AN>’ÉE
rcux devenu déjà cei-f en partie. Il faut avouer que s’il ii’.ipparteuait pas à la mythologie, un tel sujet serait bien risible. M. lleruianu-boou l’a traité avec une conviction 4iui ne s’est pas un instant déridée, et il y a déployé des 4pialitésde couleur vraiment intéressantes.
be tableau de M. Ulmann, inlitulc Loreley, est emprunté à une ballade de Henri Heine. L’inconvénient de ces peintures littéraires, c’est d’obliger à ouvrir nu livre pour comprendre le sujet. Nous n’en ouvrirons pas. L’artiste a représenté son héroïne assise, peignant d’une main sa chevelure et de l’antre retenant sa draperie, l.a peinture est d’un modelé délicat et sûr. Toute la partie 4l’en haut est belle d’ailleurs. Pourquoi faut-il que par en bas le peintre ait paru se préoccuper du coloris et des rébus de M. Hustave Moreau? M. Gustave Moreau est un [leinlre intéressant pour tous ceux qui admettent qn’en art la fantaisie libre et sans frein peut primer impunément la réalité olqective; mais ceux qui pensent au contraire que le monde extérieur est tout et que la vie seule a des charmes, attachent peu d’importance aux élucubrations de M. Gustave Moreau. Dans tous les cas, ses procédés sont à lui, et il faut les lui laisser, ainsi que ses énigmes.
Indépendamment de cette femme nue, M. Ulmann expose dans la section des dessins une aquarelle, qui fût devenue, croyons-nous, un beau tableau d’histoire si le ])eintre avait jugé à propos de l’exécuter en grand. Cette aciuarelle a pour titre : le Libérateur du territoire et représente M. ïhiers dans cette fameuse séance du 16 juin 1877, lorsqu’en réponse à un déni de justice de M. de Fourtou, toute l’assemblée se lève pour acclamer l’illustre homme d’Etat, et crie les mains tendues: « Voilà le libérateur du territoire! )) De tels épisodes sont toujours difüciles à rendre, à cause de la multiplicité des personnages et de la multiplicité des groupes. Mais on comprend quel intérêt s’attache aux tableaux qui les reproduisent; ils deviennent plus tard <les témoins pour l’bisloire et déposent auprès de la
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postérité, non seulement de nos querelles, mais de nos costumes, de nos mœurs et de nos lois. *\ous engageons donc vivement M. Clmann à se mettre à l’œuvre et à transporter sur la toile une scène qu’il a ébauchée d’une façon si dramatique.
11 y a une certaine alTélcrie dans le tableau de M. Meynier. Vérins fiislUjcant l’Amour. On y voit une jeune femme essayant de retenir Vénus au moment oii celle-ci va donner le bmet à l’Amour avec un bouquet de roses. J.’idée est jolie, si l’on veut, mais bien frivole. Oe <pii nous désarme, c'est la qualité de l’exécution. Le Icmps. de M. Gourtat, est aussi une agréable peinture, quoique le type de la personne soit un peu vulgaire et ses formes lourdes. Mais ce dont je me i)laindrai davantage, c’est l’obscurité du sujet. Sans le livret, ces sortes d’allégories seraient inintelligibles. Le Printemps no peut être rc]trésenté par une jeune lille que dans une série oii VElé serait rei)réscnté par une jeune femme. VAutomne par une femme mûre, et l’HÎL'er par une femme décrépite. C’est ce que M. Alfred Stevens a fait en llelgique pour le palais du roi Léopold. Ainsi posée dans tout son développement, l’allégorie se lit sans clTort ; tout le monde la comprend; elle est vraiment dans lc(( palais diaphane » que Lemierre avait rêvé pour elle. En dehors de la série, loin des termes avoisinants qui l’expliquent, la jeune Me n’est plus qu’une jeune Hile. On a beau la faire aussi jeune que l’on voudra, jamais on no lui fera exprimer l’idée du Printemps. Laissons donc ces charades de côté et soyons clairs. Quoique Voltaire n’ait pas été peintre, la clarté est une qualité en peinture aussi bien qu’en littérature.
Un esprit clair et droit, qui ne s’embarrasse pas dans les détails et ne subtilise pas avec l’idée, c’est M. llenuer. Quoi qu’il veuillé dire, sa pensée est simple, immédiatement accessible. 11 est peintre dans le sens rigoureux du mot, et, avec des qualités de vérité et de distinction qui se rencontrent rarement, il ne procède jamais qu’avec les moyens de la peinture. On ne peut [>as dire que chez lui
la couleur l’emporte sur le dessin ou le dessin sur la couleur. Us sont mêlés run à l’autre cl ne font qu’un, comme dans la nature même. Supposez un objet plonge dans la nuit, le même rayon de lumière qui vo\is révélera la forme, vous révélera la couleur. La sensation est une, comme le ])liénomêne est un. C’est le cerveau deriiommc ([ui divise, ce n’est pas la nature.
Les envois de M. llenner doivent être com[)tés celle année parmi ses meilleurs.
Le Christ mort est tout à fait admiral)le;G’estun morceau do peinture d’un modelé extraordinaire. Ouantaumouvementdo la Madeleine, à cette sorte de baiser hésitant et convulsif ({u’elle va déposer sur la main de son maîli'e, il y a là un trait d’observation morale (jiii fait le plus grand honneur au maître. On reproche àM. llenner, dans ces sortes do tableaux, de s’en tenir à certaines parties du coaps et de ne pas achever les personnages. Ou’importe? Que pourrait ajouter, je demande, au tableau que nous avons sous les yeux, les ])icds de la Madeleine ou le prolongement des jambes du Christ? Tel qu’il est, le tableau est complet; le surplus serait du remplissage. Quand M. llenner a fait l’essentiel, il s’arrête et noie le reste dans le vague; je ne saurais l’on lilàmer.
Si le Christ est une œuvre forte et puissante , la Mn- (Icleineesl un ouvrage exquis. M. llenner Ta représentée assise, devant une grotte, la tête de prolil, les jambes repliées sous elle ; son beau corjjs nu est modelé dans la lumière avec une linesse incomparal)le ; un coloris délicat et légèrement ambré renvelop])e ;’c’est de la chair, c’est de la vie, c’est à dire ce qu’il y a au monde déplus difficile à rendre. « Ce blanc onctuaux, égal sans être i)àle ni mat ; ce mélange de rouge et do bleu qui transpire imperceptiblement; le sang, la vie, voilà le désespoir du coloriste. Celui qui a acquis le sentiment do la chair a fait un grand pas ; le reste n’est rien en comparaison. Mille peintres sont morts sans’ avoir senti la chair ; mille autres mourront sans l’avoir sentie. » Ainsi parlait Diderot, et U disait vrai ; aussi le plus grand cldgc
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qu’on puisse faire d’un peintre esl-il de dire qu’il a senti la chair et qu’il l’a rendue.
lit
MM. Ihimberl. Foyen-Perrin, ('.lairin, Maignan, Liiminais, Jai-quet, Dupain, Lucien Mélinguo, Détaillé, Benjamin Gonslanl, Molle, Lira, Deslrem, Emile Renard, Ribot, Garnier, Amand Gautier, Raslien-Lepage, Harlamoiî, Leibl, Lecomte-Du Nouy, Mengin, Pacz.ka, Jules Roussel, Bonnat, Glaize, Roll, Fantin- Latour, Valadon, Becker, Ghaplin, Gill, Ravaisson, Barrias.
