‹ Salons (1857-1870) (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · GI · texte numérisé non relu

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ol (]ui, par l’air, la lumière, les types, les pliysionomies, dénote chez rauteiir de si belles qualités d’artiste?

Puisque nous parlons récompenses, mon devoir est de descendre à la sculpture pour suivre jusqu’au bout cette série.

Apres la médaille d’honneur, dont j’ai amplement parlé plus haut, le jury a distribué trois médailles de première classe. Les œuvres qui les ont obtenues ne présentent pas, tant s’en faut, la môme somme de talent. Mais, en sculpture, on a l’habitude d’encourager même de simples promesses, et il faut louer, cette bienveillance dans un métier aussi long et aussi difficile. h’Eros de M. Coutan, estime charmante figure, svelte, élégante, purement dessinée; elle a encore le mérite d’une exécution souple et vraie. Ainsi posée sur une seule jambe, j’imagine <iu’elle est destinée à être coulée : elle fera très bien en bronze. Le Persée et la Gorgone, de M. Marqueste, n’a ni cette simplicité ni cette justesse. G est un groujie de deux figures que l’auteur a oublié de grouper. La composition est si bizarre que l’on ne sait où se mettre pour la regarder, et de quelque côté que l'on se place, on aper- <;oît des formes dégingandées et des trous énormes. 11 y a pourtant de belles parties dans la figure du Persée. Le Charmeur, de M. de La Vinglrie, a beau danser^en souillant dans une double flûte, c’est un exercice qu’il n’exécutera pas longtemps, car le souffle va lui manquer tout à l’heure, tant il est engoncé et lourd. Il y aura beaucoup à reprendre à cette statue avant de la confier au marbre, il faudra d’abord y mettre l’unité d’exécution ; la tête est d’un enfant et les bras sont d’un homme.

Les médailles de 2= classe sont au nombre de cinq. VEnfayit couché de M. lloursolle et l’Adolescence de M. Albert Lefeuvre sont deux figures d un charmant dessin. La Médée, de M. Cordonnier, n’est pas assez soignée d’exécution. Il y a des parties d’une négligence imjiardonnable. Cette jambe, qui sort de dessous les draperies, est-ce une jambe de femme? Ces articulations, ces poignets, cette main, sont-ce là des détails travaillés?

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Ebt ce ainsi que modèle la nature? Le Christ au tombeau de M. Marquet de Vasselot rappelle la pose du Godefroy Cavaigjiac de Rude. Je n’ai pas la place nécessaire pour montrer à 1 auteur de cette composition combien la personnalité du Christ et les circonstances qui ont accompagiié sa mise au tombeau répugnent à cette pose de combattant foudroyé. Je me bornerai à lui faire remarquer qu il n’a pas apporté assez de sévérité attentive danse choix de son type. Les mains notamment sont bien ^u gaires; on dirait un Christ de Bonnat fondu en bronze.

Juant à 1’Ore.ste de M. Hugoulin, c’est un de ces exercices de rhétorique scolaire, comme j’en ai tant vu dans ou es es pièces hautes et basses de ce Salon; mes yeux pourront s y habituer, mon esprit jamais.

Le jury a distribué huit médailles de 3® classe ; au Masque, de M. Christophe; à l’Adonis, de M. Paris; au la Qainhme, de M. Cougny; à VOssian, de M. Allouard; au J/ercu?’e, de M. Tournoux; au Saint Jérôme, de

1 Charmeur, de M.Ferru; au Conteur arabe,

de M. Ponsm.

Parmi et au-dessus de ces œuvres s’élève, pour l’importance de l’idée et la science de l’exécution, le Masque, de M. Ernest Christophe. Ce que l’auteur a voulu exprimer a 1 aide d’une seule figure, c’est le contraste qui existe dans la vie humaine entre le rôle et le personnage réel, tandis que les convenances ou les obligations sociales vous obligent à présenter à vos semblables un masque souriant, votre cœur est déchiré et vous souffrez, toutes les angoisses de l’agonie. Le thème n’est pas nouveauœt plus d’une fois, sous ce titre ou sous un autre, le ciseau du sculpteur s’est donné à tâche de le traiter, fl nous semble que, par la nouveauté de la conception, la simplicité des moyens, la vigueur de l’expression, -M. Christophe a marqué ce sujet de sa griffe, et que désormais il lui appartient : on dira l’auteur du Masque. Regardez cette œuvre peu commune. Comme toutes lespensées profondes e.xprimées avec force, plus on l’examine, plus elle attire. Du côté de l’apparence, la femme-

