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l'art est une des manifestations les plus directes de la “onscience humaine et qu’il en suit pas à pas les évolulions, avions entrepris de montrer à la foule les courants upposés qui l’agitaient, et de déterminer d’une facon vrécise la voie définitive dans laquelle il allait entrer. nous pouvons être fiers. Jamais démonstration plus évi- Jente n'aura suivi de plus près affirmation plus contestée. ‘n annonçant que la révolution de février avait creusé an abime entre nous et nos pères ; que le point de vue était changé, que les anciennes écoles, de quelque nom qu’on les nommät, classique ou romantique, avaient pris fin; que l'art, modifiant son objet et rentrant dans le iron populaire, se façonnait à l'expression directe de la vie environnante ; qu’ainsi il allait marcher de pair avec notre philosophie, notre morale, notre politique, toutes les forces vives par où notre société se distingue des s0ciétés antérieures, — nous raisonnions par inductions tirées de l'état général de l'humanité à notre époque ; nous étions prophètes dans une certaine mesure. Aujourd'hui, grâce au Salon de 1868, nos inductions sont des évidences, nos prophéties sont de l’histoire.

Ainsi M. de Niewerkerke, surintendant des beaux-arts, aura succombé dans la lutte que depuis longtemps iül avait entreprise au nom de l’autorité. Lorsque, au lendenain du 2 décembre, songeant au naturalisme déjà envahissant, il s'écriait en pleine assemblée d'artistes que « la mission de l'Etat est de décourager les fausses vocaions et les faux talents qui obstruent toutes les avenues, » 1l ne savait pas que peu d’années suffiraient vour réduire à néant ses prétentions, et que « ces fausses vocations et ces faux talents » étaient précisément ce qui allait finir par l'emporter dans la balance de l’opinion publique.

À quoi lui sert-il maintenant d’avoir voulu créer une es- -hétique officielle, et d’avoir posé en principe que les arts sont faits pour la splendeur des trônes? Pas un des hommes qu'il a pris dans sa main puissante et qu'il a élevés tour à tour sur un piédestal, ne s’est tenu debout. Comme

s’il était écrit que, en matière d’art, le gouvernement ne peut avoir qu’une influence énervante, tous ceux qui ont eu part à ses bienfaits ont vu décliner leurs forces et s’affadir leur talent. Rappelez-vous le dessinateur qu'était Yvon avant sa médaille d'honneur, et demandez-vous ce qu’il à fait depuis. Songez aux aquarelles et même aux tableaux militaires qu’exécutait Pils avant la Bataille de l’'Alma, et comparez avec la triste Fantasia arabe de l'Exposition universelle. Glaize n’est-il pas tombé du Pilori à la Distribution des aigles ? Meissonier n’est-il pas devenu méconnaissable en quittant ses sujets ordinaires pour passer à la Bataille de Solférino? Je ne parle pas de Gérôme, qui traite cette année l’Exéculion du maréchal Ney avec moins de grandeur que jadis il traitait le Duel de Pierrot; je ne parle pas non plus de Cabanel, qui poursuit en silence sa lucrative industrie de portraits du grand monde. Ils ont pu s’adjuger les suprèmes récompenses au Champ-de-Mars : la faveur ministérielle restera impuissa ante à les faire reg garder jamais comme de vrais peintres. Mais Hébert, mais Baudry, mais Barrias, mais tant d’autres qui nous ont donné des promesses de talent à leur arrivée de Rome, comment les ont-ils réalisées? Et tous ces peintres de religion que les architectes de M. Haussman ont ne pour la décoration de nos églises? Et tous ces peintres d’antichambre que l'administration du Louvre emploie à la multiplication des types impériaux et des réceptions de dignitaires, vous ne les Connaissez pas, ni moi non plus, et la litanie de leurs noms ne nous embarrasse guère. Mais, je vous le demande, quelle œuvre est sortie jamais de leurs officines ténébreuses? Or, tandis que M. de Niewerkerke épuisait sur ses favoris les récompenses, les titres, les commandes, l'argent de l'état, protégeant à outrance ce qu’il appelle le Pont art, C ’est-à-dire l'art d’ église et l’art de palais, il se trouvait que le grand art s’étiolait peu à peu, se desséchait comme un tronc abandonné de la sève. La peinture religieuse, ressuscitée un moment par l’érudition sagace d’un Flandrin, disparaissait avec lui; la peinture

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militaire, longtemps maintenue par l’habileté d’un Horace Vernet, déclinait après sa mort, et descendait rapidemende Yvon à Pils; la peinture cérémonielle tombait dans le plus absolu discrédit. Et, pendant ce temps, les « fausses vocations et les faux talents, » si antipathiques à M. de Niewerkerke, croissaient en nombre et en force ; l’histoire achevait le mouvement de conversion par lequel elle s’achemine au genre; et le genre, c’est-à-dire les usages, les costumes, les personnages, les caractères, les mœurs, toutes les réalités visibles du monde présent, le genre si décrié, si maudit, si persécuté, se développait, grandissait, sortait de ses anciennes limites, montait à la hauteur de l’histoire, s’attaquait à l’universalité de la nature et de la vie, devenait enfin toute la peinture du présent,commeilsera,jel’espère,toutela peinture de l'avenir. C’est bien le cas pour M. de Niewerkerke de s’écrier en songeant à qui je sais bien: « Galiléen, tu as vaincu! »

M. de Niewerkerke s’en prend à Daubigny. Si le Salon de cette année est ce qu'il est, un Salon de nouveaux venus; si les portes en ont été ouvertes à presque tous ceux qui se sont présentés; s’il contient 1,378 numéros de plus que le Salon de l’année dernière: si, dans ce débordement de la peinture libre, la peinture d’Etat fait une assez pauvre figure, c’est à Daubigny la faute. Dau- . bigny a voulu faire de la fausse popularité ; c’est un ambitieux, un libéral et un libre penseur; un peu plus, ce serait un matérialiste, et il aurait été convive au fameux diner Sainte-Beuve.

Je ne sais pas si Daubigny a fait tout ce que M. de Niewerkerke lui attribue. Je le croirais volontiers, car Daubigny n’est pas seulement un grand artiste, c'est encore un brave homme qui se souvient des misères de sa jeunesse, et qui voudrait épargner à la jeunesse des autres les rudes épreuves qu’il a subies lui-même. Aussi suis-je sûr d'être d'accord avec tout le public en lui donnant ici un témoignage de sympathie, et en lui votant, au nom de ceux que son influence a affranchis désormais, une adresse de remerciments.

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