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plaisanterie, qui fait à un élève la situation réservée au> maîtres, provient de ce que, en 1874, pour le même tableau, M.Lehoux obtint à la fois, de M. de Ghennevières, le prix du salon, et du jury, une médaille de première classe, M. Lehoux d’ailleurs ne semble pas enclin à abuser de ce qu’il est soustrait au contrôle du jury, il envoie de la villa Médicis un Samson rompant ses liens, véritable exercice de rhétorique comme il aurait pu en faire à l’Ecole des beaux-arts, dans l’atelier de M. Cabanel. Comme le séjour à Rome développe les idées et féconde l’originalité !
Nous pouvons stationner devant M. Puvis de Chavannes, qui continue, à sa manière accoutumée, ses grandes décorations simplistes; devant M. Pille, dont les prédilections restent archéologiques. Mais quelle est cette horreur, signée Pierre- Paul Glaize? Ne regardez pas cela, vous auriez un haut-le-cœur. « Après la chute des Tarquins, quelques jeunes gens des meilleures familles de Rome entrèrent dans une consp iration pour ramener les rois proscrits. Pour se lier par un serment fort et terrible, les conjurés burent le sang d’un homme qu’ils avaient immolé et ils jurèi’ent, la main sur ses entrailles. » Voilà l’intéressant sujet que M. Pierre-Paul Glaize a traité eu grandeur naturelle et dont il n’a omis aucun détail ! Fautil être assez « hors concours » !
Portons nos regards vers des objets plus flatteurs. Voici la tribu des paysagistes. Les Chaumes de M. Segé, nous l’avons dit, o.it le charme inattendu d’une note nouvelle. Lansyer continue avec un succès croissant ses explorations du littoral breton; l’Anse de Plomac’h, avec son fond de maison éclairé, est d’un effet charmant; jamais le peintre n’avait été si fin ni si lumineux. Français songe à l’Académie et met du style dans ses herhes. de premier plan. Luminais se condamne aux barbares à perpétuité, sans s’apercevoir qu’il nous y condamne avec lui. Van Marche est toujours le plus intelligent et le plus habile élève de ïroyou. Emile Breton, on ne sait pourquoi, se rapproche de Daubigny. Carolus Duran dispose, II. 14.
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dans un parc anglais fort bien entretenu, quatre ou cinq petites femmes nues, qui sont la menue monnaie de sa grande nudité de l’an passé; les poses empruntées à des statues ou même à des tableaux de Boucher, n’ont rien de naturel, et l’on peut dire que la monnaie ne vaut pas mieux que la pièce. Hanoteau se maintient, Harpignies s’alourdit. Lavieille est supérieur.
Il est des paysagistes qui vont chercher en Orient des sites étranges ou des effets inconnus. Certes l’Entrevue des chefs Metualis de M. Pasini, n’est pas sans beauté; là Chadouf, de M. Mouchot, n’est pas sans grandeur; mais combien j’aime mieux celui qui, se bornant aux horizons accoutumés, tire sa poésie des spectacles simples et des objets familiers. C’est l’esthétique de Jules Breton, c’est aussi la mienne; mais Jules Breton, pour ce qui le concerne, a pris le soin de la mettre en vers.
Lorsqu’à travers la brume, ô plaine de Courrière L’ombre monte au clocher dans l’air bruni du soir,
Que s’inclinent les blés comme pour la prière.
Et que ton marais fume, immortel encensoir;
Quand reviennent des bords fleuris de ta rivière.
Portant le linge frais qu’a blanchi le lavoir Tes filles, le front ceint d’un nimbe de lumière;
Je n’imagine rien de plus charmant à voir.
D’autres courent bien loin pour trouver des merveilles, Laissons-les s’agiter; dans leurs fiévreuses veilles.
Ils ne sentiraient pas ta tranquille beauté.
Tu suffis à mon cœur, toi qui vis mes grands pères.
Lorsqu’ils passaient joyeux en leurs heures prospères.
Sur ces mêmes chemins, aux mêmes soirs d’été.
J’extrais ces beaux vers du volume intitulé les Champs et la mer, que M. Jules Breton nous a fait l’agréable surprise de publier l’autre jour. Ils expliquent bien sa [lensée, ses goûts, ses penchants, sa façon de comprendre la nature et la vie, ses types préférés, sa rusticité qui ne va pas sans une certaine élégance. Tous ces traits, nous les retrouverons dans le tableau de la Saint-Jean, où les jeunes fdlos de Courrières, à la chute du jour, dansent autour des feux allumés. A voir la peinture de
ANNÉE 187o
M. Jules Breton, je pensais bien qu’il était poëte, mais je ne voulais pas le dire. Il s’est trahi lui-même cette année.
Ce qui vaut par l’intelligence du sujet et l’entente du tableau, c’est le Cochon de M. François Bonvin. Il est moins brillant que celui de Vollon, mais plus étudié et plus juste. Dans Vollon, il n’y a que quelques tâches de couleur heureuses ; dans Bonvin, il y a le tableau complet. Le sujet est rendu avec tout l’ensemble des circonstances physiques etrnorales qui l’accompagnent et le déterminent. C’est bien ici le lieu habituel où on saigne le cochon et où on le pend. Un demi-jour l’éclaire et nous montre, çà et là, les ustensiles pour la confection des boudins, des pâtés. Supprimez le cochon qui est suspendu par les pattes, vous vous sentez encore dans une charcuterie. Dans Vollon, supprimez le cochon; vous ne savez plus où vous êtes. C’est ainsi que tout sujet, si petit qu’il soit, contient sa philosophie, et le propre de l’art, c’est de la faire sentir, quelquefois de l’exprimer.
