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LA FANTASIA

LA PEINTURE

Le tableau de M. Simon : Portraits , arrête le regard au milieu des longues galeries blanches du Champ de Mars. Cette famille bourgeoise, réunie dans un salon bourgeois, ne frappe pas par la signification particulière des physionomies ; mais le tableau est de solide peinture et cela suffit pour forcer l’attention. Et encore cette robuste exécution ne bri ile-t-elle pas par des délicatesses extrêmes; on y rencontre bien des violences injustifiées et des procédés sommaires. N’importe, il y a là-dedans une qualité supérieure qui fait passer sur tous les défauts. Ce tableau est un tableau de peintre; nous n'en voulons pas savoir davantage. Dans l’anémie profonde où s’atrophie le talent de la plupart des artistes, une œuvre saine est une joie pour l’œil. Il faut la saluer au passage comme une espérance pour un avenir brillant.

Ce sont précisément ces qualités d’exécution vigoureuse qui étaient jadis le génie même de l’Ecole française, et que les peintres étrangers nous ont prises, on sait avec quel succès. Les artistes du Nord, auxquels nous ne ménageons pas les applaudissements, ne font pas autre chose que de la bonne peinture française, telle qu’elle florissait il y a cinquante ans. Nous en avons perdu la tradition, sinon le souvenir. Ils nous la rapportent et c’est là l’unique profit que nous retirons de l’hospitalité que leur offrent nos Salons. Le remarquable portrait de Madame B ..., qu’expose M. Zorn n’a rien qui vienne du septentrion. Nous voyons très clairement d’où provient cet art et nous pourrions facilement le réclamer comme nôtre. Quoi qu’il en soit, le portrait est charmant d'exécution claire. M. Zorn n’a pas su s'assimiler le secret des attitudes féminines, comme M. Boldini. Il ignore ce que connaît si bien son confrère italien, le charme des lignes ; il n’a pas l’instinct de la beauté plastique, mais il peint la lumière. Le visage, les bras nus de son modèle sont pétris de clarté ; ce chien même dans la fourrure duquel cette jeune femme laisse tomber sa main, est baigné dans le jour. Tout cela exécuté très sommairement, en une sorte d'ébauche brillante. On peut se demander si ce même portrait, poussé jusqu’à la dernière limite de son exécution, comme ceux des anciens

maîtres, conserverait cette jeunesse éclatante qui fait sa séduction. La question est permise et même le doute. Les artistes du temps présent connaissent bien la magie de l’incomplet, la grâce de l’à peu près qui laisse à l’imagination du spectateur le soin de parfaire ce qui n’est qu’indiqué. Ils le savent et ils en profitent. Mais ceux qui voient plus loin que l’heure présente, ont raison de faire leurs réserves tout en se laissant aller au plaisir du moment. « Le temps n’épargne pas ce que l’on fait sans lui » est un précepte à l’usage de tout le monde. Bien des renommés contemporains en éprouveront la vérité à leurs dépens.

Le portrait de Madame V. P., par M. Boldini continue l'élégante galerie que ce maître italien consacre à la beauté féminime. A dire vrai, ce sont des grisailles; peu ou point de coloris, mais de la lumière. L’artiste ne se plaît qu’au blanc et au noir. De là une certaine uniformité dans le premier aspect de son œuvre. Elle est variée, néanmoins, et de façon originale par l’étonnante fantaisie des attitudes. M. Boldini a le culte de la femme. Il la comprend, il l’aime pour sa souplesse infinie. Il guette avec patience le geste imprévu, la pause primesautière de la jeune femme ou de la fillette; on dirait qu’il les surprend au milieu d’une conversation, dans le mouvement mutin d’une contradiction ou d’une coquetterie. Et ce mouvement est toujours juste. Comme les artistes de la Renaissance venus en France pour travailler à Paris et à Fontainebleau, M. Boldini amplifie ou diminue certaines proportions pour arriver à une plus complète expression de l’élégance. Ainsi il amincit très sensiblement l’épaisseur des extrémités et les allonge comme faisaient le Primatrice et ses élèves. Il donne ainsi une singulière impression de finesse nerveuse à ses portraits; il en fait ainsi des œuvres dont on ne se dit pas qu’on voudrait voir le modèle pour trouver mieux. Au contraire, il semble qu’il leur ait ajouté du sien et que la vraie nature, si elle a plus de santé, a moins d’imprévu.

A l’autre pôle de l’art, M. Leempoels expose deux portraits sur une même toile : Amitié. Ce sont deux hommes, deux amis, tous deux de même âge, cinquante ans environ, et se tenant par la main en signe

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