CHASSE RESERVEE
LA PEINTURE
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M. Alph. Lamotte est robuste et sain. Il est séduisant par son accent énergique, et il prouve que le peintre, qui évoqua sur la toile de si charmantes apparitions féminines, sait aussi trouver la vigueur quand elle est nécessaire.
Mais voici le foyer de la Comédie-Française, voici la statue blanche de Voltaire dans les entrecolonnements rehaussés d’or, voici le péristyle du Temple de l’Art. Au milieu, une figure intelligente et sympathique, celle de Truffier, le comédien-poète, portraicturé par M. L. Béroud. L’artiste, à la fois mélancolique et rieur, tient à la
R. G..., modelé dans la lumière, manifeste cette connaissance approfondie des dessous, qui est tout l’art statuaire. L’aspect général de cette peinture est d’une sobriété un peu bourgeoise ; on n’y trouve rien qui éclate aux yeux, qui surprenne le regard, mais quand on entre dans son intimité, on y découvre mille détails savoureux qui vous la font préférer aux œuvres de tapage.
M. Saintpierre est aussi un artiste de distinction. Son Portrait de
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main un manuscrit ; est-ce pour dire un rôle ou pour réciter quelqu’une de ses poésies? Tous les deux peut-être, tant l’un et l’autre talent peuvent s’identifier en une seule personne.
Sous le titre de : La Lecture , nous reconnaissons le portrait de M. Aug. Marguillier , le sympathique et érudit critique d’art. M. Vigoureux en a dessiné les traits avec fermeté, mais la coloration, un peu pâlie, estompe les contours d’un visage très caractérisé. Quoi qu’il en soit, l’artiste mérite les encouragements qu’il a dû recevoir et que justifient déjà les promesses de son talent.
Nous voudrions bien ne pas avoir à parler du portrait du duc d’Aumale par M. Benjamin-Constant. Il est fâcheux qu'il ait été fait : il est encore plus fâcheux qu’il ait été exposé. Tous ceux qui ont connu le duc d’Aumale auront peine à reconnaître sa mâle et intelligente physionomie dans le personnage que M. Benjamin-Constant nous montre. Sans doute, le peintre ne doit pas dissimuler les imperfections physiques de son modèle, mais il doit encore moins les mettre en lumière. C’est affaire de tact. Mais, tout au moins, son premier devoir est-il de rendre visible l'âme de son modèle ; c’est par là seulement que le portrait est supérieur à la photographie. Il y avait autre chose dans la physionomie du duc d’Aumale que cette attitude défaillante et ce regard sans virilité. Nous comprenons d’autant moins une pareille erreur que l’artiste expose, en même temps, un portrait de M. Chauchard où se trouvent précisément les qualités artistiques qui manquent si totalement au portrait du duc d’Aumale.
Trois bourgeois, après un déjeuner sous la tonnelle, demandent des cartes ; l’on joue au piquet. Cela s’appelle Quinte et Quatorze , puisqu’il faut bien donner un titre à son tableau. En réalité, nous avons sous les yeux trois bons portraits de plein air par Madame Delacroix-Garnier. L’accent de la vérité est dans l’atmosphère, dans l’attitude, le geste; les physionomies sont exactes dans leur dessin et leur couleur. L’école plein air ne nous a pas habitués à des œuvres de cette valeur.
M. Guirand de Scevola expose un curieux petit portrait, Mademoiselle Lejeune , debout en costume de ville, la voilette sur le visage,
J , GELIBERT