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sourit, doucement ironique. Inclinez-vous et voyez la réalité : un serpent enroulé autour du bras, symbole de l’envie qui la mord ou de l’insatiable désir qui la ronge, la pauvre créature renverse la tête, ferme les ycu.v et se tord dans les convulsions d’une inexprimable douleur. L’exécution est à la hauteur de l’idée. Par ses proportions mêmes, la statue a pris la plus grande allure. Il faut admirer sa construction puissante et d’un seul jet, et le modelé surtout de ses parties nues, la jambe, les hanches, le dos. Par cette œuvre noble et fière, marque d’une méditation supérieure, M. Christophe reprend parmi nous une place qu’il a laissée vide pendant vingt ans. C’est avec une joie profonde que, nous rappelant les anciens jours et tous les espoirs concentrés sur sa tête, nous assistons à sa rentrée. A lui maintenant de faire sa tâche comme il l’avait autrefois conçue : l’Empire n’est plus là })Our l’empêcher de parler.

L’Adonis oxpirant^ de M. Paris, est une gracieuse figure, d’une ligne souple et charmante. Quant au Jean de la Quintinie, de M. Cougny, destiné à l’école d’horticulture,il serait à souhaiter que toutes les statues officielles fussent traitées avec ce tact, ce goût et ce sentiment de la vérité.

Paysages et paysagistes ; — MM. Jundt, Vayson, Julien Dupré, Pierre Billet, Butin, Karl Daubigny, Feyen- Perrin, Bonvin, Defaux, Daliphard, Pata, Ségé, Jules Iléreau, Lavieille, Gustave Colin, Camille Bernier, Denduyts, Gall, d’ Alheim.

La distribution des médailles amène toujours un regain de curiosité. On a cloué les mentions réglementaires au cadre des œuvres récompensées; on a fait droit à ijuelques réclamations en abaissant ou en élevant certains

tableaux. (]ela suffit pour donner au Salon une apparence (le rajeunissement et pour faire remonter le chilTre des visiteurs.

Cette année, un attrait sur lequel on n’osait plus compter vient joindre son stimulant à celui des œuvres d’art. L’exposition florale a repris possession dos parterres que^ l’an passe, par rancune ou bouderie, elle avait laissés vides. L’infidèle nous revient plus brillante et plus parée que jamais. Elle a dressé derrière le marbre blanc des statues ses massifs de verdure; elle déroule autour des gazons verts ses plates-bandes multicolores. Les roses, azalées, les rhododendrons, les verveines, les pensées, rivalisent de richesse et d’éclat. C’est un coup d’œil superbe.

Nous en étions aux paysages et aux paysagistes, quand la formalité des récompenses est venue nous interrompre. Reprenons cette série et reprenons le cours de nos promenades paisibles.

Vous devez aimer les poétiques imaginations de M. Jundt? C’est un artiste original, quoique peu varié. Il donne à peu près la même note chaque année; mais combien cette note est délicate et sympathique! Je ne sais rien de gracieux comme cette petite Flcur-dc- Mai assise dans la prairie verdoyante et composant son bouquet champêtre, tandis que toute la nature s’épanouit et chante à l’entour d’elle.

C’est une idylle rustique aussi et ingénue qu’a tracée le j)inccau de M.Paul Vayson,sous le titre de la Bercjhre endormie. La pauvre enfant, vaincue par la chaleur, s est étendue à l’ombre, sous la garde de son chien fidèle. Comme elle rêvait, le sommeil l’a prise; et la voilà couchée sur l’herbe courte, le sein soulevé par sa respiration égale. Elle dort. Son chien assis épie l’instant de son réveil, en écoutant son souffle et en suivant les mouvements de sa jeune poitrine. Par delà la plaine se déroule et les moulons paissent sur les espaces ensoleillés. Rien ne saurait donner une idée du charme de celte composition. Le chien à lui seul est un morceau de maître. Il

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osl (l'iin iiaLurel, d'une inlcnsilÉ de vie. qui réjouissent. Le visage de la jeune tille, ses bras, ses mains, sont modelés avec une rare précision. Tout en elle est virginal et l’ensemble du tableau est d’une rare séduction ■

En plein soleil, apporlant etdressant les gerl)es deblé, M..lulien Dupré a placé ses Mois.so/niea/‘S. J’ai 1 honneur de vous présenter ce jeune artiste. Il fait des paysans qui ne sont, ni ceux dcMillet, ni ceux de Breton, mais ceux de la vraie Picardie. 11 leur donne des attitudes et des mouvements justes. Il tes place à leur plan et les modèle avec le ton qui convient à la distance. Tout cela est intéressant ; et si j’ajoute que le tableau, bien composé, bien dessiné, est en même temi)S bien l)eiut, j’indi([ue par là qu’un jury sachant voir n’aurait pas manqué d’encourager l’auteur en lui donnant une médaille.