Parmi les peintres d’histoire, il en est qui empruntent leurs sujets à la mythologie, d’autres à l’histoire sacrée ou profane, d’autres à l’imagination, d’autres à la réalité vivante. Nous pouvons avoir, nous avons certainement nos préférences, mais dans ce compte rendu rapide, obligé pour aller vite de sacrifier les idées généi’ales, nous accorderons à tous la liberté que nous réclamons pour nous-mêmes. Il suffira qu’un tableau présente des qualités pour qu’il ait droit à nos éloges.
L’Enlèvement de iJéjanire, de M. Humbert, est d’un coloriste harmonieux et délicat. La Mort d'Orphée, de M. Feyen-Perrin, est plus charmante que dramatique; à voir le joli paysage, le couchant doré et le choeur dansant des ménades, on ne croirait pas qu’un grand crime vient d’être commis; mais l’idée d’avoir remplacé la tête du musicien par sa propre lyre est singulièrement gracieuse et touchante. Le Moïse de M. Clairin recule les bornes de la fantaisie; il lui manque un parapluie retourné pour figurer au vrai un coup de vent. Le Louis XI, de M. Albert Maignan, manque de réalité; la lèpre était, tout le monde le sait, une horrible maladie de peau; il fallait ou renoncer au sujet, ou nous représenter la maladie dans toute son horreur! Le roi a bien peu de mérite à s’ap-
proclier d’im lépreux aussi ragoùlaul; cela no vaul pas la canoiiisalioii, aulremcut il faiidrail canoniser tous les inlernes de riiôpilal Sainl-Lonis.
M. Luminais s’attarde trop à ses sujets Gaulois. Sans doute il y met toujours ses belles qualités de dessin et do (‘onlcnr. Ainsi, la (.'/lasse sous Dagobert, avec ces deux cavaliers escaladant la berge d’un llenve, égale ce que le peiiitre a fait de plus puissant et de meilleur. Mais ce sont toujours des guerriers barbares, et quelquefois le public se lasse d’entendre appeler Aristide le Juste.
M. J acquêt, dont on a trop admiré autrefois une œuvre fort artificielle, la Rêverie, semble s’engager dans des (dicmins sans issue. Sa Jeanne Rare est une création inaccci)table. D’abord, il lui a fait les cheveux longs, alors quêtons les documents sont d’accord pour déclarer que la Duccllc avait les cheveux « noirs et ronds », c’est-àdire coupés suivant cette mode du quinzième siècle qui faisait de la chevelure une véritable calotte posée sur le crâne. La jujie de velours noir ne me paraît pas beaucouj) plus authentique. (Juant au coussin de velours bleu sur lc(piel cette petite ])ersonnc sèche et froide est agenouillée, voilà bien du luxe pour une pauvre cam[)agnarde. M. Jac- »piet aurait-il voulu faire la Jeanne Darc de l’évêque d’Orléans, celle dont queh[nes duchesses métamor[)hosées (Ml dames de la Halle voulaient fêter l’antre jour le centenaire.
M. Dupain qui, l’année dernière, n’avait ([ue des tableaux de sainteté, a pris cette année pour sujet un ancien usage du commerce de Bordeaux. Au xvi° siècle, parait-il, tout cai»itaine, qui avait chargé de vin son navire, devait payer nn droit au moment de quitter le port. 11 lui était remis en échange une branche de cyprès qu’il attachait à l’un des mâts de son bâtiment. Cette branche indiquait au garde du port que l’impôt de sortie avait été payé, elle (-•apitaine pouvait partir. A la bonne heure, voilà de la licinture laïque. Je serais fort heureux si un tel tableau avait été commandé par la chambre de commerce ou la municipalité de Bordeaux. M. Diqiain y a mis un talent
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véritable. La composition est bonne, et il règne dans l’ensemble un sentiment de réalité qui attache.. Peut-être y a-t-il encore un peu d’esprit académique dans l’homme au torse nu qui roule un tonneau à gauche. Mais legroupc des rnarcbands, l’échappée sur le port, sont des parties remarquablement traitées. Les villes riches devraient entrer dans cette voie, écrire leurs souvenirs locaux sur les murs de leurs édiüces. Elles ouviâraient ainsi une nouvelle voie aux artistes et peut-être en finirions-nous avec cette écœurante peinture religieuse, qui a coûté tant d’argent à la France depuis le Concordat.
On se rappelle le Robespierre blessé du dernier salon, qui fut si rcmanjué et le méritait si bien. M. Lucien Mélingue a fait mieux encore cette année. Sa Levée du siège de Metz pur Churles-Quird n’a plus aucune des inexpériences qui se pressaient dans le MalinduLO thermidor. C’est une couvre d’un grand aspect et d’un beau caractère, tout à fait à la hauteur des souvenirs c[u’ellc cvocfue. Il y avait un peu plus d’un an (jue le roi de France avait pris Metz, quand l’empereur Charles-Quint vint en personne essayer de le reprendre. La disproportion des forces étai flagrante. Charles-Quint amenait avec lui soixante mille hommes, cent pièces de canon, sept mille travailleurs et ses meilleurs généraux. Pour résister à ces masses, il n’y avait qu’une garnison de dix mille hommes, ccjmmandée par François de Lorraine duc de Guise. On résista cependant 5 la défense fut a la lois héroïfjuc et savante. Après deux mois et demi d’efiorts, onze mille coups de canon tirés, Charles-Quint ayant perdu la moitié de son armée dans les combats, voyant que le reste allait périr dans la boue et la glace, leva le siège, abaudonnaut ses bagages, son artillerie, ses malades ;1" janvier loo3). Où Bazaine avait-il donc fait son éducation et comment da telles histoires lui étaient-elles inconnues. Le tableau de M. Lucien Mélingue a le mérite d’une grande clarté, d’une composition simple et bien ordonnée. Le sot est couvert de neige, le ciel roule des nuées menaçantes. En avant d’un panoi-ama grandiose où se dressent les remparts de la ville
assit^gôe, on a amené la chaise de Gharles-Quint. Le vieil empereur, soucieux et irrité, y monte soutenu par un chambellan. D’un côté, le cortège obligé des gentilshommes qui s’apprêtent è raccom[)agner, et de l’autre le groupe des ]>orteurs qui attendent impatiemment. On ne saurait exprimer plus clairement l’idée du renoncement :ïune entreprise.
Nous ne pensions pas rencontrer M. Détaillé au Salon. Ou le disait du nombre de ces infortunés peintres de bataille, qu’on a dû immoler aux convenances politiques. La vérité est que M. Détaillé cumule : il est martyr dans les salons de la rue Chaptal et triomphe aux Chani[)s- Elysôes. Triomphe n’est pas le mot juste. La manière sèche et froide de cet artiste ne va pas aux grands sujets. Une bataille ne se décrit pas comme le défilé d'un régiment. Pour jeter sur une terre embrasée des hommes comme Bonaparte, Kléber, Desaix, Dumas, Bessières, OalTarelli,il faut de la chaleur et un certain enthousiasme. M. Détaillé n’a pas l’une et est incapable de l’autre. Son jiaysage manque de vérité locale et ses personnages d’animation, ’l'out cela est propre, rangé comme pour une revue. La mort elle-même est bien astiquée et peut alfronter l’inspection. Soyons juste, cependant : les hussards juebés surdos dromadaires ont une tournure assez pittoresque, mais cela ne suffit pas pour un tableau.
