UN ATELIER DE JEUNES FILLES
LA. PEINTURE
d’une indissoluble communion de sentiment. L’expression morale de ce sentiment ne brille pas sur ces physionomies de moyenne intelligence; aucune bonté visible n’éclaire leurs yeux fixes, et rien n’imposerait ce tableau à l’attention, s’il ne frappait par une curieuse perfection d’exécution. Nous sommes là en présence d’une œuvre purement locale, sans aucun mélange d’autre influence. M. Leempoels est un primitif flamand égaré dans notre siècle de vapeur. Il peint avec cette patience minutieuse, avec ce souci méticuleux de la vérité qui furent le credo artistique du xve siècle. Les visages des deux amis ont l’air d’être reproduits par un miroir, tant l’image en est fidèle. Mais cette véracité ne serait rien si l’ensemble des lignes s’anéantissait dans le détail. Heureusement le peintre est trop délié pour avoir fait une photographie; il a su garder les formes générales et donner une valeur d’art à son œuvre. Cette façon d’interpréter la nature n’est point conforme au génie français qui veut plus de largeur et de générosité; elle n’en est pas moins très intéressante comme essai de restauration d’un procédé qui ne vit plus que dans nos musées.
Tout a servi M. Dagnan-Bouveret sans qu’il compte dans son œuvre des tableaux d’un accent très personnel. C’est un artiste qu’un bonheur continu protège contre ses propres audaces et en même temps contre l’aigreur des critiques. Ni sa peinture religieuse, ni ses scènes bretonnes ne nous ont rien appris sur la religion et la Bretagne, mais la grâce aimable de l’exécution est allée au cœur de la foule et le succès est venu, les mains tendues, à M. Dagnan-Bouveret, tandis qu'il s’éloignait d’autres d’un talent plus individuel et d’un sentiment plus profond. Les portraits qu’il envoie cette année n’ont rien qui les élève au-dessus de la moyenne à laquelle il nous a habitués. Le portrait de Madame T. R ., et celui de Madame la comtesse de B... ont l’agrément d’une peinture moderne où se marque le souci de ne rien exagérer, de ne manifester aucune exubérance. L’art de M. Dagnan-Bouveret manque de défauts : on en désirerait pour lui.
M. Jacques Blanche progresse d’année en année; non pas que son envoi de cette année soit de beaucoup supérieur à celui de l’an
dernier. Il avait exposé alors le peintre Thaulow au milieu de sa famille, toile qui l’avait mis hors de pair. Mais les qualités qu’il a
acquises se sont maintenues et fortifiées et c’est là le véritable progrès, plus que le hasard heureux d’un tableau réussi. Cet artiste est toujours fidèle à l’Ecole anglaise dont l'influence est encore visible dans sa manière.
Le succès que la mode fait à cette Ecole ne l’encouragera pas à s’affranchir de cette tutelle; nous espérons pourtant qu’il saura s’en dégager et se rendre lui-même à ses véritables destinées. Les Portraits dans un intérieur attirent moins le regard que la Petite fille au chapeau; ils sont pourtant traités avec une personnalité plus grande. Les porboldini Portrait de, Mm'~ y f traits d’intimité bour-
geoise ont presque toujours inspiré aux peintres français des œuvres remarquables. Tout le monde a présentes à la mémoire les admirables séries de David et de Ingres. Sans doute, on n’y rencontre pas cette élégance, un peu factice, qui fait, au premier coup d’œil, le charme de 1 Ecole anglaise,