BRETON
leur souhaiter un peu plus de lyrisme, ou, si l'on veut, de folie.
La Bretagne séduit toujours autant les peintres de genre par sa couleur locale et les paysagistes par ses horizons gris, par tout l'indéterminé et la mélancolie de sa faune. Bien que d'innombrables tableaux ne nous laissent rien ignorer de son pittoresque, elle semble destinée à être infatigablement reproduite sous toutes ses formes. Au temps du romantisme, cet enthousiasme se comprenait ; la Bretagne était la terre d’élection des romans de chevalerie, des grandes épopées du poignard et de la cotte de maille.
Les peintres comme les littérateurs vivaient alors dans le passé, les yeux fixés vers un temps d'autant plus beau qu’il était plus inconnu.
Aujourd’hui, toutes ces effusions se sont arrêtées, mais la Bretagne leur a fourni un nouveau thème. Ses légendes, auxquelles notre scepticisme est totalement indifférent, constitue une source nouvelle d'images possibles. Le mysticisme à la mode s’accommode très bien des évocations de fantômes, des histoires de revenants devenues de moins en moins populaires en Bretagne même, au contact journalier avec les Parisiens en villégiature. La Légende bretonne , de M. Bourgain, est sortie de cette inspiration, de même que Lé Intersigne , de M. Bulfield. A vrai dire, ces revenants nous gâtent la saveur d’un tableau d’in-
A . GUILLOU Zp r Saturé de, lait
térieur breton. Nous leur préférons les simples études de ferme de M. Brodie et de M. Désiré Lucas, qui sont tout bonnement de consciencieux morceaux de peinture.
Avant d’embarquer, par M. Eugène Leroux, nous représente une salle de cabaret où de robustes matelots vident pour la dernière fois, à terre, un verre de wisky. Le tableau est sombre, mais vigoureux. En revanche, M. Dennery a maintenu son Glaneur de grève dans une tonalité grise, peu agréable à l'œil, mais de véracité complète. Le glaneur de grève est le descendant rangé du pilleur d’épave ; il écume le rivage et attend la bonne aubaine du naufrage qui lui apporte le bois, les tonneaux, les caisses, la ferraille dont il enrichira son pauvre chaume. Le tableau de M. Dennery est expressif; tous ceux qui ont fréquenté les côtes du Finistère reconnaîtront la fidélité de sa composition.
Le Repos du Soir , de M. Joseph Artigue, nous transporte loin de là, dans les campagne du midi de la France ; son tableau respire ce calme rude de ces contrées âpres. Nous connaissions déjà de ce jeune artiste de beaux dessins, études de paysans cévenols, de forte expression rustique ; nous avons le droit d’espérer pour lui le succès dû à un talent très personnel.
D’année en année, les impressions d'Italie se font plus rares au Salon. Où est le temps où chaque printemps faisait germer une moisson de Pifferari ou de Napolitains, de paysages de la campagne de Rome ou de vues de Florence? Chaque génération a ses admirations ; la nôtre s’est détournée de l'Italie, trop connue probablement aux yeux des peintres, comme si la rareté du sujet était pour quelque chose dans sa valeur. En réalité, l'abandon de l’Italie et de la Grèce coïncide avec l’abandon général des études classiques, avec l’envahissement progressif de l’esprit anglo-saxon, si contraire à l’art. Qu’importent les grands horizons à qui n'a d'autre rêve en ce monde que d’arriver à la richesse ? Le Poussin et Claude Lorrain reviendraient parmi nous et exposeraient au Salon leurs majestueux paysages que le public regarderait avec étonnement ces œuvres
LE ÇUESNE