Après ceux qui animent de ligures les chauqis ou les prés, nous avons ceux ([ui peignent la vie bumaine au liord de la mer.

Une tiource à Yport, de M. Pierre Billet, représente un groupe de laveuses battant du linge, agenouillées dans des positions diverses. L’auteur est un élève de Jules Breton, et plus d’une fois il a atteint sinon dépassé son maître. 11 n’est jioint comme celui ciaflligé de la maladie d’idéàliscr. 11 prend la nature telle quelle est et trouve sa poésie dans la réalité même. Ce groupe de femmes bien établi dans 1 air audiiaut et se détachant eu relief sur la mer illimitée, est vraiment beau. Ferai-je un reproche de dessin à M. Pierre Billet, qui dessine si bien ? Tous ces avant-bras sont trop gros. Pourquoi donc ?

M. Butin, qui a eu un si franc succès au dernier Salon, avec l’.4 f/en/e, montre un talent plus muret plus maître de lui dans les Femmes au cabestan. C’est, comme dans le précédent tableau, un groupe au bord de la mer. Seulement ici le travail est plus rude et les poses plus expressives. Ce qui caractérise M. Butin, c’est, avec

de belles parties de dessin, un sens profond de l’harnionie.

Quand M. Karl Daubigny ne suit pas les traces de son père dans l’étude du sol ou de la vei’dure, il fait volontiers des scènes de pêcbe à rembouchure d’une rivière ou sur quelque point de la côte. Telle est sa Fâclie à Cancale de cette année, une des meilleures qu’il ait encore peintes. Dans cet ordre de sujets M. Karl Daubigny ne rappelle plus personne, il est maître et maître original.

Les CcinCcLlâises de M. Feyen-Perrin sont d’une belle allure ; mais c’est tout ce que j’en ai pu voir, l’administration ayant jugé à propos de [ilacer cette toile hors de la portée du regard.

Ce n’est pas la première fois qu’il arrive à M. Bonvin de se délasser de ses intérieurs en faisant du paysage. Cet e.vcellent peintre a envoyé au salon deux petites toiles dont les motifs ont été puisés en Angleterre aux environs de Londres ; (iravesende, le Batea-u abandonné. Triste nature que son pinceau sévère a rendue avec une réalité saisissante ! La voilà bien cotte Tamise malade et jaune, roulant ses tlots boueux entre des prairies plates, sous une atmosphère do suie et de fumée ! L’industrielle et goudronneuse Albion se réfléchit toute entière dans ce simple fragment de miroir.

M. Alexandre Defaux est moins heureux que l’an dernier. Son Plateau de Belle-Croix a de la force et de l’éclat, mais ses Bords du Loing no rendent que bien imparfaitement l’elTet cherché : la neige répandue sur le sol et sur les branches des arbres ressemble à du sucre en poudre.

Comme M. Defaux, M. Daliphard semble se ralentir et hésiter dans la voie du progrès. Son Entrée de village au créj)uscule ne manque pourtant pas d’originalité, avec ses fenêtres éclairées qui piquent çà et là l’ombre de la nuit tombante. On voit ce que l’auteur a voulu peindre : les dernières lueurs du jour luttant avec les premières ténèbres de la nuit, pendant que l’homme allume dans

l’inléricur des maisons ses lampions nocturnes qui sont aussi de la lumière. Peut-être n’a-t-il pas rendu sa pensée avec assez d’énergie. Dans tous les cas la neige était su])ernue dans un pareil sujet.

C’est aussi un effet de neige qu’a brossé le pinceau énergique et soigneux de M. Data. Pourquoi avoir juché cette Vue de laville de Sion au-dessus du pape Pie IX? S’il s’agissait de Jérusalem, que les cantiques appellent Sion également, on com])rendrait cette place insolite ; mais il s’agit de Sion en Suisse, et il n’y a là-dedans rien (le religieux.

M. Alexandre Segé, comme il l’avait lait au dernier Salon, n’a envoyé qu’un tableau. Les Ajoncs valent les Chaumes et sont conçus dans la même donnée ; mais ils n’ont pas pour eux le bénéfice de la surprise et naturellement leur succès est moindre.

