LES PORTRAITS. — LES PEINTRES DE STYLE. — LA
SCL'LPTURE
C’est dans le portrait que l’école française a montré le moins d’alternatives de force et de défaillance. 11 semble que le clair génie de notre race se soit tout de suite trouvé à l’aise, dans un genre qui demande avant tout du coup d’œil et de la raison. Dès le XVD siècle, nous y étions passés maîtres : la petite salle des Clouet, au Louvre, égale l’art d’ilolbein pour la justesse et le dépasse pour la grâce. Le goût italien, surajouté au faste monarchique, ne suffit pas pour éteindre en nous cette clarté maîtresse. Depuis les Valois jusqu’à nos jours, c’est une succession non interrompue de portraits, in- . limes ou d’apparat suivant les conditions du moment, mais presque toujours égale à elle-même. Aucun peuple ne pourrait en aligner une suite aussi longue et aussi soutenue. Même au.v temps de décadence, nous y étions supérieurs : il est telle figure de la galerie Lacaze (celle qu’on a longtemps prise pour Mme Lenoir et attribuée à Chardin) qui peut soutenir la comparaison avec les plus
célèbres. Dans notre siècle, l’immortel Louis David lui a imi)rinié un tour nouveau et énergique. Ingres, qui vient, après, lui doit ses succès les plus incontestés. Et, si le pinceau réaliste de ces deux maîtres a fléchi en passant dans les mains débiles de Flandrin, si de Elandrin à Cabanel la chute a été plus grave encore, il se rencontre çà et là, dans l’art libre et dans l’école de Rome, assez de vocations heureuses pour nous permettre de maintenir notre vieille prépondérance.
Nous avons parlé de M. llenner; il est de l’école de Rome. Qui n’en est pas, c’est Mlle Nélie Jacquemart. Son Portrait de M. Dufanre est aussi fortement rendu qu’intelligemment compris. Jamais encore Mlle Jacquemart n’avait atteint cette vigueur et cette netteté. Les moeurs du modèle sont exprimées, aussi bien que sa fonction sociale et son caractère. Ce n’est pas le ministre, ce n’est })as l’homme d’Etat qui est représenté, c’est l’avocat; et ainsi l’artiste a délaissé les cotés passagers pour s’attacher au seul élément durable : on ne saurait montrer plus de sagacité. M. Dufaure, en effet, est essentiellement avocat. Sa fortune publique, comme sa fortune privée, n’a pas d’autre source que sa profession, et, à la tribune lies assemblées, il a valu ce qu’il valait au barreau. Terrible à l’attaque, son humeur grognonne se lit dans les replis de sa forte bouche et dans le mouvement boudeur de ses lèvres. La pose familière, la toilette sans correction, les mains triviales, sont autant de traits par où les habitudes se décèlent. En somme, excellente interprétation ; œuvre de moralisle autant que de peintre. Deux seuls défauts d’exécution sont à relever : les cuisses imparfaitement modelées, le fond lie-de-vin qui nuit au relief du visage.
M. Manet a fait un portrait qui se compose comme un tableau, et qui exprime aussi par les traits saillants les mœurs du personnage représenté. Ce portrait, le Bon bocli, a eu du succès et il le méritait. Jamais M. Manet n’a mieux peint. Sa couleur conserve son harmonie et son modelé prend une véritable puissance. Pourquoi
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faiil-il qu’il ait négligé à cc point ses extrémités? Les imiins, étant en avant de la figure, devraient être logir|nement d’un dessin plus serré que celle-ci. Pourquoi sniit-clles si dcplorablement lâchées? Avec le progrès (|!io fait le gofit contemporain, je ne vois que cette cause do querelle entre M. âlanet et le public sérieux. Dût-il lui en coûter cher, il devrait s’efforcer bien vite delà IVjre disparaître.
Passons sans nous arrêter devant M. Cabanel : ce bourreau a saisi la superbe (jomtesse cleM-.. A..., un modèle digne de flubens pour l’opulence des formes aussi bien (pic pour la qualité des chairs, et, sans pitié pour sa jeunesse, sans respect de sa beauté, il l’a enfermée dans un de ces contours maigres, dans une de ces peaux veilles, lisses et froides, dont il a le lugubre secret: le spectacle d’une torture aussi imméritée donne le frisson.
