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à leur lèvre inférieure légèrement pendante, l'indice des chaudes voluptés dont l'attente les affole ?
J'ai appelé tout à l'heure M. Hébert le Christ de la peinture : n’en serait-il pas plutôt la sainte Thérèse ?
Sérieusement, les peintres ont-ils le droit d'oublier ainsi la réalité etde pervertir à volonté les conditions normales de l'être ? N’est-il pas vrai que c’est la fonction même qui détermine l'expression des personnages, et que toute recherche de sentimentalité non contenue dans la fonction est abusive et fausse ? M. Hébert nous présente des femmes engrangeant du foin ou puisant de l'eau. A son gré ! Je n’entends aucunement blâmer ces sujets de sa préférence. Mais, est-ce l’occasion de donner à ces femmes un visage langoureux, une bouche douloureusement contractée, des yéux exagérément rêveurs ? Qu'’elles aient l'attitude et l’expression du personnage qu’elles remplissent, l'esprit ne demande rien au delà. Substi- Luer, sous prétexte de poésie et d’idéal, son sentiment individuel à l’impassible objectivité des choses ; voiler. sous lamonotomie de son imagination frappée, l'immense variété de la nature et de la vie; féminiser toutes les conceptions de l'esprit pour agir sur les seules fibres nerveuses des femmes et des jeunes gens, c’est énerver la conscience humaine, déjà si peu affermie, par suite, travailler à la dépravation des mœurs et à l’émasculalion de: l'art.
Avec M. Bouguereau, il est impossible de ne pas parler dessin. Car, si M. Baudry est le Titien de l'Ecole de Rome, M. Bouguereau en est le Raphaël. Comme l’un parait avoir mis son idéal dans la couleur, l’autre place le sien dans la forme : à chacun son fief.
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Mais qu'il y a loin des petits ragoûts de M. Baudry à la pleine pâte du grand peintre de Cadore! Qu'il y à loin aussi du dessin ronflant de M. Bouguereau à la ligne harmonieuse de l’élégant maitre d'Urbin !
Une Sainte-Famille de sacristie, un Oreste de cinquième acte, une Bacchante couchée, jouant avec un bouc, tels sont les divers envois de M. Bouguereau. Entre les trois tableaux, s’il faut absolument en préférer un, je choisis la Bacchante, comme le plus naturel et le plus Joh de composition. Mais comment ce dessin tant vanté pourra-t-il satifaire les puristes ? Je vois une tête de jeune garçon Sur un Corps de jeune fille; je constate que le fémur droit est trop court: que le fémur gauche. est cassé par le milieu, et que les deux moitiés essayent en vain de se rejoindre. Conception banale, dessin incorrect, couleur indifférente : art inutile.
M. Bouguereau est un esprit sage, un artiste laborieux, chez qui la patience et l’assiduité ont développé ces qualités honnêtes et tempérées qui désarmeront toujours la critique amère. Il a cultivé tour à tour la peinture religieuse (le Triomphe du martyre, 1855), et la peinture oflicielle (Incendie de Tarascon, 1857). Chemin faisant, il a cherché quelques idylles à Ja portée des pensionnats de jeunes demoiselles (l'Amour fraternel, le Retour (hi des champs). Enfin il a soupiré pour le plus grand atten- | drissement des familles éprouvées, la plaintive élégie du Jour des morts, qui a fait mouiller plus d’un mouchoir dx bourgeois.
| Toutes ces œuvres de louable intention lui ont valu. comme à ses jeunes confrères de l'Ecole de Rome, la pre- | mière médaille et la croix d'honneur :
Récompenses sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Comme M. Hébert, dont il n’a Jamais eu d’ailleurs ni la délicatesse de sentiment, ni la grace douloureuse d’exécution, M. Barrias à passé sa vie à s’amoindrir, Il y a l treize ans (1850), cet artiste, à peine débarqué de Rome, | exXposail au Salon une œuvre remarquable à plus d’un | . litre, que l’Etat, dans sa sollicitude pour les jeunes sens
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élevés sous son aile, s’empressa d'acquérir : c'était les Exilés de Tibère, qui sont au musée du Luxembourg. Cette toile est restée son meilleur ouvrage. M. Barrias s’y était révélé, sinon comme un peintre, du moins comme un dessinateur habile, ayant longtemps pratiqué le modèle et connaissant son anatomie. Il y avait là des promesses sérieuses : ont-elles été tenues ?
En 4861, par un inexplicable écart, M. Barrias a fait un mouvement subit vers l’école romantique. Sa Conjuration des courtisanes avait le privilège de rappeler les plus beaux jours de 1830. On y voyait reparaître avec effroi, exhumée de l’armoire des anciens jours, toute la mélodramatique défroque de Venise, la Venise du Conseil des Dix, des soupers, des poisons, du canal Orfano. Quelle mouche rétrospective avait piqué le peintre? Sa tentative élait ensituation comme un parapluie en plein soleil.