Les portraits sont nombreux. La double tendance qu’ils accusent permet de diviser leurs auteurs en deux classes: les couturiers, qui sacrifient tout à l’étoffe ; les physiologistes, qui, laissant l’étoffe à son rang, donnent l’importance à l’expression morale.
Ces classes ne sont pas fermées, comme l’étaient les castes dans l’antiquité. Quelquefois les artistes passent de l’une à l’autre. Ainsi Bonnat a failli devenir couturier cette année. Au contraire, il faut faire notre deuil de Carolus Duran, il est bien perdu pour nous. Quelle circonstance mémorable que celle où les couturiers firent cette brillante recrue ! Réduit au petit bataillon des Dubufe, des Pérignon, des Pommayrac, ils allaient capituler, quand le vaillant jeune homme se jeta dans la place avec tout un approvisionnement de velours, de satins, de feutres, de rubans, de pompons, de colliers, de bracelets, d’une fraîcheur et d’un éclat incomparables. O renfort inattendu ! Les couturiers furent tellement émerveillés qu’ils ne voulurent plus d’autre chef, et le nouveau dé-
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barqué fut proclamé roi. C’est lui qui aujourd’hui mène la bataille. Quels prodigieux rideaux roses, bleus ou violets, il sait étendre dans ses fonds ! Dans quels fauteuils dorés ou satinés de jaune, il couche ses vieilles douairières ! Quels étonnants chapeaux il place sur les têtes de ses petites filles? Comme il excelle à broder de jais un corsage ou à placer un ruban dans les cheveux ! la physionomie n’est plus rien. Dans le Portrait de Mme..., le visage est tué par le fauteuil, le fauteuil par le rideau. De tous les objets mis sur la toile, l’œil aveuglé ne discerne qu’une parure de jais, vivement touchée, au-dessus de laquelle s’entr’ouvre une bouche immobilisée en un perpétuel sourire. Qu’importent le caractère et les mœurs à nos grands couturiers ?
Ce n’est pas ainsi que l’entendent les physiologistes. Pour eux, le portrait est une révélation de l’être intérieur, et ce qu’ils poursuivent, en peignant le dehors, c’est le dedans. J’ai cité Henner, Harlamoff, Delaunay, d’autres encore; il faut ajouter ici M. de Winne, un Belge, qui rend le modèle avec sobriété et distinction. Ses trois portraits, surtout celui de M. A. S..., sont traités d’un pinceau souple et harmonieux, et comptent parmi les meilleurs du Salon. Un non moins remarquable est le Général Billot, de M. Feyen-Perrin. Ici la vie réelle est élevée à la hauteur de l’histoire. Le général est debout en uniforme. Sa pose est simple et naturelle. L’allure du corps dénote un pli pris, des habitudes invétérées. Derrière, un fond de montagnes neigeuses, souvenir de la rude campagne de l’Est et des événements où le brillant officier commença d’illustrer son nom. Peut-être eusséje dramatisé le portrait en l’associant davantage à ces souvenirs, en le replaçant au milieu même de ces terribles journées, c’est-à-dire en le montrant en marche, fatigué, taché de neige et de boue. Le tableau eût eu plus d’unité; mais, j’en conviens aisément, c’eût été faire du pittoresque au détriment du style. Une antithèse à cette figure sévère, c’est le Portrait de Mlles ir...,où M. Feyen- Perrin a mis tout ce que sa brosse a de finesse et de
grâce. Quant à Mlle N61ie Jacquemart, comme d’habitude elle se tire mieux d’affaire avec les hommes qu’avec les femmes. Son portrait de M. le marquis de la R..., ancien commandant des mobiles de la Loire-Inférieure, est bien ; mais, pour le caractère et l’expression, comme nous sommes loin du Portrait du maréchal Canrobert, et même du Portrait de M. Dufaure!
Les natures mortes nous ramènent le nom deM. Vollon, qui expose cette année de fort belles armures ciselées et damasquinées. Ce n’est pas la pi-emière fois que cet excellent artiste s’essaye dans ce genre d’anliquailles. Il en a autrefois rempli tout un tableau pour M. de Niewerkerke, et ce tableau est demeuré célèbre. Personne ne peint mieux que lui les aciers et les cuivres, ne pose d’une main plus sûre la tache brillante, ne fait glisser plus doucement la lumière sur les surfaces polies. Le bric-à-brac est Dieu et Vollon est son prophète. Malheureusement il y a quelque chose de trop dans le tableau des Armures, c’est l’armurier. Ce personnage est aussi mal peint que mal dessiné, et il est si peu vivant que, dans l’ensemble, il fait tout juste l’effet d’un accessoire.
Un autre peintre de natures mortes, non moins « hors concours » et non moins célèbre, c’est M. Philippe Rousseau. M. Philippe Rousseau a commis cette année une grave imprudence : il s’est attaqué à la Fontaine. On n’illustre pas la Fontaine, par la raison bien simple que la Fontaine ne gît pas dans le tableau, mais dans les développements, dans la finesse du dialogue, dans la vérité de l’observation morale, dans les nuances de son charmant esprit, dans les qualités de sa langue inconnparable. Et la preuve qu’on ne l’illustre pas, c’est que tous ceux qui l’ont entrepris ont succombé à la tâche et le dernier de tous, M. Gustave Doré, y a perdu sa réputation. Ce tableau du Loup et de l’agneau est veule ; le paysage a l’aspect d’une tapisserie, les personnages ne disent rien ; de tous points il est mauvais. A la bonne heure les Fromages ! il n’y a pas de psychologie là dedans, ni de dialogue, ni de succession d’idées. C’est un fait de nature que
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l’œil embrasse d’un seul regard. M. Philippe Rousseau l’a peint largement et franchement. Son tableau est un chef-d’œuvre. Conclusion : il faut laisser là la Fontaine.