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sans crier j^^are, et nous piaula devant les yeux, savezvous quoi? l’Egypte sous là 19'' dynastie. C’était nous reporter plusieurs milliers d’années en arrière. Personne ne s’attendait à un tel coup, pas même Gérôme, qui y perdit net la moitié de ses admirateurs. Un peintre plus savant que lui, plus antiquaire que lui, se révélait. Qu’était le monde de l’empire romain, comparativement ù, celui de l’Egypte ancienne? Presque une actualité. Le prestige était évanoui ; il allait falloir changer de sujet. Justement, sur ces entrefaites, Gérôme perdit un auxiliaire dévoué, dont la science archéologique lui avait été, dit-on, une aide plus qu'utile. Comment hésiter? L’auteur des Deux augures secoua la poussière de ses pieds, et, lâchant le monde romain, courut en Orient demander à d’autres peuples et à d’autres deux des nouveautés non encore éventées. Resté vainqueur, M. Alma-Tadema ne s’endormit pas sur ses lauriers. Après quelques imuirsions chez les barbares, d’où il rapporta je ne sais quelle Brunehaut ou quelle Frédégonde, il envahit à son tour l’empire romain, et prit, en conquérant victorieux, possession du territoire abandonné par son adversaire. L’an passé, c’était une Mort de Claude, passablement énigmatique; cette année, c’est la cérémonie des Vendanges romaines sous les empereurs. Ceux qui croient que le peintre a qualité pour ressusciter des époques éloignées sur lesquelles il ne peut avoir que des renseignements de dictionnaire, ceux qui n’admettent pas que la seule façon pour le peintre de travailler à la matière historique soit précisément de représenter les hommes et les choses de son temps, — comme le firent Ilolbein, Velâzquez, Titien, Rembrandt, et tant d’autres qu’il serait trop long de nommer, — ceux-là, dis-je, prendront grand plaisir à détailler la composition de M. Alma-Tadema. Elle a deux défauts : l’architecture écrase les personnages et l’unité du tableau disparaît sous la multiplicité des accessoires. Mais ce sont là les défauts du genre. On ne ))eut pas être à la fois pittoresque selon les conditions de l’art, et archéologique selon les con ’itions de la
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science, puisque l’archéologue doit rechercher avant tout la précision des détails, tandis que le peintre ne peut obtenir son effet qu’en subordonnant les détails à l’ensemble. Cette eontradiction suflirait, à défaut de toul autre raison logique, pour faire condamner le genre. Il paraît qu’elle n’est pas sensible à tout le monde, puisque le bric-à-brac antique a encore ses idolâtres. Signalons-leur qu’ils pourront admirer en outre, chez M. Alma- Tadema, une douceur de coloris et une vérité de rendu que n’eut jamais M. Géroine. Il y a dans ce tableau de vendanges des marbres, des bronzes, et surtout des poteries, qui feront le désespoir du peintre des rjladiateurs.
Les réalistes ne demandent leurs sujets ni à la fantaisie ni à l’érudition. Les particularités curieuses de l’histoire leur sont en mépris aussi bien que les dévergondages de l’imagination. Ils pensent des tableau.v ce que -Montesquieu pensait des lois : on no crée pas les lois, on les découvre - on n’invente pas les tableau.Y, on les conslate. La vio en est pleine; il est impossible d’entrer, de SOI tii , de laiio nn pas, sans se heurter à eux. Lu homme qui marche dans une ville comme Paris, en voit plusieurs milliers en un jour. La question est do les saisir au jiassage et de les li-\er. Pour cola, il laut avoir l’ocil clair et la main sure. Oualités rares. Combien de peintres no sa- ^ent pas voir en peintres ! Combien ne comprennent pas les beautés do la nature! Combien s’ennuient au sein de la réalité! Combien se sont élancés vers l’Orient, trouvant le paysage des campagnes de France vulgaire et sans charme! Combien remontent dans la mythologie, ou dans l’histoire pour fuir la société présente, déclarant les caractères rabaissés, les originalités effacées, les costumes ridicules; les habitudes triviales ! Ils ont sous les yeux le champ le plus vaste, la société contemporaine avec ses diversités inlinies, avec tout ce qu’elle embrasse, les classes, les professions, les caractères, les mœurs, les sentiments, les idées, les combinaisons éternellement mouvantes formées par les intérêts ou les passions, et ils se prétendent à l’étroit! An lieu de se pencher, d’exami-
SALO.NS
ner, de décrire, ils rêvent à ce qu’ils pourront luen tirer de leur cervelle. Vous les appelez des âmes nobles, pocliques; moi, je prétends qu’ils ont le cristallin malade et l’esprit racorni. Le dédain qu’ils afllchent pour les spectacles familiers n’est qu’une incapacité de voir et une impuissance de rendre. Quand on ne peut serrer la nature d’assez près pour en exprimer la vie, on n’a rien de mieux à faire que de se réfugier dans l’idéal, c’est-à-dire le néant.
Qu’est-ce en somme que la poésie, sinon la fleur même de la réalilé? Le domaine du peintre de genre est le même que celui du romancier, que celui du dramaturge. Pourquoi n’y trouverait-il pas, comme ils font de leur côté, les beautés immortelles conformes au génie de son art? Mais, pour saisir dans l’immense tourbillonnement des faits et des choses les éléments spéciaux à la peinture, ceux qui constituent proprement le pittoresque, pour leur imprimer ce caractère d’élévation et de force ([ui fait d'un produit de la main une œuvre d’art et qui le rend durable, il faut être particulièrement doué. Tous ne le sont pas; inais, au nombre de ceux qui le sont le plus, il est juste de citer Bonvin.