M. Jules lléreau est un de ceux que le jury a l’habitude de molester. Quand on ne le refuse pas, on le place mal. Cette année, on l’a mis sur un pan coupé près d’une ].)orte, si bien que c’est un hasard si les yeux viennent à se porter sur sa toile. Cette petite toile est charmante d’ailleurs. Des juments errent à l’état libre dans un marais. Le vent qui souille tourmente leur crinière, et dans le ciel qui noircit, elles sentent venir un prochain orage.

Qu’il peigne [’ Aurore ou le Crépuscule, les faucheurs répandus dans la blonde lumière du matin ou les vaches allant boire aux premières ombres du soir, M. Eugène Lavieille est maître de son art et produit avec certitude l’effet qu’il a voulu rendre.

M. Gustave Colin, qui a longtemps habité les Pyrénées, est passé maître dans l’art de rendre les effets de soleil : son Malin d’un jour d'été est une des notes les plus fortes et les plus vibrantes du Salon.

M. Camille Dernier continue paisiblement son exploitation do la Bretagne : sa Ferme en Bannalec se recommande par ses qualités habituelles de conscience et d’exécution.

Je ne sais si M. Gustave Denduyts est un nouveau-

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venu parmi nous. !Mais, ancien ou nouveau, il marque son passage par une noie qui ne sera pas oubliée : qucl- ([ues silhouettes d’arbres dépouillés sur un fond brumeux. Rien de plus. C’est un crépuscule en Flandre, et certainement un des plus originaux du Salon.

M. Joseph Gall est un vieux lutteur que les jurys n’ont pas gâté, ce qui ne l’empêche pas de prendre son soi t en philosophe et d’envoyer tous les ans de fort beaux tableaux. Son paysage de cette année est plein de vigueur et d’énergie. 11 représente un pâiura(jc^ des troupeaux de bœufs errant au pied de grands arbres sur un terrain mouvementé.

i\I. Jean d’Alheim est un Russe de Paris qui a porté ses pénates au golfe Juan. De Toulon à Nice, la côte lui appartient. Il en recherche les àpretés et n’en méconnaît pas les douceurs. 11 l’étudie en croyant, convaincu des beautés du cactus, et que le pin-parasol a raison contre le boulean, et que le Paillon coule plus abondamment que la Marne. Le tableau des Récifs de Sainl- Honorat est lourd et opaque. La Maison de pêcheurs est plus gaie. Les terrains sont fermes et bien établis. Du haut de la côte on suit le déploiement de la mer dont la surface s’éclaire au large. L’eflet est joli, mais peul- ■être cette lumière est-elle plus laiteuse qu éclatante. Il faudrait que M. d’Alheim prit garde de ne pas tremper son pinceau dans la crème.

Pavsages ; MM. Hauoteau, Delpy, Dieteiie, BeiTlielon, Larluv, Flahaut, Ilarpignies, Oudinot, Lhermitte, Castan, Guilleinel. Lecomte, Lapostolet, Maincent. — Marines; MM. (.!a'.^, Emile Vernier, Appian, Olive, T. Jourdan. — Animaux: MM. Van Marché, Barillot, Vuillefroy, Brigot, Joseph Melin, Mlle Lalande. — Natures mortes. — Histoire et Genre -.Aimé

Perret, Destrem, Duez, Torrentz, François Flanieng, Ilaquette, GUI, Gonzague-Privat, Motte, Jean Claude, Mlle Eva Gonzalès. — Dessins, aquarelles, gravures : MM. G. Moreau, Pollet, Harpignies, Galbrund, Escot, Pipard, Boetzel, Léopold Flameng, Lançon, etc. — Sculpture : MM. Delaplanche, Falguière, Crauck, Mme Bortaux. M.M. Chatrousse, Leroux, Baujaull, Mercié, Mlle Sarah Bernhardt, Hiolle.

Il faut en finir avec les paysages. Ils sont trop nombreux, ils nous débordent. Plus on en a vu, plus il en faudrait voir. On dirait qu’ils sentent que je suis là poulies regarder, et je les entends qui m’ap[»ellent d’un bout de la salle à l’autre. Non, passons. Faisons comme le chirurgien bourru avec ces blessés du champ de bataille qui ne voulaient pas être morts? Si on écoutait tous les paysages, il n’y en aurait pas un de mauvais. Passons, jiassons.

