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NUIT DU 9 AU 10 THERMIDOR

LA PEINTURE

trouver que l’objet même du tableau y occupe une bien modeste place. Les Français de Constantinople qui ne perdent jamais le souvenir de la mère-patrie et regardent avec attendrissement tout ce qui leur rappelle un de ses plus beaux sites, trouveront peut-être que la terrasse ornée d’une treille, d’où le point de vue est pris, occupe dans la toile une importance qu’ils eussent voulu voir donner à la ville même. Le Bassin des Tuileries reproduit avec un certain éclat une des plus magnifiques perspectives qui soient au monde.

Le plafond que M. Guillaume Dubufe exécute pour la Sorbonne, est une allégorie sur la Science et la Poésie. Cette oeuvre décorative a besoin de sa mise en place définitive pour être appréciée à sa vraie valeur.

b’ Automne, de M. René Ménard, doré des dernières lueurs du couchant, est imprégné d’une tendre poésie. Cette œuvre échappe à cette contagion de blanc qui semble être depuis M. Puvis de Chavannes, la règle de la technique décorative. M. R. Ménard n’a pas craint de mettre de l’or sur sa toile. Ce n’est pas une innovation, c’est un retour à la véritable tradition du décor. Il faut en féliciter l’artiste.

La visite des souverains russes a eu également son écho au Champ de Mars. M. Dauphin l’a célébrée par deux tableaux de marine, L' Empereur et /’ Impératrice de Russie se rendant à bord du Hoche et l’Étoile polaire et le Standard escortés par l’escadre française se rendant à Cherbourg. M. Montenard a également envoyé une vue de l’ Escadre d'évolution traitée avec l'éclat coutumier qu’il donne aux paysages et marines de Provence.

Peu de tableaux militaires : le genre se sent dépaysé au Champ de Mars. Cependant, il faut signaler les très remarquables études de cavaliers de M. G. Guignard. Aux avant-postes, La veille de Valmy , Concentration de cavalerie au jour , Cavalerie à Eylau , n’ont pas la prétention de nous refaire l’histoire. Le côté documentaire en est presque absent, mais personnages et paysages sont traités avec un accent de vérité, une intelligence du milieu très particulière. Ce n’est pas du Meissonier, mais l’impression est très juste et très forte. Nous

ne rencontrons pas au Salon d’autres études militaires de cette valeur, réserve faite de bien des détails d’exécution. Le tableau de M. Lafon : Déclaration de guerre entre le roi de France et /’ Empereur d Autriche en 1792 ne mérite que d’être mentionné.

Les scènes rustiques de M. Lhermitte, la Fenaison et la Fin de la journée respirent la belle douceur des champs. Véritable campagne et véritables paysans, sans aucun adoucissement conventionnel. M. Lhermitte leur laisse toute leur rudesse native, nous osons à peine dire leur odeur; peut-être même leur donne-t-il un peu plus d’âpreté qu'ils n’en ont. Ce qu’on ne doit pas méconnaître, c’est la franchise noble de cette peinture qui trouve le moyen de rester personnelle après Millet et Jules Breton.

M. Muenier est le peintre des chemineaux, des rôdeurs de route dont on ne sait jamais bien ce qu’ils sont au juste. Il n’en fait pas les vagabonds scélérats qui ne vivent que de la maraude des fermes, et qui, au besoin mettent le feu au tas de paille où ils ont dormi. Il les veut honnêtes; ils ont de bonnes figures; ce sont des déshérités, des résignés. Les Chemineaux qui s’arrêtent au bord de l’eau pour s’y reposer et s’y rafraîchir, sont en réalité d’honnêtes ouvriers qffon aimerait à rencontrer. Une grande sympathie règne dans ce tableau qui est un des meilleurs qu’ait signé ce peintre. Le Conte de grand' mère et surtout l’Orage sont également oeuvres de mérite.

Les Paysans amoureux , de M. Aimé Perret ont choisi pour leurs ébats une plaine où l’on peut les voir de partout. Certainement, cela est peut-être vrai ; mais un irrésistible préjugé demande qu’à ces sortes de mystères on prête un cadre plus mystérieux.

