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LES PREMIÈRES ARMES DE MARBOT

envois de Rome, où il avait semblé constituer un argument sérieux contre l’organisation actuelle de l’Ecole de Rome.

On n’a jamais de pire ennemi que soi-même. La Villa Médicis ne cesse de produire des oeuvres qui réjouissent ses détracteurs. Et, de

A. E. ART I GUE Fleurs de* printemps

fait, est-ce pour produire de pareilles compositions que l'État maintient avec persévérance quelques jeunes gens au milieu des merveilles de l'art? Il est d’observation courante que les élèves de Rome, devant les chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci ou de Paul Véronèse, élaborent des tableaux à la dernière mode parisienne , dans la préoccupation naïve d’être modernes, d'être de leur temps, comme si un artiste pouvait jamais être d’un autre temps que du sien.

La remarque n’est pas neuve. Au dix-huitième siècle, les directeurs de l’École de Rome se plaignaient déjà de cette tendance d’esprit. Le mal serait médiocre si les élèves, revenus à Paris, subissaient l'influence des maîtres qu'ils viennent de quitter. Mais il n’en va pas

ainsi : une expérience journalière le démontre. Il n’y a donc aucune espérance de voir changer de si vieilles habitudes, à moins que l’équitable et rationnelle institution des bourses de voyage accordées aux jeunes artistes qui se manifestent au Salon ne remplace les Prix de Rome accordés à des devoirs d’élèves par des jugements parfois sans impartialité.

La féerie shakespearienne a trouvé dans M. Gervais un interprète tout imprégné des idées classiques. Les fées qui peuplent son tableau de La folie de Titania ont la beauté marmoréenne des nymphes antiques ; elles se dressent ou s’étendent sur l’herbe en des attitudes de déesses de l’Olympe. On ne saurait trop louer la préoccupation des belles formes que témoigne cette composition. Cependant l’œuvre eût été meilleure si l’artiste s’était souvenu que le premier principe de l’art classique est l’exacte appropriation de la forme au fond. Les fées qu’il évoque ne sont pas nées de l’œuvre de Shakespeare ; elles ont vécu en Italie ou en Grèce.

Le plus remarquable des sujets mythologiques qui se rencontrent au Salon est certainement Glauké et Thaléia , de M. P. -Albert Laurens. Glauké et Thaléia furent deux des cinquante Néréides ou Océanides, filles de Nérée, le vieillard vénérable dont la barbe et les cheveux sont faits de l’écume des flots. Dans l’imagination des anciens Grecs, les Néréides avaient le corps blanc, mais les cheveux et les sourcils bleus ou verdâtres, selon l’état de la mer qu’elles symbolisaient. Lorsque la brise ridait la surface des eaux, elles aimaient à sortir des abîmes de l'Océan et à se reposer parmi les rochers déserts ou dans les grottes creusées sous les falaises. C’est à ce moment que M. P. -Albert Laurens les a surprises. Les deux déesses , effrayées sans doute par la présence de quelque pêcheur, se sont abritées dans une grotte dont la mer baigne l’entrée, et elles attendent là que l’importun se soit éloigné. Une fraîcheur pénétrante emplit cette composition si simple : l’humidité saline s’échappe de cette grotte ombreuse, de ces rochers verdâtres que des mousses marines, par un travail séculaire, sont parvenues à couvrir

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