On ne peut pourtant pas s’en aller sans jeter un coup d’œil sur ce cadre charmant de M. llanoteau où le soleil glisse à travers les branches et où l’eau rit dans les planchettes d’un barrage avant de s’étendre en nappe claire; — ces Vendanges nivernaises, de M. Dclpy, qui malheureusement rappellent trop la manière du maître Daubigny; — ce Chemin de la Haute-Folie, de M. Diétcrlc, dont l’impression est si juste; — cette Vue jjrise à Pont-de-l’ Arche, de M. Eugène Berthclon, qui montre un des cffcls de printemps les plus fins et les plus lumineux qui se puissent voir; — ces Bords de la Marne, de M. Cartier, qu’on a placés trop haut, mais dont le mérite est encore saisissabic et qui révèlent chez leur auteur le sentiment de la couleur uni à l’entente du tableau; — ces Falaises de Bernerai, de M. Léon Flahaut, qui sont si largement traitées ; — cette Prairie, de M. Harpignies, dont l’allure est si fière, mais dont les teintes ne sont pcut-ctrc pas assez fondues; — ces Bords de Lepte enfin, de M. Achille Oudinot, élève de Corot, que la religion de son maître n’empêche pas d’avoir sa note personnelle.

Et combien d’autres, notés aux heures matinales, qui

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intéressent les uns parle ciel, les anlrcs par le terrain, ceux-ci par la qualité des verts, ceux-là par la transparence des eaux : le Lauar/e des moutons, de M. Lherraitte, avec ses fonds superbes; le Souvenir d'Anvers, de M. Castan, avec son dessous de bois si lumineux; la Seine à Sumois, de M. Guillemer, elc. etc.

J’allais oublier les amoureux de Paris, ceux qui ont voué un culte à la grande ville, qui adorent son climat tempéré, que la vue de son ciel remplit de joie, que le spectacle de ses rues et de ses boulevards éme^^eillc, que ces pavsages de pierre, entremêlés de plantations verdoyantek pénètrent d’admiration, qui ne trouvent rien de plus beau dans le monde que la Cité vue du Pont- Royal ou Notre Dame regardé du quai des Tournclles, qui s’enthousiasment pour les belles architectures de nuages que le soleil couchant construit derrière l’arc de l’Etoile. Cette passion de Paris est un goût qui jircnd, il faut l’encourager. Il y a trente ans, on allait chercher des effets pittoresques à Venise, à Constantinople, au Caire. Aujourd’hui le cours des idées a changé.

< )n s’aperçoit que le charme n’est pas dans 1 inconnu, dans l’étrange, mais au contraire dans les choses familières et accoutumées; que tout le secret consiste dans la manière de les peindre. Et on prend Paris pour champ d’observation, et il se trouve que Paris est aussi pittoresque, aussi varié d’aspects, aussi riche en tableaux, (pie les sites les plus réputés du monde.

Vous avez déjà vu, d’après mes indications, la Place des Pyramides, de M. de Nittis; les 7’ernes, de M. Loir; le Quai d'Ivry, de M. Stanislas Lépine. Ajoutons le Pont de la Tournelle, do M. Lecomte, où cependant le chevet de Notre-Dame, détaché sur le ciel, n’a pas toute l’importance qui conviendrait ; un Coin de la rue des Martyrs, de M. Delpy, curieux assemblage de vie parisienne et de vie rustique, accordée au ton de la neige ; le Port-Saint-Nicolas, de M. Lapostolet, dont la main semble toujours un peu lourde; et enfin, une Paie a Montmartre, petite toile brossée par M. Maincent, un

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arliste qui a l’œil exact, la main précise, et qui connaît la valeur des tons. Que n’a-t-il laissé sa rue déserte ! S’il y a une tache là-dedans, c’est le personnage, qui n’est malheureusement pas à l’échelle de l’ensemble.

ha marine, c’est encore du paysage. Nous trouvons les deux genres mêlés dans M. Clays, (|ui nous a donné une Vue de Bruges. 11 y a là non seulement des navires et <les eaux, mais un pont, des maisons, des arbres. M. Clays y amis ses qualités ordinaires de chaleur et de lumière; la végétation est la partie la plus défectueuse de son tableau, excellent d’ailleurs. M. Emile Vernier prend des qualités que nous ne lui connaissions pas; il est dramatique dans sa Tour des Pleureuses, à Amsterdam, et il garde sa clarté limpide dans ce paysage de àVissant (Pas-de-Calais), oii il nous montre des paysans allant chercher de l’eau de mer à la plage. M. Appian a une Inondation à Venise fort belle, surtout dans sa partie architecturale; pourquoi faut-il que son tableau à Venise semble fait de mémoire, loin du modèle? M. Olive eût obtenu une médaille pour ses Côtes de l’Océan, si le premier devoir du jury n’était pas de donner les médailles aux élèves de M. Cabanel. M. T. Jourdan nous montre une Vue des côtes de Provence, avec des rochers vigoureusement modelés. Mais pourquoi dans ce joli site, tous ces vilains oiseaux noirs? C’est un spectacle que nous n’aimons guère, et il nous semble qu’ils font tache dans la peinture comme dans la vie réelle.

