THÉODORE ROUSSEAU
2637. Ferme dans les Landes. — 2638. Bords de La Sévres. — 2639. Forges d'Apremont. — 2640. Bornage de LBarbizon. — 2641. Lisière de boïs.
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La nature est un thème proposé à l'intelligence humaine. Chaque artiste arrivant dans le monde, s’en empare et le soumet à son activité, mais quelles que soient la puissance de son coup d'œil, la force de son esprit, la sûreté de sa méthode, il ne fait qu’exécuter au gré de son inspiration privée, des variations partielles en harmonie avec le génie qui lui est propre.
Le thème est infini en étendue et en durée. L'homme est localisé dans un point, et vit un jour. Aussi, les variations qu’il exécute sur l’éternel motif sont nécessairement restreintes au côté qu’il a saisi, et ne font que traduire sa manière individuelle d’envisager les choses. Expressions multiples du jugement que le sujet qui passe porte sur l’objet qui demeure, elles sejuxtaposent dans l’espace ou se succèdent dans le temps, sans limite et sans fin.
Dire la nature, la parler ou la chanter, et cela dans cette admirable langue des couleurs, qui, après la littérature et la musique, est le plus bel instrument de l’âme humaine, n’est donc point l’affaire d’un homme ni d’une époque. C’est l’œuvre de l’espèce même, et l'élaboration doit durer autant qu’elle. Chaque artiste qui se présente fournit une note, marquée à l'empreinte de son jour et de son heure, et plonge dans le néant. La note se joint à la note, et forme concert; le paysage s'ajoute au paysage, et la nature, saisie en détail par chacun, dispersée en fragments dans la multitude des œuvres, n’éclate véritublement et ne resplendit que dans l’ensemble. Le seul, le vrai paysagiste, c’est l'humanité.
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