Il n’y a plus qu’une voix, je pense, sur le portrait de Mlle Croizette, par M. Carolus Duran. C’est un contresens par la pensée, et un mauvais tableau par l’exécution. Tels sont les châtiments du charlatanisme en art : au premier jour, le public est étonné, subjugué, ébloui ; â la réllexion, il revient, il cherche les raisons de son élilouissernent, et est supris de ne trouver à l’analyse rien qui résiste. De là des mécomptes et une certaine rancune. Pourquoi un portrait équestre de Mlle Croizette? A-t-elle gagné des batailles comme Jeanne Darc? A-t-clIe été portée comme Prim, dans les flots d’une révolution victorieuse en train de renverser une dynastie royale ? ou bien simplement est-elle écuyère â l’Hippodrome et faitelle sa profession du cheval? Ai Tun ni l’autre. Le peintre n juché son modèle sur un cheval, parce que c’était son caprice d’abord et qu’ensuite il y avait là un moyen d’attirer l’attention. Sa philosophie et son esthétique ne vont pas plus loin. Il n’imagine pas qu’on soit tenu de peindre les gens chez eux, dans leur milieu moral et, si l’on peut dire, dans leur atmosphère accoutumée. Il habille une comédienne du Théâtre-Français en amazone et la place au bord de la mer: c’est exactement comme s’il l’habil-
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lait en Arabe et la campait sur un dromadaire en plein Sahara, comme s’il l’habillait en Indoue et la jjiomenait sur un éléphant au bord du Gange. La disconvenance ou, — pour ne ]>as reculer devant le mot français, — l’inconvenance est la même. Voilà pour la conception, la partie la plus intellectuelle, la plus relevée de l’art du peintre. Quant à la facture, il faut bien reconnaître que si le visage, malgré ses ombres noires, est charmant, le bras droit ne tient pas à l’épaule, le jupon noir est maigrement drapé, le cheval est un mannequin sans vie ; et, comme d’ailleurs la perspective aérienne et la perspective linéaire sont également méconnues, comme la mer et le ciel ne sont pas plus modelés que la plage, l’ensemble fait placage sur le fond et donne tout à fait l’impression d’un papier peint. Après les portraits vulgaires, mais énergiques de l’an passé, je ne m’attendais pas à une pareille chute. Le peintre ne s’en relèvera pas, à moins de cesser de produire et de méditer pendant plusieurs années sur les conditions de son art. Le Portrail de Jacques n’est pas fait pour atténuer ce jugement sévère: on n’est jamais forcé de faire un tour do force en peinture ; mais quand on le tente et qu’on appelle le public à regarder, il faut réussir; le succès seul justifie une fanfaronnade.
Ne craignez pas do préférer à ces images prétentieuses le charmant tableau des trois Demoiselles P..., do M. Dehodencq, ou bien la tête expressive de Mlle L..., par M. Paul Dubois. M. Dehodencq est un coloriste harmonieux, qui laisse ses modèles dans le milieu discret où iis vivent d’habitude, et M. Paul Dubois, — un sculpteur qui s’essaye à peindre, — apporte dans l’interprétation des physionomies une force de pensée inconnue aux improvisateurs. Nous arrêterons-nous devant ce portrait de Français? 11 n’est pas heureux. Signalons plutôt M. Jalabert et son Portrait de la princesse S..., traité avec un charme extrême dans le goût décoratif du xviii® siècle ; M. Bonnegrâce, qui s’est peint lui-même dans un sentiment un peu romantique, mais qui, dans le Portrait de
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Mlle Cellier, a montré avec quel goût on peut disposer une dentelle ou modeler une main de femme ; M. llnmbert, qui a fait de M. IF. de L...,un portrait très lerme et très franc ; M. Arnaud Laroche, dont la ünc execution doit plaire aux natures féminines ; M. Cot, qui rachète ]irr une jolie figure le succès de mauvais aloi que lui a valu son escarpolette ; enfin des nouveaux venus, M. Margottet, Mlle de Vomane, M. Ragot, d’autres encore, dont le public pourra reconnaître les sérieuses qualités quand l’administration voudra bien placer leurs toiles moins haut.
