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BEAUX-ARTS

LA PEINTURE

a Société nationale — ou plutôt internationale — des Artistes français, continue, au Champ de Mars, son Exposition annuelle. Les amis de la paix, et ils sont nombreux, avaient espéré, jusqu’à présent, que la réconciliation se ferait entre les Salons rivaux et qu'il suffirait de trouver un terrain neutre pour qu’on se tendît la main. Le terrain a été trouvé, mais les mains ne se

sont point serrées. Il n’y a là mauvaise volonté ni d’une part ni de l'autre, ni même incompatibilité d'humeur. Ce schisme artistique correspond à quelque chose de très réel, à un antagonisme primordial qui est né en même temps que la peinture elle-même et qui ne finira qu’avec elle.

Toutes les Ecoles se sont toujours divisées en deux clans irréconciliables sur le sujet même qui devrait les réunir, sur la Couleur et le Dessin. Bien que plusieurs artistes figurent au Champ de Mars, qui devraient compter au Palais de l’Industrie et réciproquement, on peut dire, en gros, que le Palais de Tlndustrie représente le Dessin et le Champ de Mars, la Couleur. Entendons-nous sur les termes. Il ne s’agit pas de déclarer qu’ici on ne fait que des dessins et là que des morceaux de couleur ; il faut seulement dire que le Champ de Mars est le Salon des coloristes et les Champs-Elysées celui des dessinateurs. Ni Le Poussin, ni David, ni Ingres n'eussent été membres de la Société Nationale, mais, en revanche, Delacroix, Chasseriau, Marilhat et les orientalistes s’y fussent inscrits. C’est toujours la même lutte, celle qui au xvie siècle mettait aux prises l’Ecole romaine et l’Ecole vénitienne, et inspirait des mots d’une amertume méprisante aux Michel-Ange et aux Titien, c’est la querelle des romantiques et des classiques, l’éternelle hostilité de ceux qui ne voient que la forme et de ceux qui ne voient que la couleur. La lutte actuelle n’est qu’une nouvelle apparence d’une très ancienne chose. Il n’y a ni à s’en réjouir ni à s’en inquiéter, mais seulement à le constater, voilà tout.

M. Puvis de Chavannes expose le carton d’une vaste décoration destinée au Panthéon : Sainte Geneviève secourant les Parisiens assiégés. Il faut l’avouer franchement, cette œuvre n’était pas attendue sans quelque appréhension. Ni l’Apothéose de Victor Hugo, ni les panneaux décoratifs destinés à l’Amérique, n’étaient à la hauteur des précédents ouvrages de cet artiste. La composition en était faible et la couleur indéfinissable ; il semblait que M. Puvis de Chavannes eût dit tout ce qu’il avait à dire. Aussi la surprise a été des plus agréables de découvrir dans le carton de Sainte Geneviève une grande et belle

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