PRÉFACE XIX
laquelle ilest en rapportdirect.en corrélation étroite. Entre celle société et lui, il y a mille points communs. Des idées, je parle peu; pour le peintre, tout est image, s'il veut être compris, aimé, louangé, que doit-il faire? Produire des images qui répondentaux idées de la société. Elles y répondent forcément, si au lieu de ratiociner sur l’idéal, il se borne à voir et à être peintre; car on n’a d'images que celles des objets où des formes présentes. Or, le présent, qu'est-ce sinon la vie? C’est donc la vie qu'il faut rendre. Notez que les grands peintres n’ont jamais fait autre chose. Tous ont peint leur époque et n’ont peint qu'elle. Ainsi notre peintre scra de notre époque,il vivra de notre vie, de nos mœurs, de nos idées. Les sentiments que nous, la société et le speclacle des choses lui donnerons, il nous lerendra en
images, où nous nous relrouverons nous-mêmes el ce quinous entoure. Car, il ne faut pas le perdre de vue, nous sommes à la fois le sujet et l'objet de l’art, c'est nous qu’il exprime et c’est pour nous qu'il est fait. On ne fait pas de tableaux avec des tableaux. Que le peintre soit lui, et nous avec lui, et qu'il ait toujours la nature sous les yeux. Le monde intérieur, l'âme, les sentiments, les idées, les caractères, les passions appartiennent à l'écrivain. Le peintre n’a pour lui que le mondeextérieur, le monde des choses colorées. Mais, pour Ôtre matériel, son art n’en est pas moins efficace. S'il est vu, s'il est observé, si, simple comme la vérité et familier comme la vie, il arrive à reproduire à volonté les sensations mêmes que la nature nous a fait autrefois éprouver, ou à nous en faire soupconner de plus élevées encore, il
a attemt son but, quiest de sensibiliser l'esprit en charmant les yeux. »
La nature et la vie, telles devaient être, selon Caslagnary, les deux grandes institulrices du véritable artiste. À sa théorie du naturalisme vint se joindre bientôt, pour la compléter, sa théorie de l’indigénat.
« L'art est indigène, écrivait-il en 4866 — ou il n'est pas. Il est l'expression d'une société donnée, de son esprit, de ses mœurs, de son histoire — ou il n'est rien. Îl tient du sol, du climat, de la race — ou il est sans caractère. »
« Note bien, dit-il encore au jeune peintre qu'il veut former par ses doctrines, dans le Salon de 1870, que les plus grands arlistes n’ont jamais travaillé que sur les formes etles idées de leur milieu. Vélasquez, Holbein, Véronèse, Titien, Rembrandt, ont peint leur époque ou défrayé, chacun à sa manière, l'imagination de leurscontemporains. Raphaël lui-même, qu'on {e présente toujours comme le grand des grands, n’a pas fait autre chose, en généralisant les types provinciaux de l'Italie, au moment où Rome devenait la capitale intellectuelle, que d’exprimer la manière de voir de son entourage immédiat. Pourquoi procéderais-tu autrement que ces hommes illustres, puisqu'ils ne se sont illustrés que pour avoir procédé ainsi ? Dépouille donc, avec ton érudilion falsifiée, les préjugés de son enseignement; fais table rase de toul ce que Lu sais ou crois savoir. Ceci fait, regarde le monde qui t’entoure! c’est à ce
., monde-là que tu vas parler. De quoi lui parleras-tu,
si ce n’est de lui-même ? La société humaine, entrevue et exprimée dans linfinie variété de ses combi-