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UN MARIAGE DE RAISON

LA PEINTURE

hors de toute réalité si on les compare au Coin de rue de M. Chahin. Elles sont exécutées peut-être avec moins de vigueur, mais leur grâce de rêve assure leur supériorité.

M. Checa excelle dans la peinture des chevaux emportés, des courses folles, dans le Cirque ou à travers les plaines. Dans Le Rapt , un guerrier barbare enlève dramatiquement une jeune femme et s’enfuit éperdument pour cacher sa proie. Nous lui préférons toutefois le Convoi de chevaux , de M. Pâris, où une troupe de chevaux, conduits par des cavaliers arabes, descendent gaiement une route ensoleillée d’Algérie. Nouveau souvenir d’Algérie : Un retour de fête, à Alger, par M. Bridgmann. Des femmes, parées de leurs habits de fête, reviennent en barque au logis ; elles laissent tremper dans l’eau le bout de leurs doigts et jettent dans les flots les fleurs qu’elles rapportent ; les unes jouent de la guitare, les autres chantent ou rient, ou s’appellent de la barque voisine. Scène gracieuse, où cependant le le peintre n’a pas su mettre la couleur et le relief que nous en attendions.

Le Soir d’ Eté, de M. Knight, est aussi un nocturne. C’est l'été, la lune éclatante miroite sur la rivière; deux jeunes villageois, sur une terrasse qui domine la rivière, causent. De quoi? on le devine. 11 la regarde et lui parle, elle l’écoute et fixe distraitement l’horizon, baigné de lumière. Le sentiment de cette idylle est délicat. Dans Une Noce en i83o, M. Gelhay nous fait relire une page de Paul de Kock, le romancier populaire trop admiré jadis et trop oublié aujourd'hui. La noce festoie en plein air, dans le jardin d’un restaurant de Meudon ou de Romainville, et pendant que les invités trinquent à qui mieux mieux, les mariés du matin, assis à l'écart, devisent tendrement et non sans esprit. M. Outin préfère l’époque de l'Empire ou de la Restauration. Une ondée a surpris les passants; ils se réfugient sous les arcades de la place Royale, et Pendant l’averse, un beau militaire lorgne avec intérêt le pied d'une jolie femme.

Les restitutions du passé ont, sans doute, leur intérêt, mais l’histoire du présent nous touche davantage. Dans Le Magasin de modes , de M. Gilbert, on reconnaît avec plaisir un des innombrables

tableaux que fournit la vie du travail parisien. Des modistes, assises autour d’une table, composent, avec le talent et quelquefois avec le génie que l’on sait, cette étonnante féerie qu’on appelle la toilette d’une parisienne. L’intérêt de ces scènes d'atelier est toujours très vif. M. Chocarne-Moreau, lui, cherche la drôlerie du pavé; il aime les marmitons et les polissons qui font des niches aux passants, le gâtesauce qui lance la fumée de sa cigarette dans le bec d’un perroquet. Cette Prise de bec est amusante. M. Beyle est aussi un humoriste

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quand il présente au public Un Mariage de raison , c’est-à-dire deux toutous en costumes de mariés, se dressant sur les pattes sous l’œil d'un clown au nez enluminé. Après cette présentation, ils vont rentrer au Foyer des Artistes , où nous introduit M. Vimar et où nous rencontrons avec satisfaction les danois, lévrier, bouledogues et singes, qui forment l’élite de la troupe.

Autre théâtre ; mais, cette fois, ce sont des humains qui sont en scène, sous la conduite facétieuse de M. Brispot. Nous sommes au Comice de la petite ville de province. Les autorités sont rangées sur une estrade et M. le sous-préfet donne une médaille à la pauvre vieille servante qui est restée cinquante-quatre ans dans la même maison, pour en sauver les maîtres plus d’une fois. Cinquante-

H, BRISPOT

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