La Soif J de M. Benjamin Constant, est une impression de nature saisissante. Des prisonniers marocains qu’on ciiimène enebaînés à travers le désert rencontrent une source dans un repli de sable. Ce n’est pas un mirage, c’est bien de l’eau. La troupe se précipite, et, agenouillé ou à plat ventre, chacun boit. L'exécution de cotte toile c.si l):utale et sommaire, mais la scène est si poignante, que celte brutalité sert à .'eiïet. M. Benjamin Constant n’a enc 00 rien fait d’aussi simple, ni de mieux. Quant à son lliirem, c’est une combinaison des Femmes d’Alger et de la Noce juive au Maroc, et pourtant cela n’a rien de commun avec le faire du grand peintre Delacroix.
.M. Motte fait de la peinture qu’on pourrait appeler ar-
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chéologique. Sa préoccupation principale est rérudition. lia atteint son but quand il arestitué dans toute la vérité de sa physionomie quelque grande scène de la vie antique. C’était autrefois et tour à tour le Cheval de Troie, la Pythie de Delphes, Baal dévorant les prisonniers de guerre, Dalila coupant les cheveux à Samson ; cette année, c’&st le Passage du Rhône par l'armée d’Annihal. « Ce qui donna le plus de mal, dit Polybe, ce furent les trente-sept éléphants. » M. Motte a choisi précisément ce moment du passage. On voit un éléphant énorme, surchargé de sa tour et de ses guerriers, défiler sur un radeau que manœuvrent non sans peine des rameurs gaulois. D’autres attendent et auront leur tour. C’est original et curieux. Mais est-ce bien de l’art ? C’est au moins de la science, et j’imagine que de telles représentations auraient leur place toute naturelle dans nos lycées ou nos musées pédagogiques, le jour où nous commencerons à décorer nos écoles.
Comment passer devant le tableau de M. Lira, Travail, sans s’y arrêter ? Voici un inconnu qui aborde la vie réelle par ses côtés les plus abruptes. C’est dans un chantier de construction qu’il a trouvé son sujet ; c’est en attelant des hommes au plus dur de tous tes labeurs qu’il dégage de la poésie. Ces ouvriers manœuvrant de lourdes pierres et tout entiers à leur action, ont de la grandeur. La lumière qui les enveloppe est juste. Dans toutes ces lignes et dans tous ces mouvements, rien de convenu, rien d’académique : le modelé est robuste, la couleur harmonieuse. Le sujet est trivial, diront les raffinés ; il est saint et vrai, répondrai-je. Ce jeune homme est à suivre, nous verrons ce qu’il fera l’an prochain.
M. Destrem comme M. Lira s’adresse à la vie réelle et la traite dans les dimensions de la nature. Sa Bénédiction des animaux dans la campagne du Languedoc manque de savoir, mais quel joli sentiment ! On n’est pas plus naïvement vrai. J’ignore d'où vient ce jeune homme, mais des tentatives pareilles ne me laisseront jamais indifférent. Si ce n’est pas là ce qu’on appelle la
ANNliE 1878
pciiiUire, c’en est an moins la malière; l’arlisLc est dès à l)résent dans la voie ; il n’a pins ([u’à se forlüier el à jmirir.
Auprès de ces jeunes gens qui en quelque sorte débutent, M. Emile Renard est déjà un ancien. 11 y a trois ans que son tableau delà G)‘a.nd’mère lui a valu une médaille et son avenir reste incertain encore. Que cherche cet Artiste? On ne saurait le dire. Son envoi de cette année se compose de ligures qui pleurent. Sans doute il y a des qualités de peintre dans la Mauveiiso nouvelle, mais cette recherche de l’expression pour l’expression a je ne sais quoi de factice. (Comment regarderai-je longtemps ce visage attristé, si vous-môme prenez soin de détourner mon attention par quelque elîet de lumière insolite. Et puis, ôtes vous bien sûr que les sentiments violents conviennent à la peinture ? Dans la vie, les pleurs cessent ; dans la peinture, ils coulent éternellement. Pour moi, je ne consentirai jamais à garder sous mes yeux <lenx sources de larmes qui ne doivent point tarir. Les Drecs, ces admirables réalistes n’ont peut-être pas eu <l’autre raison pour proscrire la douleur de leurs images.
M. lUhot a envoyé, comme l’an ]>assé, deux de ces mlmirables toiles où il aime à déployer son savoir. Gotle lois, ce sont deux vieilles femmes, types du peuple, oii la ^ ie a inscrit ses rides et marqué ses misères. La Comptabilité est un titre ironique. Si la respectable dame, assise a sa table, une plume à la main, parait hésiter .sur son addition, j’imagine bien (jiie le cbilïre total ne monte pas haut. Elevé ou non, d'ailleurs, elle y met toute son attention et est aussi complètement à son calcul qu Erasme à son écriture dans le célèl)rc portrait d’Ilolbein. La tête, la main, le papier, tout l’essentiel est dans la lumière; le reste jilonge dans une ombre fluide et mouvante. La Mère }[o)-iea présente de face son visage modelé dans le clair avec une vigueur et une précision surprenantes. Si j’avais à choisir entre ces deux toiles, e est sans doute celle-ci que je prendrais. Mais toutes ■deux, il faut le dire, supporteraient le voisinage des plus
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Lo-ancls rnaUres, tant leur exécution est admirable. Le imblic est-il apte à goûter de telles œuvres? Pas encore. Mais il sumt à l’artiste d’être apprécie des connaisseurs.
11 a mis vingt ans à faire sa trouée, enlin il la laite; tous les vrais peintres aujourd'hui lui rendent hommage
et reconnaissent en lui un maître. ^ i r ■/ '
Faut-il nous arrêter au tableau deM. Garnier, le Libérateur du territoire'^ On connaît cet épisode de notre histoire parlementaire, l'rotestant contre une parole do M. do Fourloii, tonte la Chambre se lève et, se tournant versM. Tliiers, lui rend hommage. Ce tableau fait fureur. La foule s’y porte avec un empressement avide. Ce qu c e V recherche, ce sont les ressemblances. Tout, en etlet, n’est que portrait dans celte toile où les personnages se comptent par centaines. Ces portraits sont généralement d’une exactitude étonnante. Chaque arrondissement peut reconnaître son député et le désigner du doigl. Aussi le succès est énorme. A la vérité il no pouvait être obtenu fiu’à la condition de sacrifier le tableau. Mais l’auteur, . ]c pense, ne s’est fait aucune illusion à cet égard et .je n ai
pas à insister. .
Comme il faut peu de chose cependant pour laire un
tableau ! Voici M. Arnaud Gautier qui nous montre un étal de poissonnerie : une raie, des éperlans, un homard, avec une femme assise dans le fond. Il n v a pas ce su jet plus humble, et pourtant l’exécution est si savante, si magistrale que la raie est certainement une des meilleures toiles du salon. C’est par la simplicité et la Iranchise que M. Gaufier procède. Les résultats sont si frappants qu’involonlairomenl le mol de falconnet à Piga 0
revient à l’esprit : « Gu peut faire aussi beau, puisipie vous l’avez fait, mais je ne crois pas que l’art puisse al 1er une ligne au delà. » Avec ce tableau, M. Amand Gautier en expose un autre, le L^éfec/oire : des petites filles descendent un escalier, conduites par deux soeurs, et se dirigent au réfectoire, dont on entrevoit les tables liai une porte entr’onverte. M. Gautier, on le sait, est le peintre des sœurs. 11 connaît leurs attitudes, leurs expies
sions, leurs pensées même, et il a pour modeler leur visaf,m résigne des aeceiils d’une délicatesse exquise.