Bonvin est un des peintres dont notre école s’honore; il a au iilus haut degré la conception du tableau. Rien d’inutile dans ses compositions, oti pas un détail n'entre (|ui ne contribue à l’elfet. Dessin, couleur, distribution savante de la lumière, interprétation intelligente de la vie, observation attentive des caractères, traduction lidèle des sentiments, tout s’y trouve. Peut-être y a-t-il quelque sécheresse rà et là dans le Réfectoire, mais le Laboratoire est tout simplement parfait.
M. Bonnat réussit mieux dans le genre que dans la gi-ande j»einture. Son exposition de cette année en est la preuve. Ce Scherzo, même avec son thème banal, est trop franchement peint pour no pas enlever les suffrages ; et, quant au Barbier turc, si juste de pose, si naturel de mouvement, je ne crois pas qu’il soulève aucune objection.
M. Beyle semble vouloir renoncer aux saltimbanques
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et grandir un peu le cadre de ses scènes, double ienlative dont il l'aut le louer. Son Marchand de Inhelols faisant jouer un poignard dans sa gaine est d’une excellente facture. Mais pourquoi l’avoir fait nègre? Est-ce qu’un marchand parisien, placé dans une boutique et se livrant à la même oj)éralion, présenterait moins d’intérêt? Personne n’oserait le prétendre, à moins de faire consi.ster l’art dans la matérialité d’un costume ou d’une couleur de peau. Mais non, il y a là une fausse conception <le la poésie, que je ne blâme pas chez les peintres d’âge comme M. Bonnal, puisqu’elle a été contemporaine de leurs débuts, mais dont les jeunes gens devraient â la lin se débarrasser. Non seulement il faut être de son temps, mais il n’est pas mauvais d’être de sa nation. Si l’art français ne se propose pas pour but la glorirication de la l' rance, quelle prise aura-t-il jamais sur les masses?
M. Détaillé a balancé un instant le succès de M. de Neuville, mais je crois que cette méprise du public n’a pas duré. On s’est aperçu vite qu’â regarderies Dernières cartouches l’émotion croissait, tandis qu’elle baissait â regarder la Hetmite. Voilà qui établit nettement la dilTérence des deux œuvres. Le tableau de M. Détaillé est froid, en somme. L’officier à cheval, l’attelage du caisson désemparé, sont les meilleurs morceaux. Ils sont traités avec une habileté consommée ; mais cette habileté e.st trop apparente pour ne pas nuire à l’impression. Quant au paysage, le soleil n’est pas à son plan, et la forêt n’a pas la vigueur de nature. C’est à cette partie de son art (jue M. Détaillé devrait surtout veiller. Il sort d’une école où le paysage a toujours été sacrifié; le jour où il saurait le traiter comme la figure, il serait maître.
Un nouveau venu qui s’annonce avec des qualités sérieuses, c’est M. Léonce Petit, illustrateur, je crois, d’un de nos journaux populaires. Sa Rue d’une petite ville est d’une exécution franche et solide. Ce sont des vielleux arrétés dans un carrefour : les gamins arrivent, les commères paraissent aux fenêtres, le quartier est en mouvement. Le tableau s’arrange de lui-même, sans effort.
SALONS
Tout est bien vu et bien rendu. Voilà qui annonce un peintre.
-M. Luminciis ferait peut-être ])ien do licencier son armée de (iaulois. Certes, le Gaulois a du bon, mais toujours des Gaulois, toujours la même ligure avec le même casque, toujours le même bras nu avec le même muscle, (•est trop. On se lasse des choses lesmeilleures, et quand on se lasse, on s’aigrit, et quand on s’aigrit, on cherche les défauts. On remarque, par exemple, que les Gaulois qui portent le sanglier ne marchent pas comme des hommes qui ont un poids sur l’épaule; ou remarque... Oue M. Luminais renvoie ses Gaulois dans leurs foyers, se reposer un an ou doux.
M. Clmann a peint un curieux épisode de la vie espagnole, El Ochavüo del jneves (le denier du jeudis La scène se passedansla rue, à Burgos; hommoset femmes, assis ou debout, attendent la distribution que fait une espèce de prêtre revêtu du chapeau traditionnel. Dans le fond, par une trouée lumineuse du meilleur effet, on aper- (;oit d’autres tiguriues ({ui se perdent dans réloignemont. I.os personnages du premier plan sont étonnants de vie et de naturel. Attitudes, expressions, costumes, tout est pris sur le vif; et quoique l’ensemble soitpeut-êtro un peu éparpillé, l’impression est excellente.
M. Firmin (iirard a voulu faire uneexcursion au Japon. Fantaisie d’un naturaliste qui aime à proposer des problèmes à son pinceau ! il en est résulté la Toiiclto japonaise, qui est une des œuvres les plus réussies du Salon. 11 y a notamment une fenêtre ouverte, par où l’on voit un ciel, une plage et un bout de mer; c’est délicieux de finesse et de vérité. Je m’arrête à cette petite toile, parce qu’elle est le caprice d’un homme de talent, qui, j’en suis sûr, ne s’attardera pas à ces sujets exotiques et qui reviendra bien vile en France, où il a mieux à faire.
M. Munkacsy est un jeune Hongrois qui s’acquit une célébrité, il y a quelques années, par la belle toile du Condamné à moid. Il reparaît parmi nous avec une œuvre conçue dans le même sentiment moral et le même