Les animau.x dépendent également du paysage. Les Bœufs, de M. Van Marche, sont le tableau hors ligne dans ce genre. C’est encore du Troyon, si vous voulez, mais avec des qualités de modelé et un charme d’exécution tout à fait supérieur. Tandis que M. Barillot semble mollir un peu, M. Vuillefroy reste original et puissant dans sa Traite des Vaches et sa Place du Marché ; il est difficile de pousser plus loin la recherche du plein air. Le Sanglier attaqué par des chiens, de M. Brigot, est d’un coloriste amoureux de son art et qui connaît sa bête à

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fond. Les Chiens bassets, de Mlle Lalande, sont exacts et pleins de vie. Quant à M. Joseph Melin, si sa vigueur semble lui échapper, il conserve de beaux restes de force, et l’on peut dire que la race canine lui obéit encore.

Oui n’aimerait les fleurs et les fruits, surtout avec l’accent de nature et la tournure agreste que nos peintres sont parvenus à leur donner? Aujourd’hui [jlus d’airangcment convenu, plus de symétrie forcée. Rien qui sente la contrainte. On fait pousser les primevères dans des {)Ots, on entasse les pensées dans des bourriches, on jette les coquelicots à brassées sur la marge d’un champ. Ainsi font M?il. Quost, Jeannin, Vayson, Claude, Deully, Bail, Jubreaux, Pierrat. M. Philippe Ptousseau, le maître de cette série, se présente sous le double aspect du jardinier et du pêcheur; il met des par>ots dans un vase rl’étain et étale des huitres sur une table de cuisine. Avec lui, nous pénétrons dans le monde mystérieux de la mer. Aimez-vous la raie? Voici celle de M. Villain ; préférez-vous le homard ? voici celui de Mme Aoblc-Pijeaud. Je vous prie, goûtez ces fruits de M. Bergcret, et tout à l’heure M. Berne-Bcllecour ouvrira sous nos yeux CO cabaret plein do promesses, où la liqueur rit dans le cristal ciselé.

Qui nous retient encore dans les salles de peinture? Le besoin de réparer quelques oublis; mais non tous, je n’en aurais ni le temps ni la place. D’abord, il y en a qui sont volontaires et que je maintiens : je n’ai rien à dire de ces innombrables petits conteurs d’anecdotes. Français, Italiens et blspagnols, qui, mélangeant Fortuny avec Céromc cl additionnant le tout d’un peu de IMeissonier, ])rétcndent nous intéresser par leur papillottage de couleurs. Ils ont leur marchand qui les achète, leur public qui les admire ; que demanderaient-ils de plus? Parmi les autres toiles omises, il eu est certaines qui mériteraient un examen détaillé. Mais l’heure se hâte, et je dois me borner à quelques indications sommaires. Les Noces hourcjuignonnes, de M. Aimé Perret, séduisent par la franchise de la lumière, par la simplicité claire du iiay-

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sage ; mais pourquoi celte recherche d’archaïsme? pourquoi celte érudition de dictionnaire, la pire de toutes les éruditions ? C’est par la lumière aussi que vaut la grande toile de M. Destrem, le Repos. Que ne l’a-t-il mieux composée! Que n’a-t-il détaché ses travailleurs avec plus de relief ! Il y en a un surtout, qui est si aplati sur le sol, si fondu dans les herbes, qu’on le croirait mort depuis quinze jours. Tout est à louer dans les Pivoines, de M. Üuez, et les fleurs épanouies et la Parisienne qui les coupe. La Vierge nu lis, de M. Torrentz, n’est qu’un ressouvenir au point de vue de l’arrangement du tableau ; mais ce qui apportient bien en propre à l’auteur, c’est la coloration souple et riche des étoffes. 11 y a là un artiste, s’il sait puiser scs sujets dans la vie contemporaine. M. François Flameng n’est pas archaïque, mais il s’attaque auxpersonnages anciens : J3a7berousse visitant le tombeau de Charlemagne. Il faut louer chez ce jeune homme l’entente du tableau et le sentiment de la couleur. Qu’il se garde seulement de donner trop d’importance au décor, à la pompe. Les costumes, les meubles, les détails d’architecture, tout cela forme cadre : le tableau gît dans l’expression des passions humaines. En ternies plus clairs, il ne faut pas que le vêtement tue le visage. Les Musiciens ambulants. de M. llaquette, ont de la vigueur, mais je ne sais quoi d’entrevu à travers d’anciennes toiles ; la nature est moins brutale et fait plus clair. Le Crispin, de M.Gill, nous transporte dans le domaine de la fantaisie ; l’idée est énigmatique, mais le morceau est solidement peint. Il y a de la distinction dans la Baigneuse endormie, de M. Gonzague-Privat, C’est une des meilleures ligures nues du Salon. Le dessin est fin et 1e modelé délicat; peut-être ce tableau gagnerait-il à ce que la couleur eût un peu plus d’accent.

