PRÉFACE VII
du Salon de 1857, cette pensée qui inspire toute son œuvre de critique: « Nier ou affirmer en matière d'art, c’est argumenter où conclure non seulement pour l’esthélique, mais encore pour la religion, la philosophie, la: morale, la politique et le reste. » II n'était pas écrivain de mélier ; il était homme d'abord et avant tout. Il a écrit pour se rendre compte à luimême de ses propres idées, afin de les fixer dans l’esprit des autres comme elles étaient formées et formulées dans le sien. De très bonne heure, il à cru à la mission de l’art et de l'artiste dans une société intelligente et bre. Bien avant P.-J. Proudhon et, sans en faire, comme le philosophe franc-comtois, le sujet d’un livre dont les développements excèdent parfois la mesure, il aurait pu écrire sur Part et sa destinalion sociale. Il tenait pour certain que lPartiste n’est rien qu'un amuseur, plus ou moins adroit mais d'ordre suballerne, s'il ne concourt pour sa part à rendre au pays qui l’a vu naître et dont il tire le meilleur de luimême, ce qu'il doit à l'éducation générale des hommes de son temps.
La doctrine de Castagnary, ne s’est pas faile en un jour : il en a eu, en quelque sorte, l'intuition spontanée dès les premiers temps où il s’est mis à écrire; mais 1l l’a incessamment élaborée, la reprenant, dans son ensemble, comme dans ses détails, chaque année quand revenait l'ouverture du Salon, la contrôlant avec la plus scrupuleuse loyauté par les progrès mèmes de Popinion qu'il contribuait à former, s’interrogeant avec sévérité pour savoir S'il était bien dans le vrai, se réformant lorsqu'il croyait s'être trompé, s'affermissant dans ses vues quand il reconnaissait
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avoir été compris et qu'il se sentait suivi. On verra, en parcourant cedivre, que, pendant près de vingt ans, il n’a cessé de se corriger, de s’amender, de se développer. On assistera ainsi à intéressante évolution d’une intelligence toujours ouverte, qui sait renouveler ses points de vue, varier ses découvertes, tout en restant dans le même champ d'application, accomplir sur eile-même les progrès qu’elle demande aux autres et qui, bien loin de perdre de sa force et de sa fécondité, sait grandir et s'étendre à mesure qu'elle acquiert dans le public plus d'influence et de renommée. À cet égard, le recueil des Saions de Castagnary mérite d’être signalé comme une œuvre originale et vivante. Un tel recueil courait le risque de n’offrir trop souvent qu’une aride et sèche nomencla- . ture, voire une analyse fastidieuse et pleine de redites d’une suite de noms et d'œuvres d'art dont le public a depuis longtemps perdu le souvenir. Mais il n’en est rien. Cet écueil a été évité, non point par l'expresse volonté et les opiniâtres efforts de l'auteur, qui n’a pu, hélas! procéder lui-même à cette réimpression de ses œuvres, mais grâce à lesprit vraiment philosophique qui a présidé à la composition de ces feuilletons que l’on aurait pu croire écrits pour satisfaire à la curiosité momentanée et frivole du public et qui se trouvent renfermer toute une doctrine qui se tient et dont les principes ne passeront point. Il y a, dans ces Salons, ce qui ne saurait manquer d'y être, des descriptions d'ouvrages dont on ne parle plus, des jugements, les uns {rop flatteurs, les autres trop sévères, et qui comportent une révision légilime, des pronostics qui ne se sont pas vérifiés et