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restaurant inondé de lumière, sous l'œil auendri de leurs mères, les émotions par où elles ont passé. C'est en somme un assez bon tableau, auquel il faut cependant reprocher des lourdeurs de ton.
M. Henrv Mosler, que nous trouvons aux côtés de M. Halmi, est comme lui un artiste étranger. Il est originaire des Etats-Unis et a fait ses études en France sous la direction de M. Hébert. Il a trouvé dans les mœurs bretonnes un thème sur lequel, depuis plusieurs années, il exécute une série d'intéressantes variations. Il nous fait assister cette année à un Repas de noces plein d'entrain. Les jeunes gens sont debout, au fond de la salle. Ils chantent gaiement. Les parents sont restés à table avec les fiancés. A droite, un brave curé, suivant avec un paternel intérêt les ébats de deux petites filles qui trouvent la séance évidemment trop longue. Tout cela est bien mis en scène; l'exécution est serrée et vigoureuse et d'un intérêt supérieur à L'heure Je Iraire, autre tableau de M. Mosler, auquel cette fois un paysage sert de cadre.
Fidèle à la Norvège, M. Grimelund a exposé une Matinée d'été et un Soleil de nuit Scandinaves d'une coloration délicate. Il a pour voisin un Hollandais, devenu depuis longtemps un Parisien, qui s'est épris d'une belle passion pour les choses du Directoire : M. Kajmmerer. L'élève de Gérome ne s'est point attaché cependant à nous dire, en historien, les traits saillants de cette époque, à nous en présenter, comme Boilly, les acteurs. Il a cherché bien plutôtà traduire des sentiments, des passions qui sont de tous les temps, en donnant simplement à ses modèles le costume d'une période qui lui est apparu séduisant et pictural. Les gens qui participent à la Noce, au Baptême, qui font l'Ascension dans quelques montgolfières, portent la livrée du temps. Ce sont, au fond, des contemporains déguisés, qui pensent comme nous, s'amusent comme nous, vivent de notre vie et ont nos petits travers.
La jeune fille qu'il a mise, cette année, derrière une statue du jardin du Luxembourg, épiant un amant ou un préféré infidèle, est une Parisienne de l'an de grâce 1892. Son attitude dit bien ce qu'elle ressent, ce qu'elle recherche et, au fond, c'est après tout ce qu'on peut lui
demander. Au demeurant, d'ailleurs, M. Kasmmerer est un peintre habile et aimable, qui dessine avec élégance, s'entend à merveille à chiflfonner les étoffes, à rouler les feuillages jaunis et à faire avec peu de choses un amusant tableau.
M. John Lure Hamilton, de Philadelphie, se réclame d'un autre art, dans son portrait de M. Gladstone. Le vieil homme d'État anglais est seul dans sa bibliothèque d'Hawarden. Il lit une histoire du Parlement écrite en français et semble s'y intéresser d'une façon particulière. C'est un morceau délicat, qui a droit à tous nos suffrages.
Intéressants aussi les deux portraits de M"° Marguerite Godin, qui a pour voisin M. Le Quesne, auteur d'une Toile d'araignée qui n'est en réalité qu'un syndicat d'académies féminines.
Dans une grande toile, assez terne et assez vide, où figurent plusieurs huguenotes enfermées à la tour de Constance, à Aigues-Mortes, M. Max Leenhardt, de Montpellier, a raconté l'un des traits les plus poignants de la persécution religieuse qui marqua encore le milieu du siècle dernier. Machault, le ministre réformateur, avait rêvé l'établissement d'un impôt direct universel qui touchait même les biens ecclésiastiques. Le clergé résista. 11 entama une de ces campagnes auprès desquelles l'intervention présente de M-' Gouthe-Soulard paraît bien bénine. Il ne s'attaqua pas seulement au roi, il essaya de renouveler les querelles confessionnelles, d'ameuter Louis XV contre les protestants et de recommencer contre eux, au nom de l'œuvre de la Révocation de l'Édit de Nantes, une persécution déjà reprise depuis que les pasteurs et les anciens avaient tenu un synode au désert, dans le Bas-Languedoc. Cette assemblée, la première qui se fut réunie depuis la révocation, n'avait témoigné que des sentiments de paix et d'extrême modération. Elle avait décidé un jeûne solennel dans toutes les églises réformées, pour la conservation de la personne du roi, le succès de ses armes, la délivrance de l'Église; enjoint aux pasteurs de prêcher la soumission aux puissances légitimes, de s'abstenir de toute controverse directe. Le pouvoir n'avait répondu à la douceur des opprimés que par de nouvelles violences.
