A L'AIR TIEDE DU SOIR
LA PEINTURE
M. Chaperon, est un petit fait, déjà trop souvent traité par tous les peintres militaires. Rocroy , par M. Lionel Royer, est un feuillet détaché de Y Histoire des Princes de Coudé, par le duc d’Aumale. A la bataille de Rocroy, le comte de Fuentès, commandant l’infanterie espagnole, vieux et accablé d’infirmités, s’était fait porter sur une chaise pour conduire ses régiments à la bataille. Il fut tué. C’était le cas ou jamais de restituer en quelque grande toile ces batailles de jadis composées de beaucoup de petits combats individuels, d’épisodes héroïques où se déployaient à leur aise les beaux faits d’armes. En cette fin de siècle qui a changé tant de choses qui semblaient immuables comme l’humanité même, nous regardons avec quelque pitié ces tableaux du xvne siècle qui reproduisent les victoires du temps. Tout nous y semble factice, préparé pour l’effet. Une étude plus attentive de l'Histoire, d'une histoire autenthique, documentée comme celle des Princes de Condé, nous prouve la naïve véracité de ces tableaux taxés de convention. Pour refaire le passé, le plus sûr est encore de s’en rapporter aux contemporains.
M. Fouqueray, dans son Trafalgar , a donné un bon tableau militaire. Bien que la brume et la fumée enveloppent cette composition, on y distingue de remarquables qualités de mouvement dramatique. La défense du vaisseau Y Achille qui fut démâté, brûlé et sauta avec tout son équipage sans avoir amené son pavillon, est un spectacle réconfortant qu’il faut féliciter M. Fouqueray de nous avoir montré. Le désespoir, l’héroïsme, le dévouement, la fureur, tous les sentiments de la lutte, portés à leur dernière puissance, trouvent leur expression dans ces soldats blessés à mort qui se battent sur le pont de ce vaisseau fracassé par les boulets.
Le turco Ben Kaddour au combat de Lorcy (26 décembre 1870) est un héros qui mérite que sa bravoure ne tombe pas dans l’oubli. M. Orange nous raconte un épisode de la Bataille du Mans et une anecdote sur Napoléon sur le « Bellérophon ».
L’armée contemporaine a fourni également sa contribution do^ scènes intéressantes dont les meilleures sont Nos Alpins , par
M. Loustaunau, et Après la Manœuvre , de M. Petit-Gérard, où les types les plus gaillards de notre jeune armée se montrent dans leur joyeuse familiarité. Le Matin de la Revue , de M. Grolleron, est une de ces historiettes destinées à être popularisées par la lithographie.
Comme tout cela est loin des grandes épopées d’autrefois, de ces batailles qui avaient si grande allure décorative! Il est probable que nous ne les reverrons plus dans leur réalité. La bataille moderne, qui s’étale sur des lieues d’étendue et où chacun ne cherche qu’à se rendre invisible, ne fournira plus de thèmes aux mêlées où le courage personnel est tout. Il faut dire adieu aux uniformes éclatants, aux aigrettes étincelantes, aux armes flamboyant sous le soleil, aux chevaux caracolant dans la fumée de la poudre, à tout ce qui séduit l’œil du peintre. La science s’est emparée de la guerre : l’art en est sorti.
Peu de tableaux de chasse ; on dirait que le genre s’en va. M. Herrmann-Léon y reste fidèle avec sa Chasse réservée , meute de chiens arrêtée par une mince barrière de bois; tableau mouvementé, exact, tel que sait les faire un artiste qui connaît les chiens comme personne. La Prise d'un blaireau , par M. Gélibert, est le combat d’une meute contre le craintif et dangereux animal, dont les ripostes sont parfois si redoutables. Le Bien-aller , de M. Gaudefroy, pourrait s'appeler un tableau de genre autant qu’un tableau de chasse : l’un plutôt que l'autre. Ce qui a intéressé l'artiste, c’est l’effroi des lavandières occupées à battre leur linge à la rivière en se racontant les petits scandales du village, et qui voient tout à coup les chiens arriver en trombe au milieu des caisses, des battoirs et des tas de linge déjà blanc : scène amusante.
Le paysage, ou plus exactement la représentation des aspects de la nature vue dans sa quiétude ou sa colère, apporte son tribut annuel de nouveautés et de redites. Au premier abord, on ne se sent pris que par quelques tableaux de premier ordre, derrière lesquels figure convenablement une suite d'œuvres honnêtes. Un examen plus attentif permet cependant de découvrir, dans des toiles d’aspect tranquille, des morceaux de grand mérite. Mais chaque Salon