LA VIE HUMAINE, LE TABLEAU DE GENRE
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Le paysage et le portrait, l’un, poésie irradiée, l’autre, idéologie succincte, traduisant par leurs moyens spéciaux le double côté panthéistique et psychologique de l'Etre, sont les deux points culminants, disons-le, la véritable originalité de Part pictural.
Au-dessous d'eux, leur empruntant dans une mesure diverse, mais en les atténuant et en les amoindrissant l'un et l’autre, se tient, à un degré inférieur de l'échelle esthétique, le tableau de genre, expression de la vie humaine, de ses situations sans nombre, et de ses combinaisons éternellement mouvantes.
Avec le genre s’introduit dans Part un principe nouveau, l’action.
L'action est un élément brutal, turbulent, ervahisseur., aimé de la foule : un élément qui ne saurait vivre en bon voisin avec les autres, qui tend énergiquement à ka domination et réclame dès l’abord le pouvoir absolu. Aussi, devant lui, tout diminue et se subalternise. La pensée, qui s'étendait dans le paysage et s'élevait dans le portrait, le tableau de genre s’en empare pour l’abaisser, la restreindre et la circonscrire au fait même. Il éloigne la nature et la relègue au second plan; le paysage n’est plus pour lui qu'un accessoire, un cadre agréable et facultatif des scènes qu'il reproduit. Il atténue l’individualité humaine,
en la subordonnant à l’action mère; il la ramène ainsi à ses proportions les plus étroites, à son rôle le plus simple, celui de partie du groupe. Le groupe, concours des forces et des êtres, est l'essence; l’unité dans le groupe est la loi du tableau de genre.
Cette restriction violente de lidée et cet amoindrissement fatal des éléments essentiels de lart suffiraient pour faire descendre le tableau de genre au second rang, quand même son objet, qui est limité à la représentation de la vie, lui appartiendrait en propre. Mais il n’en est même pas ainsi. La vie humaine, envisagée au point de vue de l’action, est du domaine de la littérature aussi bien que du domaine de la peinture. L'artiste et le poète, l’homme de la couleur et l’homme du verbe, marchent ici sur le même terrain. Leur champ d'observation est identique. Pour l’un et pour l’autre, c’est le sentiment objectivé, c’est la passion appliquée, c’est l’homme agissant, (l’homme enfin manifestant sa vie, et déployant avec sa beauté la grandeur de son âme, dans le repos, dans l’action, dans la joie, dans la douleur, au sein des passions différentes. » Les procédés de mise en œuvre sont également les mêmes. Grouper, dramaliser, donner du relief par le contraste, de l'élévation par lantagonisme, de l’intérêt par la tension et l’imminence de la lutte, tout cela appartient à la composition de l'écrivain aussi bien qu'à celle de l'artiste. Une seule chose diffère, c'est l'étendue des moyens, et ici la balance s'établit au détriment du peintre : le peintre n'a que le moment, l'écrivain a la succession ; lun. pour employer une expression qui se propage, travaille dans J'arrêté, l'autre dans le continu.
Ceci expliquerait au besoin pourquoi la plupart de nos peintres de genre, même lorsqu'ils puisent leurs sujets dans la vie réelle, se dégagent si difficilement des procédés du romancier et du dramaturge, et pourquoi les scènes ou les épisodes figurés par eux ont un caractère plutôt Httéraire que pictural. Je citerai pour exemples La Mort de saint François d'Assise, de M. Benouville, et La mal'aria, de M. Hébert. On en pourrait citer cent au-
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tres. Ce n’est pas assurément que la confusion ne puisse être évitée. Quand le peintre à la conscience nette et lucide des moyens et du but de son art, il ne tombe guère dans ce défaut. On a vu les plus grands artistes de ce siècle demander aux poètesépiques, dramatiques ou lyriques, des thèmes de peinture, et créer, sous forme d'interprétation, une œuvre originale et forte à côté de l’œuvre du poëête : M. Eugène Delacroix, dans Le Dante et Virgile, Hamlet, la Mort de Valentin, le Naufrage de don Juan: M. Ary Scheffer dans Françoise de Rimini, Faust et Marguerile, sont non-seulement des créateurs originaux, mais encore et spécialement des peintres.
