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notre temps pour la nature champêtre et les scènes de la vie rustique, ont fourni matière à des explications diverses. Tout le monde, cependant, s’est accordé à en trouver la principale cause dans un prétendu déclin de notre société vieillie ; et, parce qu'aux arabesques convenues de la ligne dans la figure humaine, et aux balancements artificiels des groupes dans les compositions héroïques, nous préférons les aspects simples et familiers de la campagne qu’éclaire notre soleil, de toutes parts on à crié à la décadence de l’esprit français : accusation pauvre de philosophie et riche d’inexpérience, qui se présente tout à la fois comme un déni de justice à l’art, un outrage à la France et une dénégation absurde de la loi du progrès.
Il est médiocre esthéticien celui qui ne comprend pas que, dans la voie de renouvellement où la peinture est engagée, le paysage étaitla première étape à fournir. La Renaissance a commencé en Italie par l’étude dela figure, le jour où le vieux Cimabuë s'avisa de jeter par la fenétre les antiques cartons byzantins, et de faire poser un modèle vivant devant son chevalet. L’art nouveau commence en notre siècle le jour où le peintre, comprenant que la peinture est une, et qu’elle a pour objet l'expression de la vie universelle, transporte son chevalet dans les champs, pour étudier d’abord en elle-même la scène où devront venir plus tard l'homme et l’humanité.
En opérant sur la seule figure humaine, en en multipliant à l'infini les expressions et les contours, l'Italie, après un développement aussi prodigieux que rapide, à abouti fatalement à ce qu’on appelle l’art décoratif, art tout de fioritures, où la forme existe pour la forme, sans autre condition de temps ou de lieu, de vérité ou de vie. Ivres de plastique, préoccupés avant tout d’embellir le modèle humain, substituant progressivement leur concept à l'observation des choses, mêlant sur la fin deux
- civilisations disparates, le monde moderne et la Grèce
antique, ses artistes ont fini par perdre absolument le sentiment de réalité qui animait les premiers Florentins,
et qu’on retrouve à l’origine de toutes les écoles. Le don de faire vivant a été remplacé par le talent de faire beau, et l’art est mort, tué par l’Idéal. Raphaël qui, dans cette fabuleuse aventure, occupe le point culminant, clôt en même teraps la période ascensionnelle et ouvre la décadence.
Soit énergie de notre instinct, soit sentiment confus de l'erreur italienne, nous prenons un chemin autre. Nous commençons notre Renaissance par le paysage, c’est-àdire par celte partie de l’art qui vit le plus de sensations immédiates. On n’idéalise pas avec un arbre, avec une chaumière, avec un ciel ou avec de l’eau. La nature se compose de mille et mille arbres, de mille et mille chaumières, de mille et mille ciels, tous différents, tous picturables, avec des effets perpétuellement nouveaux. Pas n’est besoin de chercher ici l'absolu; l'absolu, c’est linfinie variété de la vie, et tous les aspects sont égaux devant le peintre. Le paysage compris, nous évoquerons l’homme. Nous avons déjà, avec Courbet, avec Millet, avec Breton et quelques autres, amené le paysan et exposé les mœurs champêtres. Demain, nous entrerons dans la ville, et nous dépeindrons les mœurs sociales. Atlachés invinciblement à la nature, ayant pour unique moyen l’observalion, pour but unique l'expression de la vie sous toutes ses formes et à tous les degrés, nous serons à l’abri de l'idéalisme qui a perdu l'Italie et qui jusqu’à ce jour nous à empêchés d’être. L'art restitué enfin dans son objet et dans son rôle, demeure fixé; il n’a plus d'autre tâche que de suivre l'humanité pas à pas : il l’accomplira sans erreur ni défaillance.
Qu'on ne s’élonne donc pas de l'importance que nous donnons au paysage. Le paysage n’est point la dernière passion d'un peuple entré en vieillesse, c’est la première prise de possession d’une société qui se renouvelle.
Après Millet, Daubigny, Breton, nous trouvons encore toute une légion d'artistes dont quelques-uns illustres.
C'est une habitude, depuis longtemps, de parler de la
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décadence de Théodore Rousseau. Le grand artiste semble avoir voulu en finir avec cette accusation. et il a apporté au Salon deux toiles : l’une, vieille de quelques années et appartenant à son ancienne manière; l’autre, toute récente et représentant la nouvelle. Je dois confesser que la Chaumière sous les arbres, qui est la plus ancienne, est généralement plus goûtée que le Village. Ce sentiment donnerait raison à ceux qui vont disant que le talent du peintre a baissé. Pourtant, si le Village était expurgé de quelques fautes trop visibles; si les arbres, par exemple, au lieu de se plaquer en éventail sur le ciel, étaient modelés et posaient librement dans l’atmosphère ; si les ombres portées correspondaient à des lumières plus réelles; si enfin le travail général de la brosse était moins uniforme, je ne mets pas en doute que ce tableau ne püt supporter la comparaison avec les plus beaux du maitre. Il est merveilleux pour la richesse des tons et la délicatesse des nuances. Tous les détails y sont à leur place; la plaine fuit sous l'œil; et la justesse de l'effet ne le cède en rien au charme du coloris.
Quand on a affaire à un artiste de cette forcecet de cette sincérité, 1] faut se garder de le juger sur l’œuvre présente. Pour moi, je ne le vois jamais qu’entouré de tous ses tableaux passés, et alors quel magnifique témoignage en sa faveur ! :
Des deux paysages de Corot : Souvenirs de Morte- Fontaine et Coup de vent, je préfère ce dernier. C’est, comme toujours chez ce maitre, de la nature rêvée ; mais J'y trouve un élément dramatique que je n’avais pas vu chez lui depuis son beau tableau de la Destruction de Sodome. Le titre indique la scène. Nous sommes sur la lisière d’un bois. Le vent souffle; de grands frissons courent sur les champs et les plaines. Les arbres tordent leurs branches en secouant leurs feuilles. Une paysanne, qui rentrait avec sa provision de bois, a de la peine à se maintenir et trébuche, prise dans le tourbillon. Il ya dans cette œuvre une puissance et une unité d’impression extraordinaires. Je regrette que le terrain finisse un
peu brusquement ; en le prolongeant vers l’horizon, l’auteur donnerait à sa toile plus d’ampleur, et à la bourrasque plus d'intensité. |
MM. Lavicille, Nazon, Hanoteau ont obtenu chacun une médaille. La récompense était méritée depuis longtemps. Il y a un grand charme dans la Matinée d'avril, de Lavieille ; ce sont des arbres modelés sur un ciel clair où courent de légers nuages; la partie supérieure du tableau est véritablement admirable, pleine d’air et de Iumière. Si les terrains avaient plus de solidité, et quelques accents de nature plus vigoureux, l'œuvre serait complète. Nazon aime les beaux effets de lumière, s’avançant du fond de la toile et venant éclairer les premiers plans. Son Soleil levant sur les bords du Tarn a fait son succès; j'en trouve l'aspect un peu vitreux, et je préfère Novembre, avec ses peupliers d’or. Ce peintre a un sentiment noble et délicat à la fois de la nature ; le trivial, ou pour mieux dire le familier, lui répugne. Je crois bien qu'il se brouillerait avec le soleil, s’il voyait le soleil éclairer un humble carré de choux. Claude Lorrain pensait de même, et c’est ce qui a fait sa gloire. Mais Claude Lorrain était un vrai coloriste ; il avait le métier simple, large et facile. Que M. Nazon tâche donc aussi de lui ressembler de ce côté là. — Hanoteau, c’est la vigueur du modelé et l'intensité des verts. Là, point de vague, point de brouillard, point de sentimentalité fausse : la nature saine et robuste du Morvan. Le Paradis des oies et la Huile abandonnée ont séduit le public par leur accent de franchise et leur simplicité mâle. M. Hanoteau vient d'entrer dans l’état-major de la peinture.