M. Motte, élève de Gérôme, s’est taillé un domaine dans l’archéologie. Naguère il nous plaçait brusquement sous les yeux le Cheval de Troie, que nous n’avions entrevu qu’à travers Virgile ; aujourd’hui il nous montre

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Baal dévorant des irrisonniers. Est-ce de l’hypolhese . est-ce de l’érudition? Sans doute il y a des deux, et j’imagine que la première arrive pour compléter les données insuCtisantes de la seconde. Ce qu’il laut retenir, c est l’extrême ingéniosité de l’artiste, qui, dans ce U-avad (le reconstruction un peu ingrat, trouve moyen d’être intéressant. Le genre nous ramène les deux noms populaues de MM. Vibert et Worms. Le talent abonde aussi chez M Simon Durand. Donnons-nous une mention a la peinture aristocratique de M. Jean Claude? Il y a bien des qualités dans son Retour de Rotten-Row fVmis c estd une e t-

gauceun peu trop raflinée. J’aime bien mieux, dans une autre école et avec un autre sentiment, le Relit lever, do

Mlle Eva Gonzales. La toilette, la glace,lesnacons, tous les détails de cet intérieur féminin sont touchés avec précision et finesse. Les mouvements des ligures sont justes. Tout l’ensemble est d’une harmonie charmante. Jamais lajeune artiste n’avait encore fait mieux.

En prenant la galerie extérieure pour descendre au jardin, je me sens plein de pitié pour les malheureux altistes qui sont exposés ici. îSi leurs aquarelles, ni leur .', dessins, ni leur-s gravures n’ont la faveur d’arrêter les rares passants. Poui-quoi? Pour deux raisons bien facile.'» à saisir. La première, c’est que ces œuvres sont cxilees en dehors du Salon, reléguées dans un lieu inhospitalier. La seconde, c’est qu’elles sont en trop grand nombre (de douze à quinze cents’i. Quelle charmante salle on ferait pourtant si l’on savait se borner ! Imagiimz-vous réunis sur les quatre parois de la même pièce . 1 Apparition elle Saint-SébasHcn, de M. Gustave Moreau; la Sortie de bain, de M. Pollet; V Heure de la bécasse, de M. Ilarpignies; la Musique de chambre, de M. Jean Claude; les portraits au pastel de MM. Galbrund, Escot, Charles Pipard ; ceux au fusain de M. Boetzcl; les gravures de M. Léopold Flameng {la Leçon d’anatomie et les Syndics), celle de M. Edouard Girardet [le Mariaye espagnol}] les eaux-fortes de MM. Potémont, Lalauze, Greux, Monziès; les dessins de M. Lançon {Lions, Tigies

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et Ours), (le M. U. Parent [Aux chamjis), de M. Jean- I‘aul Laui-ens : tant d’autres (]iie je n’ai pas le temps de récapituler. Ce serait un lieu de choix, où les promeneurs viendraient reposer leurs yeux fatigués des cacophonies de la C(juleur. Personne ne manquerait de stationner dans cette tribune où la fraîcheur de l’aqiiarelle alternerait avec la sévérité des (.ouvres de blanc et de noir. Si l’administration voulait rendre service au public et aux véritables artistes, elle tenterait l’an prochain la réalisation de cette idée. Mais l’administration venlelle rendre service à quelqu’un?

