MARCEAU
LA PEINTURE
Cette réserve faite, le tableau de M. H. Martin apparaît lumineux, d’atmosphère attiédie et transparente, œuvre de coloriste, égale à Hercule entre le Vice et la Vertu et à La Chimère , un peu au-dessous de sa décoration de l'Hôtel de Ville, qui reste, jusqu’à ce jour, la plus séduisante de ses œuvres.
Le Saint Georges de M. Georges Bergès est un tableau original. Voilà un Saint Georges que nous n’avons pas encore rencontré partout ; ce n’est pas l’éternel cavalier, fonçant au galop de son cheval, la lance baissée, sur un gros serpent qui se tortille devant lui. M. Georges Bergès a négligé le combat et peint la victoire. Son Saint Georges, vainqueur, traîne, attaché à l’arçon de sa selle, le monstre moitié oiseau, moitié reptile, gardant encore dans le ventre le tronçon de lance brisée. Mais le destrier du bon chevalier, le brave compagnon de la bataille, altéré de soif, harassé de fatigue, s’est arrêté devant une fontaine. Il plonge sa bouche saignante dans la vasque d’eau glacée et boit d’une longue aspiration, pendant que le Saint, immobile sur sa selle, attend avec une patience grave que la bête courageuse se soit largement rafraîchie. Derrière, un groupe de femmes regardent le héros, les unes avec un geste d’admiration pieuse devant la merveille de cette victoire, l’autre, une femme du peuple qui porte son nourrisson sur son dos, ayant à peine un coup d’œil pour le monstre et pressée seulement de rentrer au logis, sa cruche pleine.
Tous les personnages de cette scène, sans omettre le cheval, ont le geste exact. La figure du Saint Georges est intelligente et énergique, où nous est épargné, dans ce profil d'aigle, le regard extatique que l’on se croit toujours obligé de donner aux élus de Dieu. Le dragon, oiseau à tête d’alligator, est suffisamment curieux; les femmes à la fontaine sont exécutées avec le soin réservé d’ordinaire aux personnages de premier plan. Bref, tout concourt à faire du Saint Georges de M. Bergès un tableau des plus intéressants.
La Naissance de Pégase , de M. Etcheverry, est l’œuvre d’un coloriste qui aime le chatoiement des belles étoffes, l'éclair des
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pierres précieuses, le reflet irisé des écailles. L'artiste a fait ainsi sortir son sujet de cette langueur fade où la tradition académique semblait avoir confiné à jamais la Mythologie.
Les mythes antiques forment une source inépuisable d’idées, toutes artistiques. Il n’en est pas un qui n’offre au peintre un cadre admirable pour tout ce que son âme peut contenir de poésie et son intelligence de pensées. La mythologie grecque est toujours nouvelle parce qu’elle est toujours inconnue, étant la plus impénétrable des énigmes. Quatre cents ans de peinture n’ont pas épuisé le sujet, puisqu’il est sans cesse à refaire avec ce que chaque génération y ajoute d’idées et de sentiments. Il suffit à un artiste d’avoir plongé une fois dans cet océan, pour en rapporter les échantillons de la faune la plus magnifique et en garder, dans l’esprit, le souvenir des plus merveilleuses visions.
Persée, pour obéir aux ordres du roi Polydectes, entreprend de détruire les Gorgones. Protégé par l’Egide, que lui prête Minerve, coiffé d’un casque donné par Pluton et qui le rend invisible, armé d’une harpé d’airain, il pénètre dans la caverne où dorment les sœurs terribles. Il décapite, d’un seul coup, la plus redoutable, Méduse, jadis la plus belle des femmes, maintenant la plus hideuse, et du lac de sang épanché du tronc décapité naît, en un instant, Pégase, le cheval-oiseau , qui s'élance d’un bond vers l’Olympe pour y être dompté par Minerve.
L 'Orphée, de M. Foréau, promène au contraire sa mélancolie dans une forêt fantastique, où dorment des étangs noirs peuplés d’oiseaux aquatiques aux formes étranges. M. Gustave Moreau nous a déjà appris le chemin de ces contrées inconnues ; l’extrême virtuosité du pinceau est une des conditions nécessaires pour en goûter le charme. Cependant, à défaut de cette éclatante exécution, il reste toujours de cette façon de comprendre la mythologie, une impression meilleure que celle qu’on éprouve devant Les Noces de Flore de M. Lavalley.
Nous avions déjà vu ce tableau au Palais des Beaux-Arts, parmi les