Citons encore, parmi les très bons paysagistes, Harpignies, dont la Promenade est d’une composition si heureuse! Blin, qui s'est trompé dans sa Chataigneraie, mais qui a pleinement réussi dans les Souvenirs du cap Frehel; Bernier, qui parait vouloir imiter Harpignies ; Emile Breton, dont le Soleil couchant serait irréprochable s'il ne ressemblait pas à un incendie de forêt ; Lansyer, qui ne se souvient pas assez de Courbet, son
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maitre; Brigot, qui s’en souvient trop ; — et concluons :
Assurément le paysage sans figures, ou avec figurines traitées au pur point de vue pittoresque, ce qui est la même chose, a son intérêt. Pour peu que nous nous y prêtions, il nous touche et nous émeut, parce que les sensalions que nous avons acquises au sein de la nature réelle s'éveillent sans effort devant cette vérité d’interprétation. Mais il ne faut pas se dissimuler que ce n’est là qu'une infime partie de l’art. Un grand pas est fait lorsque le paysage, au lieu d’être l'élément principal du tableau, est subordonné à la figure, comme dans Jules Breton, par exemple ; un pas plus grand est fait encore, lorsque, comme dans Millet, c’est la vie rustique ellemême que le peintre déroule en épisodes sur la scène champêtre. La vie rustique, c’est la moitié de Ja vie universelle. Aux peintres, dont elle est le thème habituel, ajoutez ceux qui exploreront tout à l'heure la scène sociale, et vous aurez l’art tout entier: l’art, c’est l’humanité.
Et quittant le paysage et en abordant la figure, on tombe en pleine tour de Babel. Ici, personne ne s’entend. Non seulement chaque peintre parle une langue différente, mais tous sont d’accord pour repousser la bonne. Ils appellent cela rester individuels. A bien prendre les choses, cependant, il semblerait que Ja peinture n’eût d'autre objet que de nous peindre, nous et nos mœurs, et qu'une fois cet objet rempli, son but fût atteint. Les cinq sixièmes de nos artistes ne l’entendent pas si simplement, Leurs yeux, accoutumés à contempler lIdéal, se ferment chastement devant les réalités de l’humanité présente ; car, qu'est-ce que l'humanité, sinon
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trivialité et laideur? Il ne s’agit point pour eux d’exprimer la vie qui les entoure, de donner en passant la formule plastique d’une société transitoire comme euxmêmes ; il s’agit de se pousser dans la richesse ou dans la renommée, en flattant les préjugés de notre éducation factice, en cherchant, par exemple, au delà du réel et du possible, les formes pures d’une humanité abstraite, en nous transportant loin de nous-mêmes dans le passé de l’histoire ou au sein de mœurs et de populations exotiques.
Ceux qui cherchent la forme pour la forme, en dehors de toute idée de localisation dans le temps et l’espace, deviennent moins nombreux à mesure que les saines notions de l’art tendent à se dégager, et que le public se dégoûte de leurs visées prétentieuses : à ce groupe, appartiennent cette année MM. Amaury Duval, Bouguereau, Puvis de Chavannes, Poncet, Giacomotti, Emile Lévy, Barrias, Briguiboul, Eugène Faure, etc., sur lesquels il n’y a rien à dire, parce que chez eux qualités et défauts sont également de convention. Témoignerai-je pourtant le regret de voir M. Briguiboul rangé dans cette catégorie ? À quoi rêve donc ce jeune homme, et qu'espère-t-il de ces tentatives rétrogrades ? Nous avions applaudi au Job de 1861, au Robespierre de 1863; nous pensions que M. Briguiboul était dès lors dans la voie et qu’il allait mettre au service de l’art véritable, appliquer à l’interprétation de son temps, ses vigoureuses qualités de dessinateur : le voici qui, dans une immense composition où rien ne se lie, rien ne s'enchaîne, rien n’est nécessaire, cherche à prouver que l’art est, non pas une fonction de l'esprit, mais un simple jeu de la main.
C’est par amour du Beau,ou pour mieux dire par crainte du vrai, que ces peintres, prétendus idéalisateurs, enlèvent aux scènes et aux personnages qu'ils représentent tout accent de nature, toute condition d'existence dans le temps présent, deux choses qui sont l'attrait irrésistible et le grand triomphe de l’art. Une égale horreur dela réalité a saisi ceux qui, sous prétexte de flatter notre dé-
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licatesse,nous transportent dans ce monde imaginaire Où la fantaisie et la mythologie se poursuivent en jetant des fleurs. J'ai nommé MM. Voillemot, Faivre, Chaplin, Hamon. Que dire encore de ces artistes, sinon que leur art échappe au contrôle, en même temps qu'il échappe à la nature ? Je ne veux point passer cependant sans excuser, entre tous ses collègues, Hamon, le peintre de l’'Aurore. Celui-là, du moins, a le charme et la grâce, les deux seules choses qui puissent justifier la fantaisie et nous faire passer par-dessus sa frivolité. Regardez cette jolie création ; c’est naïf, ingénu et frais comme les rêves d’une jeune fille. L’aube se lève, le ciel s’irise de tons changeants, la rosée dort encore dans le calice des fleurs ou suspend ses gouttelettes tremblantes à la pointe des herbes. Encore une heure, et toutes ces perles brillantes auront disparu. Qui les aura emportées ? L’aurore, l’aurore que les peintres vous montrent sous la forme d’une enfant se haussant sur les pieds pour boire à la coupe des liserons bleus. Cette conception est peut-être bien un peu subtile; mais l’œuvre, dans la gamme ordinaire à Hamon, est d’un excellent dessin, et, une fois comprise, d’un attrait tout à fait plaisant. Que demander de plus ?
