‹ Salons, 1844, 1845, 1846, 1847, 1848;Chapitre 14 sur 36 · NOUVELLES TENUANCES DE L ART. XXXI · texte numérisé non relu

NOUVELLES TENUANCES DE L ART. XXXI

saisit, à la vérité, les artistes du Nord, et il arriva, ce qui était infaillible, que leur école , dénaturée par l'imitation, disparut obscurément. Tous ces transfuges insensés, qui coururent alors au delà des Alpes pour apprendre à pasticher un art hétérogène, ne comptent point dans l'art de leur patrie.

C'est au dix-septième siècle que resplendit de nouveau la peinture néerlandaise ; et , pour la partie flamande, ce n'est pas tant Rubens et van Dyck qui la caractérisent, que Jordaens et Snyders, Brvegel,Teniers, Craesbeck et autres. Entre nous, Rubens et van Dyck sont autant de Venise que d'Anvers, et, par leur biographie comme par l'analyse de leur talent, on pourrait prouver sans aucun paradoxe, sous réserve assurément do leur génie natif, que leur inspiration, leur style, leurs qualités, leurs pratiques et leurs sujets, appartiennent aux écoles vénitienne, génoise, parmesane , à Técole espagnole de Velazqiiez , et spécialement pour Rubens à l'école florentine, oui, à l'école de Michel-Ange; il en est.

Les autres artistes des Flandres, cependant, faisaient tout tranquillement leurs bonshommes peu héroïques, leurs magots^ comme disait Louis XIV, et traduisaient sans vergogne la vie de leurs contemporains.

Mais c'est surtout au nord des Pays-Bas, dans la Hollande d'aujourd'hui, que s'accusa le caractère profondément humain de l'école néerlandaise. Les luttes de la Réforme et du patriotisme à la fois y furent pour beaucoup sans doute.

Rembrandt... C'estcelui-là qui n'est point mystagogue, et qui est pourtant le plus magicien des peintres ; c'est celui-là qui aime «le genre humain,» et fort pou le

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genre héroïque; c'est celui-là qui s'attache à la nature, à la réalité, et qui est pourtant le plus bizarre, le plus chimérique , le plus original de tous les inventeurs d'images.

Et pourquoi donc Rembrandt est-il un si grand peintre et un si grand poète ? pourquoi donc, en ces derniers temps, a-t-il monté, monté, dans Testime des artistes, jusqu'à être sur la même ligne que les princes de Tart, ainsi que leurs sujets révérencieux les appellent? Pourquoi ce paysan du Rhin, van Rijn, qui s'est formé dans son moulin, se trouve-t-il désormais à la hauteur des «nobles» et «divins» peintres qui ornèrent les cours des papes et des souverains?

Et quels sont donc les tableaux sublimes qu'il a légués à la postérité ? A quel héros a-t-il attaché son nom pour le rendre immortel ? Quels sont ses Achille et ses Enée, ses Léon X et ses Charles-Quint, ses François P"" ou ses Louis XIV ?

Il a fait une bande d'arquebusiers, qui sortent pêlemêle de leur doele, capitaine et lieutenant en tête, un gamin qui court devant, coiffé à la grotesque d'un vieux morion, une petite fille lumineuse qui porte un coq, un gros tambour contre qui un chien aboie , des groupes confus qui s'agitent dans l'ombre ou qui scintillent sous un rayon. C'est tout , et cela s'appelle la Monde de nuit, de Nachtwacht, te Nightguard, the Night^ watch, ou autrement, si vous l'aimez mieux. Le nom ne fait rien à l'affaire.

Il a peint aussi un chirurgien, l'honnête professeur Nicolas Tulp, qui dissèque un cadavre et démontre Tanatomie à de jeunes curieux de la science. Cela s'appellQ

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