Les [)orlrails sont nombreux au Salon. iS’aturellomeul. ils sont très mélangés; il y en a de bons et de mauvais, (le communs et (le supérieurs.
Un des plus (lus et des plus délicats est celui de M. André Tlieiuiet, le poète, i>ar M. Basticn-Lepage. H est dans des dimensions fort restreintes, mais modelé avec un art prodigieux. Le front, les yeux, sont étonnants de vie. On. sait, du reste, que M. Bastieii-Lepage excelle dans le portrait; avant son grand éclat de cette année. Les foins, c’est par le portrait qu’il avait fondé sa réjuitation.
M. llarlamolT a toujours eu ses admirateurs. Il me semble pourtant que ceux qui rojirocbent à son coloris de manquer de naturel, de rappeler un peu certains vieux pi'océdés, n’out pas tout à fait tort. Cette réserve faite, il faut rendre hommage à la facmn magistrale dont ce jeune peintre interprète les physionomies et au goût sûr (ju’il ai)porte dans la composition de ses portraits. Mlle M. V..., avec scs fleurs au sein et dans les cheveux est cbarmaide de simplicité, et c’est par la sobriété ({ue }[. Oneguine atteint au caractère.
Comme M. llarlamotV, M. Leibl est un étranger. Seulement tandis que le peintre russe suit sou chemin sans se laisseï' détourner ni à droite ni à gauche, le peintre allemand accomplit des écarts terribles. Nous l’avons (luitté ])oignant par masses et par grands plans, ne craignant même pas de laisser certaines parties à l’état d’es- (juissc : cette année, nous le retrouvons serré comme un llolhein et minutieux comme un Denner. 11 y a du talent d’ailleurs dans ces deux têtes d’homme, traitées en pleine lumière et où aucune difliculté n’est esquivée. Si M. Leibl veut entrer dans cette voie, qu’il y entre; il est sûr d’y rencontrer bonne compagnie dans le passé et dans l’avenir; mais, une fois entré, qu’il y reste; il faut en finir avec les sauts de carpe.
J’observe que nos illustrations de 1a science, des lot-
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très el de la i>olUi((ue ne sont généralement pas les jTiieiix traitées. Voici M. ('râmæux, par M. Lecomlc- DnXouy; le portrait est exact, mais sec à l’extrémo. MM. Eniest Eenan et Claude Bernard, par M. Mengin, manquent d’accent. M. lUbach, par M. Pnczka, semble un notaire de village; et quant à l'honorable M. Paul Bert, on dirait que son peintre, M. .Tules Roussel, l’a trempé dans du vin avant de l’exposer. Sur ce fond elfacé se détache vivement le portrait de M. de Monialivet, par M. Donnât. C’est un vieillard cloué dans un fauteuil par l’àge et les maladies. Son corps grêle danse dans un habit a boutons de métal. La tête, quoique semblable par le ton a une terre cuite, est bien étudiée et modelée avec force. .M. Donnât réussit mieux les portraits fl’hommes que les portraits de temmes. C’est un ouvrier robuste, non un peintre délicat. Dans une femme, il mofléleia bien un bras, une épaule, mais la finesse d’une carnation ou (1 une physionomie lui échappera toujours. Dappelezvous Madame Pasca. L’artiste n’a jamais mieux fait, et cette année Madame la eomtesse de LL., reste beaucoup au dessous.
Un bon portrait, simple et franc, naturel de jiose et bien exécuté est celui de i\I. Auguste Glaize, par son fils. Le portrait de M. Jules Simon, par M. Roll, mérite aussi d’être remarqué; le jeune artiste a enlevé la tête et la ressemblance d’une brosse vigoureuse.
Nous connaissions les deux demoiselles; cette année M. l'antin-Latour a jugé poli de nous présenter le père et la mère. La famille est complète, mais le tableau n’y a pas gagné. C’était pourtant un bien joli intérieur que cette /ccfure, d’un charme si profond, d’une intimité si pénétrante. Avec les nouveaux venus, le parfum s’est évaporé, et il ne reste plus que quatre personnages assee gauchement groupés et peints sans finesse ni écîat.
.le ne puis citer tout. Mentionnons à la hâte, le cornte lie L ..., par M. Valadon; M. de W..., par M. Georges Becker; \ ami Daubray, par GUI; les deux portraits do Chaplin, qui sont toujours un peu de la même famille,
et une cl)arnuinte étude de femme, de M. J^'élix Ravaisson, un Belge, (jui parait être à ses débuts. Quant à M. Barrias, il s’est j)cint lui-même : peau bleue, barbe bleue et yeux bleus, têlcbleu!
Les deux médailles d’honneur. — F^ouvail-on les atlribuer tontes deux à la scul[durcV — Violation du règlement par le jury. — Beeours au ministre ou au conseil supérieur des Beaux- Arls. — Le genre : MM. Loustaunau, Louis Leloir, Worms, Ward, Albert Aublet, Butin, Gilbert, Perrot-Lecomte, Lbermille, Gonzague-Privat, Degrave, Duez, M"® Eva Gonzalez, Jean Béraud, de Nittis, Gomeutte, Passini, Buland, Beyle, van llaanen, Toudouze.
Le jury des récompenses, pour faire sa cour à M. Guillaume et fêter à sa façon l’avènement d’nn sculpteur à la direction des Beaux-Arts, a décerné à la sculpture les deux grandes médailles d’honneur. Quand nous écrivions ranlrejouren parodiant une formule de Dante: hiscicilo ogni speranza, poveri pitlori, nous ne pensions pas avoir si vite raison.
C’est la première fois, il faut bien le dire, que pareil fait se produit. La surprise a été d’autant plus grande, dans le public et parmi les artistes, que, de l’aveu général, la peinture est loin d’avoir démérité, cette année. Les beaux-arls du Champ-de-Mars n’ont pas fait tort aux beauxarts des Champs-Elysées. Le Salon n’est inférieur à aucun de ceux qui l’ont précédé et les tableaux hors ligne s’y rencontrent comme à l’ordinaire. En donnant par •exemple une médaille d’honneur à M. llenner pour sa
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Madeleine, ou ù M, liastien-Lepagc pour ses Foi/is, ou même à AI. Vollon pour ^ion Espagnol , on avait la c.erlitude de couronner une ceuvre éminente. La décision du jury en ce qui concerne la {teinture constitue donc un véritalde déni do justice.