Cette année, M. Barrias rentre dans la donnée académique. C’est meilleur et plus sûr pour lui. Son plafond à la cire, peint pour le grand escalier du musée d'Amiens, représente la Picardie entourée de ses villes principales et appelant les Beaux-Arts à l’embellir . « La seulpture, dit le livret, répond à cet appel en présentant les médaillons de l'Empereur et de l'Impératrice. » J'aime médiocrement l’allégorie, ayant peu de goût pour les rébus ; Je ne regarde jamais les plafonds, redoutant les torticolis. Si vous n’avez pas les mêmes répugnances, vous trouverez le plafond de M. Barrias suspendu dans la cage d’un des escaliers latéraux, au-dessus d’un buffet supplémentaire. Examinez-le tout à votre aise : je vote à l’auteur un éloge de confiance.
M. Schnetz n’a jamais été grand prix, mais il est, dedepuis 1840, directeur de l’Académie de France à Rome, ce qui est un titre plus considérable. Disons vite que M. Schnelz à soixante-seize ans; qu'il n’a point eu de part dans les dix grandes médailles d'honneur que la France distribuait au conclave arlistique de 4855; qu'il fut néanmoins un des élèves distingués de David ; qu'il ñeint Comme on peignait sous la Restauration ; que le
romantisme à passé sur lui sans l’ébranler, et que le naturalisme ne l’entamera pas. M. Schnelz fait tous les. deux ou trois ans son envoi au Salon. Cette année, il expose trois toiles : Saint religieux rappelant un enfant à lavie par ses prières ; le Capucin médecin ; la Lecon du Pifferaro. Si M. Schnetz était seul à peindre en France, la peinture serait encore à inventer après lui.
Les mémoires secrets du dix-neuvième siècle raconteront comment il se forma, vers le milieu de la Restauration, au temps où les associations secrètes étaient en vogue, une société d'artistes devenue célèbre sons la dénomination assez bizarre de la Société de l’Oignon ; comment les membres de cette société se réunissaient périodiquement à l’entour d’une soupe dont le légume autrefois adoré en Egypte formait le principal ornement; comment, enfin, liés les uns aux autres par un serment d'amitié et de services réciproques, ainsi qu'il s’est vu plus tard dans l'Histoire des Treize de M. de Balzac, ils firent tous leur chemin dans le monde et parvinrent aux plus grands honneurs.
Ce que je raconte excitera peut-être l’étonnement de quelques personnes peu familiarisées avec nos mœurs d'il y a trente ans. Rien pourtant n’est plus véridique, et M. Picot, à cet égard, pourrait donner des renseignements du plus haut intérêt. La Société de l’'Oignon, quoique restée toujours à l’état secret, à été une puissance sans rivale dans le gouvernement de notre peinture. Le Constilutionnel, cherchant l’autre jour la cause des élévations inexpliquées ou des destitutions imprévues qui, depuis dix ans, dans certaines branches de ladministration, avaient préoccupé l’attention publique, disait hardiment : « Les anciens partis sont là-dessous.» Les anciens partis de la peinture, c’est la Société de l’Oignon. Par elle on pouvait tout; sans elle ou contre elle, rien. Sans elle ou contre elle on végétait, comme tant de pauvres hères que je pourrais citer encore et qui, parvenus à cct âge de maturité où l’homme aspire au repos, en sont encore à attendre la réputation ou le bien-être. Par elle,
on s'élevait subitement, si l’on avait l'ombre d’un talent quelconque, lentement:si l’on n'avait que du zèle; par elle, on arrivait aux commandes, aux médailles, aux décorations, aux places, et, pour couronnement, on entrait dans le cénacle des dieux, à l’Institut.
M. Signol a été, dit-on, l’un des membres les plus favorisés de la Société de l'Oignon.
Je n’eusse pas songé à rappeler ce côté anecdotique de notre histoire et de la sienne, si d’une part M. Signol avait une valeur en rapport avec la position qu'il occupe; si de l’autre il n’avait affiché cette année, dans les opérations du jury d'examen, une sévérité que ne se seraient assurément permise ni M. Ingres, ni M. Delacroix, ni M. Flandrin, ni aucun des hommes les plus autorisés de l’Institut. Mais la médiocrité n’a point les hauts scrupules du génie; et c’est sur M. Signol qu'on à élé contraint de faire retomber en grande partie la responsabilité des regrettables exclusions qui ont eu heu cette année.
