‹ SalonsChapitre 41 sur 99 · HE · texte numérisé non relu

HE

DE

point de vapeurs crépusculaires. Chaque chose est amenée à son point exact de rendu et de vie. Tout est net, limpide, vibrant, sonore. C'est à se mettre à genoux devant.

S’attaquer au paysage ; prendre pour objet de son art les aspects changeants de la terre et du ciel ; faire se coucher le soleil dans des nuages d’or ou se lever l'aurore dans des brumes argentées ; revêtir la surface du sol de son riche tapis de moissons ; dresser les villages au flanc du côteau, ou les enfouir au creux du val; grouper au bord des plaines les instruments de labour; éparpiller les animaux dans les pâturages et les travailleurs dans les champs ; peindre la charrue qui roule, le moulin qui tourne, le ruisseau qui sinue ; animer par la lumière et faire tressaillir du grand souffle de vie ces beaux spectacles qui sensibilisent le cœur de l’homme en même temps qu'ils font son esprit plus tranquille et plus doux, c'est beaucoup assurément, mais ce n’est encore que là moitié de la tâche.

Il faut, pour avoir la nature complète et l'être sous toutes ses formes, s'adresser à la société même ; montrer l'homme, la femme, l'enfant, dans les diverses conditions de leur existence; parcourir toute l’échelle qui va du laboureur au marin, du pâtreau soldat, du juge au législateur ; étudier à tous les degrés sous le double jour du dessin et de la couleur, les altérations ou les embellissements du masque humain ; indiquer l’essence des tempéraments, marquer l'empreinte des passions; étaler en mème temps la misère quiavilitet l’opulence qui déforme; exalter le travail, flétrir l’oisiveté; peindre enfin dans sa personne physique et dans sa personne morale,

mm a M Tirer ERNFES Te UNSS BE LS ’ Jo de EE et re de dti Tia ri 0e MER

à travers toutes les situations qui modifient incessamment l'une et l’autre, ce fragment de la création queles croyants appellent un amas de boue, et que nous, plus religieux, nous avons appris à appeler l'homme et l’humanité.

Tel est le complément de l’art, telle est la seconde mission, plus noble, plus élevée, qui s'impose à l'artiste.

Nous avons donné au peintre des champs et de la vie des champs le nom de paysagiste ; quel nom donneronsnous au peintre de l’homme et de la vie humaine ? Peintres de religion, peintre d'histoire, peintres de genre, tous ces mots-là avaient leur raison d’être au temps où régnaient les doctrines classiques ou romantiques, alors que la nature était méconnue ou incomprise. Aujourd’hui ils sont absolument dépourvus de sens. Par quels mots connus ou inconnus les remplacerons-nous ? La logique nous y force ; suivons ses impéralifs commandements. Nous avons appelé paysagistes les peintres qui s’adonnent principalement à l'interprétation des beautés inorganiques ou des aspects champêtres : appelons socialistes les peintres qui appliquent exclusivement leur art à l'interprétation de la figure humaine, à la peinture des scènes ou des mœurs sociales. La qualification a été compromise dans les querelles politiques de notre temps; qu'importe ? Il est des cas où, pour parler juste et exprimer l’idée avec précision, il faut dédaigner l'usage qu'on a déjà fait des mots.

J'aurais voulu ne pas parler de Courbet, parce que Courbet n’a figuré au Salon que par deux insuffisantes ébauches, et que son œuvre principale, le Retour de la conférence, n’a point passé sous les yeux du public. Mais comment négliger, dans une revue de la peinture fran-

Page 1