Je ne dirai qu’un mot de V Invasion de M. Joseph Blanc, du Satiire de M. Bouguereau, des Danaïdes de M. Robert Lleury, du Roland à Roncevaux de M- Guesnet, de la Vision (le M. Olivier Merson, du Héros tueur de monstres de M. Maillard, des tableaux de MM. Puvis de Cliavannes, Jobbé-Duval, Henry Lévy, Thirion, Humbert, etc. Ce sont des exercices de rhétorique. L’Etat a beau encoul’ager cette peinture, la subventionner, la médailler, la décorer : la société ne la reconnaît pas comme sienne et s’en désintéresse de plus en plus. Qu’un elève se façonne la main à ces arrangements périlleux et compliqués, c est acceptable ; mais tout de même qu’un collégien entré dans la vie oublie ses compositions scolaires pour a})pliquer son esju'it aux réalités pratiques de l’existence, tout de même l’apprenti devenu artiste doit transporter dans le domaine réel et appliquer à la vie ambiante la science d’exprimer qu’il a acquise dans ses études. Continuer, après l’Ecole des Beaux-Arts, à peindre des Danaïdes, des Nymphes ou des Bacchanales, c’est comme si, après le lycée, on prétendait écrire en grec ou en latin. Quenotre éducation nous serve à donner à nos idées un toui plus hardi, une forme plus serrée, rien de mieux ; mais i est de première nécessité que nos idées soient nôtres, qu’elles répondent aux préoccupations de notre temps, qu’elles fassent partie intégrante du mouvement social qui nous emporte. Les idées de l’Ecole des Beaux-Arts sont des idées mortes, la langue qui les traduisait est une
langue Irépassée. Une cerlaine convenüon a pu leur donner un inslant de vie, mais celte convenüon elle-même a cessé d’êlre. Et c’est ce qui fait que cette prétendue peinture de style, qui, selon ses thuriféraires, résumerait les plus hautes notions de l’art, est à peine regardée de nos contemporain^. Une société qui vit, c’est-à-dire qui travaille et qui j)ense, invente perpétuellement ses formes artistiques comme elle invente perpétuellement sesformes littéraires, morales ou juridiques. En d’autres termes, vivre c’est créer, et, en matière d’art, tout ce qui n’est ()as création n’csl pas vie, |)ar consé(iucnl reste nul et non avenu. Voulez-vous, par un exemple court, vous faire une idée de l’écart qui existe entre la peinture telle que l’Etat la préconise et la peinture telle que la Société actuelle la demande? Regardez le tableau de M. Joseph Blanc. Ce jeune élève de Rome a peint une invasion telle, qu’on pourrait la qualifier d’idéale. Il a généralisé les j)rincipaux traits qui signalent rentrée d’un conquérant dans une ville jirise d’assaut : des groupes do morts ou de mourants ; des soldats poursuivant les vieillards sans défense ou ravissant les femmes éplorées ; des enfants accroupis parmi les ruines ; des statues renversées ; et, dans celte scène do désolation, se dressant, comme le dieu du carnage, un empereur romain à cheval suivi de toute la cohorte de ses légionnaires. Rien n’est oublié. Mais c’est de l’horreur à froid, de l’horreur telle qu’on en fait en rhétorique, quand on n’a rien vu encore et qu’on connaît seulement les choses par les livres qu’on a lus. Maintenant rappelez vos souvenirs ; que ceux qui ont vu Strasbourg bombardé, Razeilles en tlammcs, les villages dévastés, les maisons pillées, les francs-tireurs bridés, les populations errantes ou mourant de faim sur place, évoquent les images qu’ils ont eues sous les yeux ; et puis qu’ils comparent ! La jiàge de l’élève de Rome devient une déclamation froide dont chaque phrase porte à faux. Composition, dessin, couleur, elTet ; il n’y a rien de juste, rien de vi-ai, rien qid approche de ce que vous avez resseuli, de l’émotion dont votre cœur est encore gonflé. U’où
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vient cette infériorité radicale? De ce qne la peinture est lin art matériel et concret qui vit do faits et non d’allégories; de ce qn’iin tableau est la représentation d’une chose vue sur nature complétée, si l’on veut, par l’imagination, élevée par elle à son maximum de puissance et de vérité, mais nullement d’une chose conçue d’après des livres ou meme d’après d’autres tableaux. L’école de Home a vécu de tout temps sur cette équivoque. Mais voilàquelasociété, éclairée à la Un, demande que l’équivoque cesse : l’école de Home se rangera au vœu de la société ou périra.
La sculpture est toujours la partie solide et forte de noti'e art national. Ici on ne connaît pas les engouements de la mode, on ne sacrifie pas aux succès d’argent. ()n travaille, on réfléchit, on cherche lediflicile moyen d’inscrire son originalité dans le marbre. Pas de suiqirise, pas d’imprévu. Tout vient avec le temps, et rien ne vient qu’avec lui : le talent, les récompenses, la gloire. Les improvisateurs sont inconnus et les corrupteurs n’ont |ias place. Un Meissonier ou un Gérôme, cela ne se conçoit pas en sculpture. Aussi, quand on erre entre ces idates-handes fleuries, quand on suit cette longue rangée de statues ou de bustes qui ont été si opiniàtrément voulus ou si longuement caressés, on se sent dans une atmos- [dière bienveillante et amie. L’esprit, que beaucoup de peinture laisse toujours agité, se calme, se détend. De ce peuple de créatures immobiles, muettes, qu’accompagne si bien la verdnre des plantes, il se dégage je ne sais quelle impression d’austérité et de paix. Tant de travail accumulé radoucit, et ce n’est jias en juge, c’est en admirateur ipi’on se promène.
Les belles statues sont en nombre. Une des plus charmantes est le Premier miroir, de M. Baujault. Ce premier miroir, vous l’avez deviné : c’est une eau claire dans laquelle la jeune fille, debout, nue, la tête penchée en avant, essaye de démêler son image, .l’ai rarement vu une figure plus véritablement virginale. Une ligne élégante enveloppe les formes sveltes. Peut-être le visage est-il un peu troji travaillé, poussé un peu trop loin,
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coimiie on dit en termes dn métier. Mais ce n’est pas un reproche ciue je fais; l’objet est si chaste, si gracieux, qn’on ne s’arrêterait pas même à un défaut plus grave.