Pensez-vous que s'ils avaient une grande confiance dans la beauté de la France, de son ciel et de ses habitants, MM. Belly, Brest, Berchère et autres orientalistes, nous emméneraient sous une latitude inconnue, devant des effets de lumière dont ni vous ni moi ne saurions contrôler la justesse ? Croyez-vous bien vraie cette coloration de l'Egypte que nous apporte M. Belly, cette coloration de l’Asie-Mineure que nous offre M. Brest ? Moi, je les tiens pour douteuses ; et quand je vois des gens, qui seraient incapables de peindre la plaine Saint-Denis. aller chercher un bord du Nil ou une rive du Bosphore, mon premier sentiment est de me défier. M. Berchère cependant a trouvé la grandeur dans son Crépuscule de Nubie; Après le Simoun qui voulait produire une impression dramatique et émouvante, n’est rien que comique, grâce aux pelits chacals qui accourent du fond
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disputer leur proie aux vautours du premier plan.
Ces peintres qui habitent Paris, qui prennent modèle à Paris n’ont qu'une hâte, fuir Paris, se soustraire au monde qui les entoure, échapper à l’obsession du réel et du présent. Il n’est rien qu’ils ne préfèrent à ce qui est. Nous en avons vu une première troupe partir pour le pays où fleurit l'idéal, une autre s’égarer dans Îles chemins mythologiques, une autre s’élancer dans Îles lointains de l'Orient à la suite des botanistes et des géographes; voici maintenant ceux qui remontent le cours des âges pour retrouver les mœurs, les costumes, les traditions ou les faits écoulés. Est-ce une satire que s’est permise M. Alma-Tadema, l'auteur des Egyptiens de la dix-huitième dynastie? Certes, quand on voit des artistes en renom, comme Gérôme, par
exemple, faire de la science et de l’érudition avec la,
Grèce ou avec Rome, c’est un trait d'esprit que de tirer de la poussière des hypogées une dynastie de Pharaons, et de la présenter tout d’un coup sans crier gare au public épouvanté. Ah! vous admirez des gladiateurs qui ont deux mille ans à peine; mes Egyptiens en ont quatre mille, et ils sont plus exacts ! Si M. Alma-Tadema lavait pris sur ce ton, il pouvait nous guérir d’une dangereuse maladie. Mais j'ai lieu de croire que telle n’a point été sa pensée : les élèves de l’archéologue Leys ont, en général, l’archéologie sérieuse. M. Glaize nous raconte l’histoire de Samson enchaîné pendant son sommeil. C'est plus nouveau que la dix-huitième dynastie, sans toutefois être palpitant. Le Samson est en terre cuite, la Dalila en porcelaine. Il faut louer cependant quelques jolis détails de mobilier, que M. Glaize semble avoir retenus de Gérôme. Gérôme ! c'était lui le fondateur et le maitre de ce genre. Il semble s’en être départi depuis quelques années, et le voilà en train d'écouler des notes prises pendant son voyage en Orient. L'Almée était une note à garder en portefeuille. C’est d'une indécence froidement caleulée, et je recule devant la description. Petit métier, du reste, mesquin, désagréable, ennuyeux à l'extrême. Un
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acquéreur à, me dit-on, acheté la toile cinquante mille francs : l’anecdote racontée doit entrer pour un fort appoint dans ce prix exorbitant,.
Et ceux qui ajoutent du piquant à leur peinture par le pittoresque des costumes et l’imprévu des mœurs qu ils nous exposent : Brion, Bonnat, Marchal, Eugène Leroux, Patroïs, Schreyer, Vanutelli, etc., il ne faut pas les oublier. La Quête au loup, de M. Brion, est juste d’effet, sinon de couleur. Je préfère ce petit tableau de genre à la composition prétentieuse qui porte le nom de Fin du déluge. Ici rien n’est vrai. L’arche semble une grande baraque de saltimbanques, amenée là par hasard; ces nuées qui flottent sur les eaux sont, à volonté, des fumées ou des vapeurs. Ce qui fait défaut, surtout, c’est le caractère, c'est l'accent de vie. Ces roches sont trop propres ettrop bien balayées. Quoi ! un ruisselet débordé dans un jardin y accumule comme à plaisir du sable, de la vase, des joncs, mille détritus ; et ici, après la plus épouvantable inondation qui fût jamais, je n’aperçois aucun débris, pas même une touffe de varech ou de goëmons ! Ce n’est point ainsi que se présente la nature. La Quéte au loup de M. Brion est un souvenir d’Espagne ; les Pélerins de M. Bonnat, un souvenir de Rome ; la Scène intime de M. Patrois, un souvenir de Russie ; les Chevaux de M. Schreyer, un souvenirde Crimée: l’Intrigue de M. Vanutelli, un souvenir de Venise. — Rien de la France !
L'Italie a cru à la beauté de ses peuples ; par toutes ses écoles et par tous ses artistes, elle a proclamé à haute voix que la forme humaine est l’objet préféré de l’art ; à Florence, à Palerme, à Bologne, à Milan, à Venise, partout, elle a étudié, sous tous ses modes et sous tous ses aspects, le type indigène, s’efforçant de l’amener, par la pureté de plus en plus approchée du dessin, à son maximum de puissance et de vie, jusqu’à ce que de ces expressions multiples et divergentes, Raphaël, le généralisateur
suprême, dégageât le type supérieur de la nationalité italienne.
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L'Espagne a cru à la vigueur et à l'énergie de l’Espagnol, et par ses Velasquez, ses Ribera, ses Zurbaran, ses Murillo, elle a fixé en individualités impérissables la grandeur farouche et le catholicisme hautain de ses habitants. La Flandre a cru à la pureté de son sang vermeil et à l’opulence de ses carnations sans égales: elle en à surchargé les toiles de Rubens, cet enfant prodigue de la matière, et les a fait ployer sous le poids des chairs accumulées. Moins douée sous le rapport de la forme, la Hollande a cru encore à la transfiguration possible de la ligne par la couleur; et la laideur de ses naturels a été sauvée par la magique lumière de Rembrandt. —. [ci, en France, c’est autre chose : depuis trois cents ans nous sommes chétifs, misérables et grossiers, incapables de servir même de prétexte au génie transcendant de nos artistes ; nos femmes sont laides, nos hommes sont vulgaires, nos mœurs sont sans caractère et sans vertu, si bien que nos peintres, pour faire de la vraie peinture, sont obligés de nous tourner le dos, et d’aller demander à la mythologie, à l’histoire ou aux voyages des sujets plus nobles et des inspirations plus relevées!
Ainsi notre société passera, et nos passions, nos tourments et nos fièvres, et notre Révolution immortelle, sans avoir même fait luire un rayon sur le front obtus de nos peintres! Balzac aura taillé dans la partie vive de nos mœurs le meilleur de sa comédie humaine; David d’Angers aura inscrit dans le marbre nos aspirations et nos souffrances ; nos philosophes, nos historiens et nos poètes auront, à tour de rôle, décrit ou chanté l'épopée de nos agitations douloureuses : le thème admirable iqui alimentait nos sciences littéraires et sociales, n’alimentera pas notre peinture. La France de notre temps ira rejoindre la France du temps passé ; et de tout ce que nous voyons, de tout ce que nous savons, de tout ce que nous sentons, il ne demeurera d'autre trace que quelques bouquets d’arbres au bord d’un ruisseau, ou quelque scène rustique dans un coin de paysage!
