JEAN-FRANÇOIS MILLET
2183. — Femme faisant paître sa vache.
€ L’on voit certains animaux farouches, des mâles et
A: des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides 1; et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent Hi et qu'ils remuent avec une opiniätreté invincible ; als ont
f comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs | |
pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont
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des hommes; ils se relirent la nuit dans des tanières |
où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres bommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé! »
Ces paroles de La Bruyère, d’une énergie si saisissante, et pour ainsi dire déjà colorées des sinis'res lueurs de 1793, me sont revenues en mémoire à l’aspect de la petite toile qu'expose cette année M. Millet.
Cette toile contient pourtant peu de chose : une je1ne lille, une vache, et, entre deux parties de champ moissonné, une longue bande de terre, moilié pré, moilié chemin. Le pré est ras-tondu ; les foins ont élé fauchés, les regains sont partis : l'herbe est courte et dure. La vache allonge à terre son mufle noir, et de la langue et des dents pait les maigres plantes. La jeune fille est debout, tenant dans sa main la lanière flexible et lâchéc qui va se nouer aux cornes de la bête.
Aucune des parties de cette simple composition n’empièle sur l’ensemble; toutes se proportionnent admirablement et se relient entre elles dans cette heureuse harmonie de ton, de valeur et d’elfet, qui est l'harmonie mème de la nature. h |
La jeune fille (s’il est permis de donner ce nom frais $ et poélique quand même, à la sombre et morne créa- /| Lure), à dix-sept ans à peine. Une jupe courte d’un rose N | sali, laisse passer ses jambes sèches et dures, et se perd il | par en haut sous une lourde cape de drap jaunâtre, qui \| \ a dû couvrir plus d’une génération pour arriver en si 1e, pileux Stat sur les épaules de la pauvresse. Une espèce ! de linge gris lui enserre la tête et cache entièrement ses : à cheveux ; les cheveux, vous le savez, sont une des grandes
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