La Jp/uno ji Ue o,n bain, de Mme Léon Bertaux, est tout l’opposé. Elle est grassouillette et un peu courte, sije no m’abuse. Le visage n’a rien d’agréable et la libellule qui sert à justifier le mouvement de la tête semble un détail fulile. Mais quelle chair! Comme ce corps est sou])lo et forme! On le dirait vivant. Begardez le sein, les bras, les cuisses; faites le tour ; la figure se compose sans effort et de tous les côtés offre un aspect agréable. 11 est difficile de se tenir aussi près de la nature et d’atteindre à celte puissance d’art.
Le Secret d’en haut, do M. Moulin, présente un peu plus de complication. Le sujet esta deux personnages ; nn Terme et un Mercure. Le Mercure glisse cà l’oreille dn Terme, dont la bouche se fend de rire, le récit do quelque gaudriole olym])ienno. Comme on le pense, le Terme n’est rien, et l’intérêt tout entier se rencontre sur le Mercure, représenté sous la forme d’un adolescent. Cotio ligure est vraiment de premier ordre. Elle honore le Salon. Si je faisais autre chose ici que de grouper des notes, je me i)lairais à en détailler la construction savante, à en montrer la finesse et la vigueur. Elle n’a contre elle qu’un point, c’est qu’elle est traitée un peu on bas-relief et n’a, pour ainsi dire, qu’un côté; mais la faute est au sujet, si faute il y a.
L’Eve naissante de M. Paul Dubois jaillit du sein do la création comme un jeune animal un peu étonné d’être au monde et de respirer. C’est un projet on plâtre. En passant du plâtre dans le marbre, la figure se purifiera : il y a çà et là des engorgements qui ne peuvent échapper à un praticien aussi exercé que l’auteur du Saint-Jean- Baptiste. Puisque je parle marbre, il faut saluer en passant la petite merveille due au ciseau do M. Eranceschi. C’est une jeune fille qui en se réveillant étire s(‘s bras et cambre ses reins dans une pose difficile à décrire, mais expliquée par la présence de deux tourterelles en
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train de se caresser sur le bord de la chaise où l’enfant est assise. Il y a bien un peu de recherche dans l’idéç et dans le mouvement. Mais*cela admis^il est impossible de voir un plus joli corps et plus délicatement travaillé, bes mains, les bras, le torse, sont à l’avenant; l’ensemble, d’un charme exquis, s’arrange de la plus jolie façon du monde.
Une autre statue très remarquée, c’est la. Jeune fille à la fontaine de M. Shœneverk; sa forme élégante et pure appelle le regard de tous les côtés, le motif retient par ses grâces poétiques. La Galalhée de IM. Perrault s’impose à l’attention par des qualités plus robustes : la simplicité de l’allure et la grandeur du geste. Citons encore le Messager de M. Victor Gliappuy, vigoureuse figure, conduite avec soin et attentivement étudiée sur la nature, la Bacchante de M. (^ougny, que son auteur a hardiment représentée buvant et montrant déjà les premières atteintes de l’ivresse; le Printemps de M. Truphême, où la force et la grâce s’unissent dans une excellente mesure; la Suzanne de M. Prouha, peu alarmée et dont l’air de tète dénote i)lus de hauteur que de surprise ; la Danseuse égyptienne de M. Falguicre, dont certaines parties bien modelées rachètent un vol de draperies bizarres et vraiment inexplicables; le Mercure de M. Ludovic Durand, bien composé et présentant de toutes parts des silhouettes heureuses; l’Enfant jouant avec un oiseau de M. Max Claudet, motif ingénieux et charmant, destiné à faire valoir des formes savamment étudiées ; le Chevrier de M. Perrey, le Patriotisme - de M. Power, etc.
Les groupes décoratifs sont également nombreux. Au premier rang, pour le caractère et la noblesse de l’aspect, il faut placer les deux belles compositions de M. Barrias, la Pieligion et la Charité, destinées à un monument ■funéraire. Le livret n’indique pas la destination de la Source de poésie de M. Guillaume, directeur de l’école des beaux-arts ; mais, assise comme elle est, la main droite sur la lyre, tandis que de petits génies s’accrochent
à sa robe ou montent autour d’elle, j’imagine qu’elle ferait bien sur une fontaine. C’est sans doute aussi pour un monument de ce genre que M. Marcelin a exécuté dans le goût de la Renaissance son remarquable Trioni- })he de (}alathée.
Comme toujours les bustes abondent, et il en est ])armi eux de premier ordre. Le meilleur est incontestablement celui de l’archevêque Darboy, où, par l’étude atteutive do la physionomie, la précision du modèle, l’air de vie enfermé dans la bouche et les prunelles, M. Cuillaume a résumé toutes les «jualités du genre.