Il me reste, après ces réflexions, peu de courage pour
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citer les noms de quelques véritables peintres: Amand Gautier, Van Hove, Vollon, Washington, Ribot, Verwée. Ils sont bien doués, mais leur idéal est si petit en comparaison de nos exigences grandissantes ! Fromentin semble être à la veille d'abandonner l’Afrique et d’appliquer son élégante manière à l'interprétation de la soeiété francaise ; heureuse inspiration qui ne peut manquer de lui réussir. Meissonier aborde pour la seconde fois, avec bonheur, le costume moderne. Si son Solférino fait un peu trop joujou, son Mil huit cent quatorze, que je n'ose analyser, tant je craindrais d'appuyer sur les défauts, est, pour le naturel des poses et la justesse des expressions, un des chefs-d’œuvre du maître ; mais qu’estce que tout cela auprès de l’art simple et fort que nous pourrions nous faire, si nous dépensions dans la peinture la moitié des qualités que nous gaspillons dans les lettres?
SCULPTURE
Si la médaille d'honneur avait été la juste récompense des travaux présentés, plutôt que la réparation hasardeuse d’injustices autrefois commises, c’est à M. Clésinger qu’elle eût été décernée. La fécondité de ce rapide improvisateur étonne. Il a contre le marbre les grandes audaces des Puget et des Michel-Ange ; les gros blocs lui sourient et l’attirent. Chaque année il nous surprend par le nombre et l’imprévu de ses envois. Rien qu’à ce Salon, il comptait deux statues équestres, une statue en pied, un groupe d'animaux, et même il eût put ajouter à tout cela une statue assise de Mme George Sand, qu'il avait également rapportée de Rome. J'aime cette façon hardie et aventureuse de contraindre à l’expression un art essentiellement réfractaire.
Le Combat de taureaux romains est merveilleux de rage et d’acharnement. Front contre front, naseaux enflammés, bouche écumante, les combattants se heurtent avec frénésie, pressant le sol sous leurs pieds fébriles. Le coup qui les a emmélés l’un à l’autre a été terrible, et la génisse qui l’a provoqué a dû le contempler de loin avec orgueil. On a reproché à ce groupe tumultueux d’être beau du côté de la face seulement. Ce reproche serait admissible s’il ne s'agissait ici d’une action éminemment dramatique. « Toute scène, dit très bien Diderot, a un aspect, un point de vue plus intéressant qu'aucun autre ; c’est de là qu’il faut la voir : à ce point de vue, tous les aspects ou points de vue subordonnés, c’est le mieux. Quel groupe plus simple, plus beau que celui du Laocoon et de ses enfants! Quel groupe plus maussade, si on le regarde par la gauche, de l’endroit où la tête du frère se voit à peine, et où l’un de ses enfants est projeté sur l’autre ! Cependant, le Laocoon est jusqu’à présent le plus beau morceau de sculpture connu.» Que le Combat de taureaux, vu de dos, soit froid et fasse pan de mur, je m'en inquiète peu, si la silhouette générale m’arrète par son énergie, et si les détails multipliés du devant me séduisent par leur justesse et leur vérité. Je me plaindrai d'autre chose. Préoccupé avant tout de supprimer les vides, de boucher les trous que devait naturellement présenter sa composition, M. Clésinger a fait monter de: toutes parts le paysage dans son groupe. Sol et bêtes ne font qu'un. De sorte qu’au lieu de l’image nette et arrêtée que présentent toujours sur l'horizon ces fiers animaux portés sur leurs jambes nerveuses, nous avons un bloe compact, qui de loin, se dessine comme un monticule de terre, où comme une vague enroulée. Il ya là, ce me semble, une dérogation à la nature, que l'art n’exiceait pas nécessairement.
Le Jules César, traité dans le goût décoratif, aves certaines exagérations dérivées de Michel-Ange, produit un assez grand effet. Sa tête fine et élégante est ein-
D pruntée de quelque antique inconnu. Le sens de la state
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cependant est obscur. Est-ce un César pacifique, comme semblerait l'indiquer le bras droit qui ramène le glaive ? :'ais alors que signifie le geste hautain du bras gauche ? Si, au contraire, c’est un César guerrier, comme le Eras gauche paraît le faire comprendre, pourquoi ne présentet-il pas le glaive par la pointe ? Il fallait se décider nettement entre ces deux interprétations également accepta bles. César conquérant devait dire : Soumets-toi, ou meurs! César régnant devait faire entendre : L’empire est fait, divertissez-vous !
Ces erreurs de conception ne sont pas rares chez M. Clésinger. J'en pourrais trouver un nouvel exemple dans les deux statues équestres que ce célèbre artiste a exposées à la porte du Palais-de-l’Industrie, faute de pouvoir leur faire franchir le seuil. Parce qu'il reste de François I‘ une armure colossale et quelques fâcheux souvenirs de batailles, ce n’est pas une raison pour le représenter bardé de fer. Le vainqueur de Marignan, le vaincu de Pavie, peut passer pour le dernier des chevaliers au regard du moyen âge, mais il se présente dans la pensée moderne comme lintroducteur des mœurs ilaliennes, un roi de boudoir et d’alcôve. C'est ainsi qu’il fallait le représenter, ou encore, en le flattant, sous les traits du père des lettres et des arts. C'était donc un personnage moral a créer, une figure à imaginer. Partant de ce principe, M. Clésinger eùût été conduit à appliquer au cheval une semblable méthode. Celui qui porte Napoléon 1° eût profité du traitement ; et, au lieu de ces deux lourds limonniers, nous aurions eu deux élégants chevaux conformes aux exigences de la statuaire. Celui que monte Napoléon I‘ est, à vrai Cire, un cheval de camion: or, Napoléon a construit des routes, il n’a jamais été camionneur.
Quoi qu’il en soit de la valeur exacte de ces reproches, la personnalité de M. Clésinger n’en saurait être diminuée: il est, au Salon, le premier en son art; mais, ne lPoublions pas, c’est avant tout un homme de tempérament. Ne nous attendons jamais à ane œuvie parfaite de
sa main; la perfection est inconciliable avec la fougue et l'énergie de son instinct natif. Demandons-lui seulement ce qu'il peut donner, des œuvres fortes, audacieuses, mais inégales ou incomplètes. Dans cette mesure, nous aurions toujours des éloges à lui décerner, et dès à présent nous pouvons en faire provision.
La grande médaille d'honneur a été décernée au Mercure de M. Brian, remarquable étude inspirée de l’antique, c’est-à-dire se proposant pour unique objet d’intéresser l’esprit par la régularité des formes et la justesse des proportions. C’est cette beauté géométrique qui a fait toute lagrandeur de la sculpture grecque, et qui ferait encore la fortune de la sculpture moderne, si nos contemporains savaient l’appliquer à des idées qui fussent nôtres. M. Brian n’a point eu cette ambition, etne s’est même pas douté qu’elle pouvait naître dans le cerveau d’un homme. Il a appliqué à une vieille conception un talent d'imitation remarquable : il en est résulté un pastiche très réussi de la grande manière des ariistes grecs. C'est cette œuvre matérialiste, sans signification et sans portée, conçue au seul point de vue de léquilibre du corps, qu’un jury inconscient et frivole a couronnée.