Quant au salon de sculpture, son éclat est-il si vif que les récompenses ordinaires aient dû être jugées insullisantos {mur lui? Nullement. Le salon de sculpture est visiblement inférieur en nombre et en qualité à ce qu’il est d’habitude. En laissant de côté M. Dela{)lancbe, a qui on eût dû donner une médaille d’honneur en 187(> ({uand il apporta le plâtre de sa Vierge, ou en 1877 ({uand il apporta le plâtre de sa Musique, je ne trouve {larrni les œuvres nouvelles qu’un morceau absolument digne de la médaille d’honneur, et ce n’est {>as celui que le jury a Couronné. Le morceau e.vcoptionnel à mon avis, et qui devait enlever tous les sull'rages, c’est le Paradis perdu de M. Gautberin. Mais M. Gautberin n’a pas eu l’heureuse fortune d’être pri.v de Rome, et il est clair ({ue M. Barrias qui l’a eue, devait lui être {jréféré par le
Ainsi déni do justice en ce qui touche les peintres, favoritisme en ce qui touche les sculpteurs, voilà la délibération du jury. Ce n’est {)as tout. Un vice plus grave l’entache et la dénonce : elle est contraire aux {)rescriptipns du règlement; {:>our tout dire, en un mot, elle est illégale.
Pour s’en convaincre, il suflitde se reporterâ 1 origine de la double médaille d’honneur, et de rechercher quelles intentions ont présidé à son établissement.
Le système des deux grandes médailles d’honneur n’a commencé à fonctionner qu’au Salon de 18bi. Avant cette date, il y avait une grande médaille unique consistant en une prime de 4,000 fr., dont le titulaire jouissait • jusqu’à ce qu’un autre artiste eût été couronné à son tour. M. Yvon, auteur du tableau de la Prise de Malakoff, garda cette pension quatre ans de suite, de 1837 à 1861 ; M. Pils, auteur de la Bataille de l’Alma, la garda
deux ans, de ISBI à 18G3. Pendant que les peintres de bataille remportaient ainsi la récompense suprême du Salon et encaissaient bon an mal an leurs deux cents louis, les sculpteurs, (]ui n’avaient aucun moyen de rivaliser avec eux, étaient -délaissés. De la des plaintes et des récriminations. Pourquoi la sculpture, cette gloire lie noire école, n’était-elle pas traitée aussi favorablement que la ])einturo ? |)Ourquoi les deux arts n etaientils pas mis sur. un pied égal, n’avaient-ils pas chacun leur médaille ? Le gouvernement lit droit a ces réclamations et institua deux médailles d’honneur.
C’est en 1864 (pie le nouveau système reçut sa première aipilicatioii. C.ette année-là, la peinture avait été ou avait paru faible. One lit le jury ! S’avisa-t-il de rejtorter à la sculpture la médaille destinée a la peinture ? Pas le moins du monde. 11 déclara qu il ny avait pas lieu de décerner la médaille de peinture, et il donna à la sculpture la médaille qui lui revenait. Les paroles^que M. le maréchal Vaillant, ministre de la maison do l’emjioreur et des beaux-arts,- prononça lors de la distiibution des récompenses, expliquent parfaitement la situation. (( Dans la pe'inture, dit-il, nulle œuvre n’a paru mériter une médaille d honneur. Mais je crois traduire lidèlement le verdict de vos juges en avançant qu’il n’en reconnait pas moins l’importance de vos œuvres considérées dans leur ensemble ; la critique la plus sévère serait même forcée de reconnaître (pie certains côtés de la peinture ont rarement fait preuve d’autant de sentiment, d’obsorvatiou et de talent. Mais toujours est-il, ([ue si le niveau général dos œuvres de peinture s est plus que maintenu, nous n’avons point vu apparaitre 1 œvuyre exceptionnelle, la grande o,'uvre dans toute l’acception du mot. Moins accessible aux variations du goût par sou but même, ijui est la beauté seule dans sa force ou son élégance, la sculpture a conservé cette fois encore la place élevée (pi’ello occupe. Lui rendre hautement cette justice, c’est donc partager l’opinion unanime des juges les plus autorisés, et la statuaire anli(|uo pourrait s honorer
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de ruiiivre remarquable à laquelle le jury a accorde la première récompense. »
Tel est donc le sens de Tinslitulion. H y a deux mc- <Iailles d’honneur, l’une pour la peinture, l’autre pour la sculpture. On ne les décerne qu’aulant qu’il y a mérite exceptionnel. Si l’onivre éminente se rencontre dans les deux arts, on décerne les deux médailles; si elle ne se rencontre que dans un, on décerne une seule médaille. On n’a pas plus le droit de les placer toutes les deux dans la môme seclion, qu’on n’aui'ait le droit de les attribuer au même artiste, peintre ou sculpteur.
ba pratique suivie conlirme cette lliéorie.
Le système de la double médaille a fouctiouné, sous l’empire, depuis I86i jusqu’en 1870. iVous venons de voir qu’en I8G4 une seule médaille avait été décernée, celle d(> la sculpture (l’omvre couronnéee était un Mercure inachevé de Jean-Louis Briau). En 1863, les deux médailles furent atti'ibuées ; M. Cabanel, ])cintre, eut l’une; M. Paid Dubois, sculpteur, eut l’autre. En 1866, pas de médailles. En 1867, médaille en sculpture : Carrier-Belleuse. En 1868, les deux médailles : llrion, peintre, et Ealguière, sculpteur. En 1869, les deux médailles ; Bonnat, peintre, et Perraud, sculpteur. En 1870, les deux médailles ; Tony- Bobert-Eleury, peintre, et lliolle, sculpteur. Après une intcrrupliou de quatre années, qui dura tout le tem[)S do la direction de M. Charles Blanc, le système des deux médailles est remis en honneur par M. le marquis de (JhennevièreS; et, depuis ce moment, nous avons : 1874. <leux médailles : Gérôme, peintre, et Mercié, statuaire; 1873, une seule médaille : Cha[)u, statuaire; 1876, une seule médaille, Paul Dubois, statuaire ; 1877, deux mé- (lailles : J. -P. Laurens, peintre, et Cliapu, sculpteur.
Comme on le voit, à aucun moment de ces deux époques les jurys n’ont essayé d’échapper aux prescriptions <lu règlement. Toujours ils ont scrupuleusement respecté la légalité qui régit les récompenses exce[)tionnelles. Pour la première fois aujourd’hui cette légalité est violée, violée au profit de la sculpture par le jury que préside M. Guil-
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lanmc, en sa nouvelle qualité de directeur des Beaux-.^-ls. J>aisser établir un précédent de cette sorte serait exlréinement dangereux. Cette année, l’illégalité est commis^' au détriment des peintres; vienne un autre directeur des Beaux-Arls, et elle pourra être commise au détriment des sculpteurs. Tous les artistes sont donc intéressés à inlervenir. Qu’ils ne perdent pas un instant, qu’ils défèrent au ministre ou au conseil supérieur des Beaux-Arts la délibération illégale du jury : s’ils n’obtiennent pas satisl'aclion pour cette année, si on répond à leurs justes revendications par une fin de non-recevoir tirée du fait accompli, du moins leur agitation aura ses fruits pour l'avenir ; il est légitime d’espérer que l’introduction d’une clause formelle dans le règlement empêchera le retour de semblables abus.
Mais que demandé-je là? L’action à des artistes? Des artistes se réunir, délibérer en commun, arrêter les termes d’une réclamation, la porter en corps au ministre? S’ils allaient se compromettre!...