Mais déjà l’intérêt que le public portail au Salon s’esi ralenti. La révolution du :24 mai, en plaçant au pouvoir trois minorités coalisées contre la majorité vraie du pays, a ravivé les inquiétudes. Le ciel do la politique s’assombrit. L’attention se détourne des beaux-arls pour se reporter vers le grave problème de notre destinée. La distribution des médailles et la petite lutte qui s’en est suivie ont été le dernier regain de la curiosité. Dans quelques jours, personne n’ira plus au palais des Champs-Elysées, personne dans Paris et en France ne j)arlera plus d’art. 11 est temps de prendre une résolulion énergique et de clore cette revue déjà troj) prolongée.
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^ âlcur du Salon. Co c[ui lui nianf|UG. — Ce cjui niamjuG à
l’art français. — Chintreuil. ■ — Corot. — de Neuville.
Bonvin. — Ronnat. — Munkaesy. — Ilenner. — Philippe Rousseau. — Vollon.
Le Salon de peinture n’est ni plus mauvais ni meilleur que son aîné. 11 se tient dans une bonne moyenne de force. Un y rencontre en nombre aussi grand que d’habitude, des tableaux excellents, signés de vieillards qui se maintiennent ou de jeunes hommes qui se perfectionnent. Mais, comme ensemble, il manque un peu de caractère. Ce qui fait défaut tout d’abord, c’est l’œuvre capitale, celle dont la portée intellectuelle s’impose, qui domine tous les dissentiments, force toutes les adhé- •sions, et devient une date dans l’histoire de l’art ; ni le Christ en Croix de Bonnat, ni le Suint-Bruno de Laurens, ni le Charlcs-Quint de Merino, ni le Mont-dc-
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Piété de Munkacsy, ni l’Eco^fi des frères de Bonvin, ni le Combat sur une voie ferrée de Neuville, ni le Portrait de Henner, ni la Baigneuse d’Amand Gautier, ni le Coin de halle de Vollon, ne sauraient avoir ce caractère. Ce qui lui fait défaut ensuite, c’est la direction, la tendance. On voit bien la multiplicité des efforts, mais on n’aperçoit pas vers quel but ils se prononcent, ni quel courant les entraîne : il y a confusion et incertitude. Sans doute, la part qui revient aux anciennes écoles est singulièrement restreinte. L’éclectisme lui-même est mort; ouïe voit à la froideur des élucubrations de MM. Bouguereau et de Curzon. Mais l’école nationale est encore en quête des éléments essentiels qui doivent assurer son action sur l’avenir. Ce que les paysagistes ont réalisé dans leur domaine, les peintres de figures semblent impuissants même à le concevoir dans le leur. C’est bien l’image de la patrie française que m’apportent les compositions de Corot, de Daubigny, de Chintreuil, de Breton, de Lausyer, de Cock, de Bernier, de Lavieille, d’Auguin, de Guillemet, de Lépine, de tant d’autres charmants poètes champêtres. Mais la société française, où est-elle ? Nos types, nos caractères, nos passions, nos mœurs, traduits dans ce langage élévé qui fait l’histoire, représentés dans les mille épisodes que le mouvement de la vie comporte, où sont-ils ? Les chroniques de MM. Gérôme et Berne-Bellecour ne sont pas tout notre passé; les cavaliers de M. Détaillé et les fantassins de M. Dupray ne sont pas tout notre présent. Et puis pourquoi cette absence de la femme, admise seulement au portrait et dans les études de nu ? Pourquoi la femme ne joue-t-elle pas dans nos tableaux le rôle prépondérant qu’elle joue dans la vie et qu’elle jouait dans la grande peinture italienne, espagnole, flamande ? La civilisation qui porta jadis les Ilolbein, les Léonard, les Pi^aphaël, les Velasquez, les Titien, les Rubens, dilïérait-elle donc tellement de la nôtre, ou bien nos types se sont-ils dégradés, nos costumes se sont-ils appauvris ? Ni l’un ni l’autre. La femme est aussi belle et artistiquement aussi
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bien vêtue qu’elle le l'ut jamais. Ce n’est pas elle qui manque au peintre, mais bien le peintre qui lui manque, comme il manque aux sujets qui mettraient en lumière sa merveilleuse et inépuisable beauté. D’où vient cotte extraordinaire lacune? Le gouvernement consacre chaque année beaucoup d’argent à encourager des produits divers et souvent contradictoires : il troublerait moins les consciences et il ferait œuvre plus utile en olTrant une récompense unique au tableau qui grouperait, avec force et style, dans une action réelle de naturelle grandeur, des liommes et des femmes de notre temps. Il marquerait ainsi nettement l’idéal à atteindre, et, inspirant une direction unique aux efforts épars qui se consument dans le vide, il aurait rendu à la France et à l’art un service inoubliable.