Quoi qu'il en soit, si le tableau de genre, par sa nature mixte et ses affinités littéraires, se trouve esthétiquement inférieur au paysage et au portrait, néanmoins par son objet, qui est l'expression de la vie, action, mœurs et passions, cela même que Balzac appelait la Comédie humaine, il a droit à une place sérieuse et importante dans l’art. Cette place, il faut qu'on la lui fasse.
Malheureusement les artistes du temps présent, déshérités pour la plupart de passion et de poésie, sevrés avant l'heure de naïveté et d'enthousiasme, ne me paraissent pas doués de la puissance et des qualités nécessaires pour mener à bien la tâche que notre siècle est en droit d’exiger de leur art, eu égard à la solidarité du développement humain. L’anarchie littéraire, le trouble des idées esthétiques, Pincertitude générale des esprits, pèsent lourdement sur eux, et accroissent le mal, en ébranlantles forts, en arrêtant les convaincus. Le mouvement trop précipité de la vie, la nécessité de faire vite et d'arriver à l'heure, empêchent l'étude et la méditation. On fuit la solitude,
qui mürit, avec l’énergie que les vieux maitres mettaient à
la rechercher. Qu’arrive-t-i1? 11 arrive que, quand le peintre s’est fait. cela demande quelques années, un procédé, une manière plus ou moins bonne, plus ou moins personnelle, il s'arrête, et ne s'inquiète plus que d'exploiter ce procédé, cette manière, et d’en tirer à la fois célébrité ct monnaie, si c’est possible, sinon monnaie. Imbéciles,
ceux qui, toujours mécontents de l’œuvre faite, se fatieuentet s’essoufflent à la recherche du mieux: le mieux dans l’art, c’est le bien-être de l'artiste!
Aussi où en sommes-nous ? Nous voici au dernier lendemain de la grande mêlée romantique. Le vent, qui ébranche depuis quelques années la littérature, secoue aussi rudement les beaux-arts. Les vieux champions de la génération précédente s’en vont un à un et tombent, David sur Rude et Pradier, Delaroche sur Chasseriau et Roqueplan. Toute la sculpture est déjà couchée dans la mort. Quand MM. Delacroix et Ingres auront emporté, l’un son âpre patience, l’autre sa recherche ardente et passionnée, tous les deux leur idéal élevé, qui donc nous restera en peinture ? Aucun talent hors ligne ne se montre, aucun génie ne se lève. Tous les peintres arrivent, en plus ou moins de temps, à une moyenne de talent, que bien peu dépassent ensuite. Dans la grande armée de l'art, je vois beaucoup de soldats, un état-major, si Pon veut, mais pas un général. D'où viendra celui qui demain doit se proc'emer chef de par le génie, et prendre la tête de la colonne ? Nul ne le sait. Attendons les recrues.
Pourtant l’heure a été rarement plus favorable pour un grand artiste. Le mouvement de l'esprit humain, l'état de la société, la faveur publique, tout s'accorde pour donner au genre une magnifique extension, et préparer à ses productions un sympathique accueil.
Comme étendue de matière, le champ a été élargi, et le thème est illimité. Tandis que les temps passés élaient portés à exprimer l’homme et la vie par leur côté le plus sénéral, notre siècle se montre plus particulièrement enclin à les localiser et à les voir à travers leur triple enveloppe concentrique, le paysage, l'habitation, le costume. Cette substitution de point de vue, sensible à la fois dans la littérature et dans les arts, est féconde. Les anciens élevaient sans cesse à l’état de type des abstractions plastiques ou morales ; nous tendons à restituer à l’homme son individualité physique et intellectuelle, à Ia vie sa physionomie personnelle et intime. Ils aboutis-
f saient théoriquement à une simplification violente de la Ft | matière littéraire et artistique ; nous marchons à leur | expansion illimitée. Le sentiment de la vie humaine et de son infinie variété a grandi. Quelle société plus que la nôtre s’est montrée curieuse de réalité, soucieuse de se voir et de se connaître ? Un mouvement énergique la porte, loin des dieux et des héros, loin des mythologies et des symboles, à se chercher elle-même et à se dévoiler, du faite à la base, dans sa hiérarchie sans fin. Il n'y à plus rien de laid, d’humble et de nauséabond pour elle, là où elle trouve encore la couleur, la ligne et la vie. Elle déroule stS plis les plus obscurs et fouille ses coins es plus redoutables, pour y découvrir et y constater, sous le double côté pittoresque et passionnel, les manifestations variées de la vie collective. La connaissance plastique et animique de tout l’êtr: social, et son exposition par Part, ne sont-ils p#s un acheminement vers la solution des vastes problèmes que notre société roule en son sein ? Comme éléments de vie et intensité d’action, les ressources de l’art se sont accrues à mesure que la matière se diversifiait. Quelle génération a été plus flagellée que la nôtre dans sa chair et dans son esprit ? A quelle époque l'âme a-t-elle été plus surexcitée, les désirs plus tendus, la lutte plus complexe, le drame plus poignant, la comédic plus risible ? À chaque coin de la vie la plus obscure, quelle bataille, quels efforts insensés et quels immenses HE: | avortements !