Qu’y a-t-il, cependant? On se presse, on se foule; c’est à qui s’approchera leplusde la cymaise. Porté par le flot, je m’avance à mon tour pour contempler la merveille. La merveille estun petit tableau de chevalet qui nous montre un mari à table, lisant ses journaux, pendant qu’à l’autre bout sa tendre moitié bâille. Gela s’appelle un' Mariage (le convenance, et a pour auteur M. Loustaunau, élève de Gérôme et de Vibert. Ce sujet, ce succès, cette généalogie de peintres, tout nous montre que nous entrons dans les terres privilégiées du genre.
Ici nous nous trouvons en plein courant populaire. La peinture anecdotique, c’est ce que la fouie aime le mieux. Mais les membres de l’Institut, qui ont un jour donné la médaille d’honneur à l’auteur de V Eminence grise, n’ont pas le droit de s’en plaindre. Il est évident toutefois que cette peinture n’a de valeur qu’autant qu’il s’y joint quelques qualités d’exécution. C’est ce qu’a compris M. Louis Leloir, un des maîtres de l’anecdote. Composition, dessin, couleur, M. Louis Leloir a tout, même l’esprit;
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mais il lui manque l’esprit de sacrifice. Dans son tableau des Fiançailles, toutes les partiessont également finies. Si l’on découpait la toile autour de chaque tête ou de chaque groupe, on aurait autant de tableau.v que de morceaux. M. Jules Worms(et engénéral tous les aiiecdotiers) ale même défaut. Son Barbier distrait ne vaut pas mieux, au point de vue de l'unilé, que Chaque âge a ses plaisirs. Dans cette dernière toile, il y a autant d’actions séparées que de personnages dilîérents. L’enfant attrape des mouches, le vieillard met un oiseau en cage, les amoureux se parlent d’amour; chacun fait tableau à soi tout seul, ce qui veut dire que le tableau n’existe pas.
Il me semble que notre vieux culte pour l’Armorique se refroidit. Je ne vois plus autant d’intérieurs bretons qu’il y a quelques années. Qu’est devenu M. Eugène Leroux qui s’était fait une réputation en ce genre? Et M. Armand Leleux? et tant d’autres? J’en étais là de mes réflexions quand j’avise l’intérieur breton demandé. Voici le paysan aux longs cheveux et aux grandes braies. Il i-egarde un nourrisson que sa femme promène. L’artiste a appelé cette petite scène : Fierté paternelle. Tout y est bien, la composition, les altitudes, la couleur. Je m’approche pour lire sur la toile le nom de ce nouveau peintre bretonnant. O surprise ! C’est un Américain, M.^Vard. Notre vieux culte pour l’Armorique serait-il donc tout à fait refroidi?
Vous rappelez-vous cet étonnant Boucher du Salon de 1873, qui était en train de saigner un mouton dans sa cour? Depuis le jour où il a peint ce tableau, si réel et si fort, M. Albert Aublet a tourné à tous les vents. Il a fait un Jardin de Marguerite, où les fleurs étaient aussi minutieusement détaillées que dans un tableau de Firmin Girard. Il a fait une Locuste empoisonnant des esclaves de grandeur naturelle, comme s’il avait voulu disputer le grand prix du Salon àM. Sylvc^'tre. Voici maintenant qu’il imite M. Comte et qu’il peint des scènes représentant le Duc de Guise à Blois. Le tableau n’est pas mauvais, mais j’aimerais mieux de l’ Aublet tout pur.
Revenons à <les choses pins près de nous. M. Butin est un peintre de côtes et de ])lages, observateur attentil des sentiments et des attitudes cliez l’homme, des phénomènes de la lumière dans la nature. Son Enterremonl (l’un marivc à VillermlE, est pris sur le vif. La
scène, dans son harmonie simple et contenue, provoque le recueillement. En ouvrant un jour sur cotte âpre existence des matelots, qui n’est qn’nn long combat contre la mer, elle on montre les misères et la grandeur. Le jury a donné une médaille de seconde classe à iM. Butin, la récompense est méritée.
M. (jiilhert est un nouveau venu ([ni s’annonce avec éclat. Sa Miirchiinde de caisselle esl excellente do tout jioint. Les faïences, les porcelaines , les brosses, les éponges, tout est'vivemont [(Oint, rendu avec esprit. La Marchande de volailles montre que xM. Gilbert enlève aussi bien les personnages que les natures mortes. Il y a de l’étendue et de l’airjdans ses toiles. Il est rare d’assister à nn début aussi intéressant et aussi plein de jtromesscs. Il est regrettable qn’nnc médaille de troisième classe no soit pas venne le récom[)enscr ; mais M. Gilbert s impose désormais à l’attention, nous ne négligerons pas de le suivre.
Un antre bon début, c’est celui do M. Parrot-Lecomte, lâen n’(',st plus tinement touché que rintérieur de V Atelier de M. Meissonier, à Poissy. Il est facile de reconnaître, à cette exécution même, de qui M.^ Parrot-Lecomte est élève, mais il ajoute, semble-t-il, à ce que son maître a pu lui api»rendro, un certain sentiment que celui-ci ne possède pas. Tout est charmant dans le tableautin qu’il expose, le divan rayé, les études collées au mur : seuls, peut-être, les casques et les cuirasses disposés sur une étagère dans le haut sont trop finis, et ici nous retombons dans le vrai Meissonier.
M. Lbermitte vit tranquillement sur sa réputation établie, à laquelle son Marché aux pommes ne peut ajouter •n-and chose. Un petit enfant, jouant avec son chien auprès de son chat, tels sont les Trois amis, de M. Gonza-
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guc-Prival. A cc cliarmaiit tableau est attaclié le souvenir d’une touchante histoire que je ne l'aconterai pas; mais il me sera permis de signaler la grâce de la composition et l’harmonie délicate de la couleui-. Quand il s’agit d’enfants, le nom de M. Degrave se i)rcsente tout naturellement à l’esprit. C’est lui qui coud des haudes do marmots aux jupons des religieuses dans les écoles et dans les salles d’asile. La Mise au rang montre comme toujours des qualités d’observation charmante, en meme temps qu’une exécution libre et facile.
Avec i\I. Duez, nous faisons un pas vers Viiniiressionnisrne. Mais ['impressionnisme n’ est pas seulement un droit; dans certains sujets, dont le charme ne saurait être rendu autrement, il devient un devoir, n’est-ce pas, Duret? L’Accouchée, do M. Duez, étendue dans sa longue robe et recevant avec un sourire les soins qui s’empressent autour d’elle, enlève tous les sull’rages. Que parle-t-on de faire et de j)Ousser? Quand le peintre a rendu son impression, quanfl il a dit ce qu’il avait à dire, le tableau est Uni, et y ajouter quelque chose serait le le gâter. Miss et Déhé, En cachette, de Mlle Eva (ïonzalôs, rentrent dans cette façon de comprendre la nature par aspects raïudes. Ce sont des notes extrêmement séduisantes et qui retiennent le regard par des harmonies d’une délicatesse extrême. Dans un ordre d’idées voisin, je trouve la Soirée, de M. Jean Béraud, si spirituelle et si animée, qui semble un vrai tour de force avec ses lampes lumineuses, ses femmes en toilette et ses hommes en habit noir ; le Coin de Ijoulevard, de M. Aittis, qui a si délibérément transformé sa manière, ainsi qu’il appert de son envoi à l’exposition italienne du Champde-Mars; enfin, la Xoce débarque, de M. Gœneutte, coloriste habile, (]ui prend volontiers pour théâtre de ses scènes populaires quelque rue ou quelque place de Paris.
