CASTELLANE DANS SA FAMILLE
LA PEINTURE
La physionomie du paysage apparaît et change comme l’expression d’un visage et, cette expression, une fois perdue, ne saurait se retrouver. Aussi parmi les peintres du passé, combien sont nombreux les artistes qui ont décrit la beauté humaine. L’homme et la femme ont trouvé dans tous les pays de magnifiques interprètes de leur expression. Mais, en revanche, combien sont rares les vrais peintres de la terre et du ciel ! L’Ecole française a eu le rare bonheur de produire en ce genre des artistes qui n’ont d’égaux que dans l'Ecole hollandaise du xvne siècle et parmi les plus grands. Il est triste de penser que ces génies n’auront pas échappé à la loi commune de l’expiation du talent.
Français, le dernier survivant du bataillon sacré de i83o, n’aura pas vu la clôture de ce Salon : la mort l’a pris alors qu'il se rappelait au souvenir de la génération présente par deux tableaux remarquables, la Vallée de Cernay et le Ravin de Géhard. Un autre paysagiste, mais celui-là jeune encore et plein de brillantes espérances fondées sur des œuvres de grand talent, Maurice Le Liepvre, est mort aussi après avoir envoyé deux panneaux décoratifs, Dans les Prés et Dans les Champs. Nous nous sommes souvenu, en voyant ces coins de nature, des grands paysages qu’il avait exposés il y a peu d’années et où il avait mis tant de style et de lumière. Maurice Le Liepvre, élève d’Harpignies, avait comme son maître, comme tous les vrais artistes, le culte du dessin dans le paysage. Rien ne lui était plus étranger que ces ébauches hâtives qui prétendent donner, par quelques coups de pinceau, la sensation de la nature profonde. Les arbres, les bois, les prairies, les bords de rivière étaient pour lui autant de compositions belles par l’harmonie des masses et l’inépuisable variété des détails ; leur grand caractère décoratif leur a donné une place distinguée dans l’Ecole du paysage contemporain. La mort ne lui a pas permis de faire produire à son talent toutes les œuvres qui étaient en lui; elle a fait plus vivement regretter qu’il ait été enlevé sans avoir pu donner sa mesure.
Le Lever de lune en hiver , de M. Adrien Demont, est une de ces
vues de grands horizons où se plaît cet artiste. Il déploie à nos pieds une large plaine de neige bossuée de collines basses ; cette immensité blanche est éclairée par les derniers rayons d’un soleil d’hiver, rouge et sans chaleur et, en même temps, par les reflets d’une lune naissante. Une émotion mélancolique se dégage de ce tableau d’aspect
saisissant. On se croirait en quelque pays du Nord, dans une contrée où le soleil ne se couche pas et n’a que des lueurs blafardes. Le livret nous indique que nous sommes en France, sur l’emplacement du camp de César à Wissant. Il y a là sujet à une remarque sur les causes de l’uniformité inévitable des paysages d’hiver. On a raison, en parlant de la neige, de l'appeler un linceul.
Sous ce suaire, en effet, toutes les formes particulières disparaissent , tous les aspects charmants de la nature vivante sont anéantis, tout ce qui est la forme et la couleur est perdu. Une couverture épaisse cache tout et ne laisse percer que les grands ensembles, et encore dans leurs lignes rudimentaires. Tous les paysages prennent ainsi le même caractère, et les horizons du Nord gardent un air de monotonie plus fort que le talent des peintres.
M. Tattegrain, épris des scènes tragiques de la mer, expose un Sauvetage en pleine mer. L’impression est très forte, de ces vagues
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