Mais la passion fait peur à nos enlumineurs de toile, la passion et les fortes idées. Ils ne sont plus de taille à jeter dans un hôpital de fous le Tasse éperdu, tombé sur un banc, et cherchant à retenir sa raison qui s'effare; ils ne conduiraient pas Hamlet frissonnant et blème au cimeuère pour y interroger le crâne d'Yorick; ils ne pousse- | raient pas l'un contre l'autre les chevaux des giaours et à ne [es feraient point se mordre et s'entre-déchirer le poi- E à trail. Aulres temps, autres hommes.
Fe | assez donc, têtes étranges et sublimes, que J'ai par- N LR fois rencontrées, Tasses mélancoliques gravissant les
É Ne es ie PSP mn DES de ee De os 0 Par er CDD one CE mer te D Sr BE Ti = PV
marches de l’hospice; Hamlets mystérieux, chargés de mandats terribles, et cachant sous la douce folie la résojution héroïque, comme Brutus l'or sousle sureau; passez, sroupes lumineux ou farouches, passions éclatantes ou sordides; épisoiles accusateurs de l'âprelé des temps, passez avec votre corlège de douleurs, de tortures et de misères ; éleignez-vous dans l'agonie obscure, effacezvous dans la brume de l'oubli : vous ne serez point le testament de notre génération. Il faut au tempérament bénin de nos artistes, l'anecdote familière, le bouquet à Chloris, l’innocente marguerite de la fantaisie. Ces choseslà, le bourgeois, qui protége l’art, les achète au mètre et les couvre d’or.
M. Knaus, dès son début, s’est placé au premier rang de nos peintres de genre par une composilion entendue, un dessin précis, une couleur satisfaisante. Ce n’est pas seulement un peintre soigneux et bien appris, c’est aussi un arliste plein de finesse et de pénétration, doué d'un sentiment pittoresque très développé, d’une vive aperceplion des choses familières, et d'une rare intelligence de la physionomie.
Le savoir, la naïveté et la rêverie se mêlent chez M. Knaus à dose égale. La nature toute spéciale des moüifs qu'il choisit et le charme particulier que son pinceau leur prête, ont créé à cet esprit disüingué une place à part dans l’art contemporain. Allemand, il à sans doute rencontré plus d'une fois, arrêtés aux carrefours, les croupes bizarres des musiciens ambulants, et la collecte faite, il à aimé les suivre et entrer avec eux au Cabaret voisin. Il a surpris, aux lisières des bois, des familles de bohémiens faisant halte autour d'un feu qui braisait dans la nuit, eLil s’est assis pour suivre de l’œil leurs mourvements familiers. Reines de ces tribus voyageuses, quelque jeune fille blonde, idole adorée et battue, quelque brune zingarelle aux yeux de jais, luisaient au groupe obscur, comme une éloile au front du soir. Files ont été pour lui la révélalion de cette poésie mystérieuse, pittoresque et bigarrée qui s'attache à la vie vagabonde. L'artiste
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s'est étudié à la rendre, non seulement sous son jour extérieur, mais encore dans la saveur intime de $es épisodes domestiques. On sent qu'il les aime, ces nomades aux pieds légers, prompts à la maraude, qui ont Spiritualisé Ja patrie au point de l'emporter avec eux enfermée dans une escarcelie, et qui passent, indifférents et cyniques, à travers la propriété alarmée et les paysans cffarouchés. Ilest plein d’indulgence pour leurs pirateries: et sans doute il éprouve un serrement de cœur, quand illes voit, devant une municipalité soupçonneuse et menaçante, décamper brusquement, reprendre Ja granderoute et bientôt s'effacer,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage,
Dont le groupe décroit derrière le coteau.
