CHARGE DES GRENADIERS DE LA GARDE A EYLAU
LA PEINTURE
de leurs broderies. Rien n’est plus curieux que la vue de cet antre solitaire, inconnu de tous les mortels, où viennent se retirer les plus craintives des divinités. L’observation de la nature s’y mêle à la rêverie et révèle chez le jeune artiste qui fit ce tableau un esprit distingué en même temps qu’un tempérament de peintre.
M. Fantin-Latour est un artiste d’essence rare. L’époque présente ne le met pas à sa vraie place, à la place éminente qui lui revient. Mais il peut attendre avec confiance la revanche de l’avenir, qui ne lui manquera pas. Comme portraitiste, nous lui connaissons peu de rivaux. Les groupes de portraits qu’il a signés sont des œuvres d'élite ; il est regrettable que la plupart aient passé le Détroit pour demeurer là d’où elles ne reviendront plus. Depuis longtemps, malheureusement, le Salon annuel n’a pas revu les pages importantes d’autrefois. M. Fantin-Latour paraissait s'être absorbé désormais dans des compositions allégoriques d’inspiration wagnérienne. Tous ceux qui ont approché les mythes grecs, de signification si profonde et d'harmonie si parfaite, ne pouvaient que regretter la prédilection d’un pareil artiste pour les mythes germains, si pauvres de sens et de beauté. Cette année, du moins, il y a renoncé, et on ne peut que s’en réjouir. La Tentation de saint Antoine et La Nuit sont des œuvres charmantes. M. Fantin-Latour a mis dans La Tentation toute la délicatesse de son esprit. Il a dédaigné les nudités lascives qui tourbillonnent, selon l'usage, autour du Saint en prière : cette forme brutale du plaisir lui a semblé , avec raison , indigne du sujet et de lui-même. Il a entouré, au contraire, le pieux moine de belles et nobles femmes, vêtues de mousselines légères telles que les aimaient les antiques Hellènes et telles que Léonard de Vinci les avait retrouvées. Des tons délicats , comme entrevus dans un rêve, varient dans le rose et le bleu ces étoffes impalpables comme des vapeurs. Mais là s’arrête le caprice de l’imagination. Sous ces gazes ténues, palpitent de beaux corps, fermes et souples, aux formes pleines et abondantes, de perfection toute aristocratique. La tentation qui s’offre ainsi n’est pas de celles qui répondent à un appétit bas,
mais aux désirs les plus légitimes de l'homme, à ses chimères les plus nobles et les plus immatérielles.
C’est aussi une charmeuse cette magicienne qui, dans le tableau
de Madame Consuelo Fould, prépare un Phillre ; breuvage d’amour, sans doute, puisqu’une femme n’en saurait composer d’autre.
Tentatrices également, les jeunes filles des « Fleurs de Printemps » de M. Artigue, qui se jouent avec des fleurs dans un verger poudré à blanc ; et les nymphes aussi que M. Boyé évoque dans les prairies, sous l’ombre noire des arbres, A F air tiède du Soir.
La fantaisie décorative de M. Franck Lamy est claire et joyeuse. M. Sinibaldi a tiré un assez bon parti du plus ingrat des programmes.
Le Commerce français reçoit les échantillons des matières premières qui lui sont présentés par la Paix et F Abondance. Ce panneau doit figurer au Ministère du Commerce.
L’artiste a mis tout ce qu’il a pu d’élégance dans ce beau sujet.
La peinture biblique est assez peu nombreuse cette année ; la ferveur néo-chrétienne paraît se calmer, et les peintres cherchent moins à nous convaincre qu’ils sont naïfs comme aux premiers âges
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