l'exposition, sauf deux ou trois oeuvres dont j'ai déjà parlé à part, se trouve irrévocablement

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jugée* Il n'y aurait aucun profit à s'y arrêter davantage , 6n n'y trouverait que métier, plagiats et pastiches.

N<> 2249. Louis - Charles d'Orléans, comte de Beaujolais ; marbre.

Cette statue est couchée et parait endormie. Le prince est en costume moderne, habit frac à larges parements, culottes courtes, bottes à revers, chemise à jabot. — Faites doue avec ces éléments bourgeois de la grande statuaire ! — M. Pradiera pourtant résolu le problème; il a fait im superbe ouvrage plein d'élévation et d'un noble aspect. C'est peut-être la preuve la plus complète qu'il nous ait encore donnée de son bon goût et de la souplesse de son talent. Tous ces accessoires si ingrats , il les

a traités d'an ciseau si large qu'ils cessent d'être mesquins. Il n'y a point de héros ([rec, avec sa tunique et son manteau , qui put ayoir meilleure grâce que cette figure toute moderne , ainsi mollement étendue sur ce lit de marbre. Ily a là tour de force , mais il est fait avec une aisance et une désinvolture qui ne laissent pas même soupçonner le mérite de la difficulté vaincue.

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