Le lendemain d'une fêle de village (1853), Une Halle «le bohémiens (1855) et Les Petits Maraudeurs (1857, indiquent visiblement chez M. Knaus le préoccupation que je signale.
Son lableau des Polits Maraudeurs est sa toile importante de cette année. N'était ce fond de forèt, dur et papillotant à l'extrème, ce serait une œuvre irréprochable. Il y à même, dans la façon dont les personnages sont lrailés, une ampleur de style que le peintre n'avait pas encore montrée. Sa manière, tout en restant poétique el gracieuse, à pris de l'élévation et de la fermeté, et je n'hésite pas à dire, malgré ce fond discordant et impossible, que, comme dessin et composition, il ÿ a progrès réel, mème sur le Lendemain d'une fête de village, si joli pourtant et si admiré !
Dans un épais fourré, au milieu de ronces et de broussailles, une famille de bohémiens à fait halte pour la préparation de son repas. Au centre du tableau, la mère, brune, forte et grave, à peau bistrée, coiffée d'un chiffon rouge, avec des pendants d'oreilles et un chapelet de corail, est assise, tenant sur ses genoux un petit qu’elle allaite; de la main droite, elle presse légèrement sa mamelle pour faciliter l’action lente et débile encore des lèvres de l'enfant. A deux pas de là, sur un feu de bran-
ANNÉE 1857 bill
ches mortes, élayée avec des pierres, la marmite attend impaliemment une pilance encore problématique ; à lentour s'éparpillent le moulin à moudre le café et quelques ustensiles de cuisine. Mais voilà les enfants, les enfants et les provisions. Les petits flibustiers ont fait leur marché sur la terre d'autrui, etleur tournée n'a pas été longue. Dieu, quelle ràfle! Au premier plan, l’ainé des marmots plie sous le poids d’une oïe blanche, en pleine lumière, aussi longue et plus lourde que lui. Dans un plan plus éloigné, à droite, le plus petit se présente avec une charge de carottes, de porreaux, tout un jardin potager. Et le père de ces affreux petits gredins, où donc est-il ? on ne le voit pas dans la toile ; mais à coup sûr, il est par là, aux environs, faisant aussi sa chasse. S'il a Ja main heureuse, le diner sera complet; vous qui passez par là, invitez-vous., Mais voilà que du fouillis, au fond, à gauche, écarlant les branchages avec son feutre noir, sort une tête de paysan, le paysan dévasté sans doute. Il s'avance furtif el menaçant; d’autres le suivent. Les petits maraudeurs ne voient pas encore l'orage qui se prépare : alerte! alerte! que va-tl se passer ?