Les autres médailles ont été décernées à des artistes qui n’avaient encore eu aucune récompense, Comme MM. Falguière, Cambos, Moulin, Feugères des Forts, Iguel, Protheau, Santa-Colonna, Sopers, Sussmann-Ilellborn, Mme Bertaux;: ou qui n’avaient encore obtenu qu’une médaille de troisième classe, comme MM. Caïn, Chatrousse, Franceschi et Truphème.
Le Jeune prisonnier gaulois, de madame Léon Bertaux, à une certaine tournure romantique qui n’étail peut-être pas dans le sujet; mais le corps fin et délicat est modelé avec une sûreté qu’on attendrait difficilement d’une main de femme. — M. Caïn, dans. sa Lionne du Sahara, a exagéré le monumental: n'étaient les petits que cette singulière mère de famille abrite sous son ventre, on croirait un bloc de rocher rongé par l’eau de
mer, et amené, avec le temps, à une vague apparence de :
quadrupède.
Sous le titre de la Cigale, M. Cambos a proposé un rébus à l'imagination du public : on étonnerait peut-être beaucoup ce jeune artiste en lui disant que les rébus se
dessinent et ne se sculptent pas. — Il y a peut-être beau- :
coup d’ostentation dans le Vainqueur au combat de coqs, de M. Falguière et dans la Trouvaille à Pompéi,
de M. Moulin, deux statuettes en bronze qui sem-
blaient se faire pendant dans le jardin, en même temps que dans l'admiration des visiteurs. Certes, pareil développement de geste n’est motivé ni par la victoire de un, ni par la trouvaille de l’autre. Mais il y a des amateurs qui prétendent qu’en sculpture le sujet est insignifiant, et que l’action n’a pas besoin d’être justifiée. Ne soulevons pas de récriminations à propos de deux œuvres jeunes, gracieuses et savantes, qui ont été généralement goütées.
L’Abel, de M. Feugères des Forts, si bien tombéet si bien refroidi dans ses lignes rigides, n’a pas été assez remarqué, à mon avis; j'en dirai autant de la Foi, de M. Franceschi, dont la ligne est si harmonieuse dans sa grâce abandonnée, et qui serait irréprochable si quelques plis de la draperienétrahissaient la manière. La Madeleine au désert, de L. Chatrousse; le Chasseur, de M. Iguel; la Jeune fille à la source, de M. Truphème, sont d'assez bonnes statues. M. Protheau a montré toute sa science d’arrangement dans le groupe sobre et contenu de l’Innocence avec l'amour. Les Deux Amis, de M. Santa-Colonna (un vieux chat sur un vieux cheval), n’appartiennent guère à la sculpture; mais l'Espagnol d'à côté a un cachet de vie et un aspect de réalité, qui n'auraient pu manquer de plaire. Enfin, pour n’oubliez personne parmi les médaillés, il faut citer le Faune à la coquille, de M. Sopers, un belge qui exécute sèchement; et le Jeune faune, de M. Sussmann-Hellborn, un Prussien, qui mêle quelque science à une grande froideur.
Un certar nombre d'artistes en renom n’ont pas ex-
posé cette année. Parmi ceux-ci il convient de citer M. Barye, qui achève pour Ajaccio le petit modèle d’une admirable statue équestre représentant Napoléon lriomphaleur ; M. Millet, qui esttout entier à son gigantesque Vercingétorix; MM. Cavelier et Guillaume, occupés à d’autres travaux, Cette abstention volontaire est, sans doute, une des principales causes de l'absence presque absolue d’œuvres capitales; mais parmi les œuvres secondaires, il en est encore qui méritent de fixer l’attention.
Au premier rang, il faut citer la Victoire couronnant le drapeau français de M. Crauck, figure antique dont l’auteur à renouvelé le mouvement avec bonheur, et qu'il a jetée dans l'air avec une grande hardiesse; le Lucien Bonaparte de M. Thomas, qui serait sans défaut si les draperies n'étaient un peu lourdes ; le Garçon boucher de M. Clère, qui s'élève, par la simplicité et la largeur, aux proportions de l’antique.
M. Carpeaux, dont l’'Ugolin n’est pas encore oublié, est cette année au-dessous de lui-même. Est-ce que ce robuste ouvrier serait déjà las des grandes tentatives? M. Carrier-Belleuse, dont nous avions admiré les belles improvisations en terre cuite, nous console mal de leur absence par une Ondine en marbre de formes un peu vulgaires : est-ce que l’industrie ne rendra pas enlin ce fécond travailleur aux spéculations plus élevées du grand art ? M. Préault expose, sousletitre Un médaillon, la tête d’un nageur qui ferait une pleine eau danslaSeine, et sous un autre, Aulus Vitellius, la tête d'une vieille femme engraissée et vermillonnée dans la débauche : est-ce que M. Préault ne finira pas par sentir le besoin de faire de la sculpture sage et reposée ?
Citons encore, pour n’oublier aucune des œuvres qui ont été regardées au salon, l'Amour de cire de M. Gaston Guitton; le Charmeur de serpent, de M. Victor Chapuy; le Saint Jean, de M. Paul Dubois; l’'Homéride, de M. Lebourg; et terminons par un aveu.
Si, contrairement à ma méthode, j'ai parcouru le Salon
de la sculpture sans essayer de subordonner les œuvres à quelque théorie générale, ce n’est pas qu'ici, comme ailleurs, l’esthétique traditionnelle ue soit à réformer en totalité ou en partie. Mais, resserré par l’espace, j'ai dù sacrifier les réflexions philosophiques. Les sculpteurs ne s'en plaindront point: il n’en est pas un qui ne préfère à une théorie, si neuve et si bien ordonnée $oit-elle, son simple nom accompagné d’un adjectif flatteur.
Cest une habitude chère aux critiques d'élargir le cercle nécessairement borné de leur appréciation, et d'admettre chaque jour un plus grand nombre de partageants à cette manne de publicité que l'usage et le mois de mai réservent annuellement aux beaux-arts. Ils se croiraient oublieux ou inéquitables si leur examen n’arrivait à embrasser, dans sa minutie attentive, la majeure partie des œuvres exposées.
Il résulte de cette disposition d’esprit deux inconvénients :
Le premier, c’est que les critiques jugent encore et analysent et décrivent, que depuis longtemps les œuvres sont parties, l'exposition fermée et la clef rendue au propriétaire ;
Le second, c’est que la proportion est détruite, et que, dans cette bénévole distribution de lignes, tous se trouvent avoir part égale, Puvis de Chavannes et Raphaël, Brigot et Velasquez, le petit et le grand, le médiocre et le fort, Cabanel et l'artiste de talent.
