AN^ÉE
syslemc do col.oralion noire. C’est un épisode de la. gnen-e de Hongrie ; des femmes, assises autour d’une table ecoulent le récit d'un blessé en faisant de la charpie. Le récit doit être émouvant, car ratlcnlioii, difl'éleiitc chez chaque personnage suivant le sexe et rà'>-c est proloudect en quehjuc sorte religieuse. 11 y a là des types vrais, une idée noble et élevée, .rinclinc à croire 3;cpcndant que M. Munkacsy avait touché plus près du but avec le ConcUunné à mort.
A l’égale distance des fantaisistes, des archéologues et des réalistes, plus haut dans la faveur publique, uiais plus bas dans l’échelle des arts, se place l’école des intiniment petits, autour do laquelle se fait aujourd’hui tant de bruit et de poussière. Cette école, qui co iimence à -M. rWeissonicr pour tinir à M. Jazet, la dernière recrue entrée eu ligne, se distingue par la petitesse du cadre I ingéniosité du sujet, la minutie de l’exécution Elle lient des fantaisistes, l’amour de l’anecdote piquante • des archéologues, le goût du costume historique - des réalistes, l’habitude du modèle vivant. Ce dernier point est a son actif. Si une certaine bourgeoisie ne s’était cngoiiea d’elle jusqu’à l’extravagance, si scs produits microscopiques n’étaient pas les plus haut cotés par la spéculation, on pourrait lui faire un titre de la justesse do ses poses et du naturel de ses attitudes. Mais l’accueil qui lui est fait est tellement disproportionné avec son mente,, le danger qu’elle fait courir au goût public esl tellement visible, qu’on est obligé de se montrer sévère et (1 accuser un charlatanisme qui force la curiosité, de la même façon que d’autres forcent une carte. Il y a dans cette détestable école une apparence de savoir faire mais peu d art. Elle attire la foule par l’imprévu du sujet elle la retient par l’étrangeté du costume. Grâce à ce subterglace aussi a certaine vérité d’allures et de geste«! elle fait oublier l’inlîrmité de l’idée, l’incohérence de la composition, les lacunes du dessin, l’acidité de la couleur c’cst-à-dire les qualités primordiales et nécessaires, sans lesquelles on ne peut pas dire qu’il y ait œuvre d’art.
SALONS
M. Bernc-Bellecoiir, par exemple, s’imagine qu’on compose un tableau comme on ordonne une scène de théâtre. Vous verriez le Jour des fermages représenté à la Comédie-Française, il ne serait pas autrement disposé sur les pranchcs que sur la toile. A gauche, le propriélaire, goutleux et la jambe empaquetée, premier centre d’action; a droite, l’intendant en train de recevoir et de donner quillance, deuxième cenlre daclion; au milieu, troisième centre d’action, le groupe de la jeune Hile qui n’ose avancer et que la matrone encourage. Et non seulemenl la scène est distribuée par un régisseur et non j)ar un peintre, mais tous les personnages jouent un rôle et posent. Ainsi la composition est artificielle et l’action est triple ; d’où, ni impression ni eBet. Quant a 1 idée, s il n \ a pas quelque polissonnerie au fond, c’est un pur enl'anlillage. Que reste-t-il ■?
M. Vibert est moins heureux encore. Il était si désireux d’ai)peler fattention, qu’il a mis dans son Dépari (les mariés quatre tableaux: tableau des commis&ionnaires qui emportent les malles ; tableau des mariés cl de leurs amis buvant le coup de l’étrier ; tableau des femmes assises et regardant le départ; tableau des buveurs attablés. Que dis-je quatre tableaux? Tout fait tableau dans sa toile, et tableau séparé : les corniches, les pigeons, les guirlandes de Heurs, les étoffes, les figures môme. Bien ne se tient, rien ne se lie, rien ne se fond. Chaque objet est traité en soi, séparément, avec la même valeur que son voisin ; c’est l’antipode meme de la peinlure.
M. AVorms a de plus que ses deux confrères le sentiment du tableau: il sait voir un ensemble, comme le prouve la Tante a succession. M. Louis Leloir a encore quelque chose de plus, c’est un coloris presque agréable: son liaptéme est de beaucoup le meilleur tableau de la série. Mais qu’adviendrait il, grands dieux ! si, au lieu d’être habillés à la moyen âge, ces figurines l’étaient à la moderne?
Ce sont là les célébrités actuelles de l’école lillii>u-
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liennc. Elles ont laiL {»àlir rancicnne renommée des l'dchel, des Cliavet. Mais déjà une qnene lernl)le s’agite derrière elles. M. Melida jiarait vouloir opposer la vérilal)le l^spagne à l’Espagne convenlionnelle adojdée par M. Vibert. M. André jette le eri de Vive le rotj ! et appelle les bons principes à la rescousse de sa peinture. M. (niés agite des eombats de coqs, qu’il ne daterait pas de Louis Xll s’il n’y avait quelque allusion aux d’Orléans. Oni sait si domain, la politique aidant, le gouvernement do combat ne se mettra j)as dans l’all'airo?
O’est le lion Moissonnier quia engendré ces lionceauxlà, Meissonier ! voilà longtemps que son art funeste pèse, sur la conscience j)ubli(|ue. Aujourd’hui ce n’est plus seidemont par lui-mème et par ses (ouvres ({u’il dégrade le goût lram;ais, c’est par la génération d’élèves qu’il a lorinés à son image. 11 est inq)0ssible de condamner l’œuvre dos élèves sans loucher quelques mots do celle du maître. M. Meissonier n’a jamais su faire un paysage, établir nn terrain, jieindre un ciel, exprimer l’almosjdièro du grand jour et du plein air. Dans la cervelle de oot illustre peintre, il ne manque que le ciel, la terre, la mer , le soleil , les étoiles, toutes les ])oésies de la nature et de la vie. Et comme si ce n’était pas assez de cetle dérision, le sort en a enlevé à l’artiste le coneepi de la femme. M. Meissonier n’a. jamais pu, ni su, ni voulu peindre de femmes. L’être par excellence, celui qui résume toutes les sensations charnelles, qui fait le charme et la volupté des yeux, n’existe [las pour lui. 11 il est pas do peintre, pas d’artiste, ([ni ne se soit fait nn idéal delà femme, qui n’ait tenu à stqu’èmo honneur de la rendre sous ({uoiqnos-uns do ses as[)ects. Nue ou drapée, mère ou courtisane, c’est elle ([ui domine dans 1 admiration des peuples, et l’art universel n’est qu’un long hommage rendu à sa beauté. Eh bien! M. Meissonier no la connaît [)as, il ne l’a jamais vue, il ne lui a jamais fait [dace dans ses tableaux ! Mutilé, amoindri, borné de la sorte, an moins M. Meissonier sait-il animer et faire vivre le triste coin du monde oîi son esprit est
SALONS
muré, sans horizon ni lumières? Pas même. Pour rendre intéressantes ses petites photographies coloriées, il est obligé d’avoir chez lui- un magasin de bric à brac et d’habiller ses modèles en marquis ou en valets Louis XV. Supprimez par la pensjée ces costumes et remplacez-les par des vêtements actuels, à l'instant tout l’intérêt s’en va .
Grand Meissonier, dit la réclame : petit, très petit Meissonier, dira l’histoire.