Ceci dit sans espoir de convertir personne au pouvoir, pénétrons au Salon.
C’était un usage autrefois consacré de saluer en entrant celui ou ceux des artistes que l’année avait vu mourir et dont la main glacée avait tout à coup défailli à l’œuvre interrompue. Quoi de plus saisissant que de rencontrer soudain, dans cette foire aux vivants qu’on appelle un Salon, une toile inachevée, sans signature, .sur laquelle semblait flotter l’ombre d’un crêpe ? On s’approchait religieusement, on contemplait le souvenir funèbre, on songeait au pauvre travailleur parti, et les bonnes paroles venaient d’elles-mêmes aux lèvres pour rendre une justice tardive au talent méconnu. Ainsi est mort Chintreuil, avant d’avoir goûté les suprêmes consolations de la gloire. Il est tombé en pleine production, au moment où le sort commençait à s’adoucir pour lui, ot où sa réputation, franchissant le cercle étroit de l’amitié, entrait dans le domaine du grand public. Les trois petits paysages que nous avons ici de lui ne sont qu’une carte de visite posthume laissée aux promeneurs du Salon. Pour le connaître, pour l’admirer, il faut aller le voir à l’Ecole des beaux-Arts, où une exposition de ses œuvres est depuis quelques jours ouverte. C’est là seule-
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ment qu on pourra se rendre compte du sentiment ori-. ginal et vif qu il avait des choses, des effets généraux de nature qu il traduisait d’un cœur si épris, dans une note si émue, avec un accent si particulier de sincérité et de lïanchise. Charmant artiste, dont le souvenir délicat et tendre me reporte aussitôt vers Corot, qui fut son maître en art comme en poésie.
Celui-là vit encore et ne connaît même pas le déclin. A soixante-dix-huit ans, il porte victorieusement le poids d’une vieillesse qui toujours verdoie et fleurit. Hier des amis, réunis à Argenteuil en une agape fraternelle, fêtaient avec lui sa cinquaniaine, non pas l’anniversaire de son mariage (Corot est célibataire), mais l’anniversaire de ses fiançailles avec l’art. Il y a cinquante ans que ce doyen de nos peintres, mécontent des enseignements académiques, partait pour l’Italie afin d’y puiser directement à la source sacrée. Depuis ce temps, il a vu tomber l’école de la convention et renaître le goût de la nature vraie. II a pris sa part de la révolution qui a préparé et constitué le paysage moderne. II était de la glorieuse I)léiade du début qui engagea si audacieusement le combat contre l’influence alors souveraine des Michalon et des Bertin, et il reste le dernier survivant parmi les vainqueurs de la fin. Devenu maître à son tour, il a vu passer ilans son atelier plusieurs générations de jeunes hommes venus pour lui demander le secret d’être forts. « Soyez ému, leur disait-il, et communiquez votre émotion. » Que d’écailles il a fait tomber des yeux ! que de mains il a déliées ! que de cerveaux il a affranchis! Et le voilà toujours debout, toujours luttant, aussi jeune qu’il l’a jamais été. J’ai eu peur l’an passé que sa vue n’eût faibli. II me semblait remarquer une certaine teinte bleuâtre sur ses toiles nouvelles, et je me rappelais les savantes dissertations de notre ami Georges Pouchet sur la rétine des vieillards. Aujourd’hui voyez le Souvenir d’Arleux-du- Nord, quel éclat! quelle vivacité! Et ce Clair de Lune2 Avez-vous rencontré souvent des trouées plus profondes; des limpidités d’air, de ciel et d’eaux plus frissonnantes?
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Ces bords embaumés respirent la volupté des nuits amoureuses. Une barque sur ce lac, et nous allons répéter en chœur les vers du plus inspiré de nos poètes !
Laissons là cette idylle. La foule nous pousse vers le Combat sia- une voie fei'rée, de M. de Neuville. Tout le monde a présent à l’esprit les Dernières cartouches de l’an passé. C’était un tableau d’intérieur prodigieusement animé et dramatique.
