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TEMPS D'ORAGE

LA PEINTURE

Nous ne lui demandons plus que de s’enhardir et d’aller jusqu’au bout de ses idées.

M. Lerolle est né décorateur. Il a le sens des grands espaces, des horizons, des plaines, de tout ce qui est simple dans sa silhouette. Douce journée est une peinture décorative dans le sens complet du mot. On ne la voit pas réduite à de plus modestes proportions : elle a besoin d’être ce qu’elle est pour que le charme en soit senti. La vue est prise de la lisière d’une futaie dont les arbres, aux troncs droits comme des fûts de colonnes, occupent le premier plan. Elle s’étend dans les intervalles de cette colonnade sur des bois, des pelouses, un lac, paysage enchanté tel que peuvent le faire la lumière et la chaleur d’une longue journée d’été. Ici l’émotion n’est pas dans la magie des couleurs; elle est côukTOis

dans l’impression indéfinissable d’un beau paysage qui séduit par les lignes mêmes ; il émane de l’âme de l’artiste et se communique directement au regard, sans artifice visible, par sa force même. C'est une œuvre remarquable.

Le portrait de Madame G. F. et de ses enfants , par M. Carolus- Duran est un joli groupe, de la moyenne ordinaire de cet artiste dont le talent n’a pas assez de ce que celui de M. Aman-Jean a en trop. Il n’y a rien à dire des essais de paysage qu’il expose. Comme beaucoup de peintres de figures qui s’improvisent paysagistes, il ne paraît pas soupçonner l’infime complexité des formes, des couleurs, des aspects

de la nature. L’art du paysage se révèle seulement à ceux qui en pénètrent les secrets par une longue fréquentation de la nature. Il a besoin du dévouement de toute une vie et ne saurait jamais être un délassement.

Le Christ en croix de M. Eug. Carrière est peint dans la manière qu’il s’est faite et qui a eu quelques succès parmi les littérateurs. Il n’y a pas d’opinion à formuler sur ce tableau non plus que sur cette manière. Si l’artiste voit réellement ainsi qu’il peint, c’est un cas particulier à rapprocher de celui de certains peintres qui ne perçoivent pas certaines couleurs ; il y a alors un tel écart entre sa vision et celle de la généralité des hommes, qu’aucune discussion n’est possible. Si, au contraire, cette manière est un parti pris, il est regrettable de voir un peintre en adopter un qui, par le voile épais dont il enveloppe toutes choses, supprime du coup toutes les difficultés du dessin, de la couleur, de la lumière et en même temps de l’expression artistique. On connaît depuis quelques siècles, le procédé qui consiste à concentrer la lumière sur un seul point, en laissant le reste dans l’ombre et même dans la nuit noire; cette méthode a produit des chef-d’œuvres que l’on peut voir sans aller bien loin. Mais encore ce point unique résume-t-il en lui au suprême degré l’éclat, la couleur et la lumière. La tentative est belle, car on échoue misérablement à n’y pas triompher. Il faut, pour s’y risquer, la certitude d’une exécution magistrale. Mais tout couvrir de brume ou de fumée pour laisser deviner les formes et la couleur est un procédé qui supprime trop aisément la difficulté, quelle que soit d’ailleurs l’adresse avec laquelle il est appliqué.

M. Cottet, lui aussi, s’est fait une manière, mais, devant elle, au moins, nous y voyons clair. La simplification à outrance des silhouettes et des tons le mène plus loin qu’il ne faudrait. Jeune fille et vieilles femmes , la Vieille marchande de pommes , cernées d’un trait vigoureux, peintes à larges pans de couleurs ont le plus violent caractère de dureté. Rien ne s’y enveloppe, ne s’y baigne dans l’atmosphère; c’est l’absolu contre-pied de la peinture grise que l’on rencontre à chaque pas, chez les plus proches voisins d’Exposition de M. Cottet.

JD AG

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