La Liberté n'entend pas ainsi la critique du Salon. Si elle veut une étude complète dans l’ensemble, elle la veut
(1) Publié dans la Liberté du 5 au 43 mai, en cinq articles, que compléta, par une innovation qui s’est généralisée depuis. un guide sous ce titre : « Tableaux à regarder ». Castagnary donna une autre série d'articles sur ce Salon dans le Nain Jaune.
sommaire dans les détails, rapide dans les aperçus, et surtout marchant à une fin prompte.
Cela suffit en réalité ; car il s’agit bien moins d'opérer un dénombrement exact que de montrer les forces en lutte, d'éclairer les points précis du combat, de signaler
: Ja marche et l'arrivée des recrues, de marquer les mouvements offensifs, et peut-être de prédire à qui restera définitivement la victoire.
Cela suffit encore parce que, malgré qu’on en pourrait croire, la sottise n’est pas le privilège exclusif des littérateurs. La peinture et la sculpture n’ont, sous ce rapport, à jalouser ni la poésie, ni la prose courante. Dans les arts comme dans les lettres de ce temps, la médiocrité fleurit, l’ineptie rayonne, la platitude conduit aux honneurs. C’est ainsi qu’au Salon de cette année les mauvaises toiles abondent, et que, parmi ces mauvaises toiles, les plus détestables barbouillages viennent de gens décorés ou pour le moins médaillés. Mais la nullité a cela de bon qu'avec elle on simplifie; on rédige en bloc, d’un trait, et c’est encore de la concision gagnée.
L'espace nous étant ainsi mesuré, abrégeons notre préambule,
Le Salon de 1866 s’est ouvert hier, 1° mai. Ce n’est pas en une première visite, nécessairement superficielle et sans méthode, qu’on peut se rendre un compte exact de la valeur d’un Salon. Celui qui vient de s’ouvrir est-il supérieur à son aîné de 1865, ou lui est-il inférieur? Je ne saurais le dire encore. Tout ce que je puis constater, c’est que des efforts considérables paraissent avoir été tentés ; que les nouveaux venus se présentent en plus grand nombre et semblent commander davantage l’attention ; que, parmi les anciens, s’il en est quelques-uns qui restent au-dessous ou seulement au niveau de leur renommée, il en est un certain nombre qui se sont surpassés et qui se révèlent par des côtés nouveaux et imprévus; que l’un de ces derniers, Courbet, revenu de ce. qu'on a appelé ses défaillances, obtient un universel succès, et qu’enfin, grâce à ce succès, l’école naturaliste,
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dont le maître peintre d’Ornans résume avec tant d’énergie les aspirations supérieures, prend définitivement position dans l’opinion publique et prime ses rivales.
Courbet, pour la première fois, figure au salon d’honneur. Quand on songe aux antiques réprobations dont il fut l’objet, on ne peut s'empêcher de sourire de la faveur qui lui est faite. Ce salon d'honneur, du reste, semble singulièrement modifié, et je ne sais s’il conviendrait maintenant de l'appeler le salon officiel. C’est à peine si l’on y aperçoit quelques batailles, et encore sont-elles de dimension ordinaire. Le fond tout entier est occupé par une seule toile, une toile immense, colossale, gigantesque, qu’on croirait tombée de quelque monde énorme et surhumain. Cela représente l'Enfant prodigue soupant avec des drôlesses, et a pour auteur M. Edouard Dubufe. C’est du Paul Véronèse à la groseille, du Shakespeare affadi en Ducis. Cette grande toile a cela de bon qu'on l’a jugée d’un coup d’æil, et qu’elle tient la place de vingt mauvaises qu'il faudrait regarder l’une après l’autre. Sur les autres faces du salon d'honneur sont des paysages, des tableaux de genre, grimpant avec impertinence par-dessus la peinture religieuse et même la peinture historique. Presque rien de la guerre, rien de Cabanel : vous voyez, c’est tout métamorphosé.
Cabanel s’est abstenu ; le Salon n’en souffre pas, au contraire. Se sont abstenus également Baudry, Breton, Brion, Meissonier. Je ne nomme pas M. Ingres, qui, chargé de gloire et d'années, n’a plus rien à demander à ses contemporains en fait de célébrité, et depuis dix ans n’expose plus. À part ces quelques abstentions, qui sont les seules importantes, je crois, toute la peinture de notre époque se trouve représentée. La distribution par ordre alphabétique apporte beaucoup de variété dans l’en-
semble. On ne retrouve point, comme aux expositions
d'autrefois, ces salles absolument vides qu'il fallait traverser en Courant, ainsi qu'on passe des feuillets dans un livre ennuyeux. À la vérité personne, si ce n’est Courbet, ne s’y révèle d’une façon éclatante et tout à fait souve-
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raine, Corot, Daubigny, Français, Heïlbuth, Hanoteau se maintiennent à leur ancienne hauteur. Fromentin est en progrès ; aussi Iarpignies, Lavieille, Chintreuil, Hamon, übot, ne semblent pas grandir, ni Vollon, ni Bonvin; François Millet est loin d’avoir réussi comme on aurait pu l’espérer ; Gustave Boulanger, Gérôme, Emile Lévy, essaient de se défendre ; Théodore Rousseau décline avec une rapidité qui afflige.
Au-dessous de ces réputations établies et d’autres que j'omels, à un degré inférieur, là où le public frivole passe ordinairement sans voir, là où la critique ne jette jamais qu'un regard distrait, s'avance, narquois et légèrement tapageur, le bataillon des recrues nouvelles, toutes plus ou moins inféodées aux doctrines naturalistes, Monet, Gaume, Roybet et ceux, plus ou moins anonymes, qui les suivent. Est-ce là la réserve de l’avenir ? je ne sais. Mais jeunes, ardents, convaincus, insoucieux des coups à 4 donner ou à recevoir, ils montent à l’assaut de tous côtés.
}: J'ai prononcé le mot de bataille. C’est une bataille, en
effet, qui se livre devant nous, et une bataille à laquelle il sera honorable un jour d’avoir pris part, ne fût-ce E | qu’en qualité d’historien. Car ce ne sont pas des hommes, h: ce sont les idées même du siècle qui combattent, et le ft prix de la victoire doit être, non quelques faveurs gouà vernementales (ces récompenses éphémères sont tou- : jours fatales à qui les obtient), mais l’applaudissement : unanime et permanent de la postérité.
Où donc sont les écoles rivales? Qui représente les idées en lutte? Sur quels points flottent les drapeaux antagonistes ?
