‹ SalonsChapitre 57 sur 99 · RS ; D SR ER TE SE · texte numérisé non relu

RS ; D SR ER TE SE

définitive des esprits en France. Malgré les préjugés de l'administration, malgré l'hostilité de l'Ecole, malgré l'opposition des jurys, le naturalisme l'emporte de tous côtés. La religion est morte, l’histoire est morte, la mythologie est morte; toutes les sources de l’ancienne inspiration, si chères à la paresse ou à la médiocrité sont taries.

Voilà ce que crie bien haut le Salon de 1867. La peinture, qui, pendant si longtemps, s'était traînée dans cette ornière, aiguille vers de nouvelles destinées. Elle comprend que le monde visible est son seul domaine : que les seules formes et les seuls aspects à la reproduction desquels nous puissions être sensibles sont les formes et les aspects apportés à nos sens par le spectacle des choses ; que l’art ne peut contredire les données premières et essentielles de l’observation; que si le peintre veut continuer de nous charmer, il doit se plier au rationalisme de l’époque, prendre le mot d’ordre d’une société que la vérité a touchée et qui n’est plus accessible qu'aux seules beautés du vrai. Et voilà pourquoi tout entière elle passe au naturalisme.

Renversement prodigieux et qui laisse encore bien des âmes indécises! La poésie que le peintre s'était accoutumé à aller prendre dans les livres, dans les tableaux, dans les bas-reliefs, là où elle était toute faite et en quelque sorte obligatoire pour lui, il va la dégager désormais de la nature et de la vie. Ce sel mystérieux et profond qui fait les œuvres vivaces et qui lui venait par transmission de l'antiquité littéraire ou artistique, il va l’extraire directement du récipient éternel, et le composer lui-même avec les seules ressources de son imagination et de sa sensibilité.

Gertes, la tâche est périlleuse et ardue ; mais qui oserait dénier qu’il en sorte un art plus humain, par conséquent plus fécond et plus grand ?

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