PRÉFACE IX
des condamnations dont ont relevé appel ceux qui en ont été frappés. Mais ce n’est pas là qu'est l'intérèt principal de ce livre ; il est fout entier dans les idées générales, dans les théories esthétiques de l'auteur.
Sans doute, ce n’est pas sans un charme plein de mélancolie que Le lecteur passera la revue de tous ces tableaux, de Loutes ces statues qui ont défrayé, lors de leur apparition, tant de discussions passionnées et qui, n’élant plus aujourd’hui sous les yeux de la foule, sont entrés, les uns dans la paisible possession de la gloire, les autres dans un profond oubli d'où ilsne méritentpas d’être tirés. IL y a, en France, un goût si répandu des choses de l’art qu'il suffit à un livre d'en parler, même au passé, pour trouver des lecteurs. On aime à revoir ce que l’on a dit autrefois d'œuvres dont on ne parle plus aujourd’hui, mais dont le souvenir n’est pas tout à fait perdu; on aime aussi à se reporter au temps où tel artiste devenu célèbre a découvert aux yeux du public ravi le premier ouvrage qui a fondé sa renommée. Les lecteurs des Salons de Castagnary goûteront pleinement cette double jouissance, en feuilletant ce recueil. L’exactilude, la justesse et li beauté des descriptions, la vie qui les anime, le profond sentiment de la pensée maitresse de l'artiste qu'on y trouve si neltement et si brillamment dégagée, donneront une singulière impression, comme d’une renaissance ou d'une résurrection, à qui se laissera entrainer aux séductions du style de l'auteur. On sera vraiment tout surpris de voir et de reconnaitre combien ces pages ont peu vicullr. Elles semblent tracées d’hier, tant les couleurs en sont fraiches et vives! Je ne parle pas
seulement des paysages où Caslagnary à véritablement lutté par la plume aveé le pinceau des plus célèbres maitres de notre école : qu’on relève, par exemple, la description des paysagesde Daubigny, de Corot, et celle de la Remise des C'hevreuils de Gusave Courbet, et l’on verra si c’est {rop s'avancer que de dire que l'écrivain a été maitre à son (our; mais Je parle d’autres pages, toutes vibrantes d'émotion, de sincérilé, d’éloquence comme celles que l’auteur a consacrées, pour prendre encore d'autres exemples et nous y borner, au tableau des Dernières cartouches Alphonse de Neuville ou aux œuvres de J.K. Millet, ce grand peintre pour la gloire duquel Castagnary a livré bataille au moins autant que pour celle de Courbet et qui est maintenant en possession de la place qu'il doit occuper dans l'admiralion de tous ceux qui aiment le grand art, dans ses plus hautes, et ses plus sévères aspiralions. Ces pages-là, nous ne
devons pas craindre de le dire, sont impérissables.
Qui sait? Elles vivront peut-être plus que les œuvres
immortelles dont on ne saurait plus les séparer, car
c’est la destinée des livres de durer plus que la toile
ou le bronze, maiselles en perpétueront la mémoire,
comme ont fait les descriptions passionnées de Dide-
rot, pour des tableaux moins dignes de survivre que
ceux dont nous parlons et que l’on ne connaît plus
guère de nos jours que par les exelamations ardentes
de leur enthousiaste commentateur.
S'il y avait à instituer ici l’une de ces comparaisons qui plaisent tant à la foule, ce serait bien de Diderot, le premier, par le génie comme par la date, de tous les « Salonniers » français, qu'il faudrait