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OCTOBRE

LA PEINTURE

parce que tout est espérance. C’est l’avenir qui se prépare et l’on a toujours le droit de le prévoir heureux.

Les peintres de marine, MM. Emile Maillard, Ravanne et Rudaux ont célébré l’entrée du yacht impérial russe à Cherbourg, escorté par l’escadre du Nord. Ils l’ont fait avec précision, dans le cadre toujours pittoresque que forment les vagues courtes et turbulentes de la Manche. Tous ces tableaux d’actualité seront, dans peu de temps, des pages historiques. Nous vivons à une époque du siècle où il faut se hâter de célébrer les bienfaits de la paix, soit à composer des paysages gracieux, où l’on voit des boeuf paisibles paissant dans de grasses prairies, comme dans Les bords de la Dordogne , à Siorac , par M. Watelin, soit à peindre des souvenirs champêtres comme Les Bleuets , de Mademoiselle Hart. La paix et les idylles ne sont que des accidents heureux dans la vie des peuples comme dans la vie des hommes. Cette année est d’art tout pacifique et, à l’exception des tableaux militaires obligés, les scènes sanglantes ou terribles sont rares au Salon. Ne nous en plaignons pas.

Le portrait est brillamment représenté par quelques œuvres remarquables et par beaucoup d’autres de moyenne honorable. Cela suffit à la production annuelle pour se maintenir à son niveau régulier.

Le Portrait de Pierre Laurens , par Jean-Paul Laurens, est une de ces œuvres enlevées rapidement par une main magistrale pour laquelle il n’y a ni difficulté ni effort. L’exécution en est aussi souple et aussi riche que possible. La familiarité de l’attitude, la juvénile santé du modèle ont rencontré, pour s’exprimer, un talent fait de puissance et d’affection ; et de cette rencontre est né un excellent portrait qui fera suite à tous ceux que nous connaissons de J. -P. Laurens.

M. Bonnat a envoyé au Salon le Portrait de M. Joseph Bertrand, de b Académie française , et celui d’un Aigle liant un Lièvre. Ce dernier est une nature morte, vigoureusement peinte par un artiste dont nul ne méconnaît la science des ressemblances. Le portrait de M. Joseph Bertrand participe aux qualités comme aux défauts ordinaires de M. Bonnat. Il possède la précision, la fermeté du

dessin, l’accentuation du caractère, tout ce qui relève d’un œil exercé servi par un pinceau loyal. Mais il y manque cette enveloppe qui fond les traits dans une même expression, la bonté, l’humidité du regard, le je ne sais quoi qui fait l’humanité d’un type. Les portraits de M. Bonnat manquent d’amour.

Les deux portraits qu’expose M. Marcel Baschet sont en complète opposition l’un avec l’autre. Celui de Madame P..., a l’aspect clair et frais d’un pastel ; l’autre, celui de Madame P..., est non seulement un des meilleurs de l’Exposition, mais un des meilleurs que l’artiste ait signés. Il relève directement de cette Ecole française qui demeure, vérification faite, en possession des plus solides principes d’expression de la figure humaine. Assurément, l’Ecole anglaise moderne peut offrir de séduisantes images féminines, élégantes d’aspect, d’exécution décorative, de charme tout extérieur et de premier regard ; mais à l’user, le superficiel de cet art apparaît vite, et il faut en revenir à l’Ecole française, dont les œuvres authentiques gagnent à la relecture, s'améliorent avec le temps, parce qu’elles possèdent le fonds indestructible d’un dessin probe et savant. Le portrait de Madame B... est classique : nous ne pouvons en faire un plus bel éloge. Il n’a pas à craindre les soubresauts de la mode comme ces portraits à peine ébauchés, sans construction et sans modelé, que des artistes bruyants ont réussi à faire accepter du public. Ceux-ci, nés de l’engouement d’un jour, sont morts avec cet engouement même ; ce qui vit de la mode périt par la mode. Celui dont nous parlons peut attendre paisiblement que revienne la faveur du public qui, finalement, se fixe toujours sur les œuvres de valeur authentique.

M. Paul Dubois expose régulièrement au Salon des portraits qui ne nous semblent pas appréciés selon leur vrai mérite. Ce sculpteur devenu peintre, pourrait bien avoir mis le meilleur de lui-même dans sa peinture et, par un changement qui n’est pas sans exemple dans l’histoire de l’art, verra peut-être sa renommée de sculpteur devenir une renommée de portraitiste. Cet artiste possède parfaitement la science des formes intérieures. Le portrait de Madame

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