Juger comme un maître et peindre comme un élève, c'est un renversement de termes assez singulier pour qu'on le signale. Exposer le Supplice d’une vestale, Rhadamante et Zénobie, deux toiles où l’intérêt est loin d'être palpitant, où l'invention n’est que grotesque, où à l'ignorance de la couleur s'ajoute l’incorrection du dessin, — où l’on voit, par exemple, une femme qui a quinze longueurs de tête et un mètre de largeur d’une épaule à l’autre; deux chevaux, lancés au triple galop qui n’attendent pour avancer qu'une planche, des roulettes, et la main qui les pousse ; — exposer cela, et par son vote, rejeter ou contribuer à faire rejeter du Salon, comme indignes, des tableaux de figures, tels que ceux de MM.Amand Gautier, Whistler, Viel Cazal, Vollon, Brisniboul, Collin, Whil, Sinet, de Serres, Benassit; des paysages, tels que ceux de MM. Harpignies, Lavieille, Chintreuil, Blin, Jongkind, Lansyer, Berthelon, Saint- Marcel, Lobjoy, Pissarro, Sutter, Petit; des marines comme celles de M. Berthelemy ; des natures mortes
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comme celles de MM. Pipard, Maugey, Pagès, c’est appeler bien maladroïtement sur soi les récriminations de la peinture et les représailles de Ja critique : ni les unes ni les autres ne manqueront à M. Signol.
M. Gustave Boulanger tourne visiblement au Gérôme. Pourquoi ? C’est que le Gérôme est un genre productif et à la portée de toutes les impuissances. Point de couleur, peu de dessin, beaucoup de renseignements archéologiques et ethnographiques, voilà le point de départ. Ajoutez un certain amour de l’anecdote, une certaine habileté dans l’arrangement des détails, et vous avez une marchandise d’un placement aussi avantageux que facile. Il fut un temps où, dans le commerce des tableaux, les Meissonier étaient de véritables lettres de change, d’une valeur aussi sûre que les billets de la Banque de France. Les Gérôme l’emportent aujourd’hui sur les Meissonier : cela vaut de l’or en barre, et se paye en raison inverse de la grandeur superficielle.
À travers les replis d’un terrain montueux, couvert de neiges, la dixième légion s'avance sur deux colonnes. En avant marche César, la tête nue. Les soucis de l’ambition, peut-être les incertitudes de la Campagne Commencée, rident son front vaste; mais les corbeaux favorables volent au-dessus de lui dans la direction de l'armée : l'expédition sera heureuse. Sujet froid, qui ne pouvait être sauvé que par un large déploiement de pittoresque ; exécution sèche et maigre. Les armes, les costumes sont exacts. Mais qu'est-ce que cette science de bibliothécaire ? Le peintre n’est pas un greffier. Nul instinct de la couleur : les rouges des soldats sont du même ton au troisième comme au premier plan. Et puis ce n’est pas de neige, c’est d’une serviette blanche que ces monts sont couverts. Nul sentiment de l'expression : le Jules César a l'air d’un brigand déconfit que des gendarmes reconduiraient à la frontière.
Voilà pour un tableau de M. Gustave Boulanger ; voyons l’autre.
Qu'est-ce que les Kbaïls? Je lignore. La question
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d’ailleurs n’est pas là. Que font ces quatre grands gaillards cuivrés, si lisses et si propres, qui descendent, un fusil à la main, dans un ravin de pain d'épices, peigné, brossé, luisant, tiré à quatre épingles comme eux? Le livret répond qu'ils fuient sous le feu des tirailleurs français ; erreur, ils battent des entrechats. L’auteura combiné une déroute, c’est une danse qu'il a faite : urceus exil.
M. Chifflart... — ni médailles, ni croix, pas même une mention honorable ; et pourtant son prix date de 1851! Cette virginité de faveurs est une singularité parmi les élèves de l'Ecole de Rome. On ne nous y a pas habitués. Que serait-ce si M. Chifflart avait à lui seul autant de talent que ses condisciples réunis; s’il lemportait en dessin sur M. Bouguereau, en couleur sur M. Baudry, en imagination et en puissance sur tous? On me répond que M. Chifflart est un esprit indépendant, qu’il à rompu avec la tradition de l'Académie et qu’il n’a point brigué les faveurs de l'administration. Cette raison me suflit.
M. Chifflart expose trois scènes de combats antiques, deux petites, une très grande, intitulée David vainqueur. Je ne les décrirai pas. Ce sont de ces mêlées inextricables, comme on en voit dans Salvator Rosa ou encore dans Decamps. Ce n’est pas sans dessein que Je cite ici ces deux maitres : M. Chifflart me paraît s’inspirer de l’un et de l’autre dans une mesure heureuse. II a le modelé vigoureux de Salvator, la gamme chaude et passionnée de Decamps. Un romantique des vieux jours se sentirait ému à la vue de ces grandes compositions, qui, par la fougue, la furie, la maestria, lui rappelleraient une des choses qu'il a le plus aimées. Pour moi, adversaire résolu du romantisme en peinture, Je suis convaincu que lorsque M. Chifflart voudra appliquer son rare talent à l'interprétation de la vie réelle et des mœurs de son temps, il y puisera des forces nouvelles et tout inattendues. Cest à ce moment que je l’attends.
Il faut aller vite. Ni les portraits de M. Court, élève de Gros; nile Christ en croix, de M. Larivière, élève de Girodet-Trioson; ni le Ravin de Golling, de M. André
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