M. Knaus n’a pas été aussi heureux dans le Convoi funèbre. Son Convoi funèbre n’est pas un enterrement, une scène lugubre, la plus triste des scènes de la vie réelle; c’est une étude, un prétexte à physionomies, Comme tel, ce tableau est parfaitement réussi. Toutes les têtes y sont d’une variété d'expression et d’une finesse admirables. I n’y a, bien entendu, ni larmes. ni douleur dans ces têtes et pas le moindre mort dans la bière. Cela se devine à l’aisance des porteurs qui la soutiennent sur l'épaule, età l'indifférence unanime de la petite procession qui l'accompagne. Done, puisque M. Knaus nous épargne lattendrissement et qu’il se contente de faire porter une bûche en fosse, c’est qu'il a un autre but. Il veut nous étonner et nous charmer par un défilé de personnages de sa façon, hommes, enfants, femmes, jeunes filles, systématiquement groupés dans une action imaginaire. M. Knaus à parfaitement le droit de faire ce qu'il veut,
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et, quand il le fait bien, personne n’a rien à dire. Son défilé est charmant. En tête, portant le Christ voilé, s’avance un enfant rouge. Il a Pair d’un page de châtellenie plutôt que d’un enfant de chœur; mais qu'importe, puisqu'il n’y a pas de mort là derrière? Il suftit que le petit bonhomme soit joli et bien campé ; il l’est. Après lui, viennent deux gamins suivant le plain-chant, la tête penchée sur le même livre. Je passe une petite fille et un petit garçon ébourilfés, et j'arrive à la tête la plus remarquable du groupe, celle de la jeune fille qui marche à la gauche du magister. Vous rappelez-vous la femme du Lendemain de fête ? c’est la même, mais plus jeune, el vierge. Pieuse, on ne sait, mais blonde et blanche, le livre à demi fermé dans sa main. cette charmante créature va, penchant la tête; indifférente aux voix discordantes qui psalmodient autour d'elle, rentrée tout entière en elle-même, elle écoute pour la première fois sans doute le concert des voix intérieures, chantant dans son cœur de seize ans l'hymne mystérieux de la vie. Cette révélation de l'amour dans un pareil moment serait une profanation, une tentation du malin, s’il y avait un cadavre dans le cercueil qui vient. Noussavons qu'il n’y en a pas. La femme peut donc librement éclore en ce jour, de cette virginale jeune fille, qui marche modeste et retenue, comme dans le sonnet d’Arvers : |
Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, discrète, et sans entendre
Le murmure d'amour soulevé sur ses pas.
Viennent enfin quatre porteurs, le mort fictif, et pa derrière les femmes noires et voilées. Prises isolément, et abstraction faite de la scène, chacune de ces physionomies fines et vivantes serait un petit chef-d'œuvre. Attachées à ce convoi, qui n’est qu'une mystification, toutes sont déplacées. Quant à la forêt dont tout ce mondelà débouche, elle est traitée comme celle où les petits bohémiens maraudaient tout à l'heure. C’estsans doute la même, vue d’un autre point.
M. Hébert continue. dans le domaine du sentiment et
de la couleur ses patientes recherches et ses révélations
profondes. Artiste éminent, nature tendre, méditative, neryeuse, personnellement éprouvé par des douleurs terribles et renaissantes, il a senti s'immerger lentement dans son cœur la pitié de ce qui souffre ; il s’en est fait l'interprète convaineu, apportant à cette (lâche tout ce qu'il a reçu de délicatesse et de réverie. À chaque étape qu'il à faite dans cette voie, il s’est affirmé par un senliment agrandi, une manière plus forte.
La malaria, un chef-d'œuvre de composition, de dessin et de couleur, avait été simplement la traduction de la langueur, de l’affadissement moral que peut déterminer une influence physique et immédiate.
Les jeunes filles d'Alvito, venues ensuite, ont témoigné Lout à la fois d’une touche plus sûre et d’une ConCeption plus élevée. La souffrance s'y montre épurée, dégagée de tout élément, de toute prédisposilion matériels. C'est l’âme dolente en elle-même et à cause d’elle-même. quelque chose comme la vague tristesse de la passion qui ne trouve pas au dehors son épanchement naturel et qui se replie sur soi.
Les Fienarolles de San Angelo, exposées celle année, participent de ce dernier sentiment, mais avec une nuance plus accusée. C’est bien encore le désir brûlant auquel manque la possibilité de réalisation et qui se consume lui-même, mais c’est le désir ayant conscience de l’obstacle et prêt à regimber. La tristesse n’est déjà plus résignée : un singulier mélange de mépris et de colère contenue modifie son expression. C’est bien ; si M. Hébert est logique, à l'année prochaine le cri de révolte !
A l'entrée de la ville de San Germano, au pied d’un mur blanc sur lequel miroite le soleil napolitain, et qui fait angle pour laisser fuir à gauche une perspective coupée par des roches violacées, les Fienarolles reposent attendant les acheteurs. Une grande toile, accrochée au mur, fait office de tente et cache à moitié le corps d’un homme endormi. La charrette a été déchargée et les bottes de foin éparpillées à terre. Les femmes, au nombre de huit,
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