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ESCADRE D'EVOLUTION

LA PEINTURE

deviennent alors les puissantes ironies dont les séparatistes du Champ de Mars, dont les virtuoses de l’art moderne accablaient ces pauvres peintres d’histoire, obligés, pour se faire comprendre, de s’expliquer par le catalogue ou par de petits écriteaux à légendes. Eux aussi, devant le même problème ont recours aux mêmes procédés par la simple raison qu’ils ne peuvent pas faire autrement.

Mais laissons cette critique de côté. La vérité est qu’au Palais de l'Industrie, le tableau de M. Weerts fut passé assez inaperçu au milieu de tant d’autres anecdotes historiques. Au Champ de Mars, il surprend comme une chose qui s’est trompée de destination. Qu’est-ce que vient faire ce souvenir des grands événements d’autrefois dans un endroit d’où est absente toute pensée d’un ordre élevé ? M. Puvis de Chavannes mis à part, lequel est un classique dont la place n’est pas là où il se trouve, personne, à la Société nationale des Beaux-Arts, ne paraît se douter de l’histoire de l’humanité. Il semble que le monde ait commencé à eux-mêmes et que rien de ce qu’il a fait, de ce qu’il a aimé, de ce qu’il a souffert ne compte dans notre civilisation. Un pareil état d’esprit, au xve ou au xvie siècle, eut supprimé l'histoire religieuse et la mythologie, c’est-à-dire à peu près toute la peinture. Si les maîtres de la Renaissance s’étaient contentés de ce qui suffit à nos modernes novateurs, les trois quarts de leur œuvre n’eussent jamais vu le jour. Ils ont cherché plus haut et plus loin et c'est l’honneur de leur génie d’avoir enrichi de nobles illustrations le patrimoine commun de l’humanité agissante et pensante.

Il faut bien le dire, en supprimant de leur programme artistique tout ce qui touche aux grandes questions humaines, la Société nationale a réduit son champ d’action aux plus étroites proportions. Elle se confine au paysage, au portrait et au tableau de genre et encore cette modeste forme de l’art se fait-elle de plus en plus rare. Bientôt, on ne verra plus au Champ de Mars que portraits et paysages. Quel que soit le talent qu’on y remarquera, la monotonie de pareilles Expositions sera inévitable. La peinture ne saurait se désintéresser complètement de toute admiration du passé. Les spectateurs qui défilent dans ces

galeries de tableaux sont, quelquefois, des êtres pensants que l’heureuse juxtaposition de deux complémentaires ne satisfait pas complètement. On peut être un coloriste et peindre des tableaux d’histoire, ce qu’on appelle de « grandes machines ». Rubens et Velasquez l’ont bien prouvé. Ce sont là des noms que l’on peut citer sans faire tort aux fondateurs de la Société nationale. La peinture d'histoire est probablement restée dans leur esprit comme le type de l’imagerie compassée. L’occasion serait belle pour des artistes épris de couleur de s’attaquer aux grandes compositions et de se montrer les dignes héritiers de David et de Delacroix. Nous ne demandons pas qu’on refasse le Tableau des Lances ou la Galerie de Médicis , Le Sacre ou l’Entrée des Croisés à Constantinople , mais toute tentative dans ce sens serait accueillie avec joie par beaucoup de gens.

M. Gervex, avait la part belle dans sa Distribution des récompenses au Palais de l’Industrie ( Exposition universelle de 188 g). La variété des costumes prêtait à un ruissellement de couleurs; la raideur d’une cérémonie officielle pouvait s’atténuer dans cette foule bariolée emplissant un immense vaisseau. Il y avait matière à une grande page décorative. Malheureusement, l’artiste ne nous a donné que l’image correcte d’une froide cérémonie. N’accusons pas le genre; tous les genres sont bons. L’important n’est pas de sentir l’émotion d’un sentiment dans une toile officielle qui n’y prête jamais. Mais un véritable artiste peut toujours se laisser aller à l’enthousiasme de son art, à l’enchantement de sa couleur. La peinture commémorative est, par définition, si glacée qu’il serait peut-être sage d’en confier l’exécution aux excentriques de l’art, ou aux enfants perdus du modernisme. Les résultats ainsi obtenus seraient sans doute parfaitement mauvais en soi, mais au spectacle de quelque trouvaille audacieuse, les peintres de l’officiel oseraient peut-être infuser un peu de vie dans leurs toiles.

M. Picard expose deux jolis portraits, celui de Madame la comtesse de C... et celui de M. Dagnan-Bouveret. Le Henri Rochefort de M. Roll est excellent de naturel dans l’attitude et de vérité dans la

IWILL

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