Je vais essayer de le dire.
ne Pendant vingt ans, l’école Romantique a lutté contre l l’école Classique, et cette lutte, qui a illustré tant de
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soldats de fortune, est restée glorieuse dans la mémoire de nos pères. Depuis dix ans, l’école Naturaliste lutte contre les deux écoles réunies, Classique et Romantique, et cette lutte, aujourd’hui près du terme final, n’est pas destinée à devenir un moindre fait dans l’histoire intellectuelle du dix-neuvième siècle. En 1855, on avait pu croire que l’exposition universelle allait être comme une liquidation générale du passé, et le point de départ véritable du mouvement nouveau. Il n’en fut rien. Jeune encore, et malheureusemenl bornée au seul paysage, l’école naturaliste, représentée seulement par nos Dupré, nos Rousseau, nos Corot, ne pouvait balancer l’œuvre, purement imaginalive mais si considérable, des Ingres et des Delacroix. Aujourd’hui, les rôles changent. Le paysage s’est doublé de la peinture de mœurs. Courbet, dont le mérite est universel; qui traite avec la même facilité et le même bonheur la figure, les paysages de terre et de mer, les animaux, les fleurs, la nature morte et la nature animée : qui, par la pureté de son dessin, la transparence de’son coloris, toutes les qualités de son faire simple et large, se révèle à nous avec la puissance d’un grand maître, Courbet tient la tête du mouvement. Sur d’autres points, l’idéaliste Millet, le réaliste Bonvin, combattent pour la même cause. Toute une armée de jeunes artistes accourt derrière eux. C’en est fait, la peinture d'imagination et la peinture de style cèdent le pas à la peinture rationnelle, expression directe de la Nature et de la Vie, représentation exacte de la société qui nous entoure et des mœurs qui la caractérisent.
Pauvre école Classique, avoir commencé par les mâles conceptions du vieux Louis David, l’artiste citoyen, le républicain farouche, et finir par les écœurantes migardises de M. Emile Lévy : quelle chute!
Pauvre école Romantique, avoir compté parmi ses aventureux apôtres et ses plus fiers propulseurs, Bonington, Decamps, Delacroix, Chassériau, et n'avoir plus d'espoir qu’en la cervelle refroidie, l’incapacité picturale de M. Gustave Doré : quel sort!
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On me dit : Vous êtes trop sévère, vous passez sur les intérêts et les hommes avec l'indifférence d’une charrue qui laboure. Rappelez-vous ce qu’autrefois Chardin disait, au Salon même, en accompagnant Diderot et ses amis : « Messieurs, Messieurs, de la douceur ! Entre tous les tableaux qui sont ici, cherchez le plus mauvais et sachez que deux mille malheureux ont brisé leur pinceau de désespoir de faire jamais aussi mal. Parocel, que vous appelez un barbouilleur, et qui l’est en effet, si vous le comparez à Vernet, ce Parocel est pourtant un homme rare, relativement à la multitude de ceux qui ont abandonné la carrière dans laquelle ils sont entrés avec lui...» Aujourd’hui, comme au temps de Diderot, Parocel est un barbouilleur, si vous le comparez à Vernet ; Parocel barbouille de toutes les façons; Parocel-Gérôme lèche, Parocel-Doré bâcle; et pourtant tous ces Parocels sont des hommes rares relativement à la multitude de ceux qu'ils ont dépassés ou qui, par impuissance démontrée, ont dû renoncer à la carrière. L’indulgence, voilà donc votre code et votre règle. Messieurs, de la douceur!
Assurément, si je n'avais d'autre but ici que d'analyser des œuvres et de déterminer des aptitudes, je ne pourrais mieux faire que prendre pour moi ces équitables conseils et demander à une bienveillance sans limites l'inspiration de mes jugements. Mais, au point de vue où je suis placé, la valeur des hommes est peu de chose. Que Gustave Doré soit « un monstre de génie, » comme le prétend Théophile Gautier, ou un peintre de paravent, comme je l’affirme; que Cabanel ait «touché le but, » ainsi que le chante une chanson d'atelier, ou qu'il ait encore tout à faire, ainsi que je le crois ; que les Païva
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de l'avenir consentent à payer quarante mille francs des Cléopâtre aux pieds bots, comme l'espère M. Gérôme, ou que les Cléopâtre aillent rejoindre au grenier les Aspasie et les Phryné dormant sous leur double couche de poussière et d’oubli, comme je ne crains pas de le prophétiser, il n'importe guère. Ce qui importe, c’est de ne point faillir sur le sens des choses et la marche des idées. On pèsera les renommées plus tard : il faut présenlement asseoir la conscience artistique du public. Le Temps, ce juge impartial, dira qui s’est trompé de mes contradicteurs ou de moi : notre tâche est de corriger les erreurs de la foule, et, ces erreurs, nous ne pouvons les atteindre qu’en portant la main sur les idoles.
Si l’école Classique, alimentée par la fabrication des prix de Rome et entretenue des faveurs de l'Etat, se traîne encore, survivant tout à la fois aux maitres qui l'ont fondée et aux doctrines qui ont fait sa gloire, il y a longtemps que l’école Romantique n’est plus qu’un vague souvenir.
L'école Romantique n’a pas franchi la génération qui la vit naître. Bonington, Ary Scheffer, Eugène Delacroix, Decamps, l'avaient apportée, ils l'ont emportée avec eux. Comme l’école Classique, elle eut pour point de départ la nature, mais à sa différence, elle en laissa l'interprétation libre, sans frein. Prenant en toutes choses la fantaisie pour règle et pour loi le caprice, elle détruisit les bases de la critique, mena droit à l'anarchie des idées et à la dépravation du goût. Son champ d'exploration fut le moyen-âge; sa manie, les détails archéologiques. Elle abandonna le nu pour se jeter à corps perdu dans:.le pittoresque. Affolée de littérature et faisant dans tous les ordres prédominer le sentiment sur la raison, elle réduisit l’art du peintre à n'être plus guère que l'illustration de la pensée universelle, pictura litterarum ancilla.
Je n’ai trouvé au Salon de cette année qu’une Marguerite de M. Hugues Merle, que je croyais lancé sur les pas de Paul Delaroche et que je trouve sur le chemin d’Ary Scheler: peinture froide, d’ailleurs, compassée,
plaquée sur la toiie, sans espace et sans air.—M. Tissot, qui semble vouloir se dégager de Leys, tombe dans le même défaut avec son Confessionnal; néanmoins, il y a progrès. — Dans cette singulière école, on peut être l'élève d'un maitre et procéder comme un autre. M. Anatole de Beaulieu est un des plus curieux spécimens de ce genre : sur le livret, il vient de Delacroix; dans le Salon, il marche vers Decamps: je veux dire qu’il affectionne de maçonner, dans un Orient chimérique et sur des ciels bleu-cru, des pans de murs blanes criblés de lumière. — M. Andrieu, autre élève de Delacroix, reste plus fidèle à la mémoire de son maitre, dont il a été le préparateur et l’aide. À ce point de vue, sa grande peinture décorative Jupiter et Pandore est fort curieuse à examiner : comme dessin, couleur et composition, &’est tout Delacroix, moins Delacroix lui-même. — Que dire de M. Protais, et de ses chasseurs idéalistes? Le Soldat blessé est inférieur au Bivouac; mais que vaut le Bivouac lui-même? Quelques poses justes et naturelles suffisent pour faire un tableau : encore faut-il que ce tableau soit peint. — A ces faux chasseurs de Vincennes, je préfère les fausses servantes de Marchal, dont la dernière, sans doute, est exposée cette année sous le titre de Printemps ; mais ici encore, un peu plus de réalité ne serait pas un défaut.— M. Heilbuth continue sa série avec le même succès. Son Antichambre est pleine d'esprit, de finesse et d’observation. Il est difficile de poser deux personnages avec plus denaturel dans l'attitude et de justesse dans l’expression. Mais ces sujets sont bien microscopiques pour croire que l’art tout entier y puisse tenir.