Aimez-vous les turqueries? Pasini on a deux ravissantes; la Porte d’un kan et Yechil-Turbé, à Brousse. Ce sont deux tableaux de petites dimensions, traités avec
lo goût et la sobriété qui distinguent le maître. Une toile de M. Buland a aussi attiré mon attention ; elle représente une Quête pour le marabout, à Tlemcen. Comme compréhension de l’Orient, c’est du Régnault, mais du meilleur, du Régnault de la Sortie du Pacha. Néanmoins cela ne suffit pas pour permettre d’apprécier M. Buland; il faudra voir ce que ce peintre pourra faire quand il se décidera à marcher sans bâton.
Depuis plusieurs années, M. Beyle paraît avoir planté sa tente en Algérie. Encore un peintre qui a beaucoup tourné, beaucoup flairé la veine du succès. II a peint de l’Orient et de l’Occident, du présent et du passé, de l’anecdote et de l’histoire. Je l’aimais mieux quand, jeune débutant, il peignait des saltimbanques. La Parure de la mariée est d’un vrai coloriste ; l’artiste montre tous les progrès qu’il a faits. C’est un bon tableau contre lequel on ne peut élever aucun reproche; mais, au fond, je regrette le sentiment des saltimbanques.
Je ne puis guère que mentionner en passant la Leçon de natation de M. van Haanen, un Autrichien amoureux de Venise. La scène est charmante, quoi(iue le lieu (un canal) soit assez mal choisi pour des bains; mais la faute n’en est pas à l’artiste, qui a peint les mœurs qu’il avait sous les yeux. C’est à Yport, c’est aux plages ensoleillées de l’Océan que M. Toudouze va chercher les baigneuses aux toilettes multicolores et l’air joyeux courant librement sur la grève. 11 y a quelque mérite à M. Toudouze à entrer par ces cotés périlleux dans le monde contemporain. M. Toudouze est un prix de Rome, qui a a!)andonné le casque classique pour courir après la vie moderne. Félicitons-lo de sa bravoure.
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Genre. — Paysage. — Marine. — Fleurs. — Natures moiio:'
Je dois réparation à M. Pierre Beyle. Ce que je lui demandais de faire, il l’a fait. A sa Toilette aUjérienne. étalage des plus riches couleurs, il a joint un épisode tiré de la'vie des saltimbanques, le Dernière étape de Coco. C’est la note émue à côte de la note chatoyante. Dans le même ordre d’idées, se place VEnfant blessé de M. Simon Durand, qu’un saltimbanque ramène meurtri dans la baraque, pendant qu’au dehors la parade continue iiidilTérente.
Puisque j’en suis au chapitre. <lcs oubliés, je dois mentionner l’ApproL/i cordonnier de M. Bouvin. Entouré de ses alênes et de ses cires, l’enfant Iravaillegaiemcnt devant la fenêtre de son échope. Il n’y a pas de spectacle plus humble : mais le tableau est si bien composé, la lumière si bien distribuée qu’on ne peut s’empêcher d’admirer cet art simple et honnête qui va droit au coîur en s’adressant aux veux. — .M. Pierre Billet ne s’élève point. Elève de Jules'^ Breton, il avait montré dès l’origine des qualités (|ui semblaient promettre un brillant avenir. Il s’est arrêté en route. Ses Pêcheuses d’ériuilles sont charmantes, mais ce n’est encore là qu’un tableau de genre. — Il y a chez M. Winter quelque chose qui pourrait bien devenir du style. Sa Vieille femme enpricre est remarquable à plus d’un litre. Agenouillée, de face, elle égrène son chapelet en marmottant. C’est une analyse de la décrépitude tentée par un observateur attentif et servie par une exécution patiente.— Le Fumeur, dcM. Baud-Bovy, est un portrait très serré de dessin, quoique libre et aisé dans sa pose; la tête est modelée avec une vérité et une force surprenantes.
Le Salon contient deux paysages de Daubigny et rien de Courbet. Cette différence de traitement n’est reprochablc à personne et nous n’avons pas à nous y arrêter
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ici. Ce que nous vouloiisdire, eu manière de salut a deux illustres mémoires, c’est (jue, absents ou présents, de. tels noms n’cii occui)ent pas moins la première place dans l’admiration universelle. Ils étaient les derniers de la génération héroïque. Dejmis qu’ils sont allés rejoindre., Rousseau, iMillct, Corot, le paysage ressemble à une armée qui aurait perdu son état-major. Les grands chels n’existent plus, et c’est aux hommes de second rang que la destinée passe la main. Mais ne nous y trompons pas, ces hommes de second rang sont déjà des artistes considérables et peut-être ne leur manquait-il, pour être tout à fait acceptés comme maîtres, que d’arriver plus eu vue.
Ce qui fait plaisir et donne grand espoir, c’est que, parmi eux, nul ne s’arrête, nul ne se juge arrivé. Chaque année, c’est à qui frappera un coup plus fort, fera un pas 1)1 us avant vers l’originalité et le caractère. — La Plage, de M. Guillemet, avec son vaste déroulement de côtes, sou ciel orageux, sou atmosphère mouillée, est une toile puissante et superbe. — M. Pelouse, dans son Passage de Lanniec a Concarneau touche au fantastique. Cette noire tempête que chasse le A'ent et qui passe par dessus les huttes des pêcheurs, a une grandeur sombre qui — Il semble du reste qu’il y ait tendance à dramatiser la nature, à la passionner. C’ést encore un orage que M. Emile Vernier nous représente avec une intensité poignante. Cet artiste est en progrès continu; chaque année ses tableaux sont mieux vus, rendus avec plus d’Gr iiorgie. — .l’cn dis autant de M. Lavieille, dont la Nuit est si originale. C’est un effet de lune sans lune, mais il est si puissamment écrit dans le ciel, sur les maisons l)lanches du village, à la surface de la rivière, que sa justesse vous arrache ^un cri d’admiration. — M. Zuher semble vouloir faire une tentative du coté de ce qu’on appelait autrefois le paysage historique. Je doute qu’il y aboutisse sans s’écarter de la nature, sans tomber dans l’arrangement. Déjà ou sont la composition dans le pavsage de Dante et Virgile, et les verdures sombres faites
pour impressionner les deux voyageurs, ne font que paraître uniformes à ceux qui regardent le tableau. Pour ma part, j’aime mieux le Soir ci’ automne avec scs beaux arbres et son effet de lumière simple et franc.
M. Français expose un Beau lac de Nemi, savant et juste. — Le Vieux noyer, de M. Ilarpigiiies, a l imposant aspect d’un géant du règne végétal. — C’est par ses grandes lignes simples que M. Poinlelin attire et captive. Sa Prairie dans la Côte-d’Or, prise au soleil levant, est toute imprégnée encore des fraîcheurs de la nuit: effet charmant et vivement rendu. — M. Camille Dernier est le paysagiste en titre de la Bretagne; c’est à la représenter sous toutes ses faces qu’il a conquis sa réputation. Un gars faisant paître ses chevaux dans des ajoncs, voilà son lahleau cette année ; il n’en est pas de plus breton. — C’est aussi à la Bretagne que M. Lansyer a l’habitude de demander des inspirations. On retrouve dans les Landes fleuries tout ce que ce talent élégant et souple contient d’énergie et d’accents de nature. — M. Berthclon expose une Vue prise du Tréport, où l’on remarque de très beaux premiers plans, d’un modelé sûr et d’une vérité de ton tout à fait séduisante. Encore un artiste qui a monté vite! C’était un débutant il y a quelques années; le voici bien près d’être un maître.