.Nous voici dans le jardin, et pour la dernière fois. 11 faut regarder en tonte hâte cette f ierge de M. Delaplanche, dont j’ai dit qu’elle méritait la médaille d’honneur. Elle a ce qui manque à la Churité de M. Paul Dubois, l’unité dans le sentiment et dans l’exécution. Comme les lignes se tiennent et s’enchaînent! Sa pose, son geste, le mouvement de bras par lequel elle relève son manteau, la douceur de son regard, l’ovale gracieux de son visage, la Heur de lis qu’elle tient dans ses chastes doigts, tout concourt à l’expression du même sentiment, tout vent dire virginité. Malheureusement cette vierge, (jui aurait si bien pu être la vierge humaine, antérieure et su{)érieure aux religions historiques, est une vierge chrétienne, une vierge d’église, .le ne le reproche pas an sculpteur, il a fait ce qu’on lui demandait; mais je m’étonne que, travaillant sur commande dans ce

temps de libre pensée, il ait aussi bien ressaisi l’esprit de son sujet. Est-ce que nos artistes se mettraient à recomposer un art religieux, au moment où nous prêchons que l’art religieux est mort et où l’administration de la ville de Paris elle-même promet d’inaugurer l’art laïque dans nos monuments? Ce serait curieux.

De l’aveu de tons, le Lamartine de M. Falgnière est une statue manquée. Peut-elle être corrigée? .Je ne sais. Mais, telle qu’elle est, elle ne peut se présenter sur une place publique. Ce coup de vent qui emporte le poète, cette maçonnerie opaque qui l’habille, ces bottes à sonf-

SALONS

tlct, ce laurier-uaiu : tout cela est ridicule. On peut avoir peur de la banalité, il ne faut pas tomber dans Textravagance. Et puis, pourquoi un Lamartine poëte? De cet liomme qui fut des mieux doués, un des plus complets du siècle, pourquoi ne ]U’endre que le petit côté? Pourquoi ne [)as montrer le Lamartine orateur, le Lamartine politique, celui qui pesa d’un si grand poids dans les destinées de son pays ? M. Falguière me répondra que les Maçonnais l'ont ainsi décidé. Je m’incline.

Au contraire du Lainartine de M. Falguière, le j\/aréchal Niel, de M. Crauck, est une excellente statue de place publique. La pose est simple, naturelle, énergique et répond bien aux qualités distinctives du modèle. La ville de Muret retrouvera dans cette image le travailleur acharné dont elle est fière.

Chaque Salon nous fait revoir en bronze ou en marbre des morceaux que nous avons déjà vus, analysés les années précédentes. Voici la Jeune fille au bain, de Mme Léon Bertaux; nous la connaissons pour avoir admiré ses formes grasses et pleines au Salon de 1873; elle n’a fait que gagner au changement de matière. Ainsi du beau groupe de M. 'jhatronsse, les Crimes de la guerre: la fermeté du marbre ajoute au pathétique de l’expression.

L’ Amazone blessée, de M. Leroux, est une œuvre d’une grande souplesse de modelé; mais elle pêche contre la vérité et la logique en se faisant un point d’ap[)ui du trait qui lui traverse le sein. M. Baiijault est- il malade? 11 fait des enfants anémiques. Si cette fillette est si longue et si étirée au Premier chant d'amour qu’elle entend, que sera-ce au second? M. Mercié n’a plus besoin d’éloge : sa statuette de David est d’un modelé aussi fin et aussi délicat que possible. Le groupe de Mlle Sarab Bernhardt a fait beaucoup parler de lui et d’elle. La vérité est qu’il n’y avait point tant de choses à en dire, et que si l’ensemble est mélodramatique, le torse de l’enfant est charmant et valait bien la mention honorable (ju’il a obtenue.

AN’MÎE 187G

Ce n’est pas seulement de la peinture qu’on prépare pour le Panthéon ; c’est d(^ la sculpture. Et quelle sculpture, dieux: immortels! De gramls saints de marbre ayant douze pieds de haut. A'oici un Saint Jean deMailia, de M. lliolle, qui a cette destination. Je n’ai rien à dire d’une statue isolée ; M. lliolle est un excellent sculpteur, qui connaît très bien son métier. Mais que penser de dix statues, de vingt statues, toutes représentant un saint, toutes coulées dans le même moule traditionnel? On le sent, la continuation d’une telle entreprise n’est pas jjossihle ; il n’est })as possible ([lie, sous la République, on enijiloie les fonds de l’Etat à réaliser les conce[)tious de l’ordre moral. Nous l’avons dit et nous le répétons: « le Panthéon est un monument que la P.évolutiou revendique, qu’elle ne cessera de revendiquer.» Si on ne juge [las opportun de le bu rendre aujourd’hui, ([u’au moins on [irenue des mesures pour empêcher qu’il soit dénaturé. C’est d’ailleurs un service à rendre aux artistes. La décoration de Sainte-Geneviève prélève chaque aimée la meilleure part de leur budget. .V régler aujourd’hui les coni[)tes et atout suspendre, on économiserait quelques centaines de mille francs qui trouveraient un meilleur emploi dans des achats faits au Salon.

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