M. Cazin est le peintre de l’Artois, comme M. J. Breton, mais la nature est si peu de chose par elle-même et la vision de l’artiste si impérieuse dans l’art, que ces deux peintres, également sincères, semblent devant la même nature, décrire des contrées infiniment éloignées l’une de l’autre. Il est vrai que, chez M. Jules Breton, la figure domine et que M. Cazin ne s'intéresse qu'au paysage seul, mais les différences de sentiment éclatent partout.

LA PEINTURE

Le Temps d'orage , Les sables dC Arb orme, le Village d’Artois sont d'une poésie nerveuse; on y reconnaît la main d'un sensitif dont la délicatesse va jusqu’à l’exaspération. Rien n’est moins paisible que ces lieux déserts, que ces plaines dénudées d’où surgissent de pauvres maisons. Partout se sent une vibration indéfinissable qui donne à des sites ingrats, d'aspect désolé, une émotion profonde.

M. Iwill qui cache sous un pseudonyme anglais un bon peintre français, expose de délicats souvenirs d’Italie. M. Iwill aime les effets de brume, l'instant indécis où les objets s’estompent dans la vapeur de l'aube ou du crépuscule.

Ce n’est pas l’heure où Corot surprenait la nature, dans le premier réveil des êtres de l'ombre, mais c’est le paysage enveloppé d'un voile de brouillard doux et gris qui semble donner aux objets, leur vraie signification. Lavued’/îxsise, éclairée d'un dernier rayon du couchant est intéressante par son étrangeté; la Nuit d'Italie est charmante d’impression. On ne s’attend pas à voir un paysage nocturne de Venise aux formes estompées, mais l’effet, peut-être imprévu, n'en est que plus pénétrant.

Le Marais , de M. Damoye, pourrait bien, quand le temps aura

ES COULA La* Douleur.

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passé sur lui, prendre une place à côté des Daubigny pour sa profonde transparence de ses lointains. Les Bergeries drenthoises de M. Stengelin sont grises, humides; le sol en est boueux, le ciel saturé de brume. L’impression est juste.

M. Billotte ne va pas en Hollande, comme M. Stengelin, pas même en Belgique, comme tout le monde; il reste à Paris et ses explorations autour de la grande ville ne sont pas moins fructueuses. Les peintres de Paris choisissent d’ordinaire les plus beaux sites de la traversée de la Seine; là, en effet, les motifs abondent, tous imprévus, tous intéressants. M. Billotte reste dans les faubourgs, ou, plus exactement, dans les abords des fortifications. Il se trouve là des coins pelés, grisâtres, désolés, comme rongés par une vermine, et qu’il a su rendre émouvants parce qu’il les a aimés. Entre les amas de masures qui signalent au voyageur l’approche de Paris, dans ces plaines dévastées comme par cataclysme, s’ouvrent des carrières abandonnées, des excavations ou semble loger un peuple de troglodytes. Sur le sommet ou au fond même de ces rochers de craie, des cahutes abandonnées, des maisons ruinées font penser à des désastres inconnus ou à des crimes impunis. Ce sont là les paysages où M. Billotte s’attarde dont il exprime la poésie sinistre avec une rare puissance. L’excès des colorations violacées dans les tableaux exposés les années précédentes, avait diminué la réelle valeur de ces œuvres. Aujourd'hui, M. Billotte s’est débarrassé de ce parti pris d’exécution et il rend directement ce qu’il voit. Aussi les envois de cette année sont-ils tout à fait remarquables. La Carrière de Nanterre , le Sentier des carrières , la Folie-Be\ons, attestent un peintre arrivé à la complète possession de son talent.

Parmi les paysagistes étrangers, il faut mettre en première ligne M. Will aert, qui expose une série de vues de Gand d'une belle exécution. Le Vieux canal aux toits rouges , à Gand , dort au soleil dans une paix profonde; pas une ride sur l’eau, pas un remous; on dirait d'un miroir liquide où se reflètent les toits rouges des maisons endormies et les innombrables reflets des murs séculaires qui le bordent

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