Ce phénomène, d’ailleurs, n’est pas rare. Ce qui caractérise le Salon de 1878, c’est une marche générale en avant; on se hâte comme s’il s’agissait d’arriver le premier à un but non déterminé encore. Les artistes ainsi en progrès sur eux-mêmes sont nombreux. On ne peut jeter les yeux autour de soi sans en rencontrer. Voici M. Pata. élève de Courbet, que son tableau des FaZaises d'Élrei.P. met cette année en évidence; on en admire particulièrement les belles eaux. Sous le titre du Pain de dix heures, M. Paul Baudouin a peint des moissonneurs en plein soleil ; les figures sont très justes comme valeur et comme mouvement; l’ensemble est joyeux et animé. M. Eugène Baudouin cultive l’amande et l’olive dans les paysages
de l’Hérault; il aiet dans la distribution de ses plans de rares qualités de dessinateur; mais qu’il prenne garde à ses personnages, ils sont immobiles et sentent la pose. C’est sur les bords de la Marne qu’opère M. Yon. Son Petit bras avant la plaie est excellent; cet aimable artiste avait la grAce, il acquiert de plus en plus la fermeté.
Parmi les peintres qui soutiennent vaillamment leur réputation, je nommerai M. Hanoteau qui, cette année, indépendamment du paysage accoutumé, nous a fait la surprise d’un portrait, et un portrait de général encore ; M. Karl Daubigny, dont la manière ne se dégage pas toujours des procédés paternels; M. Jean Desbrosses qui, lui, au contraire, s’est entièrement détaché de Chintreuil et trouve le caractère dans ses beaux paysages de la Savoie; M. Jules lléreau, dont les Croniers renferment toutes les qualités de la peinture; M. Auguin, qui a un sentiment si vif des beautés naturelles; M. Stanislas Lépine enfin, dont les petites vues de Paris seront si recherchées un jour.
Semblable à l’empire d’Alexandre, l’art de Troyon s’est partagé et revit en plusieurs. M. Van Marche élargit son cadre habituel et pousse pêle-mèilie vaches et veaux vers le Gué de Monthiers. Ce défilé tumultueux, dans une plaine inondée, sous un ciel d’orage, n’est pas sans grandeur. M. Vuillcfroy se montre puissant dessinateur dans ses Bœufs surpris par le mauvais temps. Que n’est-il coloriste au même degré? Un artiste qui possède à la fois le dessin et la couleur, c’est M. Paul Vayson. Ses Taureaux de la Camargue, pourchassés dans l’eau par des jiiqueurs à cheval, fuyant et beuglant, forment un spectacle d’une originalité saisissante. Ajoutons la Génisse, de M. Edouard Vié, qui se recommande par de sérieuses qualités d'exécution, et nous aurons terminé avec l’espèce bovine. Quant aux moutons, la palme revient sans conteste à M. Théodore Jourdan, qui méritait assurément une médaille pour son Passage du ruisseau.
L’arrivage des fleurs devient chaque année plus consi-
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dérable. Il ne faut, pas s’en plaindre, car le genre est charmant. Il est facile aussi, et ceux qui s’y adonnent ne tardent pas à Y exceller. Exemple : M. Georges Jeannin, dont les débuts remontent à quelques années ; sa IJotléo de fleurs est d’un éclat, d’une richesse de tons incompables. Mais pourquoi une « bottée» ici et une « brouettée » là? C’est dépasser la mesure du goût français. Trop de fleurs, dit-on dans une de nos comédies. Le Cerisier et VEçjlantier, de M.Krcydcr, sont d’une grande fraîcheur, quoique un peu durs comme toujours. Les Roses de t\l. Eugène Petit, sont d’un coloriste ; mais le dessin n’en est pas suffisamment écrit à mon gré. Au contraire, la Bourriche de pensées, de M. Paul Vayson, me satisfait complètement; on dirait la nature même. M. Charles de Serres, dont j’ai oublié un excellent Portrait de Boudouresque, suspend au mur un vase de faïence orné de Fleurs printanières-, c’est original et exquis.
SCULPTUltE
La grande sculpture est moins nombreuse cette année au Salon. Plusieurs sculpteurs de mérite sont absents ou ne sont qu’imparfaitement représentés. M. Paul Dubois a jugé à propos d’envoyer au Cbamp-de-Mars les deux nouvelles figures Ta Foi et la Méditation), qui doivent compléter son tombeau du général Lamoricière. xM. Chapu n’a qu’un buste. Quant à M.Mercié, occupé aux tombeaux d’Arago et de Michelet, il s’est abstenu d’exposer au palais des Champs-Elysées. Dans ces conditions, l’attribution des deux médailles d’honneur à la sculpture paraît particulièrement choquante.
AN'NllE 1878
J’ai dit que M. Dclaplanchc avait mérité la médaille d’honneur antérieurement, lorsqu’il avait produit 1(3 plâtre des deux statues dont il expose aujourd'hui le marbre, et que, quantaux groupes nouveaux de xMM.liarrias et Gautherin, c’est à ce dernier qu’il eût fallu donner la récompense su])rcme. Le groupe de i\l. Barrias est beau assurément, mais il manque d’unité. La posture d’Eve étreignant douloureusement le cadavj'e d’Abel contrarie le mouvement d’Adam. H est impossible d’ailleurs qu’Adam et Eve, dans la position qu’ils occupcnl,. fassent trois pas. Aussi, Adam ne marcbe-t-il plus; il semble qu’il vient de s’arrêter jjour donner à Eve le temps d’embi-asser une dernière fois son fils. Tout cela est compliqué et laisse de l’incertitude dans l’esprit du spectateur. Bien que de simple, au contraire, dansl’œuvre de M. Gautherin. Le groupe se compose avec aisance et justesse, enfermé sur toutes ses faces dans des ligues souples et harmonieuses. Le corps d’Eve est de toute beauté. Le mouvement de terreur qui la rapproche d’Adam, comme si elle cherchait dans son sein refuge et protection, est d’une nouveauté saisissante ! L’expression de sa physionomie, où rétonnement su mêle à la douleur, complète la pensée. Si le visage d’Adam était moins vulgaire, le groupe serait irréprochable de tous points. Aussi, plus je compare les deux envois, plus je m’enracine dans mon idée du premier jour: le Paradis perdu, voilà l’œuvre supérieure et celle qui devait être récompensée. Elle ne l’a pas été parce que, quand un sculpteur libre, même à talent égal, se trouve en concurrence avec un prix de Rome, c’est toujours le prix de Rome qui l’emporte.
M. Hector Lemaire, auteur d’uu Samson trahi par Dalila, a été déclaré prix du Salon. Il y a des qualités dans ce groupe et beaucoup d’inexpérience. L’opération à laquelle se livre Dalila avec ses ciseaux est singulière. Elle s’applique à couper l’extrémité d’une des nattes de Samson, comme si elle était ])lus préoccupée de faire pousser les cheveux de l’hercule que de les tondre. Ces