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Deux ordonnances des T' et 16 février 1745 avaient prescrit d'envoyer aux galères, sans autre forme de procès, quiconque aurait assisté aux assemblées des religionnaires. Des amendes arbitraires devaient être infligées à tous les nouveaux convertis. Les femmes devaient être rasées, battues de verges, puis envoyées, pour la vie, à la tour de Constance, si fameuse dans le martyrologe de la Réforme. Il y avait là des filles enfermées depuis l'âge de six ans et caduques à vingt par l'excès de misère et par les exhalaisons des marais salants. Elles ne furent délivrées qu'en 1767, par la généreuse intervention du prince de Beauvau, commandant militaire en Languedoc.
Elles n'étaient plus qu'au nombre de quatorze et beaucoup étaient là depuis quarante ans !
M. Max Leenhardt s'est inspiré de cet épisode douloureux. Il a, dans une note monotone, souligné, suivant le mot de Michelet, la bar-
bare distinction faite alors par le pouvoir, qui laissait aller les hommes, mais gardait les femmes plus fidèles à leur foi.
Après avoir signalé un portrait de M. Guay, la Messe en Brelaiiiie, de M. Walter Gay, nous passons dans la salle suivante dont M. Michel Lévy nous fera tout de suite les honneurs avec des Modistes d'un accent tout moderne.
C'est là que nous trouverons un grand tableau très lourd, très opaque, et cependant consciencieusement étudié, de M. Enders, le Testament dn père Tiennot ; le Singe sapant de M. Fcrraris, qui expose plus loin une Partie de dominos dans une rue orientale; un Atelier de doreur, de M. Firmin^ d'un effet optique assez curieux.
Il représente, — son titre le dit, — un atelier empli de cadres, les uns debout à restaurer, les autres accrochés et séchant pour revêtir leur riche parure. Près de la fenêtre, violemment éclairé par conséquent, le patron, en manches de chemise, polissant, repolissant sans cesse. Plus près du spectateur, un ouvrier debout donnant un dernier coup à un cadre commencé.
De près, l'œuvre ne dit pas grand'chose. Les bleus violacés qui y dominent lui donnent un aspect singulièrement froid et le relief fait défaut. Clignez de l'œil ; chaque objet va prendre sa valeur, s'isoler, s'aérer, vibrer. Le patron travaillera, remuera; l'ouvrier sera à son plan, et il vous semblera être dans la pièce, ou plutôt la voir au bout d'une lorgnette! Par quel miracle ? Par descombinaisons décolorations optiques que nous n'attribuerons point aux seules recherches de M. Firmin, qui paraît s'être borné à copier ce qu'il a^■ait devant les yeux le plus fidèlement possible. On dira que beaucoup de tableaux ainsi regardés produisent souvent cet elïet. Nous en convenons, la chose est fréquente. Nous ne l'avons jamais constatée cependant avec cette intensité, et c'est à ce titre tout physique que nous signalons, comme une curiosité, la petite toile de M. Firmin.
L'Armée du Salut de M. Forbes est aussi une œ'uvre d'observation, et d'observation pénétrante. Mais c'est en même temps une œuvre de sentiment et d'émotion. Une vague tristesse, un souffle de
I''f.H1îauis (A.) Ilirh-Mirh. l,- .n,u,,- .muant.
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