‹ Salons, 1844, 1845, 1846, 1847, 1848;Chapitre 16 sur 36 · XXXIV NOUVELLES TENDANCES DE L ART · texte numérisé non relu

XXXIV NOUVELLES TENDANCES DE L ART

Et autour de Rembrandt, toute l'école de son pays a la môme tendance : Frans Hais et van der Helst, Ferdinand Bol et Govert Flinck, Adriaan Brouwer et les van Ostade, Aalbert Cuijp et Paulus Pottec, Terburg et Metsu, Jan Steen, Pieter de Hoocli et van der Meer de Delft, les Wouwermans et les van de Velde^ Ruisdael et Hobbema, et une douzaine d'autres historiens de génie, qui ont représenté la vie de leurs compatriotes, à l'intérieur des maisons et sur les places publiques, sur les canaux et les grands chemins^ par terre ou par mer, sous les arbres ou au bord des ruisseaux ; cavaliers^ chasseurs, marins et pêcheurs, bourgeois et marchands , pâtres et bûcherons, laboureurs et ouvriers, musiciens et ribauds, femmes et filles, avec leurs enfants, celles qui en ont ; dans le recueillement de la famille, dans la joie des kermesses, dans le débraillé de la guinguette, dans les travaux rustiques , aussi dans les graves assemblées et les conciles;' — dans Joutes les occupations et les distractions de la vie. Où trouver, chez n'importe quel peuple, une histoire plus consciencieuse, plus naïve et plus spirituelle , plus vivante , que celte histoire peinte des mœurs et des actions ? C'est la peinture qui a écrit l'histoire des Pays-Bas ; et même une certaine hisloire de l'humanité.

Tout cela cependant a été considéré jusqu'ici comme « petite » peinture, — peinture « de genre, » — et les (( petits » maîtres, — Rembrandt lui-même ! — comme des naturalistes grossiers, à la queue du grand art européen.

NOUVELLES TENDANCES DE l'aRT. XXXY

Non, l'homme pour l'homme n'a presque jamais élé traité dans sa proportion et selon son mérite, excepté par ce fils de meunier hollandais, par les quelques réaiîstes que nous avons rappelés précédemment et par quelques excentriques de notre époque.

Ce fut la valeur de Géricault et de Léopold Robert d'avoir touché à la vie contemporaine, celui-là en peignant sa Méduse et ses Cavaliers, celui-ci ses Moissonneurs et ses Pécheurs. D'autres encore, même parmi les vivants, sont entrés, avec plus ou moins de hardiesse, dans ce chemin désert, mais lumineux, — qui ne conduit point au Parnasse.

Il ne faut pas croire cependant que l'insurrection du Romanlipme.ait absolument chassé de l'art du dix-neuvième siècle les faux dieux, balayé l'Olympe et l'Empyrée, congédié les vieux héros, et rendu à l'homme ce qui est à l'homme.

L'art ne se métamorphose que par les convictions fortes, assez fortes pour métamorphoser en même temps les sociétés.

Quand les premiers chrétiens sculptaient leur foi sur la pierre, sur le marbre ou le métal, ils étaient prêts à mourir pour elle. C'était Tidée elle-même qui les passionnait et qu'ils tenaient à imprimer sur leurs images. Aussi ce Christianisme primitif eut-il un art tout à fait nouveau, qui se différencia essentiellement de l'art antérieur.

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