Je pourrais prolonger cette nomenclature; mais l’éclectisme, cette ivraie qui pousse dans tous les sillons du siècle, s’est mêlé au romantisme comme il l'avait fait pour le classicisme, et sur les frontières où je suis arrivé, je ne trouverais plus de démarcation possible. Jaime mieuxrevenirsur mes pas. Un romantique de la bonne souche, un pur, comme on dit dans certaine langue politique, me sollicite du geste. C’est M. Gustave Doré, un
romantique de la bonne époque, et le célèbre illustrateur que vous savez. Je me suis assis devantses deux toiles, je les ai regardées avec le soin que commande la notoriété de l’auteur : le papier peint vaut mieux.
Je vous en conjure, si l’on vient vous parler jamais du génie pictural de M. Gustave Doré et du kilomètre de peinture qu’ilse propose d'exposer l'an prochain au Champ de Mars, ne répondez pas, mais saisissez le parleur et conduisez-le devant ce Paysage de Savoie ou cette Soirée en Espagne.
L’art est indigène, — ou il n’est pas. Il est l'expression d’une société donnée, de son esprit, de ses mœurs, de son histoire, — ou il n’est rien. Il tient du sol, du climat, de la race, — ou il est sans caractère.
Ne craignons pas de l’avouer, nous n’avons jamais eu en France de peinture française.
Les germes d’un art national, — basé sur la nature et l'expression de la vie comme tous les arts nationaux qui se sont développés en Europe, — commencçaient à grandir dans les divers centres intellectuels de nos vieilles provinces (on peut voir par les Clouet du Louvre où il eût atteint), quand, à la suite des guerres de la Péninsule, l'influence italienne entra subitement chez nous, apportée par les gentilshommes de François [°", aux fers de leur chevaux. Le coup fut terrible. L'arrivée de Léonard de Vinci et d'André del Sarte, la formation de l’école de Fontainebleau, la prépondérance croissante de Paris, il n’en fallut pas davantage. Jamais invasion ne fut plus rapide ni plus décisive : la peinture française fut tuée net.
L'Italie prit une éclatante revanche de nos promenades militaires. Si, par nos soldats et nos canons, nous étions
arrivés à dominer un moment chez elle, par son art et par sa pensée elle pénétra chez nous, et depuis ce temps ne nous à plus quittés; nous l’avons encore dans la moëlle.
Dès lors plus d’art, hormis un art de seconde main, un art inspiré de l’art des autres peuples et non sorti des entrailles de la vie ambiante. Aussi qu’'arrive-t-il? c’est que nos plus belles gloires, celles dont nous sommes le plus disposés à nous enorgueillir, ne nous appartiennent qu'à demi. Est-ce que Nicolas Poussin, Claude Gelée sont français ? Ils ne le sont ni par la tournure de leur esprit, ni parle choix de leur patrie adoptive. Lesueur, lui-même, qui pourtant n'a jamais quitté Paris, est italien. Dans ce grand courant d'imitation qui part de Primatice pour aboutir on ne sait à qui vers la fin du dernier siècle, quelques individualitéssurnagent : Lenain, d Watteau, Chardin ; mais combien peu nombreuses et de combien peu d'influence?
Louis David était peut-être de taille à produire un mou- | vement durable, à fonder véritablement une peinture française; mais il aurait fallu que la Révolution se
maintint. Les trois ou quatre œuvres que le conventionî nel put exécuter depuis l'ouverture des Etats-Généraux jusqu’au 9 thermidor, — la Mort de Marat, le Portrait de Lepelletier de Saint-Fargeau, l’esquisse du Serment du Jeu de Paume, — sont éminemment françaises, appropriées tout à la fois au génie de l'artiste et au caractère de l’époque. Mais la République tomba, et, par le fait de David lui-même devenu l’ordonnateur des fêtes à impériales etle préfet du département des beaux-arts, 'É l’imitalion reprit son cours.
De Louis David, amoureux du Parthénon, à M. Ingres, affolé des Loges, c’est l'esprit étranger qui nous dirige.
l Ni Gros, ni Géricault, qui firent de la peinture de géants ü avec un profond sentiment naturaliste, n’y purent rien. |] Ce fut une des prétentions du romantisme de fonder 14 l’école nationale. La grande levée de boucliers contre la
présence des Romains et des Grecs dans la littérature et
dans l’art se fit au nom des idées de nationalité. Ce souvenir est amusant; car c’est justement de cette époque que date le cosmopolitisme dans l’art et le débordement de toutes les imitations. Il n’y a pus vingt ans encore, toutes les écoles de tous les temps et de tous les lieuxse trouvèrent à la fois chez nous. A côté de M. Ingres, qui s’inspirait de Rome et d'Athènes, M. Eugène Delacroix se réclamait d'Anvers et de Venise, M. Meissonier de la Flandre, et quant à Ary Scheffer, c’est à son compatriote Rembrandt qu'il demandait le secret de la couleur. Audessous de ces illustres chefs de file, chacun imitait qui il pouvait. C'était une Babel, une anarchie, un pêle-mêle qui n'eurent d’égal et ne devaient avoir pour parallèle que cet eflroyable tourbillonnement de tableaux empruntés à tous les âges, à tous les pays, à tous les styles, dont depuis plus de trente ans la salle des commissaires priseurs a comme infecté Paris.
C'est cet enviable état que l’éclectisme bâtard de notre époque, voudrait prolonger et prolongera, si une jeunesse plus hardie ne vient prendre l'affaire en main, et si le classicisme avec le romantisme ne sont pas définitivement extirpés.
Heureusement, l’heure de cette issue définitive semble s'approcher. Le mouvement se précise et s’accentue. L'école naturaliste, bien qu’elle date d'hier et que les bornes de son développement soient loin de pouvoir ètre posées, s'affirme résolument comme la négation de ses deux aïinées, et cherche ses bases dans les plus solides conclusions du rationalisme moderne. Il ne s’agit point pour elle d’épurer la nature et de peindre le beau : il s’agit d'exprimer la vie et de faire vrai. L’antiquité ne lui sert de rien, non plus que le moyen âge : c’est la société contemporaine qu’elle se propose de représenter. Qui oserait dire que ces aspirations ne soient pas en harmonie parfaite avec notre littérature, notre philosophie, notre politique et même notre morale ?
C'est par le paysage que l’école naturaliste a débuté en France. Pourquoi? Comment ? A quelle époque? J'aurais
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