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PRAIRIAL. AN III

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LA PEINTURE

répandue dans ce tableau, en quelque maison du midi. Cet Intérieur est l’un des meilleurs du Salon. Il serait à souhaiter que nos peintres d’intimité, comme M. Paul Thomas, prissent goût à cette manière large qui donne tant de prix aux plus petites choses.

Le Thé, de M. P. Thomas, est un gracieux épisode de la vie parisienne : une jeune femme prend une tasse de thé. On sait, depuis Chardin, que l’on peut faire des chefs-d’œuvre sans chercher de plus vastes sujets. Tout est affaire d’exécution : c’est par elle seule que valent ces tableaux bourgeois. La beauté de la matière et la fermeté de la touche sont des conditions absolues de succès. On comprend que l’étude des maîtres hollandais soit désespérante par sa perfection ; mais faut-il aller si loin et si haut pour trouver des modèles ? Dans la même salle que Le Thé , se trouve la Vue de Dieppe, de M. Antoine Vollon ; c'est là une œuvre de peinture, rien que de peinture et qui est bien près d’être un chef-d’œuvre. Nous ne saurions trop recommander à ce jeune artiste, l’étude de ce maître-peintre. Il apprendra de lui le secret de cette transparence, de cette richesse somptueuse de la pâte qui est, à elle seule, une profonde satisfaction pour le regard. Les pastels vigoureux que M. P. Thomas avait exposés l’an dernier nous permettent d’espérer qu’il abandonnera l’emploi de la manière mince, qui est fatalement inexpressive, pour en rester à un faire plus solide qui est seul l’art vrai, celui de tous les maîtres sans acception de temps ou de pays.

L 'Intimité, de M. M. Rieder, se compose d’une jeune fille qui joue du piano pendant que deux jeunes gens l’écoutent. Rien de plus, mais le tableau est intéressant parce qu'il est franc. L 'Intérieur parisien , de M. Chayllery est également œuvre de mérite, non pas tant pour la recherche des reflets à laquelle l'artiste s’est attaché que par la vigueur de son faire. Cette force même n’est pas incompatible avec la plus fine délicatesse. L 'Intérieur, de M. Bréauté où se jouent des étoffes bleue, rose tendre, des satins et des soies, a toute la grâce d’un pastel.

M. Raphaël Collin, au contraire, pour se complaire aux carnations

presque diaphanes, aux indications de couleur les plus ténues, laisse évaporer le meilleur de ses qualités de distinction. Son Intimité , si charmante comme style, laisse le regret d'une œuvre qui eût été exquise si elle ne se fût pas diminuée à force d’être subtilisée. Le Souvenir, de M. d’Estienne, est joli d’inspiration et de mouvement. Cette frêle jeune femme qui respire en souriant, un bouquet de violette, a bien de la grâce nerveuse dans son sourire et dans son geste. Mais, là encore, les qualités de peinture, ne répondent pas complètement à la vérité de l’observation.

Autour du Berceau, par M. de Richemont, se soutient au contraire par sa facture. Cet artiste a déjà fait plus d’une tentative pour introduire le surnaturel dans la vie moderne. Ces tendances mystiques se justifiaient par un certain courant d’idées qui se fit jour, il y a quelques années. Nous ne pensons pas que ce mouvement soit autre chose que purement intellectuel. Le mysticisme contemporain est d’origine archéologique ; il est né de nos promenades à travers le passé à la recherche de thèmes nouveaux. On a rencontré les légendes chrétiennes comme on avait rencontré auparavant les légendes du paganisme. Tout est beau, tout est bon, tout est vivant de ce qu’anime la conviction. Les œuvres des temps passés nous émeuvent encore, malgré leurs défauts, par cette force cachée et irrésistible que donne une foi solide. Mais nous, en sommes-nous encore là? On ne donne l’illusion de la réalité que quand on croit à la réalité ; nos artistes sont-ils profondément convaincus de la présence, autour d'eux, des anges, des revenants, des apparitions de Jésus ou des saints? De pareils tableaux ne pourraient être peints que par un de ces bretons, paysan ou marin, chez qui auraient survécu ces naïves croyances. Mais le jour où il serait en état de réaliser son rêve, il n'y croirait plus et le pinceau lui tomberait des mains.

Les Dernières lueurs de M. Wery méritent leur succès par le sentiment poétique qui enveloppe ce paysage de soleil couchant. Ce vieux marin assis au sommet de la falaise et qui contemple le port que rougeoie le soleil, est une touchante évocation. L’exécution fait penser

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