Celui-ci est un plein-air, avec une partie de paysage, mais non moins réussi. Lavoie ferrée coupe la toile en deux, horizontalement, de la gauche à la droite. Au-dessus et par-delà la voie sont les boisd’où les Prussiens font le coup de feu ; en avant et en contre-bas, s’étend le terrain d’où les Français s’élancent pour escalader le talus. Quelquesuns de nos soldats tombent frappés et dégringolent. D’autres rampant, s’aidant des genoux et des mains, arrivent sur la voie, officiers en tête. Au premier plan, des corps couchés à la renverse ou disposés ça et là montrent que le combat est meurtrier. Dans le fond, les hauteurs se couronnent de fumée et la canonnade continue. Ce qui est saisissant dans cette œuvre, c’est le naturel et la vie de toutes choses. On est en pleine action : cela se voit, cela se sent, et il n’y a pas un détail du tableau qui ne le crie. Aucune exagération d’ailleurs, ni dans les expressions, ni dans les attitudes. M. de Neuville est un esprit exact, qui cherche l’émotion dans la précision et la simplicité. Son tableau a la franchise d’un rapport militaire. Rien n’y est donné à la sentimentalité, à la déclamation. L’effet n’en est que plus puissant. Quant à l’exécution, elle est ce qu’elle doit être. Sans la dédaigner, puisqu’elle est indispensable en art, je m’attache toujours davantage aux qualités morales, l’intelligence vive d’un sujet et des moyens propres à le faire valoir. Néanmoins, je dois dire que M. de Neuville se tire de tout à merveille. 11 a le cerveau net, l’œil clair, et la main tout à fait habile; certains de ses hommes en mouvement ou de ses cadavres étendus présentent même des parties de dessins ou de coloris extrêmement remarquables. En résumé, le
Combat sur une voie ferrée forme un digne pendant aux Dernières cartouches, et ne comptera pas moins d’admirateurs. Il y a dans ces deux tableaux une façon de comprendre le soldat éminemment sympathique, parce (ju’elle est éminemment française.
Reposons-nous de cette émotion patriotique devant une toile plus calme, plus douce à l’œil, qui n’aura certes pas le don d’attirer la foule, mais qui n’en doit pas moins être considérée comme de premier ordre. Je veux parler de VEcolecles Frères, de Bonvin. Le sujet, on en conviendra, n’a rien d’intéressant. Il n’est ni neuf, ni original. Depuis le temps qu’il est dans le domaine public, il apeut-être été traité plusieurs milliers de fois. Maisqu’importe? En art, la nouveauté du sujet est peu de chose; c’est la façon de comprendre et d’interpréter qui est tout. Regardez ces petits enfants rangés, ce maitie debout, les écriteaux qui tapissent les murs, le jour qui éclaire la salle, l’attitude et la physionomie non-seulement des êtres vivants, mais encore, mais surtout des objets ina- • eli bien! vous a\ez la un tableau dans le sens complet et absolu du mot. C’est une idée picturale exprimée avec les moyens de la peinture et admirablement exprimée. Il est impossible d’être plus juste et plus simple. Tout se tient dans la petite composition, tout s’enchaîne, tout concourt à l’expression, c’est-à-dire au développement d’une unité matérielle et morale, dont le sens est visible et dont l’harmonie s’impose. L’art ne peut pas aller au delà. Il peut laire autre chose, d auties écoles, mais, l’école de Bonvin, il ne peut la faire ni autrement ni mieux. Quand ce grand a‘rtiste sera-t-il connu et apprécié du public comme il l’est aujourd’hui des amateurs?
Le Christ de Bonnat, commandé pour une des salles du palais de Justice, à Paris, soulève des objections nombreuses. L’auteur a dépensé à le modeler tout son savoir et toute son énergie, c’est vrai. Il a produit une anatomie puissante et comme il en a été peu fait depuis longtemps, c’est encore vrai. Mais tout ce déploiement
de force brutale ôtait-il bien nécessaire? Est-ce comme ccorché ou comme symbole moral que le Chi'ist a de la valeur? Ici encore on peut saisir l’infrangible lien qui unit le fond à la forme, l’idée à l’expression. M. Bonnat croyait ne montrer que son habileté; il a fait un contresens. Il avait à représenter un personnage qui, pour ceux qui y croient, signifie douceur, pardon, désintéressement, sacrifice, toutes les vertus, toutes les noblesses, toutes les distinctions ; il a peint un lutteur de foire, solide et bien musclé. Il a pris plaisir à faire saillir ses biceps, à arrondir ses nodosités, à faire courir sous la peau le réseau de ses veines gonflées. Il lui a dessiné des varices. Un peu iilus, il lui eût donné dos oignons et des cors. Assurément ce Christ-là remporterait des succès de main- ])latc dans la troupe de Marseille jeune et pourrait au besoin ceinturer le terrible Bonnet-Lebœuf; mais on se le représente difficilement, mourant pour l’humanité au sommet du Calvaire. Quant aux scélérats qui seront admis à le contempler dans la salle des assises, ils seront bien étonnés, ils se demanderont tout bas par suite do tpielle révolution inattendue c’est le mauvais larron maintenant qui remplace le fils de Marie sur l’arbre de la croix?
