‹ Salons, 1844, 1845, 1846, 1847, 1848;Chapitre 11 sur 36 · NOUVELLES TENDANCES DE L ART. XXVII · texte numérisé non relu

NOUVELLES TENDANCES DE L ART. XXVII

d'homme, n'a été le sujet direct de la peinture et des autres arts plastiques, ni même de la littérature; car les deux écoles poétiques se suivent toujours parallèlement et n'en font qu'une.

Sans doute il y eut des exceptions, et ceux-ci sont grands parmi les plus grands, dont le génie a peint la nature humaine sans le prestige des fictions religieuses et poétiques. C'est même là leur véritable cachet d'immortalité.

Ce sera l'éternelle gloire de Rabelais, de Molière, de Shakespeare, de Cervantes et de quelques autres bien rares, d'avoir fait des hommes, et de ces hommes des noms propres, aussi dignes d'admiration que les héros « chéris des muses. » Panurge vaut bien Thersite ; Othello, le furieux Oreste ; don Quichotte, l'invincible Achille; et le bon Arnolphe courant après son Agnès n'est pas moins intéressant que l'époux de la perfide Hélène, sous les murs d'Ilion.

Il se trouva même, vers ce temps-là, un malin génie, qui, n'ayant pas, selon l'orthodoxie poétique, le droit de prendre des hommes pour les exploiter en scène, et n'aimant pas à se compromettre avec les héros, prit des bêtes, et les fit parler avec autant d'esprit que des princes : — La Fontaine.

Le roman aussi, presque dès sa naissance, risqua des allures très-audacieuses, et l'on sait quelle émotion extraordinaire causa la Nouvelle Iléloïse de Jean Jacques, qui se permettait d'attendrir le public avec une « héroïne» dont la race, noble encore pourtant, ne tenait ni à Jupiter, ni à César, ni à Louis XIV.

Four le théâtre é^^alemenl, ce téméraire dix-huitièmo

XXVm NOUVELLES TENDANCES DE l'ART.

siècle, qui a tout essayé, s'aventure avec Diderot dans le drame vulgaire, en réaction contre la tragédie héroïque.

Et, de nos jours, après une assez longue diversion^, quelques écrivains de théâtre et de roman ^ Balzac et George Sand, entre autres, devront à celte tendance ré- Dovatrice leurs principaux titres devant l'avenir.

En peinture, les exceptions à la furia héroïque n'ont pas été plus communes que dans les lettres.

La vieille race latine a toujours été naturellement rétive au sacrifice de ses momies traditionnelles. Quel scandale en Italie quand le Caravaggio et ses compagDons, y compris le Français Valentin, se mirent à peindre, de grandeur naturelle, de rudes aventuriers comme eux-mêmes, bien armés et empanachés, et fort contents d'être au monde! Auprès d'eux, Ribera l'Espagnol , et après lui Salvator, son élève, s'éprirent aussi de sujets analogues et montrèrent quelquefois a l'homme ordinaire, )) avec une vigueur grandiose et une vérité terrible. Encore ces violents «naturalistes» exprimèrent-ils mieux les rides de la peau ou les friperies du costume que la profondeur des sentiments et des caractères.

En Espagne, à côté de l'art le plus mystique qui ait peut-être jamais existé, en Espagne, ce pays des contrastes extrêmes, le peintre de Philippe IV, le splendide Velazquez, a peint royalement des buveurs et des bohémiens, de grandeur naturelle ! et après lui, le peintre des extases et des apparitions vaporeuses^ le suave Murillo, a donné aussi la vie à des mendiants etilluminé de sa chaude couleur de simples mortels riant à la coupe ou mordant à la grappe.

Chez les Français, un moment, les frères Lenain,

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