‹ SalonsChapitre 25 sur 99 · PR ES RE RE TR DR NET SR RS RSR PE DR RES · texte numérisé non relu

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mée des combats avait voilée à leur Jeunesse, tous enlhousiastes d’un présent dont ils ne distinguaient pas les courants multiples et profonds. Vous les avez vus s’élancer pêle-mêle, peintres, Sculpleurs, musiciens, poètes. dans toutes les avenues de l’esprit humain, agilant avec cux le Sursum corcda général ; préchant par la brosse, par le ciseau, par la plume, par la parole, Papostolat d'un art nouveau; jetant bas les vieilles formes, les vieux culles, les vieilles adorations, les vieux olympes; et, dans l’effervescence de leur iconoclastie traînant au ruisseau le grand dix-seplième siècle, au risque d'éclabousser Molière et de maculer Lafontaine. Guerre faite de méprises, nous l’avons dit, mais grande guerre ! La victoire gagnée, le genre classique mis au rebut comme un ponton rasé, la ligne désavouée comme une prude sèche et maigre, VOUS avez vu la jeune école se poser et s'affirmer dans tous les genres. Elle noircit le papier, elle taille le marbre, elle broie la couleur. Contre le passé d'hier elle demande des armes au passé d'autrefois. Aux temps modernes, monarchiques et catholiques, elle oppose le moyen âge féodal et religieux ; au langage artificiel, uniforme et ahstrait du règne de Louis XIV, les rhythmes variés, la langue vraie, populaire et coloriée du seizième siècle; & la tragédie synthétique et unitaire des temps anciens, le drame individuel et multiple des théâtres étrangers.

Chemin faisant, elle fonde la poésie lyrique, déblaie la scène, installe le roman, renouvelle la slaluaire, ressuscite la grande peinture, crée le paysage. Elle a hâte de vivre, elle brûle sa route. Elle accumule en quelques années plus d'œuvres qu’on n’en pourrait lire et voir en un siècle.

Vous avez vu le début, voyez maintenant le dénouement, le revers, et ceci est la conclusion vers laquelle je voulais vous entrainer. Un beau Jour, ce mouvement commencé avec tant d’ardeurs et de fanfares, et qui, dans la logique de sa généralisation progressive, avait affecté, dans leur masse et dans leur profondeur,toutesles manifestalions de l’esprit, poème, drame, roman, histoire, mu-

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ANNÉE 1859 ŸL

sique, peinture, statuaire, architecture, se ralentit peu à peu, de lui-même, sans secousse, sans choc étranger, el s’arrète… La force d’impulsion avait manqué. L'enthousiasme tombé, le bruit s’apaise, la poussière se dissipe: un inot inconnu, le réalisme, circule; et, sur la granile route de la pensée, restée déserte, on voit poindre, aux acelamations des uns, à la stupéfaction des autres, le paysan berrichon avec son large chapeau, sa veste ronde ou son rochet de coton bleu.

Quel est ce nouveau venu, et qui nous l’envoie ? — La révolution nouvelle, dont il est à ia fois le précurseur el le symbole.

A peine arrivé, le voilà qui entre de plain-pied dans la littérature et dans Part. Il s'y installe et attend. Les artistes et Les poètes arrivent, l'entourent, et le regardent d’un œilcurieux ebnarquois, pleins de doute sur sa valeur esthétique.

Il se met en mouvement, et tout de suite ils reconnaissent en lui un caractère de poésie simple et vraie qui les attire et les retient charmés. Il leur apparaît comme Je moyen terme et la transition même de l'homme à la nature et de la nature à l’homme. Par lui, ils remonteront de bas en haut l'échelle sociale, et, changeant ainsi | les conditions du prisme, se rendront compte de leurs mi) visions chimériques, de leurs conceptions artificielles el + | vaines.' Avec lui, ils entreront dans le calme robuste et h la solennité attendrie de la pacifique nature. L'aspect 1 familier des choses qui composent sa vie leur donneront 4! 4 le secret de Fémotion intime et profonde, de l’art péné- ) f. {rant. Enfin, son travail continu et fort leur apprendra à mépriser les manifestations violentes et à dédaigner les | | |

héroïsmes d'une heure. LA Et tous se sont mis à l’œuvre. 1. 4 Alors sont nées spontanément ces charmantes épopées 4 | rustiques, la Mare au Diable, André, Jeanne, dans les- À | | quelles madame Sand est venue rafraïchir son taient ora- | geux. Alors se sont produites les œuvres de Th. Rousseau, Corot, Daubigny, Troyon, Millet, œuvres de force;

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de mélancolie, de grâce ou de norne grandeur, qui ont fait du paysage la branche la plus importante de l’art en notre temps.

Et voilà comment les rôles sont aujourd’hui intervertis, comment ce qui était infime autrefois occupe le premier rang, Comment ce qui était au faite n’existe plus guère que de nom. Que sont devenues la peinture religieuse et la peinture historique? Que sont devenues l’architecture et l’épopée? Elles sont mortes, mais ne veulent pas l'avouer. Celui qui se promène dans les salles du Palais de lIndustrie peut se convaincre de l’état de décrépitude

“dans lequel, malgré des encouragements de toutes sortes, elles sont finalement tombées.

L'avenir est aux toiles de petite dimension, à celles qui expriment le côté humain et en quelque sorte terrestre de la vie. C'est ce que nous avons vu en 1857; c'est ce que nous voyons encore cette année.

Quelques admirables paysages, des tableaux de genre remarquables, plusieurs bons portrails, en tout une centaine de toiles : tel est le bilan du Salon de 1859, salon improvisé en quarante jours, dit-on.

Et dire que le livret contient 3,045 tableaux.

Qu'a donc fait le jury ?

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