A FIRMIN BARRI ON
nous, n'a même envie de regarder le Musée de l'univers. Autrefois^ en Grèce^ les derniers du peuple assistaient aux fêtes publiques où la beauté était mise au concours, où les courtisanes parfaites, les modèles des Vénus, paraissaient à côté des lutteurs et même des philosophes. Tout le monde avait alors le sentiment de la beauté et Famour de la nature; aussi tout le monde comprenait les arts; une belle statue passionnait tous les citoyens de la république. A la Renaissance, au seizième siècle, quand l'Italie était une cour perpétuellement en fête, quand les Médicis jetaient le luxe à profusion, quand Venise vivait en reine, — quand François I" en France, Henri VIII en Angleterre, Charles-Quint dans le monde, bouleversaient le moyen âge^ — quand Tesprit moderne agitait l'Europe et réhabilitait les passions morales, la nature et la beauté, — le peuple s'éprit encore d'une sympathie universelle pour les arts.
C'est Tamour de la nature qui décide toujours du progrès des arts et de leur succès social.
Et voilà pourquoi les quelques artistes contemporains qui interprètent les effets et la physionomie de la nature et qui aiment la beauté vivante, sont peu populaires, faute d'une initiation générale, et d'un sentiaient d'admiration commun et sympatique pour l'universalité des choses. Voilà pourquoi le public, aveugle devant les tableaux colorés par la lumière , adopte souvent les tableaux des peintres aveugles, de préférence aux images poétiques. L'argent éblouit plus que le soleil.
Toi, mon cher médecin de campagne, tu as le privilège de voir sans cesse la nature et de l'adorer naïvement. Quand tu galopes dans les chemins verts, le long
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des halliers impénétrables, sous un vent frais qui promène les parfums de la terre et de l'air, jouis pleinement de ta condition bienheureuse, et n'envie point nos luttes dans l'arène , au milieu d'une foule insensée. Mais, quand tu fumeras, le soir, au coin de ton feu, donne un souvenir aux gladiateurs de Paris.