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LA RÉCLAME

LA PEINTURE

nées d'une culture d'esprit qu’il ne possède plus. Les artistes d'autrefois, nourris de l’histoire, ne pouvaient regarder sans émotion la terre, les ruines, jusqu'à la moindre pierre qui avaient été témoins des grandes choses qu’on leur avait contées. Pour eux, en dessinant les lignes d’horizon de la campagne romaine ou de collines de l’Attique, ils revoyaient en pensée les événements qui avaient constitué la vie de l’humanité dans ce qu’elle avait des plus grand. Quelque chose de cette émotion passait dans leur tableau, qui devenait ainsi plus fort que leur talent seul n’aurait pu le faire. Tout cela est sans objet aujourd’hui, dans une époque où le sens de l'art véritable disparaît de jour en jour, où l’esprit de commerce a remplacé l’esprit de désintéressement. Il n’y a pas à réagir contre une pareille tendance, il faut seulement plaindre ceux qui, ayant conservé le culte de la Beauté, se trouvent dépaysés dans une société qui ne les comprend pas.

L’Italie n’est plus qu’un prétexte à scènes de mœurs. M. Bompard en expose deux qui sont agréables à regarder. La Prière à la Madone se compose d’une jeune femme à genoux et priant au pied d’un de ces autels modernes que l'on rencontre dans quelques églises de Venise et dont l’ornementation criarde s’épanouit au milieu des chapelles et des tombeaux merveilleusement ouvragés de la grande époque. La Marchande de citrouilles est un tableau pris sur le vif au marché du Rialto, où tout Venise vient s’approvisionner de fruits, de légumes et d’herbes. Les citrouilles, les melons, les tomates, les pêches, les figues, les oignons, couvrent le sol comme d’un tapis éclatant de couleur ; il en est même qui roulent dans le canal et que les voyageurs en gondole rencontrent flottant paisiblement au fil de l’eau. Les deux toiles de M. Bompard sont un régal pour ceux qui ont vu Venise ; ils y trouvent le fidèle écho de leurs sensations. La baignade dans un canal , à Venise , par M. Darasse, est un autre épisode humoristique de la vie populaire. En ce pays béni, le peuple, pour se baigner, n’a qu’à descendre de sa porte et mettre le pied dans la rue, c’est-à-dire dans le canal. Les gamins se

livrent ainsi, sous les regards des gondoliers, à des gambades qui semblent ne pouvoir être exécutées que sur la terre ferme. Et tout cela dans un miroitement d’eau à déconcerter les plus impétueux de nos coloristes modernes.

Fils de mariniers , de Mademoiselle Dufau, est la même scène, mais parisienne : c'est une autre baignade de gamins. La composition n’est pas d'une science parfaite; c’est plutôt un coin de nature qu’un morceau bien équilibré, mais la couleur en est juste : c’est de vraie peinture. La bénédiction du repas, de M. Vazquez, nous ramène en Espagne. Des paysans, assis à l’ombre d’un arbre, devant leur maison, disent leur bénédicité avant de commencer leur frugal déjeuner. Gomme dans le tableau de M. Sorolla, la lumière y abonde, fluide, éclatante, vraie lumière des étés sans nuage.

L' Aquafortiste, de M. Morisset, travaille dans une pénombre mystérieuse, comme un alchimiste dans son laboratoire. Une véridique impression de recueillement se dégage de ce tableau curieux. L Antiquaire , que M. Victor Lecomte nous montre examinant, le soir, ses bibelots à la lueur d’une lampe, jouit également de la tranquillité la plus confortable. M. Grateyrolle, dans L'Homme malade , et Madame Cohen, dans La Garde-malade, expriment en bon langage la misère et le dévouement chez les petites gens, toujours secourables les uns aux autres.

Un coin de rue , de M. Chahin, est une scène du drame quotidien des rues de Paris. Les gens sans feu ni lieu, les gueux qui vivent on ne sait où et on ne sait de quoi, se font un repas de quelques pommes de terre chez la grosse marchande qui surveille sa bassine de friture. Et ce sont encore les riches, ceux-là; il y en a de plus pauvres encore, qui n’ont même pas le sou qu’on leur demande et qui attendent, à la porte des casernes, les restes des soldats. Rien n'est plus vrai que ce spectacle ; mais le premier but de l’Art n’est-il pas d’aider l’homme à oublier les soucis de la vie en le transportant loin de la réalité amère ?

La Psyché , de M. Guinier, la Béatrix , de M. Mondineu, sont

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