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APRES

sance sur l'antiquité, c’est-à-dire donnait une formule plastique aux idées de son temps.

Ainsi, notre peintre sera de notre époque, il vivra de notre vie, de nos mœurs, de nos idées. Les sentiments que nous, la société et le spectable des choses lui donneront, il nous les rendra en images, où nous nous retrouverons nous-mêmes et ce qui nous entoure. Car, il ne faut pas le perdre de vue, nous sommes à la fois le sujet et l’objet de l'art : c’est nous qu’il exprime et c'est pour nous qu'il est fait.

Notre peintre oubliera la peinture antérieure à lui, et les sociétés écoulées, et les interprétations auxquelles elles auront donné lieu. On ne fait pas de livre avec deslivres, on ne fait pas de tableau avec des tableaux. Que le peintre soit lui, et nous avec lui, et qu’il ait toujours la nature sous les yeux. Quand le poète chante ses douleurs, s’il a réellement souffert, et sil’expression de sa souffrance est juste, nous souffrons nous-mêmes. Cette douleur-là, nous l'avons ressentie ou nous la ressentirons ; elle est humaine, elle est directement inspirée de la vie. Quand le romancier détaille un caractère, enregistre un trait de mœurs, entrechoque des intérêts ou des passions, nous le suivons avec un charme d'autant plus décidé que nous le sentons plus près de la réalité. Soit qu’il raconte, soit qu’il mette en scène, s’il touche au mot juste, à la formule exacte, un cri nous échappe, et nous applaudissons. Le monde intérieur, l’âme, les sentiments, les idées, les caractères, les passions appartiennent à l’écrivain. Le peintre n’a pour lui que le monde extérieur, le monde des choses colorées. Mais, pour être matériel, son art n’en est pas moins efficace. S'il est vu, s'il est observé, si, simple comme la vérité et familier comme la vie, il arrive à reproduire à volonté les sensations mêmes que la nature nous a fait autrefois éprouver, ou à nous en faire soupçonner de plus élevées encore, il a atteint son but, qui est de sensibiliser l’esprit en charmant les yeux.

Voilà la vérité. Le peintre est comme un voyageur qui chemine au pays des couleurs et des formes, pays illimité

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et véritablement « ondoyant et divers. » Mieux organisé que nous, ou du moins doué de facultés spéciales, il voit d' ce que nous ne voyons pas, fixe ie fugitif, révèle l’inap-

préciable, Vous pouvez iinterroger tous les jours, tous

les jours il a fait provision de curiosités que sans lui vous

n'auriez pas connues. Tandis que poètes, philesophes,

historiens, romanciers, se penchent sur l’âme humaine

pour étudier, la connaître, et résoudre, s’il est possible, , 4 le problème de notre destinée, le peintre se préoccupe # des corps, des attitudes, des physionomies, des costumes, des mœurs, de la représentation de tous les aspects contingents et variables : œuvre glorieuse, commentaire matériel ajouté au livre de la pensée. La littérature et l’art forment deux parties du même miroir qui se complètent l’une l’autre, et dans chacune desquelles l’image physique ou morale de lPhumanité se détermine avec un relief croissant !

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