La Baigneuse d’Amand Gautier, représentée au moment où, surprise au bain, elle s’enfuit sous des arbres, aura certainement des visiteurs. Le tableau n’est peutêtre pas suffisamment penché, mais en s’y arrêtant un [)cu, il est facile de se rendre compte des qualités éminentes que l’auteur y a déployées. i\I. Amand Gautier n’a pas une réputation à la hauteur de son talent, (iela tient principalement aux absences prolongées qu'il a faites. Mais il n’est aucun amateur qui n’ait gardé souvenir de ses Folles de la Salpêtrière, de sa Promenade des frères, de son Couvent de religieuses, et d’autres œuvres non moins importantes qu'il est inutile de rappeler. A un sentiment très vif et très particulier de la nature, M. Amand Gautier joint une science complète des moyens de son art. Loin de se cantonner dans une spô-
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( idiité, il s est clTorcé sans cossg d’élargir le champ de son observation, et il traite avec la même réussite toutee qui tombe dans l’orbe du regard, c’est-à-dire tout ce qui est matière a tableaux. Son envoi de cette année, composé d’une Baigneuse et d’un Portrait, est excellent, et attirera, nous n’en doutons pas, l’attention du public. A cette originalité de conception et à cette exécution vigouleuse, on reconnaîtra un artiste délite et quelque chos(i d’analogue à l’art que les grands maîtres ont pratiqué dans tous les temps.
Des deux tableaux du hongrois Munkacsy, celui que je préfère est le Mont-de-Piété, où l’abus du noir est moins sensible que dans les Rôdeurs de nuit. La composition sent un peu l’arrangement, l’auteur s’étant préoccupé de réunir en un même groupe les dillerentes variétés de misères sociales qui ont recours à l’emprunt suigages. Elles sont toutes là représentées, en elTet, depuis la cocotte en robe de soie qui prodigue l’argent du vice, juseju’à la ménagère pauvre qui économise sur le nécessaire; de[Hiis le joueur nocturne qu’un dernier coup de caite a décavé, jus(}u a 1 apprenti viveur qui veut so payer le luxe d une tantaisie au bal. Quelques-uns de ces types sont saisis et rendus avec une puissance de vérité incomparable : telle est la vieille femme nu-tête, debout, et qui attend son tour, rigidement enveloppée dans les plis droits de son châle. C’est un morceau achevé en son genre, et qui, comme un sonnet réussi, vaut tout un long poème de douleur. Deux reproches peuvent cire faits a l’auteur du Mont-de-Piété. Au point de vue moral, il se préoccupe un peu trop de Knauss ; au point de vue matériel, un peu trop de Ribot. Cela donne à son art je ne sais quoi de vieillot, et un air d’imitation qui en fait comme un art de seconde main. Or, quand on est tout jeune comme l’est M. Munkacsy, qu’on a été ouvrier, qu’on s’est élevé soi-même par le travail à la situation d’artiste, on a fait preuve d’une force native qui implique l’originalité. Que son originalité sorte donc et se déclare! Nous n’avons que faire d’un continuateur de l’Allemand
SALONS
Knauss ou de l’espagnol Ribot. Ce que nous voulons, c’est que l’arliste qui s’est révélé la première fois dans la page touchante intitulée le Prisonnier, qui depuis s’est affirmé dans des œuvres où une si grande distinction de coloris sert de si remarquables facultés d’observation, entre chez nous sans se réclamer de personne. Plus il sera personnel, plus il se montrera dans la franchise et la fermeté de sa nature propre, — plus il conquerra vite son droit de cité parmi nous.
Nous errons dans le Salon à la recherche des belles choses : il ne faut pas passer devant le portrait d’Ilenner sans saluer. C’est là la femme telle qu’on la rêve. Ni recherches, ni préciosité, ni minauderies. Rien pour distraire l’œil ou pour l’égarer. Et la pose est si juste, le mouvement si naturel, le travail des étoffes si souple et si sûr, que vous vous laissez prendre à cette distinction parfaite. Velours de Pérignon, dentelles de Dubufe, ors de Carolus Duran, que me voulez-^ous? Ici nous avons la vérité et la vie, sans aucun de vos charlatanismes. On i.liscute quelquefois sur le portrait de femme et les caractères divers qu’il peut affecter. On ne peut nier qu’il y ait des portraits d’apparat, faits pour le dehors ; des portraits intimes, faits pour la maison ; des portraits plus intimes encore, faits pour le boudoir. Ainsi le public, le mari et l’amant sont servis chacun à ses souhaits. Eh bien! de ces trois façons de faire, M. Renner a choisi la plus difficile. Esprit méditatif et chaste, il a consacré son art au culte delà patrie et à l’amour de la famille. M. Renner ne fait le portrait, ni pour la rue, ni pour l’alcôve : il le fait pour le salon. 11 peint pour le mari, surtout pour le mari qui aime. C’est une originalité en notre temps et non l’une des moins piquantes.
R a été dit que la Fêie-Dieu, de Philippe Rousseau, serait la meilleure nature morte du Salon, si Vollon n’avait envoyé son Coin de halle. Et cela est vrai. R faut regarder ces deux excellentes toiles. Dans la nature morte, on le sait, il n’y a d’intéressant que la facture. La composition du tableau, c’est-à-dire la disposition des